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III. LA DOMINATION ROMAINE

Il y eut, dans cette conquête, des cruautés inutiles, un pillage fantastique. Du moins, ce que l’Hellade perdit matériellement, elle le recouvra en influence morale ; ses vainqueurs par les armes se firent ses modestes disciples dans le champ des arts et des idées. Elle connut pire que la dénudation de ses places et de ses sanctuaires : la grande ruée des traitants, des fermiers de l’impôt, qui trouvaient dans les magistrats romains des complices. Ces « publicains » appartenaient à la classe des chevaliers, où se recrutaient les tribunaux de la capitale; dès lors, comment obtenir justice?

Le monde grec a beaucoup souffert jusqu’à la fin de la République; mais l’Empire, là comme partout, s’est montré réparateur, surtout durant les deux premiers siècles. Finies ces guerres civiles où les provinciaux étaient entraînés malgré eux; plus d’exploitation éhontée; quelquefois, au contraire, des libéralités impériales. Le principat favorisa, sauf en Égypte, l’organisation urbaine de type hellénique, créa des cités nouvelles. Libres ou non en droit, presque toutes gardaient en fait les anciennes institutions. La classe riche peuplait le conseil qui prenait les décisions importantes, et elle fournissait les titulaires, plus souvent résignés que bénévoles, des magistratures et des liturgies, pareillement honorifiques et onéreuses. Les Grecs se satisfaisaient d’une façade d’autonomie et d’un luxe tapageur. Les fêtes se multipliaient, les villes se couvraient d’édifices, de statues d’athlètes, de stèles commémorant les générosités des particuliers, les marques de faveur de Rome et des princes. L’Asie est la contrée où se propagea le mieux un hellénisme un peu superficiel, mais qui tint bon quelques siècles; en certaines régions toutefois, l’adaptation aux formes grecques resta plus incomplète, par exemple en Syrie où trop de races se coudoyaient. A tout cet Orient grec la paix fut assurée pour une longue période : les luttes de partis n’avaient plus de raison d’être, et les jalousies entre cités se dissimulaient derrière un vain échange de politesses. Le christianisme lui-même y trouva un terrain favorable.

l’esprit par les proportions vastes, par la surcharge du décor; la maison privée elle-même s’est agrandie, et la peinture, les ouvrages de marbre, la mosaïque y mettent un luxe autrefois inconnu. Des résidences royales, Antioche, Alexandrie, Pergame, cette dernière seule se dévoile à nos yeux en un merveilleux site qui poussait aux folies; des terrasses en gradins portaient d’imposants édifices, malheureusement écroulés : tels l’immense autel de Zeus et d’Athéna, la célèbre bibliothèque concurrente de celle d’Alexandrie, et le musée des chefs-d’œuvre de l’ancienne sculpture; enfin, au sommet de l’Acropole, le palais des rois. Les anciens ordres restent en usage, mais maintenant on les mêle dans la même construction; le corinthien compliqué donne le composite ; les formes s’abâtardissent. Pourtant le décor géométrique et floral, envahissant, très fouillé, couvre encore d’une parure remarquable les temples de Baalbek. De nouveaux types s’élaborent, comme les théâtres d’Asie Mineure, avec leur grand mur d’arrière-scène ornementé avec exubérance; le théâtre romain s’en inspirera, et l’Italie appréciera pour ses paysages les charmantes rotondes hellénistiques, en belvédères sur les hauteurs. Au reste, d’après la correspondance de Pline, il était « de règle que les architectes vinssent de Grèce ».

LA SCULPTURE. — Le maître de transition est Lysippe, qui, entre 350 et 300, travaillait à Sicyone, milieu dorien favorable à son idéal de force et de vigueur. Parmi ses 1 500 œuvres, la plupart en bronze, il y avait quantité d’Héraclès dans des postures variées et d’athlètes, notamment 1’ « Apoxyomène », qui racle avec le strigile ses membres frottés d’huile. Ses corps étaient plus élancés que ceux de Polyclète, mais sans gracilité; pour en accentuer la puissance, il avait rapetissé les têtes. Sculpteur exclusif d’Alexandre, il le représenta à tout âge, mais généralement en héros. Il avait déjà le goût du colossal, et pareillement de l’exactitude; son frère avait imaginé le moulage en plâtre de la figure.

La sculpture historique débute, quoique encore idéalisée; à ce genre appartient l’admirable « sarcophage d’Alexandre », exhumé à Sidon, œuvre attique, où le roi, au milieu des Perses, figure en chasse sur un côté, en bataille sur l’autre. L’élan des personnages tranche avec les attitudes plus calmes de l’art classique; de même la célèbre « Victoire de Samothrace », qui commémore un succès naval de 306, produit à la fois une impression de grandeur et de mouvement emporté.

Ces tendances diverses vont s’affirmer : la manie de la précision profite des recherches anatomiques contemporaines; d’autre part, les monarques, exaltés par l’apothéose, s’éprennent de l’emphase et du colossal; leur exemple inspire les républiques; quel devait être l’effet de l’immense «Colosse de Rhodes»? Trois foyers d’art sont alors prospères : l’école de Pergame, qui, au III® siècle, rappelle les victoires sur les Galates par des statues de Gaulois mourants ou blessés, et, vers 1 80, le soubassement du grand autel déroule la lutte des dieux et des géants; la facture en est éner-

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