‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 75 sur 344 · IV. MŒURS ET USAGES · texte numérisé non relu

IV. MŒURS ET USAGES

A LA MAISON. — La femme seule habite vraiment son intérieur, et nombreux sont les devoirs de maîtresse de maison. Dans les familles riches, c’est tout un monde à gouverner : enfants, suivantes et esclaves, animaux domestiques. Les stèles et les vases jiemts montrent aussi la ménagère mettant la main à la beigne, puis passant les heures de loi- .^ir en jeux innocents ou s’abandonnant à la coquetterie, ouvrant son ; offret, maniant les bijoux, consultant

Hom.MACE au tombeau : une stèle surmontée d’un vase. — La femme assise n’est pas la morte, mais une parente, car on voit contre la stèle I attirail d'un gymnaste (flacon à huile, strigile) ; sur les marches, vase à parfums, lécythe. grenade, bandelette; deux jeunes gens offrent à leur camarade, l’un une couronne, l autre une libation. Cl. iiiRAn.i.N

son miroir, usant des fards et des parfums, échafaudant sa cotffure.

La famille se trouvait souvent réunie pour l’un des trois repas ti'es simples du jour : au lever, on trempait du pain dans du vin ; à midi, repas chaud; un troisième à la tombée de la nuit, que le citoyen prenait plus volontiers hors de chez lui, dans quelque association purement masculine, ou chez une courtisane, un ami. On invitait sans façons, à l’improviste, et on admettait qu’un convié amenât ses amis : d’où l’industrie des parasites, gens besogneux et plats flatteurs, mais amusants. Parés et parfumés, les invités arrivaient à leur heure, accompagnés chacun d’un esclave. Ils s’étendaient sur des lits, par très petits groupes, devant des tables où ils se servaient eux-mêmes. Alimentation variée et compliquée, due souvent à un esclave cuisinier — il y en avait de réputés. Aucun règlement somptuaire ne put modérer ce luxe. Pour beaucoup, le festin ne commençait vraiment qu’au dessert, dit symposion, parce qu’on buvait beaucoup; les beuveries étaient accompagnées de libations en l’honneur des dieux, de chants, de jeux divers, égayées d’intermèdes qu’exécutaient des musiciens, danseurs, jongleurs, bouffons, ou encore des femmes légères, aux voiles transparents, acrobates, joueuses de flûte. Dans les fumées de l’ivresse, trop de jeunes gens glissaient à la vile débauche; mais quand à un symposion se rencontraient un Aristophane, un Agathon, un Socrate, les choses de l’art et de la pensée éliminaient peu à peu les bouffonneries.

A LA CAMPAGNE. — La cité était un centre politique, mais la plupart des habitants résidaient dans des bourgs; en Élide, l’aristocratie même se cantonnait aux champs, et en Attique, au V"’ siècle, la vieille noblesse vivait encore sur ses terres, dans de vastes villas. Le paysan, tout à sa tâche pendant les belles saisons, trouvait en hiver quelque liberté pour la poursuite du gibier. La situation sociale des villageois variait suivant les régions : en pays doriens, beaucoup étaient tombés au rang de serfs de la glèbe; en Attique, ils étaient politiquement assimilés aux citadins, jouissant au surplus, dans le dème, d’une administration communale. Ce monde rustique restait fidèle à ses cultes spéciaux, naturistes, aux Nymphes, aux Dryades, à Pan, et aux fêtes innocentes qui suivaient le dur travail des champs.

EN VOYAGE. — Marchands, ambassadeurs, artistes, philosophes, recrues, mercenaires, pèlerins, simples touristes, les Grecs ont eu de tout temps la passion des voyages, qui pourtant étaient longs et rudes : pays accidenté, mauvais chemins, torrents sans ponts, détroits houleux. On s équipait contre les nuits fraîches, les rôdeurs et les chiens; il fallait des monnaies à large cours, tout un fourniment, même un ht; les épaules d’un esclave n’étaient point de trop. Le moyen commode, rapide et agréable, c était, SI possible, le voyage en bateau. Sur terre, les notables allaient dans des carrioles à deux roues suivant les rainures creusées dans le roc, ou montaient à poil une bête munie d’un licou. Mais la plupart se déplaçaient à pied, souvent par habitude et par goût; il leur semblait très naturel d’aller ainsi d’Athènes à Olympie, contents d’une halte auprès de quelque source, d’un déjeuner hâtif suivi d’une courte sieste et d’un abri offert le soir, après une bonne causerie, par un hôte improvisé. On n’ouvrit qu’à la basse époque des auberges, du reste mal famées. Mais les relations d’hospitalité unissaient, autant que les villes, les familles et les individus; on se faisait reconnaître à l’aide de signes convenus, symboles, jetons, anneaux; au besoin, le proxène recommandait ou accueillait chez lui le voyageur. Proxène lui-même, celuici n’avait qu’à se présenter aux magistrats. Au pis aller, un inconnu ouvrait sa porte, curieux d’entendre les récits, habituellement enjolivés, d’un congénère locjuace et expansif.

