‹ Histoire générale des races humaines;Chapitre 3 sur 47 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

à celles que fournissent l'anatomie et Textérieur du corps; il tient compte de la pathologie, des manifestations psychologiques. Enfin, il s'est préoccupé de la distribution géographique des races et a dressé un certain nombre de cartes ethnologiques.

Pendant près de quarante ans (1808-1846), Prichard a cherché à compléter, à améliorer son œuvre, et ses Recherches sur V histoire physiqve du genre humain résument bien ce que Ton savait de son temps en Ethnologie. Malheureusement, l'auteur ne connaissait pas par lui-même les sciences naturelles, dont il faisait, avec raison, la base de sa science. De là viennent les erreurs et les lacunes que l'on a signalées. En particulier, on sent trop souvent chez l'auteur l'absence de la méthode naturelle si nécessaire dans l'étude des êtres organisés. Ainsi s'explique comment il n'a pas même tenté de grouper scientifiquement les races humaines et s'est borné à les décrire en suivant l'ordre géographique. Mais, en dépit de ses défauts, l'ouvrage du savant anglais n'en reste pas moins encore aujourd'hui une œuvre magistrale et qui a mérité à l'auteur de prendre place à côté des fondateurs de l'Anthropologie.

La France n'a produit aucun ouvrage que l'on puisse comparer à celui de Prichard, bien que Virey (1801-1824), Lacépède (1821- 1827) et Bory de Saint-Vincent (1825-1827) aient aussi tenté de faire une Histoire de V homme. De ces trois ouvrages, celui de Bory, seul, a quelque valeur. Si nous mentionnons le livre de Virey, c'est uniquement parce qu'un fait important dans l'histoire de l'Anthropologie se rattache à celte publication. Buffon, Blumenbach, Prichard, avaient sérieusement examiné la grave question que posent les différences de toutes sortes existant entre les groupes humains; se fondant* sur des considérations exclusivement scientifiques, ils avaient regardé ces groupes comme autant de races d'une seule et même espèce. Lacépède partagea leur manière de voir, que Virey combattit le premier. Celui-ci admit l'existence de deux espèces d'hommes caractérisées par le plus ou moins d'ouverture de l'angle facial et rat-

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tacha à chacune d'elles trois races priîicipalesy comprenant ellesmêmes un certain nombre de races secondaires.

C'est de cette époque que datent les discussions entre les monogénistes et les polygénislesy discussions trop souvent obscurcies tantôt par le dogmatisme, tantôt par le philosophisme.

Évidemment, à se placer sur le terrain du polygénisme, le nombre des espèces humaines admis par Virey était beaucoup trop restreint. Aussi vit-on bientôt paraître d'autres classifications où il était bien plus élevé. Desmoulins reconnut d'abord onze espèces d'hommes (1825) et seize plus tard (1826). Bory de Saint-Vincent s'arrêta au chiffre de quinze (1827). L'école américaine, qui s'est développée sous l'influence de Morton et d'Agassiz semble avoir voulu accroître ce nombre presque indéfiniment. Mais, le vague des expressions et la confusion continuelle entre la race et Fespèccy font qu'il est fort difficile de reconnaître quelle est au juste sur ce point la manière de voir de Gliddon (1857) et d'Agassiz lui-même (1851- 1857).

Quoique l'ouvrage de Virey soit absolument sans valeur et que celui de Bory ne doive être consulté qu'avec circonspection, ces deux auteurs ont eu le mérite de chercher à représenter les rapports des groupes humains entre eux par une classification méthodique. J'ai indiqué les vues du premier. Bory chercha ses caractères les plus importants dans la chevelure. Bien que n'admettant qu'un seul genre humain, il partagea ses quinze espèces d'hommes en deux grands groupes, les Leiotriqves et les UlotriqueSy comprenant chacun un certain nombre de races y sous-divisées parfois en variétés. Toutes ces distinctions sont fondées exclusivement sur des caractères physiques. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1858) et Huxley (1871) acceptèrent cette division fondamentale. Toutefois, le premier se plaça plus tard à un autre point de vue et trouva dans le squelette (Je la face les caractères qui le conduisirent à admettre les quatre types fondamentaux : orthognathe, eurygnathe, prognathe et eury-pro-

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gnalhe. Lui aussi agit en naturaliste et fonda sa classification sur les caractères physiques seulement.

D'Omalius dllalloy (1830-1869) et Lalham (4850-1862) introduisirent la linguistique dans la répartition des groupes humains. Le premier fonda la distinction de ses cinq raceSy ainsi que celle des rameaux et des sous-rameaux qu'il reconnaît chez elles, sur les caractères extérieurs et surtout sur la couleur. Mais il piit les langues pour point de départ de la subdivision en familles et en peuples. On voit que le savant belge a proposé une véritable classification et une nomenclature. Il a aussi voulu donner une histoire abrégée de toutes les populations humaines; mais ce résumé est vraiment par trop succinct.

Latham a aussi sa classification particulière; mais il n'est pas naturaliste et se laisse trop influencer par des considérations géographiques, ce qui le conduit à méconnaître les rapports les plus évidents. Son œuvre n'en a pas moins une importance bien réelle. Sans approcher de Prichard, qu'il semble avoir pris pour modèle, il en a conservé la tradition.

Waitz (1859-1865) a travaillé à peu près de même, mais il est infiniment plus érudit que ses prédécesseurs, et son grand ouvrage : Anthropologie der Nalùrvôlker, qui n'embrasse, d'ailleurs, qu'une partie de l'humanité, surabonde en documents de toute sorte, classés suivant un système qui peut laissera désirer, mais qui facilite considérablement les recherches.

Malgré de nombreuses défectuosités, ce livre, terminé par Gerland, sera toujours consulté avec fruit.

Aucun ouvrage de ce genre n'a paru en France depuis ceux que nous venons de rappeler. Nos grands naturalistes ne se sont guère occupés de l'homme. Cuvier (1820) et Milne Edwards (1845) se sont bornés à lui consacrer quelques pages et quelques figures en tête de leurs traités de zoologie. Duméril avait agi de même. Serres et Flourens, dans leur court passage à la chaire d'Histoire naturelle de

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