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LES MÈDES ET LES PERSES — 41
l'Orient, sont, ainsi que sa mort, enveloppées de mystère.
Son fils aîné, Cambyse II (529 522) , attaque l’Égypte, dont le roi avait été allié de la Lydie et de la Babylonie. Psammétique III vient de s’asseoir sur le trône ; son armée est mise en déroute en avant de Péluse ; Memphis résiste à peine quelques jours et la Haute-Égypte se soumet. Le roi des Perses veut alors attaquer Carthage, à l’apogée de sa grandeur; l’avant-garde de son armée, forte de cinquante mille hommes, se perd dans le désert, et une expédition contre la Nubie se termine, elle aussi, par un échec.
Comme il traverse la Syrie pour rentrer en Perse (522), Cambyse apprend qu un mage, nommé Gaumatâ, se fait passer pour son frère et a été intronisé roi. Soit par accident, soit par désespoir, il se blesse mortellement et disparaît sans avoir désigné son successeur.
Gaumatâ est tué par Darius, fils d’Hystaspe, descendant d’Achoménès et héritier légitime de Cambyse. Le premier soin du nouveau monarque (521-485) est de réduire les provinces, telles la Babylonie, la Susiane, la Médie, où des prétendants se sont fait proclamer rois, et, trois années durant, il lui faut batailler contre eux. La division de l’empire en 23 satrapies rend les révoltes plus difficiles.
L’empire perse est presque partout entouré de mers et d’obstacles naturels infranchissables aux armées. Les seuls voisins avec lesquels il puisse entrer en conflit sont l’Inde à l’est et la Grèce à l’ouest. Vers 512, une expédition a pour résultat la création d’une satrapie de l’Inde. En Occident, les Grecs d’Europe interviennent sans cesse dans les affaires des Grecs d’Asie, soumis au roi des Perses; pour mettre fin à cette intervention persistante, Darius décide d’annexer la Grèce d’Europe. Il traverse le Bosphore, soumet la Thrace orientale et passe le Danube (508) ; la Macédoine se reconnaît tributaire (506) . Le but n’est pas atteint, mais, pour la première fois, un monarque asiatique possède une province en Europe. Une nouvelle tentative (490) échoue, et l’armée perse subit un grave échec moral à Marathon. Quatre ans plus tard (486) , une troisième expédition va être entreprise lorsqu’une révolte éclate en Égypte; Darius se prépare à la lutte des deux côtés; mais il meurt sur ces entrefaites, et son fils Xerxès (485-465) décide de régler d’abord le sort de l’Égypte. Quand il attaque la Grèce, il est vaincu sur terre à Platées, sur mer à Salamine; la flotte grecque a conquis la domination de la mer.
En 465, Xerxès P’' est assassiné. Son plus jeune fils, Artaxerxès P’’ (465-424) , lui succède. En Égypte, les Perses sont battus sur terre et sur mer, obligés d’abandonner Memphis (459) et bloqués au Mur blanc. Une armée vient à leur secours, et, après un siège de dix-huit mois, les révoltés, enfermés dans l’île de Prosopitis (454) , sont obligés de se rendre. La lutte reprend contre les Grecs pour la domination en Cypre. En 449, par la paix de Suse, le roi des Perses reconnaît l’indépendance des Grecs d’Asie appartenant à la ligue de Délos, s’engage à ne pas laisser ses troupes approcher à moins de trois journées de la mer Égée, à ne pas envoyer de vaisseaux de guerre dans les eaux grecques. La fin du règne d’Artaxerxès se passe en intrigues de palais.
