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GRÈCE

gique, un peu conventionnelle et ampoulée, mais incontestable la maîtrise technique ; — ensuite l’école de Rhodes, dont le « Laocqon » est le type achevé de r « académisme » ; — enfin l’école de Tralles et son « Taureau Farnèse », peut-être gâté par un excès de restaurations, œuvre trop savante, qui laisse froid l’observateur.

Plus original fut l’art alexandrin. Dans le grand port égyptien, SI cosmopolite, s’éveilla le goût de l’observation réaliste; on se plut à copier les types nègres et toutes les variétés de colporteurs, de marchands ambulants; le sujet de genre l’emporta sur tous les autres, traité dans un esprit anecdotique, et malicieux comme la population. C’est à Alexandrie que prit encore naissance le relief pittoresque, décor «de cabinet», conçu comme un tableau peint, avec ses perspectives, ses plans multiples, son décor rustique servant de fond aux scènes de tous les jours.

Comme toutes les sociétés fatiguées, déclinantes, celle d’alors s’éprit des naïvetés des primitifs; mais, moins sincère, l’école archaïsante tourna à la mièvrerie.

C’est à Athènes surtout qu’elle florissait. En Asie Mineure l’art industriel produisait les lourds sarcophages à colonnes, qui, aux II® et III® siècles de notre ère, inaugurent déjà le « baroque ».

Les sculpteurs de la Grèce, comme ses architectes, essaimèrent dans toutes les directions : à Rome, ils copiaient hâtivement les anciens chefs-d’œuvre; on a, dans ces dernières années, pu suivre la marche lointaine de l’art hellénique jusqu’à l’Extrême-Orient par le Thibet, jusqu’à Sumatra par l’Inde; il y eut une véritable école grécobouddhique.

Jeune esclave éthiopien. — Spécimen achevé de 1 art alexandrin. Type de ces jeunes nègres, aux membres grêles, aux rems souples et comme désarticulés, qui circulaient dans la capitale de l’Égypte grecque (Bibliothèque Nationale, Cabinet des Médailles).

Cl. Giraudon.

ARTS MINEURS. — - Cette rubrique peut comprendre les produits de l’art céramique qui se mourait. En Italie méridionale, la fabrication continue jusqu’au milieu du III® siècle. Après les vases de Gnathia, couverts d’un décor très simple associé à des cannelures, on ne fait plus guère que des poteries moulées, ornées de reliefs, imitation économique du métal; les Grecs transportent cette technique dans la région d’Arezzo. L’art des figurines se prolonge jusqu’au seuil de notre ère, mais se concentre en Asie Mineure : à Myrina, Smyrne, Pergame, Milet et I arse, on copie les prédécesseurs, ou les grands ouvrages réputés, ou l’on s’attarde à des sujets grotesques de forains et de bateleurs.

L’époque hellénistique est l’âge d’or de la toreutique; les bronzes de Campanie et les grandes pièces d’argentérie des trésors de Boscoreale, de Hildesheim et de Berthouville sont bien d’un art pour ploutocrates. Les pierres fines gravées se multiplient, atteignent à des proportions incroyables; les portraits y prennent la première jilace, comme ils deviennent l’intérêt principal de l’art monétaire, déchu lui aussi. Quant à la mosaïque, en plein essor, nous n’en possédons, sauf de rares fragments de Délos, que des spécimens d’époque romaine.

I Jle prête aux mêmes constatations que l’art qui en est contemporain. I ous les genres sont re|)résentés, et beaucoujr d’écrivains en rullivent plusieurs. Mais, dans tout cela, nul génie; de la science, di l’érudition, même troji; de la finesse, souvent mal employée, et de l’artifice.

E.A POESIE. — Le théâtre a décliné; la « comédie nouvelle »

mérite seule d'être nommée; elle se plaît aux tableaux de mœurs plaqués sur un canevas médiocre. Son plus illustre représentant est Ménandre (340-290) , dont un hasard nous a rendu de longs fragments. Beaucoup de pièces de ce temps ne nous sont connues que par les « contaminations » qu’en fit le théâtre latin.

