‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 86 sur 344 · IV !M · texte numérisé non relu

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Sarcophage du musée de Constantinople, sculpté probablement à Athènes pour un roi de Sidon. Alexandre y paraît deux fois, en guerre avec les Perses sur l autre face, chassant en compagnie d un seigneur iranien sur celle-ci. Voilà que la sculpture s'attaque à des épisodes réels traités avec vérité en ce qui concerne les types et les costumes. Il y a encore de la convention : la nudité idéale n’a pas totalement disparu; les chevaux sont ceux du Parthénon; mais la fougue de l’exécution est chose nouvelle.

Le coloris est inhniment délicat et nuancé. Cl. Peu.vii.

attentif aux questions économiques, encouragea d’utiles explorations; le premier, il noua des relations avec les Romains. Ptolémée III Évergète (247-222) occupa quelques-unes des Cyclades et des cités côtières d’Asie Mineure et de Tlirace. Ce fut alors, pour ce pays, le comble de la puissance. La décadence fut rapide. Aux deux siècles suivants, les Ptolémées s’effacent généralement derrière les Cléopâtres, leurs épouses : période de crimes sans nombre, de luttes fratricides, d’intrigues d’eunuques et d’intendants, d’émeutes populacières; à la fin, c’est hors d’Égypte que se trouvent les faiseurs de rois; les prétendants achètent quelque noble Romain, dont ils deviennent les clients dociles.

Reconnus fils d’Ammon comme les Pharaons, les Lagides ont su faire figure de successeurs irréprochables. Avant eux, pour éviter toute mésalliance, on mariait le roi avec une de ses sœurs; Philadelphe épousa sa sœur Arsinoé; si le souverain prenait femme au dehors, les documents officiels, néanmoins, les nommaient frère et sœur. Le culte dynastique du roi dieu, de la reine déesse, fut un trait d’union permanent entre indigènes et étrangers.

En vertu de la même tradition, les Ptolémées furent souverains absolus; leurs sujets ne possédèrent de droits et biens que ce que les « dieux » d’Alexandrie daignaient leur consentir. De là un besoin de splendeur, des dignités auhques surabondantes obtenues uniquement du monarque. L’absolutisme ne se maintient qu’à l’aide d’une forte bureaucratie; celle d’Égypte pourvoyait à tout ; à chaque division territoriale (nome, toparchie, bourgade) correspondait un magistrat; une profusion de scribes intervenaient dans les moindres opérations. Le fellah est un être résigné, sujet commode, plus que le Grec frondeur et indépendant; on hellénisa le moins possible; il y eut en tout deux villes organisées à la grecque : Naucratis et Ptolémaïs; Alexandrie, soumise à de puissants magistrats, eut un régime spécial, très mal connu. La population rêvait surtout de payer moins, car jamais machine fiscale ne fut mieux montée que celle des Ptolémées. Le roi passait pour seul propriétaire; en fait, les possessions privées étaient respectées. On distinguait le domaine royal, les biens du clergé et les tenures particulières. En dehors des contributions, d’abondantes ressources se tiraient des monopoles (d’extraction, de transformation, ou de vente, suivant les cas) . l'^ecensements, déclarations obligatoires, rien n’était négligé pour 'onnaître avec précision la matière imposable. Taxes en nature, en argent, patentes, corvées arbitraires, frais de déplacement et d’hospitalité des personnages officiels et des gens de guerre, douanes ■ réant la vie chère, droits pour l’usage des routes et canaux, frais d’escorte pour voyageurs ou caravanes, droits d’enregistrement et de timbre, autant de sources d’abus, matière à d’innombrables réclamations des contribuables. L’administration financière connais- >ait à la fois l’adjudication et la régie; cette dernière se rendit odieu;-- par » ' t om|)hcations, ses procédés de contrôle, ses pots-

de- vin et autres malversations.

Les dépenses de la marine et de l’armée étaient les plus considérables; mais, pour beaucoup de militaires, la rétribution consistait en une dotation foncière; aussi les soldats hellènes ou assimilés s’appelaienîils les clérouques. Restait à payer le personnel des fonctionnaires, et surtout le luxe de cour et les entreprises somptuaires d’Alexandrie. Celles-ci n’ont pas été inutiles : nous verrons ce que leur doivent l’art et la pensée.

La Grèce d’Europe. — La « Grande Grèce » fut la première subjuguée par une puissance non grecque. L’appel imprudent qu’adressèrent les Tarentins à l’aventureux Pyrrhus, roi d’Épire, ne fit que précipiter les événements; dès 272, toute l’Italie méridionale était au pouvoir des Romains.