Son fils, Xerxès II (424) , est assassiné par Sogdien (424) , un de ses frères illégitimes, et celui-ci par Ochus, autre fils d’Artaxerxès, qui devient roi sous le nom de Darius II (424-405) ; les Grecs l’ont surnommé Nothus (le bâtard) . Prince violent et cruel, mais habile diplomate, il sait profiter de l’affaiblissement des Grecs d’Europe consécutif à la guerre du Péloponnèse; il négocie avec Sparte, la soutient contre Athènes, recouvre ainsi la possession des cités grecques d’Asie et les
place sous le gouvernement de son fils Cyrus. Celui-ci est ambitieux, et, le jour du couronnement de son frère aîné, Artaxerxès II (405- 359), il tente de le tuer. Quatre ans plus tard, en 401, il quitte Sardes à la tête d’une armée pour aller conquérir le trône; la lutte s’engage près de Babylone. Cyrus est tué et ses partisans grecs, constamment harcelés, se retirent vers le Pont-Euxin. La « retraite des Dix mille », au milieu de luttes et de privations, démontre à la Grèce d’Europe la faiblesse de l’empire perse.
L’Égypte avait maintes fois tenté de se rendre indépendante; en dernier heu, le pharaon Néphéritès avait conclu une alliance avec les Lacédémoniens et leur avait envoyé, en 396, un convoi de ravitaillement. Son successeur, Hakhoris, adopte le parti d’Évagoras, tyran de Salamine, et des Athéniens. Nectanébo abandonne Évagoras et hâte la chute de Cypre (380) , qui tombe aux mains des Perses. Le généralissime perse Pharnabase, aidé du général grec Iphicrate, attaque l’Égypte au printemps de 374; Péluse est prise, mais Pharnabase hésite à exploiter son succès, malgré les avis d’Iphicrate : Nectanébo en profite pour se ressaisir et l’armée perse doit battre en retraite.
Tandis que les cités grecques se disputent la faveur du roi des Perses, les satrapes d’Asie Mineure se révoltent et font cause commune avec l’Égypte. Le pharaon Takkos, conseillé par l’ Athénien Chabrias, prépare une nouvelle campagne, pour laquelle, à bout de ressources, il exige les neuf dixièmes des revenus des temples, augmente les impôts, prélève des droits nouveaux. Il se rend ainsi impopulaire et, abandonné des siens, il s’enfuit à Sidon, puis à Suse, où Artaxerxès le place à la tête d’une armée contre son propre pays (359) . Nectanébo, son cousin, avait ramené ses forces en Égypte et vaincu une insurrection. Takkos meurt avant de livrer bataille, et des intrigues de palais énervent le commandement perse. Artaxerxès Ochus, qui succède à Artaxerxès Mnémon, fait périr tous ses frères et tous les membres de la famille royale. En Égypte, une défaite lui est infligée par les Grecs au service de Nectanébo; la Syrie et Cypre se révoltent; une armée de Grecs et d’Asiatiques s’empare de Sidon, atteint Péluse, pénètre dans Memphis, où le roi des Perses, à qui les Égyptiens ont donné le surnom d’âne, fait placer un âne dans le temple de Ptah et veut le faire adorer.
Artaxerxès Ochus est empoisonné par son ministre favori, Bagoas (336) ; son jeune frère Arsès, ayant tenté de gouverner par luimême, subit le même sort. Le satrape d’Arménie, Codoman, est choisi comme roi et prend le nom de Darius III (335-330) ; Bagoas est obligé de boire lui-même le poison qu’il avait préparé pour Codoman.
Au moment où Philippe de Macédoine, après avoir soumis la Grèce (336), se propose d’aller rejoindre son armée en Asie, Darius III tente de soulever les villes grecques. Alexandre le Grand le devance, et la bataille du Gramque (334) le rend maître de l’Asie Mineure. En 333, il rencontre le roi de Perse au pied de l’Amanus, et le bat près d’issus : Jérusalem lui ouvre ses portes; l’Égypte l’accueille en libérateur. Vers l’équinoxe d’automne 331, il est sur les rives du Tigre; huit jours plus tard, une bataille formidable s’engage près d’Arbèles. Babylone, Suse, et au prin-
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Pii Aïs DE Darius 1" a Suse — Essai de restauration par M. Pillet, architecte, ancien membre de la Délégation en Perse. Les architectes perses, se sont inspirés, d^s la construction de cet important monument, des traditions assyriennes et babyloniennes. D apres M. Pillet, Le Falaïf de Darius.
