‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 84 sur 344 · L ALEXANDRE LE GRAND · texte numérisé non relu

L ALEXANDRE LE GRAND

Nous abrégerons la courte histoire (336-323) de celui qui se présente en quelque sorte comme le dernier en date des « héros ». Lui-même en avait réuni les éléments par ses éphémérides et ses a'chives; de tout cela rien n’a survécu; il nous reste une tradition ■iinane.sque, toute orientée vers l’apothéose. Elle vante sa beauté, : .h nts, son charme, sa culture physique et intellectuelle, sans di; 'iiuler ses colères et scs brutalités dans les orgies.

= vait la décision de son père; le monde grec l’éprouva lorsque.

à la voix de Démosthène, il voulut entrer en rébellion contre le nouveau roi : lui, déconcerta ses adversaires par la rapidité de ses coups. Au faux bruit de sa mort, les Thébains avaient repris les armes; sommés de se rendre pour éviter l’effusion de sang, ils refusèrent: leur ville fut rasée, son territoire partagé, ses habitants vendus. L’épouvantable exemple fut une leçon définitive. Alors Alexandre put revenir au grand projet contre la Perse. Cet Empire était cinquante fols plus vaste, vingt fois plus peuplé que la Macédoine, extrêmement riche, alors qu’Alexandre était endetté. Mais il était gouverné par le harem et les eunuques; partout, des tendances séparatistes ; les satrapes réservaient au Grand Roi une fidélité plus douteuse encore que ses mercenaires grecs ou phéniciens.

Seuls ceux-ci tinrent bon à la jrremière rencontre, mais, débordés, ils furent massacrés, ou capturés et vendus comme esclaves pour avoir aidé les barbares contre toute la Grèce, « excepté les Lacédémoniens ». Un engagement de cavalerie, au Granique (334), avait déjà montré la supériorité des troupes montées macédoniennes; elles devaient triompher sans peine de la cohue pesante et sans mobilité que iioussait devant lui Darius Codoman. Alexandre s’empara, généralement sans coup férir, de toute l’Asie Mineure occidentale, et fonça sur le nord de la Syrie, où le roi de Perse l’attendait;

la victoire d’Issos (333) lui livra la famille même de son ennemi. Puis il longea la côte phénicienne, pour priver le Grand Roi de ses auxiliaires. Toutes les villes se soumirent, sauf Tyr et Gaza, qu’il fallut emporter. Darius fit des offres : 1 0 000 talents, l’Asie jusqu’à l’Euphrate et la main de sa fille; Alexandre refusa, voulant venger la Grèce, que Xerxès avait injustement envahie. L’Égypte, maltraitée par les Perses, ne lui résista pas; bien mieux, il fut salué du titre de fils d’Ammon, donc de successeur des Pharaons. Il jeta les fondements de cette Alexandrie, qui, moitié grecque et moitié égyptienne, devait rapprocher les deux races, et, fort de sa qualité divine, reprit sa marche vers l’Asie. Darius s’était arrêté dans une vaste plaine, près d’Arbèles, où s’étalait la masse désordonnée de son armée, avec ses chars armés de faux et ses éléphants. Les chars se laissèrent encercler par les contingents grecs, les hétaires et la phalange firent le reste, et Darius s’enfuit en Médie, abandonnant armes et trésors (33 I ) . Le vainqueur descendit le Tigre jusqu’à Babylone, où il continua son invariable politique : favoriser les tendances nationales opprimées, témoigner toute déférence aux cultes locaux. Toutefois, une partie de la noblesse perse s’étant ralliée à lui, il lui donna une place dans le gouvernement, jugeant nécessaire de faire administrer les Orientaux par des Orientaux. Ensuite il gagna toutes les capitales du Grand Roi : Suse, Persépolis, Pasargade, Ecbatane; mais, parti à la recherche de Darius, il ne trouva plus qu’un cadavre percé de coups.

Alexandre héritait, en fait, de l’ancien empire; il devait donc occuper les provinces orientales, lutter contre les satrapes ivres de s’affranchir. Son armée change de caractère ; c’est déjà une horde bariolée, mais armée et instruite à la macédonienne. Et, plus qu’un corps militaire, c’est tout un monde; c’est la cour, nomade, avec un personnel d’apparat, un entourage de savants, de lettrés et d’artistes; c’est le centre de l’administration, avec la foule des employés et leurs familles, des mercantis, des otages, des éléments de plaisir, jongleurs et courtisanes. Alexandre se plaît toujours davantage à la pompe orientale, se constitue un harem indigène et pousse ses officiers et ses soldats à épouser des femmes perses ; un jour, à Suse, on célébra 1 0 000 mariages. La discipline lègne en campagne; mais, dans les cantonnements, c’est l’absolue licence; Alexandre s’y abandonne et, plus méfiant, plus susceptible, supprime sommairement de vieux amis trop francs. Avec cette masse ambulante, il traverse l’Iran, la Bactriane, dépasse Maracanda (Samarkand) ; arrêté par le désert, il tourne vers le sud, face à un monde nouveau. Va-t-il soumettre l’Inde entière?

On ne savait rien de ce pays; ses soldats résistaient; il renonça, renvoya sa flotte le long de la côte désertique qu’il suivit luimême, et, après des fatigues et privations terribles, rentra au cœur de la monarchie. Il était temps; l’anarchie, l’esprit de révolte avaient sévi en son absence; on pillait, on volait. La répression fut cruelle et tout parut rentrer dans l’ordre. A ce moment, telle était sa gloire, si nombreuses les ambassades arrivant de partout, qu’il conçut de nouveaux projets : Carthage, l’Italie, la Scythie... Une fièvre maligne emporta, avec tous ses rêves, ce conquérant de trente-trois ans.

Sa conception fondamentale au moins était réalisée : il avait créé soixante-dix villes, dispersées dans tout l’Orient, où il mêlait adroitement Macédoniens, Hellènes et indigènes; beaucoup traversèrent des siècles de prospérité, plus d’une subsiste encore. Sans doute l’Iran a été trop vite et superficiellement hellénisé; mais un afflux de richesses et d’idées neuves a marqué 1 Occident d une empreinte ineffaçable. La pensée grecque et son activité suivirent un autre cours. Ce jeune souverain, en treize ans de règne, avait porté beaucoup plus loin ses armes qu en plusieurs siècles n y parviendront les Romains.

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