CHAPITRE I
Régne humain.
1. — Le naturaliste qui aborde Tliistoire de l'homme se trouve tout d'abord en présence d'un problème assez analogue à l'un de ceux qui ont bien longtemps arrêté ses prédécesseurs dans leurs études sur les animaux ou les végétaux. Depuis Théophraste jusqu'aux premières années du dernier siècle, le corail a été regardé tour à tour comme une pierre ou une plante. En découvrant ce qu'il appelait les fleun du corail (fig. 1 et 2), Marsigli parut d'abord avoir résolu définitivement la question (1706). On sait qu'il se trompait. Peysonnel, en déclarant que ces prétendues fleurs étaient des animaux, assigna enfin au corail sa véritable place dans le tableau général des êtres (1725). Mais près d'un demi-siècle s'écoula avant que les découvertes de Tremblay sur l'hydre d'eau douce fissent accepter cette vérité, rejetée jusque-là par tous les naturalistes comme une erreur singulière.
Eh bien, le rang qui revient à l'homme dans nos cadres méthodiques
BSBL. ETHN. — Haces humaines; ïntrod, 1
2 QUESTIONS GÉNÉRALKS.
a soulevé des incertitudes et des discussions qui rappellent sous plus dun rapport celles dont le corail fut Tobjel. Quelques écrivains s'en montrent surpris et regardent comme inutile toute recherche sur un point qui, pour eux, n'est qu'un sujet de controverses philosophiques ou dogmatiques. L'homme de science, Yanthropologiste naturaliste j
FiG. 1 . — Branche de corail dont les Fig. 2. — Polypes du corail grossis,
polypes développés ont été pris (D'après M. de Lacaze-Duthiers.)
autrefois pour des fleurs. (D'après M. de Lacaze-Duthiers.)
ne sauraient penser ainsi. C'est bien le moins que Ton se pose, à propos de Thommc, une question que personne ne croirait pouvoir éluder, s'il s'agissait du dernier des zoophytes, de Talgue la plus insignifiante. Examinons-la donc brièvement.
II. — L'ensemble des corps et des êtres accessibles à notre observation a été réparti, on le sait, en un petit nombre de groupes primordiaux. Les Empires organique et inorganique, les Règ?ies sidéral, minéral, végétal et animal, embrassent pour bien des esprits la totaUté de la création.
Mais les groupes humains répandus à la surface du globe ont-ils leur place dans ce cadre, quelque étendu qu'il soit? En d'autres termes, les hommes sont-ils des animaux? ou bien doivent-ils constituer un groupe fondamental à part, un Règne spécial?
Les deux opinions ont été soutenues, parfois vivement débattues, et