CyLINDE-CACHET perse. — Intaille, en calcédoine blonde, représentant un archer royal devant un pyrée que domine le symbole d’Ahoura-mazda. Le graveur semble avoir eu l’intention de lui donner les traits d’Artaxerxès l'’‘’ Longue-main (465-425). [Haut. :
0"’,031.] Bibliothèaue Nationale.
Collection Pauvert de la Chapelle.
L’ORIENT CLASSIQUE
DahkJUES perses. — Les tois achéménides ont, les premiers, fait figurer, sur le droit des pièces de monnaie, un archer dont le visage est le portrait du roi régnant. Les dariques représentées ci-dessus sont de" Darius Xerxès Artaxerxès et Darius 11, dans le rang supérieur ; d’ Artaxerxès 11, Cyrus le Jeune, Artaxerxès 111 et Darius 111, dans la rangée inférieure. — Bibliothèque Nationale.
temps de 330, Ecbatane, tombent entre ses mains. Darius II meurt assassiné par les siens.
L’empire des Perses disparaissait avec lui, après avoir, plus heureux que l’empire assyrien, subjugué l’Asie antérieure et organisé les territoires conquis sans troubler la vie des cités. Ayant franchi le Bosphore, les Perses se heurtèrent à la Grèce d’Europe, jalouse de la forme démocratique de son gouvernement : la lutte devint alors une lutte d’idées, et elle tourna à l’avantage des Grecs, chez qui elle avait provoqué un sentiment d’union nationale.
LA RELIGION. — Les inscriptions des Achéménides ne mentionnent, par leurs noms, que trois divinités : Ahoura-mazda (Ormudz, le Seigneur-Science) , Mithra (le dieu-soleil) et Anahita (la déesse des eaux) .
Ahoura-mazda, le dieu particulier des Perses, est représenté par le disque ailé, emprunté aux Assyriens, qui l’avaient tenu de l’Égypte par l’intermédiaire des Hittites. Parfois, comme en Assyrie, un buste émerge du disque : ce n’est pas celui d’un guerrier, c’est celui d’un Achéménide, coiffé de la cidaris, élevant la main ou tenant une fleur. On ne connaît pas d’autre représentation de la divinité dans la Perse achéménide, en dehors des images d’Anahita érigées par Artaxerxès II.
Ahoura-mazda a supplanté Varouna, le dieu principal des Iraniens ; devenu le plus grand des dieux, il a été considéré comme créateur des cieux et de la terre. L’humanité lui doit non seulement l’existence, mais tous les bienfaits dont elle jouit. Il choisit le souverain et l’assiste pour l’exécution de ses ordres. La loi interdit le mensonge, la méchanceté, la violence; elle prescrit la justice et l’équité; elle ordonne de rendre le bien pour le bien, mais aussi le mal pour le mal : le roi, vicaire de dieu, punira fortement les pécheurs. Récompense ou châtiment ne sont d’ailleurs pas individuels; l’invasion, la mauvaise récolte, le mensonge nuisent au peuple entier; la prière, le sacrifice ont pour but d’obtenir faveur et protection pour tout le pays.
Le culte semble avoir consisté en feux perpétuels, entretenus sur des autels qui existent encore en divers lieux. Le sacrifice, repas offert à la divinité sur une jonchée de feuillage, s’accompagne, comme dans le rituel babylonien, de la récitation d’une théogonie.
A côté de cette religion, il y avait celle des Mages, qui étaient des Mèdes et non des Perses. Leur nom devint synonyme de prêtre et de devin, parce que les membres du sacerdoce étaient choisis parmi eux. La religion mazdéenne, origine de celle des modernes Parsis de l’Inde, distingue deux groupes de créatures, les bonnes et les mauvaises, et, déjà peut-être, rapporte l’origine des premières à Ahoura-mazda, celle des secondes à Angra-mamyou (Ahriman) , comme l’a fait plus tard l’Avesta. Les morts ne peuvent être confiés à la terre, qu’ils souilleraient; les cadavres sont livrés aux animaux de proie pour être déchiquetés, usage qui, se perpétuant, a conduit à la création des « tours de silence ».
