III. LA VIE ECONOMIQUE
Toutes les classes avaient leur rôle économique, mais dans des conditions fort différentes, car on distinguait rigoureusement, comme partout, la propriété foncière et la propriété mobilière. La première dérivait de la religion domestique : chaque famille ayant son tombeau, il lui fallait posséder à jamais le terrain où on l’avait placé, et, seuls admis au culte des ancêtres, les citoyens seuls pouvaient posséder la terre. De là aussi l’indivisibilité primitive du patrimoine et le droit d’aînesse, et l’influence politique attachée à la fortune territoriale. Celle des dieux constituait une abondante mainmorte, comme les propriétés des associations laïques.
Parmi les sources de richesse, les mines conservèrent toujours leur importance; celle de la propriété bâtie ne fit que croître; on éleva dans les grandes villes des maisons à plusieurs étages. Les
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farét: furent réduites par un déboisement croissant. Les pâturages ne couvraient qu’en quelques régions de vastes étendues; pourtant rélevage faisait toute la fortune de bien des petits centres habités, parce que, :i la vigne, l’olivier, le figuier prospéraient généralement, ie sol était d’ordinaire impropre à la culture des céréales.
La grande propriété, particulière aux sociétés aristocratiques, n’avait pas subsisté seule ; le morcellement se produisit en pays démocratique, en Attique notamment. Les bourgeois faisaient cultiver leurs terres par des esclaves ou des fermiers; les paysans exploitaient eux-mêmes leurs petits lots. Ces derniers, mécontents de leur sort, participèrent sans relâche aux mouvements de socialisme agraire : l’histoire intérieure des cités grecques n’est qu’une suite de spoliations. Finalement, une solidarité internationale des propriétaires favorisera les entreprises des Romains, qui partout se poseront en défenseurs de la propriété. Athènes et quelques cités ne furent que peu atteintes par cette crise, grâce à l’essor de la richesse mobilière.
Cette dernière, profitant des progrès de la navigation et des industries, grandit par la liberté : ici, point d’entraves ni de formalités pour personne. Les Grecs trouvaient chez eux l’argile, la pierre, quelques métaux; bois et laine leur arrivaient surtout par mer. Les artisans étaient souvent des esclaves, travaillant au compte de leurs maîtres, mais dans les industries d’art les hommes libres prédominaient, groupés en corporations par spécialités. Les Grecs ont déployé dans tous les genres leurs qualités natives : la sûreté de main, le sens artistique manifesté dans les objets les plus vulgaires: le soin du détail n’avait d’égal que l’harmonie de l’ensemble; l’hérédité fréquente des professions entretenait la tradition sans la figer. L’animation était intense à Athènes : les revendeurs, dans leurs minuscules échoppes mobiles, les marchands ambulants assourdissaient la foule de leurs cris gutturaux; sur l’agora, circulaient des inspecteurs, assurant le bon ordre et l’observation des règlements.
Inventeurs de la monnaie, les Grecs créèrent le commerce de l’argent, abandonné au libre jeu de l’offre et de la demande. Les premières et principales banques ont été les temples des dieux; mais il y avait beaucoup de banques privées; le banquier se postait à un coin de rue, derrière une petite table, d’où son nom de trapézite. Il se constitua de grandes maisons de crédit, qui eurent des comptes réguliers de dépôts, imaginèrent la lettre de change, la monnaie fiduciaire et le contrat d’assurance.
Le commerce le plus actif avait heu par mer; des lois restreignaient l’exportation, l’interdisaient pour certains produits.
Les sentiments des Grecs n’étaient point uniformes à l’égard de la vie active et des affaires : les sociétés aristocratiques affichaient leur mépris pour le mercantilisme; dans les démocraties, on poursuivait l’indigent inactif, on attirait les étrangers en renom pour leur habileté manuelle, on accordait de menues commodités aux commerçants. Les grosses fortunes n’étaient pas nombreuses, surtout à Athènes, ni durables ; on les jalousait, et l’Athénien inclinait au gaspillage. Les fortunes médiocres ou moyennes, qui dominaient, ont fait la force de cette cité; elles étaient nationales; les autres, étrangères.