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IL LES GUERRES MÉDIQUES

On les dirait plus justement persiques, un empire perse s’étant de longue date substitué à celui des Mèdes. Nous n’avons sur elles que le récit des Grecs, avantageux, peu enclins au scrupule; Hérodote en était des moins dépourvus, mais il ne fut pas témoin des événements; la tradition consignée par lui et dans plusieurs Pies de Plutarque doit être exacte dans les grandes lignes; pour le détail des événements, l’imagination hellénique se sera donné carrière. Les causes, caractéristiques et conséquences nous importent principalement ; un résumé succinct suffira. Le développement menaçant des cités grecques, en bordure des vieilles monarchies, allait donner une forme belliqueuse à l’instinct de conservation; la Perse ne tarda pas à mettre la main sur l’Ionie, à lui imposer des tyrans qui ne relevaient que du satrape.

Quant à la Grèce propre, le Grand Roi l’eût envahie vingt ans plus tôt, s’il avait cédé davantage aux intrigues des Hellènes établis dans ses États; il devait constater ensuite les désaccords de ville à ville et au sein même des cités. Après la révolte de l’Ionie, domptée en 500, une première expédition de Mardonios, gendre de Darius, échoua lamentablement (493) ; une deuxième obtint la soumission rapide des îles, mais avorta près d’Athènes, abandonnée à elle-même par Lacédémone, dans la plaine de Marathon (490) . Puis Xerxès, poussé encore par des Grecs, fit de vastes préparatifs et mit en marche (480) une flotte nombreuse et une armée à propos de laquelle on prononçait des chiffres fantastiques. Horde hétéroclite, bigarrée par les costumes, les armes et les idiomes, et comprenant aussi des Hellènes traîtres à la cause; d’autres gardaient la neutralité. Il y eut cependant des cités qui oublièrent presque leurs rancunes et que souleva un grand souffle patriotique; 31 États se liguèrent sous la direction de Sparte et l’ins¬

piration d Athènes, qui eut l’abnégation de renoncer d’abord au commandement suprême. Grâce à un véritable esprit de croisade, les coalisés allèrent de succès en succès, passé l’héroïque épisode des Thermopyles. Il en coûta à la Grèce bien des ravages, à Athènes la ruine de l’Acropole et l’incendie de la basse ville.

Mais tel était le péril que ce souvenir s’estompe et que tout disparaît devant la fin glorieuse, qui semble providentielle : le Grand Roi humilié, sa flotte anéantie à l’Artémision, à Salamine, à Mycale, son armée de terre à Platées (479) ; ses alliés les Carthaginois taillés en pièces près d’Himère par Gélon de Syracuse. Sur mer, la chance s’en mêla; Xerxès fut naïvement dupe des confidences traîtresses. Mais, outre la supériorité stratégique, d’autres causes rendent compte de ce triomphe : l’armée perse, sans cohésion, gênée par ses chars et ses cavaliers, ne valait que par ses archers qui se trouvaient sans armes défensives contre la masse serrée et cuirassée des hoplites. Les envahisseurs, sans enthousiasme, esclaves sous le fouet, se heurtaient à des citoyens égaux sous des chefs élus qui s’appelaient Miltiade, Léonidas, Thémistocle, Pausanias; autant de noms étrangement évocateurs.

Couverts entre tous de gloire, et de ruines, les Athéniens se mirent aussitôt à restaurer leur ville, sous le regard malveillant de Sparte, inquiète déjà de leur relèvement. L’antique et instinctive antipathie s’était réveillée et recommençait de produire ses conséquences, alors qu’il eût fallu maintenir l’union. Car les guerres médiques, non point finies, n’avaient que changé de caractère : la Grèce prenait l’offensive au lieu de la subir. Ce qui demeurait, c’étaient les intrigues helléniques à la cour de Perse : le roi de Sparte, Pausanias, s’y laissa éblouir et troubler au point de trahir sa patrie; les éphores finirent par le supprimer; Thémistocle ensuite, frappé d’ostracisme, vint, après des aventures romanesques, se réfugier auprès du Grand Roi et fut désormais son familier.

Entre temps, l’empire d’Athènes s’était constitué, presque spontanément, sur les conseils d’Aristide; une ligue permanente des Hellènes contre la Perse se forma et les confédérés donnèrent l’autorité suprême au chef des escadres attiques. Aristide reçut les envoyés, régla les conditions de l’entente : les alliés fourniraient

Les Thermopyles. — Défilé de 6 kilomètres entre le golfe d’Eubée et les hauteurs de Locride. Ici l'extrémité ouvrant sur la plaine de Lamia. maintenant élargie par les alluvions. Mais l’aspect n'a pas dû changer depuis les guerres médiques; on reconnaît sur le terrain les positions décrites par Hérodote. Cl. Hoissonnas.

