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III. LA DÉMOCRATIE ATHÉNIENNE

LES PARTIS. — La guerre nationale eut une influence très nette sur les institutions athéniennes : tous les concours étant nécessaires, elle fit rappeler les bannis, mêla les couches diverses de la population et, par le développement de l’infanterie et de la flotte, releva la situation des classes moyennes et inférieures; elle fit tomber, dans la malencontreuse expédition d’Égypte, nombre d’aristocrates. Sur la mer policée, la marine marchande prit un essor qui entraîna l’avilissement de l’argent; dès lors, chaque cens ayant été fixé ne oarielur, il y eut une montée incessante dans l’ordre social ; beaucoup de pauvres, du reste, étaient partis pour quelque clérouchie lointaine. Enfin, l’activité commerciale concentra davantage les habitants dans les villes, où s’oubliaient [dus vite les vieilles traditions.

Il y eut d’abord deux grands partis : aristocratique (Aristide, puis Cimon), démocratique (Éphialte, puis Périclès). Ils s’entendaient sur le maintien de la constitution, mais se divisaient sur la pratique du gouvernement : le jrremier voulait une classe dirigeante cont.rôh'f, l’autre la participation de tous. Éphialte arrivé au pouvoir (46 3), l’Aréopage vit réduire ses attributions iiolitiques et l’archontat e recruta plus seulement parmi les riches. Il ne

LES MAGISTRATS. — Ce n’étaient que des délégués, nullement des « fonctionnaires ». Le pouvoir exécutif était compris de façon à y faire participer un grand nombre de citoyens, en général pour un an et sans itération; il y avait une foule de fonctions, peu absorbantes, n’exigeant guère de compétence. Les titulaires subissaient la docimasie à l’entrée, rendaient leurs comptes à la sortie; ils ne pouvaient guère prendre un ascendant abusif, vu le principe de la collégialité et le tirage au sort, qui souffrait peu d’exceptions. Les archontes y présidaient : un vase renfermait les noms des candidats, un second des fèves de diverses couleurs; était proclamé le nom qui sortait en même temps qu’une fève blanche. Les archontes, longtemps seuls chefs du gouvernement, n’ont plus guère, passé le milieu du V® siècle, que des attributions religieuses et judiciaires. Sortis de charge, ils entrent à l’Aréopage et gardent ainsi une autorité morale. Leurs pouvoirs se sont émiettés, transmis à de nouveaux magistrats dont les noms précisent les attributions. On élit souvent des commissaires spéciaux pour un objet déterminé exigeant quelque savoir technique. Élus aussi sont les dix stratèges, qui, ]reu à peu, de chefs militaires devinrent les vrais remplaçants des archontes, avec un pouvoir assez général et indéfiniment renouvelable. Les autres ne faisaient que passer; on évitait ainsi la routine administrative. La tradition la remplacera longtemps; mais

DES GUERRES MÈDIQUES A L'HEGEMONIE MACEDONIENNE — 67

l’esprit public finit par se détacher de celle-ci, tourna au mouvement perpétuel, sous l’influence des orateurs. En somme, les maîtres de l’État étaient trente à quarante mille petits commerçants ou artisans, possédant, par bonheur, une culture relative et une intelligence aiguisée.

LA JUSTICE. — Sa valeur originelle, toute religieuse, s’est effacée; le formalisme ne persiste que par l’Aréopage et les éphètes, qui jugent quelques affaires spéciales, des variétés d’homicides ou de violences. Les Athéniens étaient processifs ; les juridictions pullulaient et les codes n’étaient qu’un amalgame de dispositions d’âges très divers.

Chaque magistrat punissait les infractions légères dans la sphère de son autorité, ou bien il mettait la justice en mouvement : dix astynomes faisaient la police des rues, dix agoranomes celle des marchés; des juges itinérants dans toute l’Attique tranchaient les contestations portant sur moins de dix drachmes. Il existait aussi une centaine d’arbitres publics, les diétètes.

Toutefois, la plupart des causes étaient déférées aux héhastes, grand jury populaire de 6 000 citoyens tirés au sort, divisé en dix groupes; chaque groupe, toujours impair, de 201 à 2 501 juges, était présidé par le magistrat enquêteur.

Pas de ministère public, même dans une action publique (ypap/i); le dénonciateur reçoit une part des biens du condamné, d’où l’industrie des « sycophantes », mais il paie une amende si l’acquittement est prononcé par plus de quatre suffrages sur cinq. C’est l’ekklésia qui autorise la poursuite, fixe le point de droit et la peine; les héliastes tranchent la question de fait. Dans une cause privée (oix-ç), après assignation, essai préliminaire de conciliation devant un arbitre, l’instruction commence et le jury est convoqué. Pas d’avocats, mais on peut lire un plaidoyer préparé par un logographe; les jurés votent par cailloux blancs ou noirs. L’appel n’est admis que pour absence ou faux témoignage. Système assez simple, en somme, et offrant des garanties d’impartialité.

