POTAGE
mare b TÎUe de Sutamor (i), près de laqucBe esT un ]ac qui abonde en poisson^ La ocM^Mignie avait établi en lySo on compCoà- a Yanyama-Gonda. H fiit brûlé, et rebâti deux ans après. Moore s'j airâa, tandis quHarrison continua son Toyage.
n se passa peu de nuits ou Fair ne fiote enflammé aux envirmis d^amyama-Cooda par une prodigieuse quantité d'éclairs. Moore les chsenrB, soigneusement, ^ sans en pouvoir pénétrer la cause. Le 6 de mai il fot ▼isité pendant la nuit par un mumbo jumbo, sorte de spectre ou de rerenant singulièrement babQlé cTàsorce d'arbre; invention mystérieuse des habitants Oi) pour imposer du respect et de la soumission à leurs femmes. Le lo, un esdave de la compagnie, étant à se laver dans la rivière, (îit enqxHté par un crocodile.
Le lo de juin, Harrison revint sur la chaloupe TAventure, commandée par le capitaine Leach. Il avait remonté vingt-deux lieues au-delà de Fatatenda, dans Tesquif de la chaloupe, pour £ûre àe nouvelles découvertes sur la rivière; mais il avait été arrêté par une chaîne de rocs, qui avait été le terme de son Yoyage. Le soir, Moore ayant visité Harrison sur sa chaloupe, un affreux tomado, qui s'éleva subitement, les mit dans le dernier dangar. Tandis qu'ils travaillaient à s'en garantir, il entra dans la cabane une multitude étonnante de sauterelles et d'éphémères, qui se précipitèrent sur les
(r) Sutema de la carte âft d*Anville.
(i) Ccst une imitation de THôrey, qu'on a vu dans la relation de Jobson. Cet usage sera mfeux explique par Fauteur.
chancelles. Une partie s'y brûla les ailes. Moore prit plaisir à dessiner deux grandes espèces de sauterelles. Elles appartiennent à deux genres différents (i).
I^ 24, les eaux de la rivière commencèrent à s'enfler, et l'on ne vit plus aucun signe de la marée. Quelques jours après , Moore partit à cheval pour se fendre à Nackaway. La première nuit, il arriva au port de Bassi , dans le royaume de Tomani , au sud de la Gambie, à quinze milles de Yamyama-Ck)nda par terre. Le chemin est couvert de bois , et traversé par une colline assez escarpée. Moore n'eut pas d'autre logement que la cabane d'un nègre. Le lendemain , ayant laissé son cheval à Bassi , il passa la rivière dans un petit canot; et, marchant à pied l'espace de sept milles, moitié bois et moitié plaine, il découvrit Nackaway, ville du haut Yani, au nord de la rivière. Les habitants lui firent un accueil fort civil, quoiqu'ils passent pour brutaux, et qu'ils soient en effet mal disposés pour les étrangers, comme la plupart des autres nations du même pays.
Il existait autrefois un usage dans ce canton, dont Moore ajoute qu'il reste encore des traces , que celui qui avait vendu quelque chose le matin , pouvait rompre son marché avant la fin du jour , en restituant le prix qu'il avait reçu, pourvu qu'il ne manquât pas de faire sa demande avant que le soleil Ait couché. Le gouverneur de la compagnie anglaise en avait fait l'expérience douze ans auparavant. S'étant arrêté à Nackaway dans un voyage de commerce, il y avait
(1) Moore,- p. 118.
acheté une vache qni ne lui avait coûté qu'ime barre. Après l'avw payée , il avait jugé à pn^ios de hii couper la queue. Le nègre s'en étant a^>erçu, prit la résolution de tirer avantage de la coutume établie. 11 retourna vers le gouverneur, et, feignant de von- * loir loanet le lendemain sa fille , à qui il était (J>ligé de fidreune dot, il redemanda sa vadie, comme le seul bien qu'il eût à donner. UAnglais, sans se défier de Fartifice, ordcmna sQr4e-chanq> que la vadie lut rendue. Ses gais Famenèrent. Mais le nègre, a^ fectant beaucoup de surprise, déclara que ce n'était pas sa vadie, que la sienne avait une queue; ^ qi^ était surjnrenant qu'on cherchât à le. tromper. Le gouverneur lui expliqua naturellement qu'sq>rès l'avoir achetée, il lui avait coupé la queue. Quoi ! s'éma le nègre, vous avez coupé la queue de ma vadie? J'estimais ma vache trois cents barres avec sa queue ; vous ne partirez pas sans me les avoir payées. £n vain le gouverneur représenta que l'ayant ach^ée, elle était devenue son bien, et qu'il avait eu le droit d'en disposer. Tous les habitants ayant pris parti contre lui en Ëiveur de Fusage, il fîit obligé de payer trois cents barres pour la queue d'une vache. Il prit même le parti de dissimuler cet afifront; et lorsqu'il eut acheté son nombre d'esclaves, il quitta Nadcaway sans se plaindre. Mais il ne Êdsait que différer sa vengeance. L'année suivante, ayant £ût armer une grande chaloupe, sur laquelle il mit jusqu'à douze canons^ il publia qu'elle était destinée pour Ëiire un voyage de commerce. On ignora qu'il s'y fût luimême embarqué; et pendant toute la route il se
DE MOOft£ (^732). 445
Cacha Soigneusement. Lorsqu'il fat devant Nackaway , il fit descendre le capitaine , pour annoncer aux habitants qu'on arrivait avec une belle cargaison , et qu'on avait besoin d'esclaves. Six chefs de la ville , entre lesquels se trouvait le maître de la vadie, s'em* pressèrent de se rendre à bord. S'ils farent extrêmement surpris d'y reconnaître le gouverneur, ils né farent pas moins effrayés de se voir arrêter par sdn ordre et charger de chaînes. Cependant de six qu'ils étaient on en relâcha un, pour aller déclarer à la ville que le gouverneur était venu demander la restitua tion de ce qui lui avait été pris avec autant de perfidie , que d'injustice; et, tandis qu'on mettait le nègre à terre dans l'esquif, la chaloupe fit connaître par une décharge de son artillerie, qu'on était en état de pousser plus loin la vengeance. Les habitants, trop persuadés qu'ils n'étaient j)as capables de résister à \ des forces supérieures , se hâtèrent d'envoyer à bord dix de leurs meilleurs esclaves, qui^ à trente barres par tête , faisaient la somme qu'ils avaient extorquée au gouverneur. Ils confessèrent en même temps leur faute; et, reconnaissant qu'ils avaient mérité d'être punis avec plus de rigueur, ils promirent que la compagnie n'aurait jamais à se plaindre de leur bonne foi.
Le 8 de juillet, le capitaine Boys, et Galand, facteur de Bruko, arrivèrent au port de Yamyama- Conda, pour avertir Moore que la chaloupe l'Aventure, partie de l'île Janies avec cent mesures de sel et deux cents gallons de rum, se trouvait arrêtée visà-vis de Bruko par la force du vent, et que, dans la
44fi VOYAGE
saisoD ou Foo étaîl déjà , il J avait p^i f apparence (|u elle pût avancer plus loîii« D (bt résolu de la décharger à Bruko , poui' attendre un temps et des occasions CiTorables. £o eflEet les orages étaient si firéquents , qu'un magasin de coton fot renversé par un tomado. Cependant on trouva moyen, le a8, de £nre amener la provision de nnn a Yamvama-Conda, dans un canot à six rames. Cette résolution fiit prise au hasard de tous les événements; parce que le mm est d'un commerce fort avantageux dans la saison des pluies.
Le 29, on vit arriver à Tamyama-Conda, Johnson j nommé par le coasél pour succéder à Peters, second facteur de Fatatenda, qui était mort nouvelleroenL Moore partit avec lui pour Fatatenda le 4 d'octobre ( i). Ils passerait le mâtin par Canuba (2), petite ville qui a son port à deux milles. Yers midi, ils arrivèrent à Bassi , autre port à dix miDes de Canuba. A trois heures après midi, ils trava^èroit Burdah, résidence de Tusurpateur de Tomani. Deux heures après, ils passèrent à Kolar, dans le royaume de Cantor; et six milles plus loin ils arrivèrent visà-^'is de Fatatenda, où ils traversèrent la rivière. Sa largeur , dans cet endroit, est égale à ceUe de la Tamise au port de Londres. Son cours y est fort raqiide, et le canal très*profond. Dans le temps de la sédieresse, les marées s'y élèvent de trois ou quatre pieds;
(1) Moore, p. i36.
