DÉMEMBREMENT DE L’EMPIRE D’ALEXANDRE
— Alexandre disparu, les peuples d’Asie ne bougèrent pas; l’unité de 1 œuvre fut compromise par ceux qui y avaient contribué. Les généraux proclamèrent à la fois un frère imbécile et un fils posthume * d Alexandre, et, derrière ces fantômes, se partagèrent dignités et provinces. Comme la Grèce d Europe seule, avec Athènes à sa tête, avait tenté une rébellion, bientôt réprimée, ces chefs ne connurent d autres difficultés que celles qui naissaient de leurs compétitions; vingt ans leurs armées prolongèrent leurs ravages ; les coalitions se défaisaient dès qu une tête semblait dominer. Les dernières années du IV siècle se déroulent au milieu d’une confusion inouïe. Quand le dernier héritier du sang d’Alexandre, un fils naturel, eut été étranglé, les généraux se proclamèrent rois (309) ; le démembrement était accompli. Pourtant l’un d eux, Antigone, aidé de son fils Démétrios Poliorcète, essaya encore de soumettre les autres; il perdit à Ipsos la couronne et la vie (301 ) . Restaient définitivement trois royaumes : Europe, Afrique, Asie.
L Asie. — Un des meilleurs officiers d’Alexandre, gouverneur de la Babylonie, conquit peu à peu toute 1 Asie. Ce Séleucos, dit par suite Nicator (31 1-280), donna son nom à la dynastie des Séleucides.
Il fonda, entre autres villes, Antioche sur rOronte, auprès d’une grande voie commerciale. Le royaume dont elle devenait la métropole était trop étendu et trop peu homogène pour ne pas se démembrer à son tour, n’ayant d’ailleurs à sa tête — sauf peut-être Antiochos III, dit le Grand (228-188) — que des souverains incapables, enragés d’ostentation. Ils firent du moins ce qu’ils purent pour la propagation de l’hellénisme; mais quand la Parthie, vers 250, se fut déclarée indépendante, ils ne gardèrent plus guère que la Syrie, avec une suzeraineté nominale sur l’État juif.
L’Asie Mineure demeura morcelée, et les Séleucides ne purent contester ni le titre de roi ni l’autonomie aux Mithridates du Pont, aux Ariarathes de Cappadoce, les uns et les autres de race perse, aux souverains d’Arménie, Parthes pour la plupart, aux souverains galates, et surtout aux Prusias de Bithynie et aux Attalides de Pergame, dont les royaumes, purement helléniques, se soutinrent par une entente avec les villes grecques et ensuite avec les Romains. Pergame mérite une mention comme centre de civilisation ; une autre est due à Rhodes, qui, alliée à l’Égypte, eut une situation considérable au III” siècle. L’histoire des Séleucides nous a été transmise par des auteurs médiocres, qui n’en ont retenu que les faits de guerre et les sanglantes intrigues de palais; les institutions nous échappent presque entièrement.
L’Égypte. — Au contraire, la civilisation gréco-égyptienne sort peu à peu de l’ombre, grâce à la quantité énorme des papyrus retrouvés et à ces tessons de poterie (oslraka) sur lesquels on gravait une notation d’intérêt passager.
Ptolémée, fils de Lagos, et par là le premier des Lagides, reçut l’Égypte après la mort d’Alexandre, et songea aussitôt à la garder pour lui. Il se donna pour tâche de combattre partout le rétablissement de l’unité de l’empire; il avait la meilleure part : sur une étendue restreinte, donc facile à administrer, avec une population très dense, industrieuse et soumise, un grenier à blés sans pareil et une route commerciale merveilleusement située entre deux mondes. Ce Ptolémée I" Soter (323-285) borna ses ambitions à Cypre et à la Syrie, pour avoir des réserves de bois et disputer a\jx Séleucides des ports très fréquentés; par ailleurs, la diplomatie et l’argent lui assureraient des appuis. Alexandrie fit des progrès rajjides, devint une métropole du négoce et de l’intelligence. Ptolémée II Philadelphe (285-247) , curieux aussi des choses de l’esprit et
L Alexandre, dit « AzaRA » du nom du donateur ; le plus justement célèbre des nombreux portraits du jeune roi. — Musée du Louvre.
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