LES FINANCES. — C’est un des services les plus médiocrement gérés à Athènes — et chez les Grecs en général. Le contrôle est étroit vis-à-vis des comptables, mais il n’y a pas de spécialistes chez eux. Parmi les recettes ordinaires, les revenus fixes comprennent : produits du domaine, octrois, douanes, patentes, impôt sur les étrangers (aîxo.'xtov), tributs des cités alliées; et les revenus variables, frais de justice, amendes et confiscations. Les recettes exceptionnelles surgissent en guerre : dons volontaires, souscriptions publiques, butin, parfois une sorte d’impôt foncier (eh'-^opy.) proportionné à la fortune. Les charges de l’État sont allégées par des liturgies, imposées aux riches ; chorégie ou fourniture d’un chœur de théâtre, gymnasiarchie, organisation de certains jeux; hestiasis, repas offert à la tribu ; triérarchie ou équipement d’un vaisseau de guerre. Le citoyen désigné par un magistrat pour y pourvoir peut en indiquer lui-même un plus riche, et, si celui-ci proteste, lui proposer l’échange des fortunes {aniidosis) . D’ailleurs, beaucoup se résignent et même font grand, par vanité.

Les dépenses courantes étaient relativement faibles : jetons de présence à l’assemblée, aux tribunaux, aux fêtes publiques, mais les dépenses de luxe fort lourdes et les voies et moyens déplorables : pas d’unité budgétaire; une recette donnée pour une dépense donnée; des expédients journaliers, des emprunts aux trésors sacrés ; tout concourait à obscurcir la situation ; 1 or perse 1 a plus d une fois améliorée, mais à quel prix!

L’ARMÉE. — Tous les citoyens doivent le service militaire, en cas de nécessité. Inscrit sur le registre du dème à dix-huit ans, l’Athénien était appelable jusqu à soixante; mais, sauf le cas de grave danger, on ne levait qu’une partie du contingent. En outre, au IV® siècle, on enrôle souvent des mercenaires.

Les chefs ne sont point des « officiers de carrière », mais des magistrats comme les autres, élus à la faveur politique; renonçant

bientôt au commandement alternatif, le peuple désigna parmi les stratèges le généralissime, assisté des taxiarques, hipparques, phylarques et lochages. Groupés par tribu, les hommes servaient dans telle arme, selon leur fortune : les trois classes supérieures étaient versées dans la grosse infanterie des hoplites; chacun se procurait une tunique, un casque de cuir (plus tard de métal) , une cuirasse faite de deux plaques d’airain, des cnémides ou jambières, un bouclier en peaux de bœuf superposées, une lance à deux pointes, une épée droite à deux tranchants, avec poignard et couteau. Le tout était porté, dans les marches, par des valets ou des chariots.

Les troupes légères, recrutées parmi les thètes, métèques, esclaves ou étrangers, sans armes défensives, maniaient le javelot, l’arc ou la fronde. La cavalerie, peu nombreuse, sans étriers ni selle, fournissait des vedettes, des éclaireurs, un élément de poursuite.

Périclès fit établir une solde régulière, mais qui varia beaucoup. L’Athénien était un bon soldat, intelligent, courageux, manquant parfois de discipline, très supérieur aux Spartiates dans la guerre de sièges. L’éducation du militaire se confondait avec celle du citoyen, avait pour bases le patriotisme et l’entraînement physique. Ce dernier trait distinguait l’Hellène du barbare, qui ne s’entraînait pas méthodiquement et s’étonnait des exercices que les Hellènes exécutaient dans un état de nudité complète, d’où le nom de gymnastique. A cette éducation, on s’accoutumait déjà à douze ans dans des palestres privées; à dix-huit ans commençait l’apprentissage des armes, lors de l’entrée dans l’éphébie.

L’ÉPHÉBIE. — L’institution était très générale; c’est à Athènes au’on peut le mieux l’étudier, mais nous ne savons pas à quelle époque elle remonte.

L’éphèbe est citoyen ; son premier acte est de prononcer le célèbre serment de vaillance et de fidélité à la patrie. Pendant un an, il fréquente un des trois grands gymnases, l’Académie, le Lycée, le Cynosarge, y pratique le saut, la course, la lutte, l’équitation, le maniement des armes, la manœuvre en pelotons. En outre, il y étudie les poètes, il apprend la musique, trouve même le temps de s’attacher à un rhéteur ou d’écouter Socrate aux carrefours. Quand s’ouvre la deuxième année, les éphèbes défilent devant le peuple en guerre, ils poursuivent leurs exercices en rase campagne, tiennent garnison dans les places fortes, font un service de gendarmerie. Enfin, ils sont passés en revue par la boulé et les magistrats et ne se séparent pas sans avoir fait graver la liste de leur promotion, avec un décret de remerciement ou d’éloge pour un maître vénéré.

C’est une éducation très libérale, variée, exaltant et développant l’initiative individuelle; la tactique repose sur le principe de la « file » : tous les combattants sont disposés l’un derrière l’autre, le plus brave en tête ; les autres le suivent aveuglément. Institution admira-

PÉRICLEs (British Muséum), avec le casque corinthien relevé. — Type idéalisé, mais qui répond parfaitement à ce que nous savons de cette personnalité. Cl. Mansell.

Tête de BÉNÉVENT (Louvre), fragment d'une statue de bronze. — La couronne d'olivier sauvage qui ceint le front désmne, probablement. un vainqueur aux jeux dOlympie; beau

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LA GRECE

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