(1) D'AaTÎOe net sur sa carte Damiba, ce qui parait âne Cnle de graretfr. copiée de la carte de Leadi, insérée dam rooTrageaiéBie de Moore, et dans r Histoire des Voya^ de PrerosL
niais beaucoup moins daHs la saison desC pluies. Des deux cotes de la rivière, le pays est couvert de bois. Il est fort bas du côté du sud ; mais le comptoir est situé sur la rive du nord , dans le royaume de WooUi, à dix milles de toute autre habitation. La vue s'étend sur la rivière l'espace de plusieui^ milles, et découvre au loin, sur l'autre bord, une grande partie du royaume de Cantor. Dans un lieu si désert, on entend, pendant toute la nuit, les cris d'une ijifinité de bêtes farouches. Ce comptoir fut abandonné l'an-^ née suivante. Hamilton , demeuré seul , c'est-à-dire sans aucun Anglais , depuis la mort de Peters , reçutune joie extrême de l'arrivée d'un nouveau facteur. . Moore se disposait à retourner au lieu de sarésidence^ après avoir passé deux jours à Fatatenda , lorsqu'il fut arrêté par un messager de Huma Badji, usurpateur de la couronne de Tomàni , qui le pri^ d'attendre l'arrivée de son maître. En effet, Huma Badji parut le piéme jour avec une escorte de deux cents hommes bien armés, qu'il se proposait d'envoyer au secours du roi de WooUi contre le frère de ce prince, qui avait^xcité la révolte au sein de ses états. Huma Badji est fils du dernier roi de Tomani; mais, par une loi qu'on a déjà rapportée, la couronne devant passer ^ sur là tête de son cousin , il a trouvé le moyen de persuader au peuple , ou du moins de publier que le roi son père n'était pas mort. Une troupe de gens résolus, qu'il entretient dans la ville de Burdah , soutiennent son usurpation; et personne n'ù^ mettre en doute que le feu roi soit vivant. Il est lui-même fort âgé , mais aimé de ses sujets. En joignant quelques
Tolontaires à ses gardes, il a trouvé le moyen de ccHiquérir le royaume de Woolli^ qu'il a domie au roi qui le possède actudlement. Aussi règne-t41 dans les éMs de ce prince avec autant d'autorité que dans les siens. H y est même plus redouté ; car les habitants de Sutamore (i), ville de Tomani, à trois milles de Tamya»a-G>nda, marquent peu de respect pour ses ordres. On le voit rarement au comptoir de cette Yille. Mais à Fatatenda il traite les facteurs anglais avec peu de ménagement. Il leur demande sans cesse des mardiandises , et sur le moindre refus il emploie la force pour les prendre. Il est si passionné pour les liqueurs foites , qu'il arrache aux fiicteurs jusqu'à leur propre provision. Ils sont obligés de Fatiterrer dans les bob à l'arrivée de ce tyran, et de s'en priver jusqu'à son départe
Moore avait eu dessein d'aller de Fatatenda à Nac* kaway, en suivant la rivière du côté du nord; mais les criques, qui sont en grand nombre sur cette rive, commençant à se ressentir de l'augmentation de la Gambie , il craignit de trouver des obstacles invincibles. Il reprit du côté du sud. Une petite montagne, qu'il eut à traverser entre Burdah et Bassy , lui parut la plus raide qu'il eut passée de sa vie. C'est un rodier continuel qui ne laisse pas d'être couvert d'arbres. Il arriva le soir au port de Bassy, où il passa la rivière pour se rendre à Nackaway. Après y avoir employé la nuit à ses affiiires , il repassa le matin à Bassy; et.
(i) Sutema sur la carte de Leadi, qui est dans l'oavrage même de Moore, et sur la carte de d'Anville.
DE MOORE (l']3*2). 449
montant sur le cheval qu'il y avait laissé , il regagna le comptoir dTfamyama-Conda.
Le 22 , il observa que la marée recommençait à monter et à descendre. L'air, qui avait été d'une chaleur excessive depuis vingt jours ^ devint plus froid t&t plus pesant. Il s'élevait des brouillards le soir et le matin.
Moore partit le 3i à la pointe du jour, pour se rendre à Bruko (i) , où il voulait que son sel fût mesuré sous ses yeux. A neuf heures du màttâ , il passa par Buiie , ville agréablement située dans une vallée qui est environnée de hautes montagnes. A midi , il entra dansCotah, petite ville de Jemarrew ( Jemarrou ), où l'ancien empereur , après avoir «té chassé par le peuple de Duboconda , vit tranquillement comme en exil. Six milles plus loin, à l'ouest, on aperçoit une autre ville de même nom, dont les environs sont de grandes campagnes semées de riz. Le soir, Moore se rendit à Chauconda, grande ville «ivironnée d'un cercle de palissades, au pied d'une montagne pierreuse , qui termine la plaine à quatre milles de la Gambie. Il s'y logea chez l'alkade. Sa chambre était spacieuse. Pour lit , il y trouva une natte assez propre, soutenue par des fourdies de ,bois ; mais il y fut cruellement tourmenté des, tnosquites. Cet alkade devint empereur de Jemarrew , l'année que l'auteur revint en Angleterre.
Le jour suivant, Moore, étant parti de grand matin , arriva vers midi à Duboconda , ville bien
(i) Moore écrit toujours Bruooe.
ni. 29
fortifiée suivant les usages du pays. Elle est sîtuëe au sud de la rivière, à neuf milles de Bruko. On distingue deux villes ; l'une entourée de pieux , ou plutôt d'arbres fichés dans la terre à fort peu de distance, et joints par un parapet de terre qui a la force des murs de brique; l'autre, environnée seulement de roseaux et de claies , comme les parcs où l'on renferme les moutons dans plusieurs pays de l'Europe. Cette dernière méthode est la plus commune dans toutes les villes et même dans les comptoirs de la Gambie. Les habitants de Duboconda ont secoué le joug de l'empereur de Jemarrew (Jemarrou), leur monarque légitime, et lui ont donné un successeur qu'ils nomment suma. A trois heures après midi^ Moore arriva dans la petite ville de Colyconda(i), qui est renommée par les agréments des jeunes filles. II entra le soir dans Bruko, d'où l'on compte quarante milles jusqu'à Yamyama- G)nda (2).
Deux ou trois jours lui ayant suffi pour terminer ses af&ires , il se remit en chemin le 29, et retourna à Chauconda , où il passa la nuit dans la même chambre qu'il avait précédemment occupée. Le lendemain , il arriva le matin à Ck)ra, où l'empereur détrôné lui envoya un plat de riz fort dégoûtant, et le fit prier de venir passer avec lui quelques moments. Ils se promenèrent pendant deux heures. L'empereur prit
(i) Ce liea n'est ni sur la carte de d'Anville, ni sur celle de Leach. Sur cette dernière on Toit, à peu de distance de Bruko, un lieu nommé Pholeycunda, qui est nommé Fouliconda sur la carte de d'Anvilie. H se pourrait que ce fàx le Colyconda de Moore ; mais alors ce lieu serait mal placé sur les cartes.
(a) Camiama-Couda* de la carte de d'AnvilIe.
plaisir à raconter toutes les circonstances de sa déposition , et se félicita de trouver plus de contentement dans sa retraite , qu'il n'en avait jamais goûté dans son ancienne grandeur. A midi , l'auteur traversa Fetiko (Fattiko ) (i), sur les frontières de Jemarrew. Cette ville avait été considérable* dix ans auparavant; mais la férocité de ses habitants avait causé sa ruine. Un Pholey (Foules) deTomani , nommé Clargée Solée , étant venu pour s'établir sous leur protection avec une suite nombreuse , ils avaient pillé ses bestiaux et maltraité son cortège. Dans le ressentiment de cette insulte , Clargée Solée , secondé de ses Foulés , avait fondu sur eux les armes à la main , et leur avait fait quantité de prisonniers pour réparer sa perte. Us avaient été si déshonorés par cette aventure , que tout le monde fuyait une ville oîi l'on respectait si peu les droits de l'hospitalité. Moore arriva le soir à Yamyama-Conda (2).
Le 20, à huit heures et demie du soir, il y eut |ine éclipse totale de lune , qui dura jusqu'à dix heures et un quart.
Le 18 décembre, Conner, associé de l'auteur dans les soins du comptoir, partit pour Nackaway. Dans son absence, Moore reçut avis de l'alkade de Bruko, que le comptoir avait été consumé par le feu , et que le facteur Philippe Galand , devenu fou de cet accident , avait tenté de se noyer. Ayant fait rappeler
(i) Ainsi Kora, la résidence de cet empereur, était entre Cbauconda et Fattiko, et il était facile à d'Ànville, qui a omis ce lieu, de le placer sur sa carte , d'après le Voyage de Moore.
(a) Moore, p. 143.
452 TOTAGC
aussitôt GMmer, il partit immédiatenlefit pour Bkndux, où il se rendit dans Fespaoe de vingt heures. Il trooTa la santé de Galand aussi dorangée qœ sa raison. L'alkade s'était saisi de la clef du magasm, que la flamme avak heuraisement épargné , rt la remît fidèl^nent à l'auteur , qui écriTit surJeK& au consâl pour l'informer de cette disgrâce. Le lendemain , on vit remonter sur la rivière une loûgiM barque, qui appartenait au Trial-Snow , vaisseau d'interlope commandé par le csqutaine Clarke. Qudqoet n^res ayant demandé à ses gens qui ils étaient, ils répondirent qu'ils appartenaient au seigneur Antoine Vos , Portugais de Tankrowal , et qa'ib allaient au port de Bassy pour en amener des esclaves (i). Ce déguisement valait de la crainte des habitants du pays, que plusieurs vaisseaux d'interlope avaient maltraités , et que l'exemple du slatti de Cassan avait mis dans la disposition de repousser l'insulte par la force. Cependant, la même barque descendant la rivière à la fin du jour, le 6 de janvier , son pilote, qui se nommait Hayes , ne fit pas difficulté de s'approdier de la rive pour saluer Moore. La raison était revenue à Galand. Aussitôt qu'il eut apf^nsl'ai^îvée d'une barqoe anglaise , il vint suppliar Hayes de le recevoûr à bord , et de le conduire au capitaine Clarke, sous prétexte qu'il avait besoin d'acheter mille dioses nécessak^es. En vain Moore et Talkade s'efforcèrent de lui fiûre perdre cette pensée. Il partit vers minuit avec la barque. Le lendemain à midi , un nègre qui le ser-
(i) Moore, p. 148, et ci dessus, p. 419.
J>E MOOKE (1733). 453
vait revint à Bruko pour apprendre à Moore que son maître et le pilote Hayee s^étaient noyës.