EN VILLE, HORS DU LOGIS. — L’homme, en Grèce, habite peu chez lui. Dès le matin il sort, court au salon de coiffure. La façon de « s’accommoder » varia avec les temps : la mode primitive comportait un simple collier de barbe sans moustaches; à Athènes, on la laissa bientôt pousser plus librement, mais soignée, bouclée; les efféminés se mirent à se raser, s’épiler même; les faces glabres se multiplient après Alexandre. Le port des cheveux dépendait du caprice individuel. Au reste, on allait chez le coiffeur surtout pour apprendre les nouvelles, qui s’y répandaient, ainsi qu’aux établissements de bains. Les Grecs se baignaient beaucoup, à cause de la poussière, et se faisaient ensuite frotter d’huile pour assouplir les membres, puis passaient dans une salle de conférences attenante ou un gymnase. Après une tournée chez des amis, au tribunal, le citadin rentre chez lui pour la collation et la sieste, et repart quand le soleil est devenu moins lourd. Le quartier le plus vivant, c’est l’agora et ses portiques. C’est aussi le plus luxueux; jusque vers la fin du siècle, les villes restèrent assez misérables. Revenu des temples et de la grand’place, on se perdait dans des ruelles tortueuses, rarement pavées, non éclairées, mal nettoyées. Puis Hippodamos de Milet améliora les plans des villes, les fit assainir et alimenter d’eau courante; mais les cités nouvelles surtout profitèrent de ces améliorations.

LA MALADIE ET LA MORT. — La Grèce est la mère de la médecine. Mais celle-ci n’a d’abord procédé que par formules magiques et incantations. Ensuite naquit la méthode empirique, dans les temples d’Asklépios, généralement situés hors des villes, dans des lieux salubres et pourvus d’eau en abondance. Les prêtres traduisaient aux malades les ordres du dieu; à force d’en voir, ils acquéraient de l’expérience ; ainsi se forma une véritable école, d’où sortit Hippocrate, créateur au siècle de la médecine rationnelle, science expérimentale, qui réglait la thérapeutique sur le tempérament individuel. Mais la médecine sacerdotale demeura la préférée des petites gens et des femmes. Quand la magie restait inefficace, on allait prier et sacrifier chez Asklépios, puis attendre un songe que le prêtre expliquait. Il y eut aussi une médecine laïque, une véritable assistance publique : des praticiens, fonction¬

StÈLE d'AmENOCLEIA (1V" siècle), du Pirée (musée d'Athènes). — La voilà rentrant encore chez elle ; une servante la déchausse: une autre apporte le coffret : elle va se parer. L’exécution, très ordinaire, est rachetée par la profondeur du sentiment. Cl. Uir.mdon.

Stèle d'Orchomène (fin du VI'' siècle, musée d Athènes). — Sculptée par Alxénor de Naxos.

Le défunt tend une sautere.le à son chien familier, i'l. Alixaki.

« Banquet funèbre ». — Sur un ht de parade, le mort héroïsé, servi par sa femme et un esclave et visité par un proche. Rappel des banquets anniversaires sur le tombeau, pour entretenir la vie à demi matérielle du défunt. cT.. linijlish Ph"'. c.;.

naires de l’État, donnaient des soins en principe gratuits. Les riches pouvaient encore recourir à des médecins privés, auxquels Hippocrate avait dicté un très noble serment.

Dès qu’une personne a expiré, on lui glisse entre les dents une monnaie, l’obole à Charon, prix du passage dans la barque infernale; les parents lavent et parfument le mort, l’habillent de blanc, le couronnent. Les visiteurs, en sortant, se purifient de la souillure du cadavre, en utilisant l’eau du vase placé au seuil de la maison. Le lendemain, dans le vestibule, a heu la prothésis, l’exposition du mort, autour duquel se lamentent des pleureuses à gages. Le surlendemain, c’est Vekphora, les obsèques, avant l’aurore, pour ne pas infliger un spectacle impur au soleil. En tête du convoi, les pleureuses et joueurs de flûte; les parents et amis, cheveux ras, portent tour à tour le brancard; puis les parentes, seules femmes admises au cortège. Habituellement, le mort est enseveli dans une bière; quelquefois, on le brûle sur un bûcher et l’on recueille les ossements dans une urne. Celle-ci, ou le cercueil, descend dans la sépulture de famille. On verse des libations, puis on se réunit au banquet des funérailles; les troisième, neuvième, trentième jours, c’est au mort qu’on sert un repas; on frotte d’huile la stèle funéraire, dont on renouvelle les bandelettes et les couronnes. Et les proches reviennent à l’existence d’autrefois.

Pourtant le mort continue de vivre avec les siens. Anciennement, on creusait la tombe sous l’habitation, ou à côté ; plus tard, la loi défendit d’enterrer dans les villes; les tombeaux s’alignèrent dans les faubourgs. Sur le sol, un monument (cçaa) indique la présence d une tombe, table de pierre, colonne, pyramide, stèle, vase ou chapelle, dont les reliefs représentent des banquets funèbres, des scènes d’offrandes. Pour rendre agréable cette demeure dernière, on y enferme tout un mobilier, à 1 image de ce qu’aimait le défunt. Souvent les inscriptions résument son existence, recommandent de veiller sur sa sépulture, appellent sur les profanateurs la vengeance divine ou la justice humaine. Les nécropoles avaient un aspect gai; c’était un but de promenade; les Grecs savaient mourir simijlemcnt, parce qu ils ne voyaient pas dans la mort une séparation.

Aux premiers temiis, tout le patrimoine passe au fils aîné, chargé de perpétuer le culte. Puis la transformation des moeurs entraîne celle de la loi : on partage entre héritiers du même degré, mais l’aîné conserve la maison paternelle; et l’on fait quelque place à la parenté pmles femmes. En ligne collatérale, préférence est donnée à la souche masculine. Des règles spéciales concernent la fille unique, dite épiclère (« ajoutée à l’héritage ») : estelle célibataire, le père dispose d’elle par testament, sans quoi la succession appartient au plus proche parent, qui doit épouser la fille; déjà marié, il devra divorcer. Même

Page 1