‹ Histoire générale des voyagesChapitre 31 sur 51 · III · texte numérisé non relu

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meilleuï^ suinté du monde à Jamesfort. Il en rapporte les circonstances y pour servir d'exemple à ceux qui emploient les remèdes dç la médecine sans précaution. Houghton, se sentant indisposé pendant la nuit, pria un de ses amis, qui avait son lit dans la même chambre, de lui donner, dans un verre d'eau, quelques gouttes de laudanum qu'il avait apportées d'Angleterre* L'autre, qui était dans l'obscurité , versa le laudanum au hasard , et le malheureux Houghton s'endormit pour né se réveiller jamais.

Le 2 a janvier^ on vit revenir à Joar le roi de Barsalli , avec un grand nombre de ses sujets qu'il voulait vendre pour l'esclavage. Il se mit en possession du comptoir anglais, comme il avait fait la première fois; ce qui obligea Moore de dépêcher mi de ses gens au gouverneur et au conseil de Jamesfort, pour leur demander quelque remède contre cette persécution. Il était arrivé à Joar une chaloupe anglaise d'interlope, commandée par le capitaine Clarke. Le roi saisit l'occasion qu'elle lui présentait de mortifier les agents de la compagnie, en affectant de commencer son«commerce avec Clarke. Il prit même des manières fort hautes avec Roberts et l'auteur, sous prétexte qu'ils l'avaient offensé en faisant conduire au fort le nègre qui avait été surpris dans le magasin.

Le 27 après midi, il arriva au port de Joar un vaisseau de la compagnie nommé la Réputation , avec une cargaison d'environ six mille barres. Mais le capitaine, apprenant la conduite du roi, ne jugea point à propos de débarquer ses marchandises, et prit le parti d'attendre qu'il se fût retiré avec ses gardes. Ge-

pendant ce prince continua de commercer avec Clarjee, et força même les. facteurs du comptoir de lui prêter leur magasin pour y placer ses marchandises. Il /y renfermait souvent avec son cortège, pour y boirqet y fumer. Un jour qu'il y était en débauche, il prit un mousquet qu'il ne croyoit pas chargé; et tirant au hasard, il blessa Tomba Mendez , fils du dernier roi de Barsalli par une femme portugaise.

Ce Tomba Mendez était l'auteur de toutes les violences où le roi s'était emporté. Dans la haine qu'il portait aux Anglais, et dont il avait sans doute hérité de sa mère, il l'excitait à n.e garder aucun ménagement pour le comptoir; car le roi était de fort bon naturel, surtout lorsqu'il était sobre, et qu'il avait la liberté de suivre ses inclinations. Moore lui représenta que s'il eût été malheureusement de l'autre côté du magasin, la balle aurait traversé les poudres, et n'aurait pas manqué de faire sauter tout l'édifice. Cette idée l'ayant effrayé, il reprocha aux Anglais de tenir des armes chargées , et leur demanda si c'étî^it contre lui qu'ils usaient de cette précaution ; comme si ses rapines continuelles ne les eussent pas mis en droit de penser à leur défense. Un de ses officiers avait la clef du magasin, et l'ouvrait chaque nuit pour y dérober quelques marchandises. Tous les domestique^, nègres du comptoir avaient pris la fuite, dans la juste crainte d'être vendus pour l'esclavage.

Cependant les troupes de Barsalli partirent le 3 de •février ; mais ce ne fut qu'après avoir ouvert le bureau de Moore et ceux de Roberts et d'Harrison, d'où ils enlevèrent en marchandises et en ^utres effets de

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la oofiipagirieyjiisqiiItlaTaleorde deux eeots bâtorès. Ces trcHS ÊMrtciirs prirent enfin h résohitîoa de déébBTgtr le raissean, après aroir fnt rinrentaire dô mychandises qm restaient dans le magasin; etlfeore arec le capitaine Bejs, qui commandait le liâtiment, se rendirent à JameifiMt, pour informer le goorcl^ neor de la situation dn comptmr. Bs y arrirèrent le II de février; mais le gDayemear-était parti depuis qndqaes jours pour Barring-ding, ville dn royanme de Barra, où cTantres aflEûres Pavaient appelé, fl ne revint que le i4*

n se passa quinze jours avant que le conseil de Jamesfort eût trouvé le moyen de remédier aux désordres de Joar. H avait été si peu satisfiadt de Finventaire des marchandises qui restaient au magasin , que, rejetant une partie de 4a firaude sur les andens Êurteurs, il résolut d'ôter la direction du comptoir à Roberts et d'en revêtir Moore. Les ordres du gouverneur furent expédiés dans cette vue. Moore, qui ta était Tobjet principal, en fut aussi le porteur. Les vents contraires lui firent mettre cinq jours dans le voyage, pendant lesquels il observa que Teau était Somacfae jusqu'à quarante lieues du fort. Enfin s'étant rendu à Joar, il présenta ses lettres au fkcteur Roberts, qui fîit si mécontent de ia disposition du conseil, qu'ayant pris un habit de nègre, il prit le parti d'aller vivre à Kower (i).

Cette ville est à trois milles de Joiar, et n'en est séparée que par une plaine, où l'on ne voit aucun

•(i) Kiawer, de la^arte de d'AnvUle.