Tandis <que Moore rëHéchissait sur cet accident, les matelots et l'interprète de la barque arrivèrent à Bruko, et lui racontèrent leur infortune. Vers quatre heures du matin , se trouvant près des îles Sappos , ils avaient entendu sortir du fond de Teau un grand bruit qui répondait à la tête de la barque. L'interprète nègre les ayant assures qu'ils étaient sur une basse fréquentée par les chevaux marins, Hayes avait fait tirer un coup de âisil pour les effrayer. Mais un de ces animaux, qui avait peut-être été blessé du coup, heurta si furieusement la barque, à coups redoublés de dents ou de pieds, qu'il brisa une planche dufond. Hayes, averti qu'elle se remplissait d'eau, donna ordre qu'on gagnât aussitôt la terre. On n'en était qu'à dix toises lorsque la barque, s'étant abîmée tout cFun coup y Hayes et Galand, qui ne savaient pas nager, eurent le malheur de périr dans les flots. Ceux qui^ avaient eu le bonheur de gagner la rive y demeurèrent jusqu'à midi, vis-à-vis l'endroit où la barque s'était en&ncée. Mais pressés par la crainte des bêtes ia^ rouches, autant que par la faim, ils venaient implorer le secours de Moore, en attendant l'occasion d^^ rejoindre leur capitaine. Comme la barque s'était enfoncée par ton propre poids, et qu'elle était tombée directement, ils avaient jugé par la hauteur dont son mât surpassait l'eau, qu'elle n'en avait pas plus de cinq pieds sur le pont, du moins dans la basse marée. Moore se persuada qu'on pouvait sauver une partie des^marchandises, qui consistaient en cire et en ivoire.
Il fit forger des crocs par un serrurier du comptoir; et joignant aux matelots cinq ou six domestiques de la compagnie, il les exhorta vivement à recueillir les débris de leur naufrage , tandis qu'il écrirait au capitaine Clarke, pour Tinformer de son malheur. Il prit effectivement la plume. En écrivant, il fut interrompu par un bruit qu'il entendit a sa fenêtre. L'inquiétude de tant d'événements l'ayant Eût sortir le pisUJet à la main , il fut surpris de trouver une vache à demi dévorée par un loup. Deux jours après , les matelots de Clarke revinrent à Bruko, avec le chagrin de n'avoir pu retrouver leur barque. Mais ils avaient découvert en chemin trois caisses de cire, une autre caisse vide , et une rame. Ils étaient portés à croire que la barque avait été pillée dans leur absence, d'autant plus qu'ils avaient trouvé sur la rive une sargaie qu'on devait y avoir laissa par oubU* Le jour suivant, vingt nègres du suma, nouvel empereur de Duboconda, vinrent au comptoir et prirent entre les mains des matelots la cire qu'ils avaient trouvée sur la rive. Ils se prétendaient en droit de les enlever eux-mêmes et de les vendre pour l'esclavage. Mais l'alkade de Brqko et Moore obtinrent, à force d'instances, qu'on attendit l'arrivée du capitaine Clarke pour terminer ce différend. Les nègres fondaient leurs prétentions sur les droits de l'empereur leur maître , et sur les insultes qu'ils avaient reçues des vaisseaux anglais d'interlope. Le commerce sur la rivière n'était, permis, disaient-ils, qu'aux vaisseaux de la compagnie et à ses comptoirs, parce qu'elle avait des traités avec tous les princes du pays. Mais ils étaient
résolus de ne pas souffrir plus long-temps que des particuliers, sans autorité , vinssent s'enrichir de leurs dépouilles en outrageant leurs villes. Enfin, ils demandaient que le capitaine Clarke rachetât ses gens à cent barres par tête, sans quoi ils menaçaient de les retenir prisonniers toute leur vie. Après une dispute qui dura six heures , Moore fut forcé de leur dire , que s'ils s'obstinaient dans leurs résolutions, la compagnie retirerait bientôt son comptoir, et qu'il allait écrire au fort qu'on ne lui envoyât plus de marchandises; au lieu que s'ils voulaient rendre les matelots, il s'engageait par l'amitié qu'il portait au capitaine Clarke, à leur faire un présent d'eau-de-vie et de quelques autres marchandises. Cette proposition eut plus d'effet que tous les raisonnements. Cependant Moore fut obligé de payer six barres pour obtenir de l'empereur la liberté de renvoyer les matelots par la rivière.
Le 21 janvier, il jpeçut ordre de la compagnie par le capitaine Luson , qui arriva sur la chaloupe l'Ile- James , de résigner à Conner le comptoir de Yamyar ma-Conda, et de prendre la direction de celui de Bruko. Luson lui apportait des matériaux pour le rebâtir. Ainsi ce comptoir prit en peu de temps une nouvelle face : ce qui n'empêcha pas la compagnie de l'abandonner l'année suivante. Bruko est à soixante-dix lieues au-dessus de Joar, sur la rive sud de la Gambie, dans le pays de Jemarrou.
Le 5 de février, Moore reçut avis que le capitaine Williams, commandant d'un brigantin qui commerçait h Joar,. ayant acheté des esclaves, et n'apportant
4^6 TOTAGft
poii^ assez ifattqitiott a les garder, «irak été daos une réroke, et s'était tu force de <jierchcr soo salut a la nage, i^ircs aToir perdu la ph» graade partie de ses gens, H avait en les doigts mâaéiMfuuuî coupes daos TactioB. Eofiu s'étaut rendu à Jamesfbrt au travers de mille dangers, il y ajait été reçu £nrorabiement par le gouverneur, qui lui avait accordé son passage en Angleterre.
Le i6 de mars, <m fiit effiayë pendant toute b. nuit par un furieux tonnerre, et par des feux volants, qui fiu'^it r^ardés OMume un prodige dans cette saison. I>es habitants prirent ces phoioniènes pour un présage de guerres et de troubles dans le pays. Moore observe que l'année suivante ne fot pas tranquille, sans se croire obligé, dit-il, d'en attribuer la cause au tonnerre et aux feux vdants; mais il ajoute que les, comptoirs en tirerait beaucoup d'avantages , par la mulûuide d'esclaves qu'ils, eurent l'occasion d'acheter. Le 4 ^avril , le même vaisseau Se la Nouvdle- Angleterre, qui avait été maltraité à Cassan l'année précédente, passa devant Brvko pour se rendre à Yamyama-Conda. Il était si bien armé, qu'cm le jugea résolu, ou de se procurer un commerce heureux par la force, ou de tirer vengeance de Tinsuke qu'il avait reçue à Cassan. Le 27, Moore trouva dans une ville voisine de Bruko, un monstrueux scorpion, qui avait, à ce qu'il croyait, douze pouces entiers de longueur (i).
Le 1 1 de mai, il partit pour Joar dans la chaloupe
(i) Hoartf p. 157.
(r«nçai$e du skur Lemaigre; mais ayant rencontre le capitaine Sanby, qui remontait la rivière avec sa cargaison de sel, et qui lui apprit que l'île James avait reçu de Londres un nouveau gouverneur , il prit le parti de retourner à son comptoir avec Sanby. Ils essuyèrent en chemin un tomado fort violent. Le 12^ il y eut une ëclipse totale de lune, qui dura l'espace d'une heure.
Ck>mme l'arrivée d'un nouveau gouverneur apporte toujours quelque changement dans le sort des subalternes, Moore attendait impatiemment les ordres du conseil, lorsqu'il vit paraître la Nymphe -de-Mer, commandée par le capitaine Brown, qui lui amenait un associé dans les fonctions du comptoir. Richard Hull, nouveau gouverneur, lui envoyait, avec ce lieutenant, un renfort de marchandises pour le comptoir, et de longues instructions, dont il a cru devoir conserver la substance, parce qu'elle sert à faire connaître quelle était alors l'administration du com^ pierce.
Après un compliment sur la satis&ction que le conseil avait de sa conduite, et quelques exhortations à continuer de remplir ses engagements, on lui ordonnait:
I* De faire présent au suma de cinq gallons d'eaude-vie, à l'occasion du changement des gouverneurs, et d'assurer ce prince que la compagnie était résolue d'encourager plus que jamais le commerce , surtout pour les cuirs, l'ivoire, la cire, le coton, l'indigo et les gommes.
2* De se procurer autant qu'il pourrait d'une cer-
taine liqueur rouge, qui coule en aboodauicc cTim arbre noauné pao de saBgœj , et qui s^endnrcit cm consiaapre de goaune; et de la p^rer hardiuMSt use denii-barre la livre, parce que cette gomme est précieuse.
3* De ménager avec soin les die& d'argent ( a^ , et de n'en pas faire d^autre usage que pour le commerce.
4* De se borner à son comptoir, sans se mêler jamais de payer les gages, les salaires, ou les dettes des autres domestiques et ourriers de la con^agnie , parce que tous les emplois d'argent qu'il ferait ainsi pour d'autres usages que ceux de son comptoir, seraient mis sur son propre compte.
5* De ne £ûre aucune sodété de commerce avec les mardiands, soit mandingues, soit portugais, soos prétexte d'y £ûre trouver de l'avantage à la compagnie; parce qu'il est certain au contraire qu'ils cberdient toujours à gagner quelque diose sur les esdaves et sur l'or, et qu'on trouve bien mieux son compte à traiter directemait avec les nègres.
6* De mettre tant d'ordre dans les livres de compte, qu'on put être sans cesse en état de comparer les transactions passées avec les prés^ites, et que les £m>
(i) Moore, pag. i6o, net pore de saBgne; c'est pao de maçmty qà signifie en portngais bob de sanç. Ccst Farbre qui prodnit le sang de dragon.