Quant à la Sicile, c’est l’aide carthaginoise qui hâta son destin : malgré le génie d’Archimède et ses machines de guerre, Syracuse fut prise en 212 et Agrigente deux ans après.

La Grèce propre subit le contre-coup des conquêtes macédoniennes, du développement de la richesse en Orient; son commerce eut des concurrents qui lui donnaient le goût du luxe, alors qu’en Grèce la misère croissait. Les pauvres gens émigrèrent en masse, espérant trouver l’aisance ailleurs; beaucoup étaient de petits propriétaires qui vendirent leurs terres au départ; les riches seuls pouvaient les acquérir, d’où une nouvelle concentration des biens. L’amoindrissement de la population, la décadence de l’esprit civique, certaines doctrines de fraternité amenèrent un rapprochement entre les villes; elles s’accordèrent des droits réciproques, les arbitrages se multiplièrent; des États fusionnèrent. Deux ligues, toutes locales jadis, s’étendirent au III® siècle : l’étolienne engloba toute la Grèce centrale, l’achéenne la plus grande partie du Péloponnèse. Le principe fédératif, avec elles, se transforma : plus de ville dominante ni de villes subordonnées, toutes envoyant au conseil commun des délégués égaux. Mais elles ne furent point l’élément pacificateur attendu. Elles étaient deux, et chacune chercha un appui étranger. Les rapports avec Sparte furent la pierre d’achoppement; deux rois. Agis, puis Cléomène, voulurent restaurer les vieilles mœurs dans leur patrie dégénérée. Noble visée peut-être, mais les Achéens, inquiets, appelèrent à l’aide le roi de Macédoine, qui, tout aussi hostile à cette résurrection, en écrasa l’inspirateur à la bataille de Sellasie (22 I ) . La vieille Grèce tout entière semblait définitivement asservie. Le père du vainqueur, Antigone, avait été le premier roi incontesté et bien assis de cette Macédoine, d’abord livrée aux intrigues de ses rivaux et voisins et dont rien désormais n’eût menacé l’hégémonie si un autre adversaire, bien plus redoutable, n’avait surgi à l’Occident.

A Rome devait échoir l’héritage d’Alexandre, sauf les provinces de l’Iran à l’Inde, déjà émancipées; mais il fut long à recueillir. On a longtemps admis que le Sénat de la République y travailla avec un esprit de suite remarquable, une méthode prudente, cauteleuse et inflexible. Il semble qu’il n’en fut rien, que ce cheminement lent ne procéda d’aucun plan arrêté, que certaines tractations imputées aux Romains ont un caractère suspect, voire apocryphe. En somme, ils furent sollicités ; rois et peuples accumulèrent les fautes. Philippe V de Macédoine (220-1 79) s’allia avec Hannibal, irrita les Grecs par ses usurjiations, attaqua Pergame et les Rhodiens; il avait mérité sa défaite de Cynoscéphales (197), qui ne lui coûta qu’une indemnité de guerre et une réduction de son armée. Quand le consul Flammmus proclama la liberté des Grecs, il ne tua pas chez eux l’esprit d’intrigue. Les Étoliens commirent la folie de s’adresser au roi de Syrie, Antiochos III, qui, par là, s’aliéna la Macédoine. Le désastre de Magnésie de Sipyle (190) maintenait en réalité l’équilibre entre les trois royaumes. Quant à la Grèce [iropre, elle avait reçu de Philopoemen, vis-à-vis de Rome, un mot d’ordre excellent ; ni servilité, ni provocation; elle ne sut

pas s’y tenir; elle était divisée. Toutefois, elle laissa le roi de Macédoine livrer seul à Pydna (168) une dernière bataille, où la célèbre phalange, entraînée sur un terrain inégal, disparut entièrement dans mille combats partiels. Irritée par les difficultés et les longueurs de la lutte, Rome morcela la Macédoine, contraignit les ligues à se dissoudre et, après qu’un ramassis d’esclaves affranchis eut esquissé une vaine résistance, Corinthe, la plus riche ville de Grèce, fut anéantie, toutes les autres livrées à des ploutocraties, sous le contrôle d’un gouverneur romain (146).

Le dénouement fut plus rapide en Orient, où les peuples n’étaient plus soumis qu’à des valets de Rome. Quelques-uns de ces rois sans pouvoir léguèrent au maître leurs États; par endroits, les ambitions dynastiques s’obstinèrent, mais les nations avaient déjà capitulé.

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