Les Perses préféraient enduire le corps de cire et pouvaient alors le déposer dans un tombeau.
LE GOUV''ERNEMENT. — Lorsque Darius P'" eut affermi son pouvoir, au système de gouvernement institué par Téglath-phalasar III, |)erfectionné par Sargon et adopté par les Mèdes, il substitua un nouveau système, celui des satrapies. Laissant à chaque peuple vassal sa constitution particulière, il divisa l’empire en
vingt-trois provinces, auxquelles, par droit de conquête, s’ajoutèrent, au cours de son règne, huit autres provinces. Trois officiers étaient chargés de l’administration ; le résident ou satrape, le secrétaire royal et le général.
Le satrape, choisi d’ordinaire dans les familles princières, est le représentant du roi pour les affaires civiles et judiciaires; il peut être déposé et même condamné à mort sans procès. Le secrétaire royal, officiellement chargé de la chancellerie, a la mission occulte de surveiller le satrape. Sous les ordres du général sont les troupes cantonnées dans la province, mais non les forteresses, dont les commandants relèvent du roi. D’autres fonctionnaires, les inspecteurs, toujours accompagnés de troupes au cours de leurs déplacements, surgissent à l’improviste, munis de pleins pouvoirs pour réformer les abus et, s’ils le jugent nécessaire, suspendre les satrapes.
La principale fonction du satrape est la levée de l’impôt. Au temps de Cyrus le Grand et de son fils, les trésors enlevés à Ecbatane, à Sardes, à Babylone, avaient permis de faire face aux dépenses de l’empire, et l’on demandait seulement aux sujets du roi de lui envoyer des cadeaux. Darius établit un système analogue dans la satrapie de Perse, dont les habitants furent invités à lui offrir en nature, quand il traversait leur bourgade, un cadeau proportionné à leur fortune. Partout ailleurs, on percevait directement l’impôt en argent et l’impôt en nature.
Pour faciliter les paiements, Darius introduisit dans l’empire la monnaie inventée par les Lydiens et déjà répandue dans le monde grec; les dariques-monnaie devinrent d’usage courant sur les côtes; mais, à l’intérieur des terres, on continua de peser les métaux précieux, de les utiliser en lingots.
Chaque province versait un impôt en nature : la Médie fournissait annuellement cent mille moutons, quatre mille mulets, trois mille chevaux; l’Arménie, des poulains; la Cilicie, trois cent soixantecinq chevaux blancs; la Babylonie, cinq cents eunuques. Chaque province devait, en outre, entretenir le satrape et ses gens, et c’est une charge au moins équivalente à l’impôt.
L’ARMÉE. — L’armée de terre, décrite par Hérodote à l’occasion de la campagne de Xerxès contre la Grèce, se compose de troupes nationales et d’auxiliaires étrangers. Un corps d’élite de 1 0 000 hommes, appelés les Immortels, forme la garde particulière du souverain. Les frises du palais d’Artaxerxès Mnémon à Suse les montrent coiffés de la tiare de feutre, vêtus d’une longue tunique ornée et à larges manches, d’une cuirasse, de jambières; ils sont armés de la lance, du bouclier, de l’arc et du poignard. Ce costume et cet équipement viennent des Mèdes; ils sont communs aux fantassins et aux cavaliers. L’équipement et l’armement des etrangers varient suivant les nations; les Orientaux sont tous pourvus de l’arc, en bambou, en roseau ou en palmier; Assyriens et Babyloniens ont, en outre, des massues de bois garnies de fer; les Saces, des haches; les Caspiens, des cimeterres; les Éthiopiens, des massues. Les troupes d’Asie Mineure, Lydiens, Bithyniens, Chalybiens, Ciliciens, Moschiens, portent des javelines, de petits boucliers, des épieux.
Darius 1" franchit l’Hellespont avec 800 000 hommes; Xerxès, au dire d’Hérodote, commandait une armée de I 700 000 hommes, où la cavalerie ne comptait que pour 80 000, environ le vingtième de l’effectif total. Cette cavalerie était soutenue, dans l’attaque, par des chars armés de faux aux moyeux.