(^) On entend par ce terme des barres de fer, des colfiers de cristal, des doOars'â* Faigle déployée, des bassins de coivre et des arangos. On a dé}à remarqué qu'une barre, nommée simplement , est un mot vague qoi signifie une certaine quantité de marchandises. Une barre, dans le commerce anglais , étail alors réquÎTalcnl d'une once d'argent.
teurs suivants y trouvassent une règle de conduite. C'était dans cette vue que la compagnie avait ordonné une méthode qui servait à faire remarquer les pertes et les gains au premier coup d'œil. Dans la suite on voulait envoyer aux facteurs le tarif des marchandises qu ils recevraient, sur le pied qu'on les aurait achetées en Europe ; afin qu'ils les couchassent de même sur leurs livres ; et qu'à mesure qu'elles seraient échangées où vendues, ils évaluassent ce qu'ils auraient retiré en barres, en schellings, et en sous, qui paraîtraient à coté du premier compte.
7"* Qu'à chaque renvoi , le facteur devait nonseulement marquer ce qu'il aurait tiré de ses marchandises, mais spécifier la nature et la quantité de ce qu'il aurait donné en particulier pour tel nombre d'esclaves , et pour telle quantité d'ivoire, d'or, ou de cire.
8" Que les agents de la compagnie ayant quelquefois négligé leur devoir pour s'occuper de leurs intérêts particuliers , elle avait jugé à propos de faire monter leurs droits de commission à cinq schellings pour chaque esclave ; à deux schellings et demi pour le quintal d'ivoire, pesant cent livres; à cinq schellings pour chaque once d'or ; à deux schellings et demi pour le quintal de cire rendu au fort ; et, qu'à la faveur de cette indulgence , elle «e promettait que les facteurs répondraient à l'opinioii qu'elle avait de leur zèle et de leur probité.
9*" Que les facteurs anglais ne devaient point acheter des Portugais ni des autres l'or à plus de douze barres l'once; les dents d'éléphants, grandes et petites, à plus de seize et de huit barres le quintal
TOTAGK
lnrrtt;ctlac«à plnifei ; psTceque
dont ib
Tek étaient: les priaci|MunL devoirs qoe ki pegaie iaipotût à ses fiictean. A Fëgwd fie b qoi Rfsnbit k couMaarce avec les Fortogûs, ] dbsenre qu'elle était moiss à Favantage de la papne, que le gumcraeur ou la coinpagBie ne se rimai^iiiaieBt , farce qall j avait effisctrremcBt beaucoup a gapier dus leur eomncroe et dans ochn des Mandiugnes. Aussi 6t-il remarquer daassar^ioBse^ qae lorsqulls deseendaient la rirîère dans leurs canots , et qu'ils venaient lui £dre des pn^ioskions de oonunerce, ils étaient fi>rt âcMgnés de donner leur or, leur dre et leur ivoire an prix que la compagnie désirait* Us adietaient à Joar et à Kower , du drap et des étoffes. Mais plutôt que de donner leurs marchandises à si bas prix , ils allaient dierc^er plu» bas des vaisseaux dlnterlope , avec lesquds ib étaîoit surs de trouver plus de profit. Moore se plaignait aussi de ce qu'on lui défendait d'employer le fin* ou l'argent, à se procurer des provisions. Il assurait le gouverneur qu'il était impossible if en dbtenir autrement , et que si la compagnie insistait sur cette défense, il allait que les gens du comptoir mourussent de £iîm (i).
(i) Moore, p. iSS.
La réplique que Ton fit à ses remontrances , fut qu'on ne lui défendait point absolument tout com^ merce avec les Portugais , mais qu'on l'exhortait seulement à ne pas se défaire légèrement de ses capitaux , et surtout à ne pas s'imaginer qu'il fût avantageux à la compagnie de donner du fer pour de l'or et de le payer trop haut prix* A l'égard des provisions ^ on lui permit d'employer du fer pour s'en procurer ; pourvu que ce fût toujours avec beaucoup de discrétion.
Le 17 de mai, une chaloupe d'interiope ncnnmée le Bumper , commandée par le capitaine Samuel Moore, passa devant Bruko ^ chargée des richesse qu'elle avait acquises à Yamyama^-Gonda dans un séjour d'environ deux mois. Elle était redevable de ce succès à Conner^ facteur de la compagnie dans le comptoir de cette ville. Mais les services qu'il lui avait rendus, et dont Moore est persuadé qu'il avait été bien payé , exposèrent sa vie au dernier danger. Les habitants entreprirent plusieur$ fois de le tuer; et leur colère s'étendant à tous les Anglais , Moore même , dans les voyages qu'il fît ensuite à Yamyama- Conda, fut obligé de prendre de justes précautions* Cette haine des nègres n'était pas sans fonckment.. Ils accuserait le capitaine de la chaloupe de leur avoir donné ^ dans l'année précédent; , dbs dollars d'étain pour des pièces d'argent ; ce qui les r^idait si furieux , qu'ils ne pensaient qu'à la vengeance. Aussi la chaloupe de Bumper n'acheva-t-elle pas heureusement son voyage. La nuit qui suivit son départ de Bruko, elle fut attaquée dans la plus étroite
46a VOYAGE
partie de la rivière , entre une île et le continent , par une troupe de cent nègres. Les Anglais combattirent vaillamment, et se dérobèrent à la fureur de leurs ennemis. Cependant Lowther,''subrécargue, eut le malheur d'être blessé au ventre et d'en mourir le lendemain (i).
Le 19, Leach et Cooper arrivèrent à Bruko dans une chaloupe qui leur appartenait , pour se rendre à Ruttejar et à Samy où leur dessein était de s'établir. Après avoir été long-temps au service de la compagnie , ils voulaient employer le fruit de leur travail à faire le commerce pour leur propre compte. Mais, quelques jours après, l'auteur reçut ordre du conseil de n'entretenir aucune liaison avec eux , parce que , sous prétexte d'avoir reçu des lettres de leurs amis , qui les rappelaient en Angleterre , ils avaient quitté indignement la compagnie , pour entreprendre un commerce nuisible à ses intérêts.
Le 12 de juillet, Luson, capitaine de la chaloupe la Gambie , vint à Bruko avec des ordres du conseil qui envoyaient Moore à Yamyama-Conda , pour succéder à Conner , que son âge et la longueur de ses services faisaient rappeler dans l'île James (2). Le comptoir de Bruko devait demeurer sous la direction de Roots. Moore partit le 1 5 , et fît voile d'abord à Dubocpnda , pour y prendre congé du suma , qui n'avait pas cessé d'accorder sa protection au comptoir de Bruko. De là il se rendit à Kuttejar, où Leach
(i) Moore, p. 164.
(2) Moore, pw 168.
et Cooper avaient pris la résolution de s'ëtablir. Il y loua des chevaux pour se rendre par terre à Samy ; mais il laissa ordre à son canot de s'avancer jusqu'à Fendala-Conda, qui est à dix milles au-dessous de Yamyama-Conda (i). Il passa la nuit au comptoir de Samy , lieu fort avantageux pour le commerce , d'où la compagnie tire des esclaves pendant toute l'année à quarante barres par tête. Ce comptoir est situé à douze lieues de la Gambie , sur une rivière dont il a pris le nom. Moore se proposait de la passer à cheval, et de continuer sa route vers Fendala-Conda ; mais les nègres, à qui les chevaux appartenaient, refusèrent d'y consentir, par la crainte des crocodiles dont cette rivière est remplie. Ainsi l'auteur se vit obligé de passer dans un canot , et de faire dix milles à pied jusqu'à Fendala-Conda , où il attendit le canot qu'il avait laissé à Kuttejar. L'ayant reçu le soir du même jour , il partit le lendemain pour Yamyama-Conda , mais les vents contraires lui firent trouver la route si ennuyeuse , qu'ayant pris le parti de descendre sur la rive , il acheva le voyage à pied. Le canot arriva fort tard dans la nuit.
Le 19 , Moore fit l'inventaire de tous les effets du comptoir. Avec quelque soumission qu'il fut entré dans les vues du conseil, il prit l'occasion de Conner, qui partit le même jour, pour témoigner, par une lettre au gouverneur, le chagrin qu'il avait, eu de se voir renvoyé si loin. Sa santé était mauvaise. Il
(i) Fendala-Conda est sur les bords delà Gambie, et sur ia rive nord au sud de Samy, tandb que Camiama-Gonda est au sud, à quelque distance du fleuve.
464 TOTAGB
n'y avait qae son àtréme attachement poifir les intérêts de la compagnie, «jui le pût fiiire passer sur une raison si forte.
Le 25, HiillipSy fiicteur de Fatatenda, deseradant la ririère pour se rendre à Jamesfort, s'arrêta heo* reusement pour lui à Yamyama-Conda* U soufirait beaucoup d'un mal de jambe, pour lequel il allait chercher du remèd^. Un marabout qui le vit dans cet état, lui dit que ce n'était pas la peine d'avoir entrons un voyage de six cents milles (i), et que sans aller plus loin il s'offrait à le guérir. Effective* ment, une décoction de quelques heribes lui rendit quelques apparences de santé.