Les Alexandrins versifiaient d’abondance, en beaux esprits. Le plus représentatif est Callimaque (3 1 0 à 240 environ), bibliothécaire du Musée. Ses hymnes, ses épigrammes sont de brillants morceaux, pleins d’esprit, d’élégance, mais trop savants, trop travaillés, saturés de réminiscences. « Un grand livre est un grand mal », disait-il. Aussi se brouilla-t-il avec son disciple, Apollonios (295-215 environ) dit de Rhodes (où l’inimitié de Callimaque l’avait conduit à s’exiler) , son successeur au Musée. Celui-là avait composé une longue chronique en vers, les Argonautiques, où l’érudition s’étale sans mesure, écrite purement, mais sans émotion.

Au III® siècle (première moitié) , Théocrite de Syracuse tranche sur tous les autres par la sincérité et un excellent réalisme. Son œuvre très variée comprend principalement des mimes, petites pièces dialoguées mettant en scène les classes moyenne ou populaire, et des pastorales ou bucoliques, adaptations littéraires des chants des pâtres siciliens : bouviers et chevriers se raillent, pêcheurs et nymphes se déclarent leur flamme ou se repoussent. La science de l’auteur ne fait point tort à son sentiment de la nature, à sa finesse psychologique. Il a eu des imitateurs distingués : Bion et Moschos en Grèce (il® siècle) , Virgile en Italie. D’autres mimes, dus à Hérodas, nous ont été révélés par des papyrus ; ils sont vivants et bien observés. Les pièces fugitives, qui circulaient dans le monde lettré d’Alexandrie et qui formèrent la Couronne de Méléagre, sont à l’origine des Anthologies compilées plus tard. La poésie didactique, enfin, eut quelques représentants jusque sous l’Empire.

LA PHILOSOPHIE. — Deux doctrines nouvelles surtout ont marqué une trace profonde.

Épicure (vers 341-270) enseigna à Athènes suivant une méthode inédite, dogmatique : il exigeait qu’on sût ses manuels par cœur et ses disciples n’y devaient rien changer. L’homme, disait-il, doit rechercher le souverain bien, auquel suffit la vie présente, et les sensations nous le font reconnaître; il faut satisfaire nos désirs, mais les limiter; le bonheur ne saurait d’ailleurs se rencontrer hors de la vertu ou de la prudence. Mais les disciples oublieront cette sage réserve, et la doctrine sera dénaturée.

Rien de semblable n’était possible avec le stoïcisme. Le premier de la secte fut Zénon (340-264), un Cypriote établi à Athènes; ses élèves étaient « les gens du portique » ('tto*/) , du Poecile où il enseignait. Cléanthe et Chrysippe furent les principaux. On ne sait la part de chacun dans la doctrine, dont nous devons l’exposé à Cicéron. Il n’est de bien pour l’homme que dans la pratique de la vertu; ce grand principe eut surtout son application en Italie. L’esclave phrygien Épictète, qui l’enseigna en Épire, y eut pour élève Arrien, qui publia les Entretiens du maître et un Manuel de son enseignement. La volonté, guidée par la raison, doit nous diriger ; soyons indifférents aux choses qui échappent à notre pouvoir ; le bonheur est dans l’absence de passions (apathie), de trouble (ataraxie) . Les Pensées de Marc-Aurèle répètent, en grec encore, les mêmes maximes.

Revenant au doute des sophistes, Pyrrhon professait qu’en dehors de la certitude scientifique, on doit susjrendre son jugement et simplement examiner ( irxi-Ti'j'Jat) , d’où le nom de « sceptiques »

que reçurent ses successeurs. Quant à l’école d’Alexandrie (fin du II® au N T' siècle de notre ère) , fondée sur un platonisme rajeuni et éclectique, elle finit par incarner la résistance I)hiloso[)hique au christianisme triomjihant.