Le service d’intendance et de ravitaillement était assuré par des convois de chameaux; il donna toute satisfaction au commandement, en particulier lors de l’expédition de Scythie, sous Darius, dans une région systématiquement dévastée par l’ennemi.
L’armée navale de Xerxès compta jusqu’à 1 200 trirèmes sur lesquelles étaient embarqués des Mèdes et des Saces. Les meilleurs vaisseaux étaient ceux de Phénicie, et spécialement ceux de Sidon. L’Égypte en fournit 200; Cypre, 150; la Cilicie, 100; la Pamphilie, 30; la Lycie, 50; les Doriens d’Asie, 30; les Ioniens, 100. Les marins phéniciens étaient armés de boucliers et d’épieux; les Égyptiens, de piques, de haches et de glaives; les Lyciens, d’arcs et d’épieux; les autres étaient équipés comme les Grecs d’Europe.
MŒURS ET COUTUMES. — Les Perses célébraient l’anniversaire de leur naissance par un festin. Grands buveurs de vin, grands mangeurs de viande, ils aimaient à discuter à table les affaires les plus importantes. Entre eux ils étaient d’une politesse raffinée; devenus conquérants, ils adoptèrent facilement les usages étrangers qui leur parurent préférables ; le vêtement des Mèdes, dans la vie civile, la cuirasse égyptienne pour la guerre.
Chacun pouvait avoir plusieurs femmes légitimes et des concubines selon ses ressources. Le roi récompensait chaque année ceux
LES MÈDES ET LES PERSES
de ses sujets qui avaient le plus grand nombre de fils. Le jeune garçon restait dans l’appartement des femmes jusqu’à l’âge de cinq ans; ensuite commençait son éducation, qui se prolongeait jusqu’à la vingtième année et dont l’objet était d’en faire un honnête homme et un bon soldat. On lui apprenait donc trois choses : monter à cheval, tirer de l’arc et dire la vérité. Le mensonge était considéré comme la faute la plus honteuse, et, sur le rocher de Béhistoun, chacun des révoltés est flétri par le rappel des mensonges qu’on lui impute ; « Ce Gaumatâ, le mage, a menti en disant ; « Je « suis Bardiya, fils de Cyrus, je suis roi. » —
« Cet Anne a menti en disant : « Je suis roi « d’Élam... »
L’ÉCRITURE. — Les Mèdes semblent n’avoir pas connu l’écriture ; les inscriptions de Cyrus sont en cunéiforme babylonien. Darius inventa un système simplifié, le cunéiforme perse, qui comporte seulement 41 signes, représentant, pour la plupart, des syllabes simples.
Les inscriptions des Achéménides sont en général trilingues : perse, élamite et babylonien.
C’est grâce à elles que le déchiffrement des cunéiformes a pu être entrepris. Celles de Darius, les plus nombreuses, ont été trouvées sur le rocher de Béhistoun, à plus de 150 mètres au-dessus de la plaine, dans les ruines de Persépolis, sur le tombeau du roi à Nakh-i-Roustem, à Suse, au mont Elvend et au canal de Suez.
Quelques courtes légendes, sur des vases de pierre, sont quadrilmgues et comportent un texte égyptien.
L’ART. — L’ art perse est composite; ses éléments sont empruntés à la Babylonie, à l’Égypte, à la Grèce même. Les principaux monuments qui nous en sont parvenus sont les palais ruinés de Suse et de Persépolis et des sculptures rupestres.
Le palais perse est bâti en pierres, sur une terrasse à laquelle on accède par une rampe; il ne comporte pas d’étages. Il renferme de nombreuses salles, dont les toitures reposent sur des colonnes élancées, parfois hautes de 20 mètres et surmontées de chapiteaux qui, dans le palais d’Artaxerxès Mnémon, à Suse, se terminent par des protomes de taureaux accolés.