LA GKLCL

La tribune aux harangues (Athènes), sur la Pnyx, local de l’Elcklésia jusqu'au milieu du V® siècle. — Une plateforme à degrés est entaillée dans le rocher, le fond occupé par un cube de pierre, qui est l'autel de Zeus Agoraios, patron des orateurs. De l’estrade à trois marches ont parlé Aristide, Thémistocle, Périclès, et bien d’autres. Cl . Boisso.-i.NAs.

de l’argent ou des navires, et Athènes centraliserait à Délos les sommes versées, commanderait les forces ainsi réunies. Cimon, fils de Miltiade, remporta ainsi des succès et notamment détruisit la flotte phénicienne que la Perse avait enrôlée (465) . Mais l’union était difficile à sauvegarder, le gros danger passé. Il y eut des infidélités au pacte, des conflits ; Athènes jugea que le trésor général n’était pas en sûreté à Délos; on le transporta en Attique. Par suite, les Alliés n’étaient plus que des sujets, des tributaires, nombreux au surplus (près de 300 villes) ; Athènes, grisée par cette situation éminente, en éprouva quelque vertige et traita avec hauteur les fédérés, déterminant leurs contributions, intervenant à sa guise entre les partis. Démocratique chez elle, elle était impériale au dehors et ne se maintenait que par un vaste déploiement de forces, entretenues par d’autres. Elle multiplia les imprudences, ne sut prendre vis-à-vis de Sparte un parti accepté de tous, s’efforça vainement d’enlever à la Perse Cypre et l’Égypte, où elle subit un grave désastre. Elle signa, semble-t-il, avec le Grand Roi un traité qu’on appela plus tard à tort la paix de Cimon. La Perse renonçait à toute intervention dans l’Archipel; en fait, les difficultés devaient reprendre bientôt.

restait après cela qu’à rétribuer l’accomplissement des devoirs publics :

on indemnisa les juges, les assistants à certaines fêtes, plus tard tous ceux qui venaient à l’Assemblée. C’est à peu près la seule innovation de Périclès, qui remplaça Éphialte assassiné (461). Périclès est la figure la plus représentative, malgré ses contrastes, de la démocratie athénienne.

Grand seigneur, il dirigeait le parti populaire, sans autre titre officiel que celui de stratège; éloquent, il parlait rarement ; simple de goûts, modeste d’allures, il voulait le plus grand luxe dans la cité; pour les arts, il dépensa largement, sans compromettre la réserve de guerre. Estimé, mais combattu, il ne se départit jamais d’une sereine modération, même dans l’adversité qui l’atteignit à la fin (429) . Avec lui, la démocratie athénienne prend sa physionomie presque définitive; il n’y aura plus que des bouleversements momentanés, sous la pression étrangère.

Il n’y a même plus de parti aristocratique véritable; deux factions démocratiques s’opposent, dont une est dirigée par des hâbleurs, qui flattent la populace et en paient les faveurs sur le trésor public.

LES ASSEMBLÉES. — La

Boulé comprenait cinq cents membres de plus de trente ans, tirés au sort chaque année et qui avaient subi la docimasie ou examen préalable. Héritière de l’Aréopage, elle fut à la fois conseil d’État, commission du budget, cour des comptes, haute cour de justice; mais surtout elle préparait par ses avis préalables les décisions de l’assemblée du peuple.

Celle-ci, Vekklésia, était maîtresse souveraine de l’État. Tout citoyen y pouvait assister; les pauvres y vinrent de plus en plus, à cause du jeton de présence. Elle se réunissait très souvent e.t en plein air, était présidée au V® siècle par Vépislate ou président des prytanes, renouvelé tous les jours, au IV® par neuf proèdres tirés au sort dans les neuf tribus qui n’avaient pas la prytanie. Des archers scythes y maintenaient le bon ordre. Après une cérémonie lustrale, le héraut lisait les propositions de la boulé. Les orateurs, classés par rang d’âge, discutaient, proposaient des contre-projets ou des amendements; on votait d’ordinaire à main levée, mais les élections se faisaient au scrutin. Les décisions prises étaient généralement des décrets d’application particulière, les lois proprement dites restant soumises à une procédure très compliquée, et une décision illégale exposant celui qui l’avait proposée à une grave accusation en justice.

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