Bronze d'Olympie, portrait réaliste et brutal de la fin du IV® siècle. Le nez aplati, les oreilles tuméfiées indiquent un pugiliste (musée d'Athènes). Cl. Alin.vri.

Les sciences pures, encore incomplètement distinctes de la philosophie, accomplirent au III® siècle des progrès sans précédent avec le géomètre Euclide, le mathématicien et le géodésien Érathosthène, avec Archimède, un génie en mécanique.

Hipparque et Marin de Tyr furent les inspirateurs de Ptolémée qui, au II® après J.-C., s’efforça de fonder une géographie mathématique. Vers le même temps, Galien de Pergame mit de l’ordre dans le chaos des sectes médicales, dogmatiques ou empiriques, et, par l’observation, fit faire quelques conquêtes à la physiologie.

L’HISTOIRE. — Elle bénéficia, en un sens, des tendances érudites de l’époque; toutefois, l’attrait du merveilleux et l’abus de la rhétorique furent fatals à plus d’un. En tête se classe Polybe de Mégalopolis (205 à 125 environ) ; il grandit dans l’entourage de Philopoemen; envoyé comme otage en Italie (168), l’amitié de Paul-Émile et des Scipions lui ouvrit les archives et les bibliothèques; rentré en Grèce, il devint une sorte d’intermédiaire officieux entre les Romains et ses compatriotes. Dans une œuvre pratique de science militaire, de politique et de morale, il entreprit de montrer comment Rome avait conquis le monde.

Sa langue est claire, mais terne; très véridique, il a lu les documents, pris connaissance des lieux par des voyages et acquis l’expérience des affaires, mérites qu’il signale lui-même; il eut encore celui de comprendre que Rome devenait le centre de l’univers.

Son vrai continuateur paraît avoir été Posidonios, dont l’œuvre, qui est perdue, fut une des sources de Strabon pour sa Géographie, conçue principalement au point de vue historique et humain. Strabon nous mène à l’époque d’Auguste, comme Diodore de Sicile, dont la Bibliothèque historique, simple compilation, remplace parfois pour nous ceux qu’il a pillés, et comme Denys d’Hahcarnasse, aussi dénué de critique, dont les Antiquités romaines avaient pour vain objet de rattacher les Romains à la Grèce.

De la génération suivante, Plutarque est la plus attachante figure (45 à 125 environ). Il mena à Chéronée, en Béotie, une vie paisible de père de famille, de magistrat et de prêtre, et surtout d homme de lettres, instruit, appliqué, curieux de tout. Les Vies parallèles, où il rapproche artificiellement un Grec et un Romain, font heureusement valoir son art de narrateur; leur rôle public l’intéresse médiocrement, bien plus leur personnalité morale, et le genre biographique convient à son dessein. Ses livres fourmillent d’anecdotes, qui lui ont valu une vogue énorme aux temps modernes. Au fond, il était surtout un moraliste, et l’on a justement réuni sous le titre d’Œuüres morales ses autres traités extrêmement divers.

Quelques auteurs secondaires sont estimés en proportion des renseignements qu’ils nous apportent. Providence des fouilleurs, Pausanias nous décrit les contrées de la Grèce qu’il a visitées et leurs monuments; c’est un guide pour touristes aussi exact que naïf. G' Histoire romaine d’Appien constitue une série d’histoires particulières des différents peuples. Comme lui fonctionnaire impérial, Dion Cassius fut un auteur fécond ; il nous reste de lui le récit des événements de 68 avant J.-C. à 47 de notre ère. Il avait des qualités d’écrivain, qu’on retrouve à un degré moindre chez Hérodien, lequel raconte toutefois en témoin la période qui suit le règne de Marc-Aurèle. Le juif Flavius josèphe (37-100) serait un annaliste précieux pour l’histoire de ses compatriotes, s’il ne l’avait pas si souvent falsifiée.

surplus un parfait écrivain, véritablement attique.