Le i4 de septembre, les eaux de la Gambie de» vinrent si grosses, qu'après avoir inondé les vallées et les champs de riz, elles commencèrent à pénétrer dans l'enclos du comptmr. Le lendemain, Moore, voyant qu'elles environnaient déjà tout l'édifice, et que les murs étaient même endommagés, employa tous ses gens à lui bâtir une cabane au milieu de la ville. C'était l'endroit le plus élevé du canton. Il s'ap* plaudit de cette précaution le jour suivant, lorsque l'eau s'élevant autour du comptoir, dont les murs n'étaient que d'argile, il semblait à tous moments qu'ils fîisaent prêts à tomber en ruine. On se hâta de transporter tons les effets de la compagnie dans la
(i) Il tot eateodre depuis Fal«lend«, encore c«tle distanoe est-eUe excessive ; car la carte de Leach ne met que cinq cents milles de Barracanda même, jusqu'à Jamesfart. Snivant Bloare, y s'y a q«e cent cinqwntemiUes eo droite ligne de Jmfrfnrt à Yamyama-Caâda, et deux cents millîBs par la rivière.
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nouvelle cabane, et les esclaves furent confies à la garde des principaux habitants de la ville. Ainsi le comptoir demeurant abandonné, il devint bientôt l'habitation des grenouilles, des crapauds, des serpents et des poissons. Vers minuit , les murs tombèrent avec beaucoup de fracas ; mais le toit demeura ferme sur les piliers qui le soutenaient. Pendant plus de dix jours, on vit flotter sur la rivière un grand nombre de petites îles, quelques-unes longues de dix toises, et couvertes d'arbrisseaux sur lesquels il se trouvait quantité d'oiseaux. Moore jugea que c'était de petites portions du bois, qui avaient été détachées par la violence des flots. Les habitants ne se souvenaient pas d'avoir jamais vu d'inondation si terrible. La compagnie avait beaucoup perdu dans la dernière. Le comptoir de Kuttejar ayant été renversé, à peine en avait-on pu sauver quelques marchandises. Mais quoique le danger fut beaucoup plus grand, Moore eut la satisfaction d'avoir mis tous les effets à couvert, et d'en être quitte pour la réparation des murs du comptoir, qui n'est jamais d'un prix considérable. Tout le pays était entièrement caché sous l'eau, et les champs de. riz et de maïs ruinés sans espérance. La communication des villages ne se faisait plus que par les canots , sur lesquels on traversait les plaines. Aussi les provisions devinrent-elles si rares, que l'auteur, manquant de canot pour s'en procurer, passa deux jours entiers , avec ses gens , sans aucime nourriture (i).
(i) Moore, p. 174.
iiu 3o
Philipps était retourné à Fâtatenda après sa guérison; mais on fut surpris , le 29, de le Toir revenir à Yamyama-Goûda, dans un état beaucoup plus triste. En sortant de son eanot pour rentrer au comptoir de Fatatenda, il s'était heurté si rudement la jambe èontre un morceau de bois, que cette blessure , se joignant à son ancien mal , semblait mettre sa vie fort en danger. Il allait à Jamesfort pour y chercher des secours plus puissants que ceux du marabout. Mais il mourut six jours ajH^ès, entre Yamyama-Gonda et Bruko. Railton, principal factei»r de Bruko, qui prit ^oin de lui rendre les derniers devoirs, mourut luimême, le 3 de novembre, par un accident de la même nature. S'étant blessé la tête contre la pcHrte de sa diambre , en châtiant un petit nègre qui le servait, il ne vécut que douze heures après sa blessure.
LfC 37, Moore fut averti qu'on pensait à lui eulever ses esclaves dans la maison où il ks feisait garder. Quoique le comptoir ne fât point entièrement rétabli, il crut le pérîl si pressant, que, sans attendre la fin des réparations, il rentra dans son édifice ruiné, avec ses esdaves et ses marchandises. En peu de jours', tout reprit sa première situation.
Le l^ de décembre, quelques habitants de la ville s'étant procuré un filet, vinrent lui offrir l'amuse* ment de la pêche, dans un lac qui est vis-à-vis de la ville. Entre quantité de poissons, ils en prirent un qui avait la forme du goujon, avec beaucoup jdus de grosseur, et qui, par la propriété qu'il avait d'engourdir la partie qu'il touchait, fut reconnu pour la torpille.
Le ao de décembre, Mpore eut la satisfaction de voir arriver, sur la chaloupe la Renommée, les matériaux qu'il attendait de Ja^esfort pour rebâfir son comptoir. Le détail qu'il fait de son entreprise peut donner une juste idée de la nature et de la forme de ces édifices. Il choisit , pour la situation , un terrain élevé, à cinquante toises de la rivière. Après avoir tracé le plan de la maison, sur un carré de quarante-deux pieds , il distribua la charpente. Elle consistait en [dusieurs poutres de trente, pieds de hauteur, qui furent enfoncées à la profondeur de quatre pieds, et jointes par d'autres poutres. Les espaces furent rejnpUs par qui^ntité de solives , entre lesquelles on attacha des cannes au lieu de lattes. La terre dont les murs furent composés est une espèce d'argile humide, que les nègres pétrissent avec les pieds. On leur donna douze pouces d'épaisseur, et l'on prit soin de ne les élever que d'un pied à la fois, pour laisser à chaque couche le temps de durcir. Les murs de séparation , qui devaient former d'un côté le magasin , et les logements de l'autre , furent de la même épaisseur. On composa le toit de solives moins épaisses, avec la précaution de distribuer des vides au sommet des murs, pour donner du passage à l'air dans le magasin , et. de faire descendre néanmoins les bords du toit deux ou trois pieds au-dessous, pour fermer le passage à la pluie. Les portes et les fenêtres ftirent placées réguUèrement, et le mur d'alentour travaillé avec plus de soin. Le plafond, composé de cannes entrelacées, et soutenues par de petites solives, fut enduit d'argile, comme le toit.
468 YOTAGE
11 restait à £ûre le porche, pour satisfiûre les nègres, qui Fappellent alpînter , et qui s'attriboent le droit Jen demander un à chaque comptoir. Cest le lieu ou ils s'assemblent pour le commerce, et sous lequel ils se mettent à courert. Il fut construit des mêmes matériaux que le reste de Fédifice, avec des gouttières, pour le tenir toujours fort sec Après avoir ^ni les murs et les voûtes, on les revêtit intérieurement de nattes, cW-à-dire de petits £ûsceaux de paille, de la grosseur du bras et de trois pieds de longueur, liés Tun sur l'autre contre les cannes. Mais , pour mettre le magasin à couvert du feu , du côté le plus éloigné des logonents, on fit un second mur de bois et d'argile à trois pieds de distance, et Tinter* valle fut rempli d'argile pure; parce qu'en supposant même qu'on pût mettre le feu à ce mur, et brûler le bois dont il était composé, Texpérience avait appris , dans l'incendie de Bruko , que la flamme ne pouvant pénétrer ce qui n'était qu'argile, le magasin ne serait pas moins en sûreté.
L'auteur s'étend beaucoup plus dans la description de cet édifice, pour faire voir, dit-il, avec quelle &cilité des peuples que les Européens traitent de barbares, savent se procurer les conunodités de la vie. On n'y employa ni fer, ni équerre, ni truelle. Dans les endroits mêmes où l'on avait voulu donner plus de propreté à l'argile, tels que les portes et les fenêtres , pn ne s'était servi que de la lame de quelques couteaux. l-ics règles des charpentiers et des maçons n'avaient pas été consultées. I^ dépense était fort légère pour la compagnie, puisqu'à la réserve d'un
nègre qui avait pétri^ l'argile, on n'avait point employé d'autres ouvriers que les domestiques. Cependant le comptoir se trouvait composé d'une grande salle, de deux chambres à loger, et de deux magasins qui n'avaient rien à craindre du feu. D'ailleurs les dedans n'étaient pas seulement commodes, mais propres et de bon goût, avec un air de fraîcheur que le blanc prend aisément sur l'argile.
Vis-à-vis de l'édifice la nature avait placé deux gros arbres , de ceux qu'on nomme bischalos, qui formaient un ombrage agréable. L'enclos était d'un arpent. Il avait ^our mur une haie de cannes fendues , entrelacées en forme de claies , de la hauteur de dix pieds. Moore y fit bâtir, à des distances convenables, quatre maisons à la manière des Mandingues ; l'une pour servir de cuisine , l'autre de grenier à sel , la troisième de grenier à blé, et la quatrième pour loger pendant la nuit les domestiques nègres. Le terrain qui les séparait était destiné au jardin , sur lequel on devait ménager des basses-cours pour les bestiaux et la volaille.
Le 2 1 de décembre , la chaloupe la Renommée partit pour Fatatenda , d'où elle revint neuf jours après, avec les débris du comptoir, et Palmer qui en avait eu la direction. La compagnie s'était détemiinée à détruire cet établissement, pour se venger duboumey Badji, roi de Tomani, qui avait souvent maltraité ses facteurs. On apprit l'année suivante que la mort avait délivré les Anglais de ce prince.
Le 8 de janvier, Moore , dont la santé ne se rétablissait pas, et qui avait demandé plusieurs fois son
rappel, rcçtit pour successeur, dans la direction du comptoir de Yarayama^Conda, Forsyth, un des plus habiles facteurs de la compagnie. Il s'embarqua le ta sur la chaloupe le James ; il toucha aux. ports de Feti^ dalaconda, de Ruttejar, de Rumbo, près de Joar (1); et le a4, étant arrivé à Jamesfort, il y fut reçu avec beaucoup de caresses par le gouverneur HuU.
Le 4 de février, ce gouverneur, allant à cheval de Jilfray à Seaka (Chique), fit malheureusement une chute, dont il eut le bras cassé.