Comme à Babylone, les toitures sont en bois précieux et revêtues de métal brillant. Les frontons des portes rappellent ceux des portes égyptiennes. La décoration extérieure s’inspire de l’art néo-babylonien. Des frises de lions, d’archers ou de plantes, des luttes d’animaux, des théories de serviteurs, l’adoration de l’arbre sacré ou du disque ailé d’Ahouramazda, y sont représentés en bas-reliefs de briques émaillées. Le musée du Louvre possède des panneaux d’archers et de lions provenant de Suse.
La sculpture s’inspire surtout de l’art assyrien. Le plus important bas-rehef, celui de Béhistoun, représente le triomphe de Darius, au début de son règne, sur les révoltés.
Taillée en plein roc, la tombe royale est traitée de la même manière; élevée au-dessus du sol, sans escalier ni rampe pour y accéder, elle présente une façade sculptée formant portique surmonté d’un bas-rehef où le roi, en présence d’Ahoura-mazda, se tient devant un autel du feu sur une haute estrade que, de leurs bras tendus, soutiennent deux rangées de vassaux.
ROLE DE LA PERSE DANS L’HISTOIRE DE LA CIVILISATION. — Établis tardivement auprès de l’Élam, les Perses ont subi l’influence de la civilisation susienne et surtout celle de l’Assyrie, plus tard celle de la Grèce. S’ils ont beaucoup emprunté, ils ont su adapter les emprunts à leur génie particulier et être originaux.
Pendant plus de deux mille ans, l’écriture cunéiforme était restée aussi compliquée qu’à l’origine ; ils la simplifièrent au point d’en faire dériver, pour exprimer les sons de leur langue propre, un syllabaire comprenant seulement une quarantaine de signes.
Les Sargonides avaient tenté une organisation des pays soumis
à leur sceptre; les Perses la réalisèrent magnifiquement par l’établissement des satrapies. En Asie Mineure, ils trouvèrent en usage un excellent moyen de faciliter les échanges : la monnaie; ils l’adoptèrent, le développèrent, tentèrent de le propager.
En architecture, ils s’inspirèrent de l’art assyrien par la multiplication des bas-reliefs, de l’art grec dans des palais en pierre aux nombreuses colonnes, même de l’art égyptien dans la disposition et l’ornementation des portes. Mais ils se montrèrent à peu près réfractaires aux influences étrangères pour tout ce qui est l’essence même de leur civilisation : la religion, les coutumes, les usages.
L’ASIE A LA CHUTE DE L’EM¬ PIRE PERSE. — La conquête macédonienne a fait passer l’Orient asiatique tout entier sous la domination d’Alexandre. Suse demeure une ville importante. Les Kassites, toujours cantonnés dans les montagnes du Zagros, continuent leurs pillages. Les anciens Ourartiens, refoulés vers le nord, se sont fondus parmi les populations du Caucase et ont été remplacés par les Arméniens, sortis de Phrygie vers la fin du Vll*^ siècle. Sur le plateau anatohen, à la place des Hittites, sont maintenant deux royaumes, celui de Cappadoce et celui du Pont, gouvernés par des princes apparentés aux Achéménides. En Syrie, Hamath et Damas ont perdu leur éclat; les villes phéniciennes sont ruinées et n’ont plus de colonies; leur puissance a été définitivement détruite par les Grecs, et Carthage a recueilli leur hégémonie dans la Méditerranée occidentale; Juda n’a plus de rois; il tente de se reconstituer et renoue ses traditions religieuses sous l’influence prépondérante de ses grands prêtres. Sur les bords du Tigre, on a oublié jusqu’au nom, jusqu’au site de Ninive; Kalah est dépeuplée; Assur, en partie rebâtie, vit de commerce et d’agriculture.
L’antique civilisation babylonienne, qui a rayonné sur tant de peuples divers, subsiste et tente de relever son prestige. Babylone est toujours un centre important de commerce et l’une des capitales de l’Asie; mais le temple de Mardouk et sa ziggourat sont à jamais ruinés.
Dans les collèges sacerdotaux on entretient les anciennes traditions, on copie fidèlement les vieux rituels, et nous devons aux soins pieux des devins d’Ourouk, contemporains des Séleucides, la connaissance de documents inestimables.