Ce temps vit naître et prospérer deux disciplines insoupçonnées jusque-là : la critique littéraire et la philologie. Parmi ces « grammairiens », plus d un a mérité les louanges de la postérité par ses commentaires sur les grands génies de la Grèce, à commencer par Homère, ou par des révisions de textes. On ne connaissait guère non plus antérieurement la fable et le roman. Ces deux genres profitèrent des relations avec l’Orient : d’Asie Mineure et de Syrie venait l’apologue; quant aux romans grecs, on y a reconnu l’influence de l’esprit indien.

Mentionnons pour finir l’importance de la culture hellénique dans les débuts du christianisme. « Jamais, peut-être, dit Renan, il n’a plus écrit que durant le II® siècle en Asie. » Après les Pères apostoliques, parurent les apologistes (il® et III® siècles) qui combattaient les doctrines rivales : ainsi Origène et Clément d’Alexandrie. Les Pères dogmatiques, qui viennent ensuite (iv® siècle) et s’attaquent à l’hérésie, vont ouvrir l’ère des querelles byzantines.

CONCLUSION

ROLE DE LA GRÈCE DANS L’ÉVO¬ LUTION DE L’HUMANITÉ. — Même

après la perte de son indépendance, la Grèce a continué de fournir aux autres peuples des modèles, des ouvriers, des œuvres et des idées. Elle a éduqué ceux qui l’avaient soumise; son influence n’a pas agi seulement sur Rome, sur le christianisme à ses débuts; elle s’est imposée à toute l’Europe, même au nouveau monde — sans qu’il s’en doute. Le moyen âge l’a subie par divers intermédiaires; à l’époque moderne, elle dominait encore ceux qui prétendaient la combattre.

Nous avons noté les qualités essentielles de la race hellénique ; force et souplesse, sensibilité affinée, instinct du beau, heureux équilibre entre le sens de l’idéal et le sens pratique, qui permettait à la fois le progrès du négoce et celui de la pensée spéculative. Essayons de récapituler les principales conquêtes dont elle eût pu s’enorgueillir.

Il nous faut négliger, de ce point de vue, la civilisation égéenne, floraison merveilleuse, mais déjà ignorée de la Grèce archaïque elle-même, par laquelle doit commencer cette révision. En ce temps-là, l’Hellade est encore sous l’empire des influences orientales. A l’Égypte, à la Mésopotamie, elle a emprunté diverses techniques avec une certaine conception artistique et des thèmes à l’avenant. L’Ionie, en Grèce, et, en Italie, l’Étrurie, autre province grécoorientale, font la première éducation de l’Europe, lui transmettent des procédés, des formes d’art, mais s’affranchissent de toute imita-

L’ApHRODITE d’ÉPIDAURE. — Sa tunique transparente, l'épaule dénudée, la mièvrerie de l'ensemble sont dans la note hellénistique ; on n apporte plus de conviction aux choses de la mythologie (musée d'Athènes). Cl. Alixari.

GENRES DIVERS. — L’éloquence politique était morte avec la liberté, mais il restait encore bien des rhéteurs et des sophistes, en particulier des déclamateurs ambulants, qui erraient à travers l’empire, donnant des leçons, prononçant des harangues sur tous sujets : tels Dion de Pruse et Aelius Aristide. II y eut jusqu’à trois sophistes du nom de Philostrate; l’un d’eux s’adonna à la critique d’art. Un nom émerge de ce groupe trop vaste, celui de Lucien de Samosate (il® siècle) , discoureur itinérant lui aussi, mais sans naïveté, et tout le contraire d’un homme solennel. Ses ouvrages, très courts et très divers, tournent en dérision les sottises de son temps; ce n’est qu’un destructeur, mais plein de verve et d’ironie, et au

Figurines du Louvre. — Les terres cuites ont abordé plus tôt que la statuaire les sujets familiers, qui forment le répertoire habituel de la fabrique béotienne de Tanagra : ici deux joueuses de cithare, présentées avec fantaisie.

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