Le ï 8 de mars, on reçut avis de Joar, que le capitaine Coffin, commandant du Finch-Snow, après avoir acheté soixante-dîx-huit esclaves, était mort de maladie , et que les habitants jalofs s'étaient saisis de son pilote et de son chirurgien, lorsqu'ils venaient de lui rendre les derniers devoirs. Le gouverneur y envoya Johnson avec la chaloupe PAventure, pour demander la liberté de ces deux hommes. Le îio, on vit arriver au fort le Finch-Snow, sur lequel il ne restait que trois matelots en bonne santé, leurs officiers étant demeurés prisonniers à Joar. Le gouverneur, touché du sort de ce bâtiment, y envoya son chirurgien pour prendre soin des malades, et quatre Hollandais qm furent chargés de veiller sur les esclaves. Le second pilote et un matelot mounn^ent le lendemain. Comme il ne restait personne qui fût en état de prendi'e le commandement, Hullse transporta Immense à bord , établit l'ordre parmi les matelots et
(1) Moore, p. 181. La carte de d'Anville, ni celle de Leach, ne font point mention de ce pcurt, qu'il est facile de placer, d'après Tindication de Moore.
les esclaves, et laissa Conaer pour y commander jusqu'à Farrivée ^des «deux officiers. D'ua autre côté, Johnson ^tant revenu sans avoir obtenu leur liberté, il .le renvoya sur ses traoes pour traiter du moins de leur rançon. Les Jalofs demandèrent pour eux la va* ieur de vingt esclaves -en marchandises, sans autre prétexte pour les avoir arrêtés , que de prétendus outrages qu'ils se plaigaaient d'avoir reçus- du capitaine.
Le 27, Mo<M*€, se /crevant rétabli , s'embarqua sur 4a <;haloupe le Jamesfort, avec le capitaine Nap Orey, p<Mir faire «n voyage de commerce sur la rivière. HuU le chargea d'observer l'état des comptoirs ,. surtout dans quelques lieux où les facteurs étaient soupiçonnés de négliger les affaires de la compagnie. Il arriva le ^9 de mars à Joar, dans l'espace de quarante heures. Le i*' d'avril il se rendit à Yanimarrew (Yanimareu), «t le 4 à Bruko, ^îi il trouva que, depuis deux mois, le premier facteur n'avait pas tenu le livre de compte. Le ^, il arriva au port de Kuttejar. La ville de ce nom est à dix lieues de Duboconda sur la rive nord de la Gamble, à la distance d'un mille de ses bords. La compagnie avait eu dans ce lieu un fort beau comptoir, dont la situation était également ^aine et agréable; mais l'inondation Je ^7*26 l'ayant entièrement détrait, il avait été tran^éré à Samey. Moore y trouva la chaloupe la Renommée , dont il prit •possession suivant le pouvoir dont il était revêtu. Il y fit transporter sa cargaison , et renvoya la chaloupe qui l'avait apporta (j).
(i) Moore, p. i86.
Lei3 il airiva au comptoir de Yaiiijaiiia-0>iHla,oà il s arrêta jusqu'au 5 de mai, pour tarminer un différend qui s'était élevé entre les Êurteurs et les KaKrfanfjt U était question d'un dieval de la compagnie, qui avait été saisi par Falkade de Sutamore depuis que Moore avait quitté le comptoir, sous prétexte que, Fajant nourri plus d'un an, il n'avait pas été pavé pour ce soin. La cause fut plaidée de part et d'autre avec beaucoup de chaleur, dans une assemblée fort nombreuse. Enfin Moore , ayant prouvé Finjustice de l'accusation , jura en langue du pays, que si le cheval n'était pas rendu immédiatement, et si l'alkade ne lui venait demander pardon de ses impostures , le comptoir serait transféré dans quelque autre ville, et ne serait jamais rétabli. Ce serment qu'ils entendirent tous, joint à la connaissance qu'ils avaient de la fermeté de Moore, fit sur eux tant d'impression , qu'ils forcèrent l'alkade de restituer le cheval , et de demander grâce pour sa faute.
Le même jour, Moore retourna vers la rivière de Samey , où il trouva la Nymphe-de-Mer, commandée par Valentine Mendez, Portugais nègre, qui s'était engagé depuis peu au service de la compagnie, et qui allait former un établissement à Wallia (Walley), quinze milles au-dessus de Samey. On lui avait confié une fort belle cargaison. L'auteur descendit à Ruttejar, pour exécuter l'ordre qu'il avait de s'opposer au commerce de Leach et de Cooper. Son premier soin fut de faire bâtir des huttes par ses domestiques nègres, car les marchands du pays ne se rendent pas volontiers à bord. Le lendemain il écrivit au conseil, que
Forsyth , son successeur à Yamyama-Conda, était fort aimé des habitants; mais que , faute de marchandises , surtout faute de sel, il avait perdu l'occasion d'un commerce considérable , et le crédit du comptoir. Il ajoutait qu'on ne devait jamais souffrir que le sel lui manquât, ne fût-ce que pour ruiner le commerce d'Antoine Vos^ qui prenait l'ascendant sur tous les comptoirs anglais. Dès le 17, il arriva une cargaison de sel pour l'auteur, et une autre pour Forsyth (i). Le 25, la Nymphe-de-Mer fut attaquée entre Yamyama-Conda et Wallia, par une troupe de nègres du pays, à l'instigation d'un autre nègre, qui, ayant quitté depuis peu le service du gouverneur, se plaignait que ses gages ne lui avaient pas été payés. Ils prirent sur la chaloupe un jeune esclave nègre extrêmement bien fait, et plusieurs choses de prix, telles que des fusils et des pistolets. Ce fut du moins le récit que le capitaine fît de sa disgrâce. Mais, après quelques informations , Moore pénétra la vérité de cette aventure. C'est l'usage des nègres, lorsqu'ils soupçonnent quelqu'un de vol, et qu'ils veulent en tirer l'aveu, de faire tremper ses doigts à l'accusé dans l'eau bouillante. S'il est innocent, ils sont persuadés que sa peau n'en souffrira rien, mais qu'elle portera les marques du feu, s'il est Coupable. Le capitaine, qui avait beaucoup d'admiration pour les usages des pègres, trouvant un fusil de moins dans sa cabane , ^iccusa sans distinction trois nègres qu'il avait à bord , et sur leur désaveu, il eut recours à cette épreuve de l'eau bouil-
(i) Moore, p. 190.
474 VOYi^GE
lante , crui leur brûla TRisérablement les mains. Cependant un ou deux: jours après , il retrouva le fusil , que sa propre négligence lui avait fait oublier dans un autre lieu. Les nègres qui avaient été punis injustement, quittèrent le service de la compagnie, et retournèrent dans leur oâï»ton , où leurs plaintes leur firent trouver des amis , qui , dès que le même capitaine se fut approcfhë de leur rive, formerait le dessein Ae fondre sur lui , et de venger leurs compagnons.
Tandis que Moore ëtait à K«ttejar, il apprit qu'oâ avait vu passer au sud une caravane de marchands avec des esclaves. Mais côimne il était à deux journées de leur passage , cette nouvelle lui vint trc^tard. Les marchands qui avaient reçu quelque sujet ^e mécontentement à Samey l'année précédente, desceiidirent à Kower (Kiawer). Cependant Tailleur, s'étant rendu à Samey dans FespérAnce de les y trouver, les habitants eurent, dit-il, l'impudence ^e sai^r son cheval , parce ^'il n'avait pas commencé par visiter le ^atti. Il apporta de si bonnes excuses, que sonoheval lui fut rendu ; mais dans le tumulte, on lui vola^n chapeau et son mouchoir. Gomme il eût été difficile de se les faire restituer, il prit une autre voie pour satisfaire son ressentiment. Entre quelques esclaves qu'il avait achetés, il s'en trouv* un à qui il manquait cinq ou six dents ; de quelque manière que ce défaut eût échappé aux yeux de l'auteur, il accusa les marchands de mauvaise foi, et ses plaintes firent rabattre sur le prix autant de barres qu'il manquait de dents à l'esclave.
Le 1" de juin , Valentine , ce m^e Portugais que la compagnie avait pris à son service, reçut ordre d'acheter toutes les étoffes de coton que les nègres apporteraient en vaate , dans la seule vue de troubler le commerce de Leach et de O)oper; ce qui n'empêcha pas que dans le même temps le conseil n'afFectât de recommander à Moore, par des lettres éclatantes, de ne pas mettre d'bppcfôition au commerce des particuliers, parce que le gouvernement d'Angleterre leur avait accordé les mêmes droits qu'à la compagnie. Il arriva de là que Ijeach et Cooper, se trouvant hors d'état de soutenir leur entreprise, écrivirent une lettre sounrise au gouverneur, pour lui offrir d'abandonner leur établissement, et de retourner à Jamesfort. Cette prc^sition fut acceptée ; et Moore, s'étant chargé de les conduire, arriva le 24 de juillet avec eux. Le gouverneur était absent^ Il était allé visiter à l'embouchure de la rivière deux vaisseaux de guerre, l'Antilope et le Diamant, qui étaient venus pour donner la chasse aux corsaires; Un violent tornado le mit en danger de périr à son retour.
Le 8 d'août, on vit aborder à James£)rt Job Ben Salomon, prince de la nation des Fonlis (Foulahs), qui , après avoir été dans l'esclav^^ge à Maryland , était passé en Angleterre, et révélait dans sa patrie, libre et chargé de bienfaits. Ses aventures sont assez remarquables pour mériter d'être rapportées fort au long dans l'article suivant.
