DU PÉLOPONNÈSE
Cette longue guerre est comme le symbole du déclin progressif de la grandeur hellénique; guerre moins de deux races que de deux principes ; il existait partout un parti oligarchique dévoué à Sparte et un parti démocratique favorable aux Athéniens. Avant la rupture, il y eut comme une gêne dans les relations, une sorte de susceptibilité jalouse. Une ligue des villes oligarchiques se forma contre la fédération athénienne, mais une paix trentenaire fut d’abord conclue (-446) ; les deux cités hésitaient à s’engager à fond. Compromis instable; Sparte voyait avec crainte la puissance croissante d’Athènes, et celle-ci manquait de modération : créant plus qu’elle ne consommait, elle cherchait partout des débouchés, des alliances, car son budget, militaire ou socialiste, exigeait une incessante augmentation de revenus.
On sait l’épisode — — démêlé de Corcyre avec Corinthe — qui déclencha, en 431, la
OlYMPIE. — Ruines des trésors, petites chapelles où divers peuples avaient enfermé leurs offrandes à Zeus. Un des paysages les plus charmants de la Grèce, d’une douceur apaisée, où la chaude lumière est tamisée par les frondaisons.
: L Bois.,osnas.
seil administrait le domaine du dieu, dirigeait les jeux et cérémonies, puis il devint une sorte d’arbitre entre les villes alliées. Bien que gênée dans son action par des susceptibilités particulières, 1 amphictyonie eut cependant assez de crédit pour déchaîner des guerres sacrées, et certains États voulurent accaparer à leur profit ce genre d’influence, mais la tendance au morcellement prévalut. Les règlements amphictyoniques prévoj’aient au moins des trêves sacrées qui assuraient, avec des mois de paix, la sécurité des récoltes, des voyages, des pèlerinages aux grands sanctuaires; on atténua ainsi le primitif droit de la guerre, adouci en outre par les lois de la parenté, de l’amitié ou de l’hospitalité; en fait, il finit par s’établir, du moins entre Grecs, une sorte de droit des gens; mais encore à la fin du siècle on voyait trop fréquemment des vaincus massacrés ou réduits en esclavage. En cas de guerre indécise, ou quand tout le monde était las, on concluait un traité de paix, même d’alliance, dont la signature et la ratification s’accompagnaient de cérémonies religieuses, d’un serment mutuel, renouvelé périodiquement, et le texte juré était gravé sur des stèles et déposé dans les grands sanctuaires panhelléniques.
Les relations individuelles étaient favorisées par des conventions de commerce et de justice, réglant les procès entre étrangers, accordant quelques avantages réciproques sur les marchés. Les Grecs n’étaient point libéraux de nature à l’égard des métèques, mais ils admettaient volontiers le « donnant, donnant ». Afin de remédier à la multiplicité des monnaies, on adopta peu à peu, pour le négoce international, les espèces de quelques grands États ; dariques, statères de Cyzique, tétradrachmes d’Athènes, plus tard statères de Rhodes et philippes d’or.
Pour la protection des voyageurs ou résidents à l’étranger, les Grecs n’ont point songé à la solution de nos consulats; toute ambassade était pour eux temporaire. Mais, de l’hospitalité privée, on passa à l’hospitalité publique : une cité choisissait chez sa voisine un homme influent, lui conférait des privilèges; il patronnait en retour les citoyens de la ville qui l’avait fait proxène; les véritables bienfaiteurs pouvaient encore recevoir le droit de cité. Des villes accordèrent à tous les citoyens d’une autre le droit d’union par mariage (épigamie) , ou tous les droits civils (hopolitie) , politiques même (sympolitie) . Mais le principal élément d’union, ce furent les grands jeux internationaux, célébrés principalement dans des pays « sacrés » et neutres, car ç’eût été trop qu’un tel prestige ajouté à la force. La puissance de Corinthe et d’Argos fit que les jeux Isthmiques et Néméens furent moins fréquentés que les Pythiques de Delphes et surtout les Olympiques, revenant tous les quatre ans; fêtes religieuses dirigées par des prêtres, accompagnées de trêves inviolables. Chaque État s’y faisait représenter par une « théorie » officielle, les juges portaient le nom symbolique d’hellanodices. Rivaux, adversaires même, y éprouvaient les mêmes joies élevées, les mêmes enthousiasmes; ce furent vraiment les assises de la race grecque.