‹ Histoire générale des races humaines;Chapitre 2 sur 47 · RUE LAFFITTE · texte numérisé non relu

RUE LAFFITTE

Droits de traduction et de reproduction réservén.

juw 4 mi

PKÉPACE

L'Ethnologie est la branche de l'Anthropologie qui a pour but de faire connaître à tous les points de vue les divei^ses races humaines. Cette science est une des dernières venues et sa tardive apparition est facile à comprendre. Elle ne pouvait naître que lorsque le globe, déjà largement exploré, aurait permis de recueillir des renseignements précis, au moins sur ses principales populations. Cette exploration a marché moins vite que ne permettaient de l'espérer l'importance et la rapidité des premières découvertes. Colomb avait touché aux Lucayes en 1492 et Vasco de Gama aux Indes six ans après ; le vaisseau de Magellan avait fait le tour du monde de 1520 à 1522. Mais ce fut seulement en 1768 que Cook, Pallas et Bruce partirent presque en même temps pour la mer du Sud, l'Asie centrale et le nord de l'Afrique; Le Vaillant n'aborda l'Afrique australe que treize ans plus tard; les voyages de Mungo-Park ont été accomplis en partie au début du dix-neuvième siècle, et ceux de Humboldt, de d'Orbigny lui appartiennent en entier.

Malgré ce qu'avaient d'incomplet les informations recueillies jusqu'à eux, les deux fondateurs des sciences naturelles, Linné et Buffon, comprirent que l'homme et les divers groupes humains répartis à la surface du globe renti*aient dans le cadre de leurs études. Mais le premier, après avoir décrit dans son style aphoristique Vhonio sapiens, considéré comme espèce , semble avoir regardé les populations de chaque partie du monde comme formant

Vi PRÉFACi:.

un tout homogène. 11 se borna à caractériser brièvement, à titre de variétéSy les hommes Américain, Européen, Asiatique et Africain, tout en formant une catégorie spéciale des populations et des individus déformés par suite de la nature du milieu ou de certaines coutumes.

Le travail de Buffon est tout autre ; c'est un de ses principaux titres de gloire. Buffon a voulu faire V Histoire complète de Vhommey considéré comme individu et comme espèce. II a réussi, autant que la chose était possible de son temps. La partie ethnologique de son œuvre est surtout remarquable. Elle parut d'abord en 1749, par conséquent, près de vingt ans avant les grands voyages de découvertes que je rappelais plus haut. L'auteur la remania trente ans plus tard. Bruce était alors de retour (1773) et Cook avait accompli son second voyage (4775). Mais cela même rappelle tout ce qui manquait à Buffon en fait de renseignements. Quiconque tiendra compte de ces dates admirera la sagacité merveilleuse de celui qui, dispensant de données aussi incomplètes, a su en tirer tant de déductions et de conclusions justes.

Buffon admet l'unité de Vespèce humaine et la multiplicité de ses races; il passe en revue toutes celles que Ton connaissait à cette époque et résume à peu près tout ce qu'on savait alors sur chacune d'elles. Mais il ne cherche pas à les distribuer dans un cadre méthodique. Lui, qui repoussait les classifications en zoologie, ne pouvait penser à en proposer une pour les groupes humains. 11 s'en tient donc à l'ordre géographique. Toutefois, la lecture attentive de son livre montre combien il est préoccupé des questions de rapport et de fîHation. On voit que pour lui toutes les populations du globe se partagent en quatre types fondamentaux, caractérisés surtout par la couleur; il reconnaît et décrit les variétés principales qui se rattachent à chacun d'eux; il devine pour ainsi dire leurs affinités ethniques; il cherche à préciser l'étendue et les limites de l'aire qu'elles occupent et donne une idée sommaire de leur civilisation. En un mot.

PRÉFACE. Ml

malgré ses imperfections et ses lacunes également inévitables, ce travail ajustement mérité à BufTon le titre de fondateur de V Anthropologie.

Comme les autres sciences naturelles, rEthnologie ne pouvait être d'abord que descriptive. Blumenbach lui donna plus de précision en Téclairant par Tanatomie. Son petit volume sur les Variétés humaines (1775), ses Décades craniologiqnes (1790-1808) méritent encore aujourd'hui d'être consultés. Le premier peut-être, il a insisté sur le nombre infini des variétés que présente V espèce humaine et sur la manière dont on passe de l'une à l'autre par nuances insensibles. Toutefois, il les ramène toutes à cinq principales, savoir : la Caucasique, la Mongolique, TÉthiopique, l'Américaine et la Malaise. Blumenbach semble bien avoir compris lui-même ce que ces dénominations géographiques ont d'inexact; mais il n'était rien moins qu'aisé de les remplacer, et l'on sait qu'elles sont encore usitées.

Au moment où Blumenbach publiait ses dernières Décades, naissait et grandissait rapidement une science toute nouvelle, la Philologie. L'ouvrage de Frédéric Schlegel : Sur la langue et la sagesse des Hindous (1808), ouvrit, dit MaxMûller, un nouveau monde et montra quels services inattendus la connaissance et la comparaison des langues pouvaient rendre à l'Ethnologie. Sous l'influence de l'enthousiasme produit par les premiei^s succès, on crut même pouvoir résoudre par la linguistique seule toutes les questions ethnologiques. Le temps et l'expérience ont fait justice de ces exagérations. Les meilleurs esprits comprirent bientôt que pour mener à bien ces études difficiles, il faut les aborder avec toutes les ressources que fournissent les diverses branches de notre savoir.

C'est là ce qu'a voulu foire Prichard. Dans l'élude des questions générales de l'Anthropologie, il est essentiellement de l'école de Bufibn. Comme son maître, il cherche à éclairer l'histoire de riiomme par celle de tous les autres êtres organisés. Quand il décrit les raceSy il réunit le plus souvent les données linguistiques

Page 1