Le 12 d'août , une chaloupe française de Gorée vint demander au gouverneur la penaiissîon de coi^-
per du bois sur les bords de la rivière , pour rd[>atir le comptoir français d'Albreda(i).
he nny Moore partit dans la chaloupe la Renommée , avec une belle cargaison , pour aller remplir à Joar l'office de premier facteur , à la place de Gill. Il s'était chargé de conduire Job B^i Salomon , qui voulait se rendre à Kower (Kiawer), dans l'espérance d'y trouver quelques nègres de son pays. Le 116 j ils arrivèrent dans la crique de Damasensa, où , passant dans un canal fort étroit , pour gagner la ville , ils virent quantité de singes bleus et rouges , qui sautent d'arbre en arbre , et qui ne descendent jamais à terre. Job eut le bonheur de rencontrer à Damasensa plusieurs nègres^, qui lui apprirent l'état de son pays dans son absence.
Le gouverneur Hull, qui n'épargnait rien pour se procurer des informations, apprit de Junko Sunko, slatti d'Yanimarrew(Yanimareu), que les forêts d'arbres à gomme ne sont qu'à cinq journées de cette ville, et à sept ou huit de la rivière du Séilégal; que ces forêts ont seize journées de longueur, et seize de largeur ; qu'elles sont composées de gros arbres, qui fournissent tous de la gomme ; qu'elles sont divisées entre les nègres d'Yani , ceux de Fouta (2), et les grands Jalo& ; que dans les lieux voisins il ne se trouve aucun habitant ; que depuis Yanimarrew jusqu'aux forêts , on ne rencontre aucune rivière , et que la Gambie est la plus proche ; que les trois na-
(i) Moore, p. aoS.
(a) Le pays de Job, comme on le verra bientôt, était fort voisin des forêts, à quatre journées de Fatatenda.
lions qui sont en possession des forêts n'ont aucun commerce avec les blancs; mais que, avec un peu de soin , on pourrait former une correspondance avec elles, et pénétrer sans péril jusque dans leurs forêts; qu'elles n'ont pas d'autre commerce que celui des gommes , et que les éléphants sont en grand nombre dans leur pays. Sur ce récit , le gouverneur prit la résolution d'y faire un voyage avec Job Ben Salomon , donHa patrie n'en était pas éloignée. Mais l'auteur s'étant alors embarqué pour retourner en Europe , personne n'a pris soin jusqu'à présent de lui apprendre le succès de cette grande entreprise.
Le 16 d'octobre, on fut alarmé par les bruits d'une guerre qui s'allumait entre les nègres , et dont Joar était menacé de devenir le principal théâtre. Le boumey (i) de Cajamore, canton du royaume de Barsalli , et le boumey de Cajawan , autre pays voisin , vinrent informer Moore, par un mouvement d'amitié, que Boumey Haman Seaka, frère du roi de Barsalli , ayant pris les armes contre ce prince , était assisté dans sa révolte par quelques peuples de Yani et de Yamina , et que , suivant les apparences , ils s'empareraient bientôt de cette partie du royaume de Barsalli. Ils conseillèrent à Moore de ne pas perdre un moment pour mettre en sûreté les effets de la compagnie (2). Moore écrivit au conseil ; mais on lui répondit que ces bruits avaient couru depuis plu-
(i) Il semble que Boumey est la même chose que Bemoy, nom d'uu prince jalof , dont on a déjà parlé d'après les Portugais , qui confondent souvent les noms avec les titres. Voyez ci-dessus, t. i, chap. ii.
(2) Moore, p. ai 3.
sieurs ami^ sans s'être jamais yérifiés, el qu'il suffisak de faire quelque présait à Boumey Haman Seaka, pour s'assurer de sa protection. Le 3 de décembre, Moore retourna de Joar à Jamesfort; le 9 au soir, il j vit arriver lé Dauphin , vaisseau de Londres , qui amenait Cleveland , beau-frère cFOrfeur , second facteur du fort Cleveland venait dans la résolution de se faire ime fortune indépendante de la compagnie , et de s'établir à Jilfray , dans la maison de son frère , avec ses marchandises , qui montaient à la valeur de quatre cents livres sterling. Mais le gouverneur , toujours ferme dans les intérêts de la compagnie , ne voqlut pas souffrir que le beau-4irère de son collègue entreprît sous ses yeux un commerce particulier ; sur quoi Cleveland prit le parti de vendre ses marchandises à la compagnie, qui les lui paya eb esclaves, et de remettre à la voile ^ur le vaisseau qui l'avait apporté.
Le a6, Moore reçut ordre de retourner à Joar, avec une nouvelle cargaison pour ce comptoir. Job Ben Salomon l'ayant encore accompagné , ils naviguèrent le long de nie des éléphantset s'arrêtèrent à Neamato(i), où ils apprirent que Boumey Haman Seaka était actuellement en guerre contre son frère ; que les habitants de Joar avaient abandonné leur ville , et que ceux à qui l'on avait confié la garde du comptoir avaient imité leur exemple. Moore, consterné de cette nouvelle , loua un canot , sur lequel il se rendit à Joar. Il n'y trouva que dix personnes , qui s'étaient
(i) Cette position n'est ni sur la carte de d'AuviUe, ni sur celle de Leach.
réfugiées daiis le comptoir. Cependant le magasin et les marchandises n'avaient encore souffert aucun dommage ; pas même des buggabuggts , ou fourmis blatiches qui causent beaucoup de ravages dans les lieux où elles pénètrent , et qu'il n'appréhendait pas moins que les voleurs (i).
Le 5 de janvier , Boumey Haman Seaka s'étant avancé avec ses troupes jusqu'à Sanjalli , qui n'est qu'à une demi-journée de Joar, Moore lui envoya^, au nom de la compagnie j un baril d'eau-de-vie et un couteks. Son messager revint le jour suivant , avec un compliment civil de k part du boumey. Ce prince faisait assurer Moore qu'il estimait les bkncs, et qu'il ne leur causerait aucun mal , surtout à lui , qu'il connaissait depuis si long-temps. Job Ben Salomou n'ayant pas voulu s'exposer au hasard d'un nouvel esclavage , avait dematidé d'être mis à terre au port.d'Indk, six milles au-dessus de DamaSensa. Jl y demeura jusqu'à la fin du danger.
Le 1 1 de mars , vingt cavaliers bien armés , et quarante hommes de pied, avec leurs arcs et des pistolets, se présentèrent de grand matin à la porte du comptoir. Leur chef entra setil, et dit à Moore qu'il était envoyé par le boumey Haman Seaka pour lui déclarer que ce prince était allé comWtre le roi de Cahone; itiais qu'à son retour, il n'amènerait pas ses troupes à Joar, dans la crainte de ne pcuivoir les contenir, et que le comptoir ne fût exposé à quelque violence. C'était un faux message , dont le comman-
(i) Ce sont des termites.
dant nègre espérait tirer quelque proHt. Cependant Moore, qui ne pouvait en juger avec certitude , le diargea d'une petite provision de poudre et de balles pour le prince, et lui fit présent à lui-même d'un pistolet et d'un coutelas^ dont il parut fort satisfait (i).
Le 16 y HuU arriva au comptoir, dans la résolution de faire le voyage de Bunda avec Job Ben Salomon , pour s'ouvrir l'accès de la forêt des gommes. Pendant le séjour qu'il fit à Joar, il reçut la visite de Boumey Haman Banda, troisième frère du roi de Barsalli, et fidèle jusqu'alors à ses intérêts. Ce prince était accompagné de quarante hommes à cheval. Haman Seaka, qui était encore à Sanjalli , n'eut pas plus tôt appris son arrivée, qu'il envoya contre lui un parti de cent hommes. Mais Haman Banda prit la fuite au bruit de leur approche, et fit dire au gouverneur que, ne pouvant le voir plus long-temps, comme il se l'était proposé , il le priait de lui envoyer un ou deux gallons d'eau-de-vie. Le messager que Hull chargea de ce présent eut le malheur de rencontrer , entre Joar et Kower, quelques soldats de Haman Seaka , qui le blessèrent d'un coup de flèche et lui prirent son cheval.
Le i^^ d'avril, Conner fut rappelé de Bruko, comptoir qu'on prenait le parti d'abandonner faute de commerce, pour succéder à Moore dans celui de Joar. On ne trouve point dans la relation de l'auteur les raisons qui le portaient à quitter le service de la compagnie. Mais , en cessant ici de parler d'affaires
(i) Moore, p. 224.
DB HOORS. (1735). ^ 48 f
et de commerce , il s'étend sur le régime qu'il avait observé jusqu'alors en Afrique (i).
Il sortait du lit à la pointe du jour pour jouir de la fraîcheur du matin; et souvent il faisait deux ou trois heures, de promenade à cheval dans les bois et les . plaines où l'air était alors très-agréable. A son retour, il déjeunait avec du thé de la Chine; et, s'il lui manquait ,: avec une sorte de thé nommé simbong , qui croit naturellement dans les bois. On en a fait passer beaucoup . en Angleterre , et quantité de personnes le trouvent excellent. Au défaut de sucre , il se servait de miel , qui est fort sain lorsqu'on en use avec modération , mais dont l'excès cause des diarrhées dangereuses. S'il se trouvait sans sucre et sans miel, parce que les habitants emploient quelquefois tout leur miel à la composition de leur vin, il était forcé d'abandonner le thé pour prendre du lait , qui est en abondance parmi les Foulis de la Gambie. Il le . prenait froid, en y broyant une pâte composée de fleip* de riz et de blé de Guinée, que les nègres font cuire sur le feu dans un pot de fer. Le lait du pays ne peut guère bouillir sans se corrompre. Moore en rejette la cause sur les qualités de l'herbe dont les vaches se nourrissent, qu'il croit aigre et même indigeste. A dîner, il mangeait ordinairement du bœuf frais ou saupoudré de sel ; car, sans être entièrement salé , le bœuf se conserve cinq ou six jours, en Afrique, sous une simple couverture de sel. La manière de l'apprêter était, ou celle des habitants du pays, c'est-
(i) Moore, p. 217.
tu. 3l
4fta VOYAGE
à-dfre de le bouillir avec do coatcous, ou, < Angleterre y avec une sorte de légmei qui ressemble à Pépuiard, et q«i se tnKnpe en abondance. La Tolaille est à si bon marché, qo^ avait imn bonne poule pour trois charges de povdre. STû avak besoin de gibier on de poisson , il envoyait un chasseur, que la compagnie entretient dans chaqne eom^ toir, et qui ne manquait guère de loi nqpporter sn charge de Tun ou de l'autre. Le gibier était ordmairement quelque sangher , ou des daims, des cuiards, des perdrix , des oies ou des oiseaux à couronne (i), qoi sont fort communs chacun dans leur saison.
L'après-midi était le temps du eommerce, et quel* quefois le jour entier. G>mme c'était son principal objet , il ne lui arrivait jamais de le néglige. Si les affaires étaient finies de bonne heure , il £ûsak mie promenade dans quelque ville voisine, d'où il rewenait à Fheure du souper. Ensuite il se Êûsait un amusement de lire ou d'écrire jusqu'au temps du sommeil, ou de visiter ses voisins, qui le traitaient avec du vin de pahnier et de sibiMi , du vin de mid , et du kola, espèce de fruit qui fait trouver l'eau fertagréaUe. n prenait aussi fort souvent l'exercice de la chasse , surtout aux pigeons et aux perdrix , parce qu'il ne fallait pas s'éloigner beaucoup du comptoir. Dans certains temps , il était accablé de visites et du nombre de ses hôtes. C'étaient ou des négociants, ou les messagers des seigneurs voisins , qui lui envoyaient différentes sortes de présents , tels que des vaches, des
(i) Crown-Bird. Moore, p. a 18, en donne une bonne figure.
étoffes , et même des esclaves. Ils s'attendaient toujours à recevoir plus qu'ils ne donnaient. Cependant la compagnie en tirait d'autres avantages, et Moore tenait un compte exact de tout ce qui passait par ses mains.
C'étaient des femmes du pays qui préparaient ses aliments dans des pots de terre qui étaient faits aussi par les nègres. Il avait deux pots de fer qui lui venaient de Jamesfort , l'im pour l'usage des esclaves de la compagnie, l'autre pour lui-même, les jours qu'il avait des hôtes à traiter. Sa chambre de lit était grande et commode. Dans la saison des pluies, il y tenait continuellement du feu. Son lit était élevé de deux pieds, sur quatre fourches de bois. Il était composé d'une natte de cannes fendues , sur laquelle il avait un fort bon matelas de coton du pays. Outre les draps qu'il avait apportés d'Angleterre , et qui suffisaient pour le couvrir dans les grandes chaleurs, il en avait d'autres d'étoffe qui lui avaient été donnés par le roi de Barsalli et la princesse sa sœur. Aux quatre coins du lit, il avait dressé quatre pieux, qui servaient à soutenir une sorte de pavillon pour le garantir des mosquites. La chambre n'était jamais sans un grand bassin d'eau, élevé sur des fourches de bois, secours nécessaire contre la vermine. Comme ce petit nombre de meubles suffisait à ses besoins, il ne chercha jamais à s'en procurer d'autres.
IjC 6 d'avril 1735, étant à se promener aux environ^ de Joar, il trouva le pied d'ujae bête, dont il s'imagina que la carcasse avait été dévorée par quelque lion. En le considérant, il le trouva semblable au pieql
d'un babouin, espèce de grand singe. Cependant il fut surpris de sa grandeur, qui n'était pas moindre que celle d'un pied d'homme. D'un autre côte, il était couvert de poil d'un pouce de longueur. Comme il était encore très frais, Moore l'apporta au comptoir, !* , ' et le fit examiner par les nègres , qui lui dirent que
f c'était le pied d'un homme sauvage , et qu'il y en
avait beaucotip dans le pays , mais qu'il était rare de les rencontrer ; qu'ils étaient de la grandeur des hommes ordinaires ; qu'ils avaient la poitrine faite comme les femmes; qu'ils avaient une sorte de langage , et qu'ils marchaient sur les pieds comme les créatures humaines. Moore abandonne à ses lecteurs le jugement de toutes ces circonstances.
Le 8, il partit pour Jamesfort, après avoir pris > congé du gouverneur et de Job Ben Salomon , qui le , ' chargèrent de plusieurs lettres pour leurs amis d'An-
gleterre. Étant arrivé au fort le quatrième jour, il s'embarqua le i3 de mai sur le Dolphin Snow, qui mettait à la voile pour Londres , avec Hamilton et • • jplusieurs autres passagers. Mais avant que de quitter
la Gambie, il eut soin de joindre à son journal quelques observations qui ne se trouvent pas dans les journaux précédents. Cette rivière, dit-il, est navigable pour les chaloupes, jusqu'à deux cents lieues de son embouchure; et c'est aussi l'espace où la marée remonte. La plus grande partie de ses bords est plate et couverte de bois^ dans l'étendue d'un demi -mille vers les terres, et quelquefois moins; mais entre ces bois il y a des ouvertures, qui laissent un passage agréable à la vue, et qui forment un fort bon terrain, où les
nègres sèment dii riz, et mettent leurs bestiaux en pâture dans les temps secs. L'intérieur des terres a beaucoup d'arbres et de bois. Cependant il se trouve ordinairement près des villes quelque espace ouvert et cultivé. Le fond du terroir est un mélange de sable et d'argile, où les rocs dominent toujours. Toutes les parties basses de la rivière sont unies; à peine y voit-on quelques collines ; mais en remontant on dé- couvre de hautes montagnes, qui présentent de trèsbelles perspectives. La plupart sont composées de mâchefer et de rocs; ce qui n'empêche pas qu'elles ne porteùt des arbres en abondance.
Le 24 de yain lySa, l'auteur, qui était alors à Yamyama-Conda , observa que la rivière commençant •à s'enfler roulait des eaux plus épaisses^ et que son cours ne cessait pas. d'être Iç même, mais que les. marées n'y étaient plus sensibles. Le 29 de septembre de la même année, il remarqua que les eaux.com^ mençaient à diminuer. L'année suivante , elles s'élevèrent si haut dans le même lieu, qu'au milieu de septembre elles ruinèrent le comptoir, et se répandirent dans tous les terrains bas aux environs.
Le ciel favorisa Moore à. son départ, par le plus heureux vent qu'il pût désirer. Son vaisseau était accompagné du Succès, commandé par le capitaine Wright, qui avait fait un voyage de commerce à Cacheo et à Portudale. Mais en approchant de la pointe de Bagnon , ils furent arrêtés par quelques orages , qui leur firent employer deux jours à la doubler. Dans l'intervalle, ayant envoyé un esquif au rivage, pour y acheter de la volaille, la négligence des ma*
telots le fit édiouer. U Êdlut en £ûre descendre un plus grand nombre pour aider les autres. Ei^n les deux vaisseaux sortirent de la Gambie, et firent leurs adieux au cap Sainte-Marie , d'où ils commencèrent à s'éloigner avec un vent si frais, qu'ils faisaient six milles par heure.
Le 3i , Jacques EUis, un des pilotes du Dolphin Snow, qui jouissait d'une parfaite santé en quittant Jamesfort , mourut d'une maladie courte et violente. Elle venait de l'excès des liqueurs fortes , pour lesquelles il était si passionné , qu'en expirant il tenait son verre d'une main tremblante, prêt à le remplir d'un flacon qu'il avait sous son chevet.
Depuis le 29 de juin jusqu'au 10 de juillet, les vents furent impétueux; mais comme ils étaient favorables à la course des deux vaisseaux, Moôre était fort éloigné de s'en plaindre. Le matin du jour suivant, ils découvrirent les cotes d'Angleterre, jusqu'à distinguer devant eux le fanal d'Édistone. Le 12 , ils furent chassés par un vaisseau de guerre anglais , qui tira un coup de canon en s'approchant. Il se nommait l'Edimbourg. Dans la surprise où cette conduite les jeta, un des lieutenants vint à bord du Dolphin Snow, y prit trois des meilleurs matelots, et laissa trois hommes à leur place. L'après-midi, ils passèrent l'île de Wight, et le matin du jour suivant, ils se trouvèrent devant la pointe de Beachy. Vers neuf heures ils gagnèrent Dungenness, où il se trouvait alors trente bâtiments prêts à mettre à la voile. Peu après, ils arrivèrent aux Dunes. Moore descendit dans une barcjue qui s'approcha de son bord , et prit terre à
Deal , après avoir été deux mois en mer depuis Jamesfort (i).
Notre voyageur finit son journal par le nombre et l§ nom des vaisseaux qui entrèrent dans la Gambie depuis 1 730 jusqu'en 1 735. U en compte cinquante-huit^ dont vingt-cinq appartenaient à des marchands particuliers, six aux Français, et le reste à la compagnie royale d'Afrique.
Moore était resté près de cinq ans absent , et durant ce temps il n'avait reçu aucune nouvelle de sa famille. Peu après son arrivée à Deal il reçut une liettre de sa mère, qui lui témoignait la joie qu'elle éprouvait de la nouvelle de son retour, mais qui en même temps lui annonçait que pendant son absence il avait perdu son père, deux frères, une sœur et plusieurs autres parents. Après s'être fait payer des sommes qui lui étaient dues par la compagnie, il se retira à Worcester, où il est probable qu'il a terminé ses jours.
(i) Moore, p. a 3 4.