DE MOORK (1732). 4^7

arbre^ mais qui est couverte de ia plus, belle herbe du monde. Aussi forlne*t-elle un lieu charmant, pour k promenade et pour la chasse. La ville est divisée en trois parties, qui sont distinguées par différents j^ras; Kower, Jonaconda et Touraconda. Lapreouère et la dernière sont habitées, par des mahoi- «aétans, et Tautre par des Jalofs. Chaque partie n'a pi|$ moins d'un mille de toui^^^ Elles sont situées toutes trois ap pied de plusieurs collines à Touest^ avec une plaine d'excellent pâturage à l'est. On^y fait de trè3-bonnes. étoffes de coton. Bn.un.mot, c'est la principale ville de k Gambie , et la plus célèbre pour le. commerce.

L^ aa de m^irs, on reçut avis à Joar que Major^ capitaine du bâtiment de la Nouvelle- Angleterre , avait été massacré par le peuple de Cassan , à l'instin gatipn de Qiequo Vos, Portugais établi dans.. cette, ville. Le 23, Pearson, autre capitaine anglais , avertit Moore que sur quelques discours qu'il, avait entendu tenir en portugais aux habitants, de Kower, il ne doutait pas que le comptoir de Joar ne fât menacé de quelque insulte par le conseil de Roberts qui ne resr pirait quek vengeaQce, et l'exhorta beaucoup, à se tenir sur ses gardes. Moore aim^, mieux s'exposera toutes, sortes, d'événements que d'abandonner le comp-i toirau pillage. Le n>ême jour, il. vit arriver, treize» Jalofs,. qui, s'étant introduits avec violence, l'insuU tèrent et le. maltraitèrent long-temps pour se faire donner de l'eau-de-vie. Il ne put s'en délivrer qu'avec le secours d'un vieillard du pays, qui représenta leur injustice aux Jalofs, en les menaçant de porter ses

plaintes au roi. Us confessèrent, en se retirant, qu'ils avaient suivi les conseils de Roberts.

Moore vécut plusieurs jdulrs dans ces alarmes. Tous les domestiques du comptoir s'étaient laissé . séiduire par Roberts, et l'avaient suivi dans son nouvel établissement. Il continua d'envoyer des Jalofs , pour voler le magasin pendant la nuit. Moore en surprit plusieurs, et punit sévèrement leur audace. Aussitôt Roberts donnait avis au conseil que Moore maltraitait les habitants du pays.

Le 5 d'avril, Harrison et Davis arrivèrent sur une chaloupe de la compagnie-, avec ordre, pour Moore, de remettre la direction du comptoir à Davis, et d'accompagner Harrison à Yamyama-Conda (i). Le conseil dédarait dans sa lettre, qu'il regardait Roberts comme un homme perdu, et qu'avec la misérable passion qu'il avait pour les liqueurs fortes^ la compagnie ne pouvait plus rien espérer de ses services. Cependant Harrison envoya le même soir à Kower, pour le faire presser de retourner au cofnptoir.Mais, n'osant paraître, il chargea le messager de répondre qu'on ne l'avait pas trouvé, Harrison fit renouveler ses instances. Dans l'impossibilité de se cacher, Roberts prit le parti d'obéir. Il reconnut qu'il s'était rendu coupable en s'absentant du comptoir; et la force de ses remords le rendant sincère, il confessa qu'il avait envoyé plusieurs fois des Jalofs pour insulter Moore. Harrison lui déclara qu'à l'arrivée de Brown , dont Davis et Moore allaient prendre la

(i) Camiama-€onda, de la carte de d'AnvilIe..

place à Yamyaiïla-Conda, il s'embarquerait avec lui pour se rendre au fort, d'où le conseil avait résolu de le faire partir pour l'Angleterre sur la Guinée, vaisseau qui devait mettre à la voile dans deux mois.- Moore quitta Joar le 9. Il arriva le 10 à Yanimarrow(i), le plus agréable port de la rivière par la beauté de sa situation, et par l'ombrage qu'il tire d'une multitude d'arbres. Le 1 5 il se rendit à Cassan, petite ville à trois milles de Joar, sur là rive nord de la Gambie. La palissade flanquée de terre, dont elle est environnée, avec des ouvertures pour la mousqueterie, et des tours d'observation, la rendent capable d'une fort bonne défense. Aussi était-elle sans cesse en guerre avec quelqu'un des cantons voisins. Les agents et les messagers de la compagnie n'étaient pas plus respectés par ses habitants. Mais, en 1724, la plupart furent faits prisonniers ; et le slatti qui se nommait Makamar, ayant été forcé de prendre la fuite, se retira dans une ville nommée Médina, sur la rivière Samey (2), ôîi il vivait encore en 1732. Depuis le même temps, la ville de Cassan était devenue Une des plus paisibles du pays. Aussitôt que les Anglais y furent descendus, tout le peuple s'étant assemblé autour d'eux, ils demandèrent au slatti d'où lui était venue l'audace de tuer le capitaine major. Il fît une réponse que Moore prit soin d'écrire sur-lechamp ; elle était conçue en ces termes :

(i) yauimareu, de la carte de d'Anville.

(a) On serait porté à supposer qjie Médina est le même lieu que Medkana de la carte de d'AnvilIe ; mais ce dernier lieu n*est pas positivement sur la rivière Samey , et se trouve à quelque distance de ses bords.

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c n y a pea tannées que cette place jouissait f om « commerce oonsideraUe; ce tfà attirait planeurs m Tajttjfanr étnm^en^ qui maltraitaicitf qndqiiefiMs « les habitants, et qui ealevaient sans droits et sans m tB^ nos. amis et nos parents. L'année dernière» « TOtre ca|Mtaine Stonefaam prit un de mes nereu» c sous fréteste que le seigneur Cheqno Vos , Pèrto-i « gais, qid demeure dans cette TÎHe^ ne lui avait c pas tena fid^emoit sa parole. De mone, votre c vaisseau de la Nouvdle-An^eterre commençait à. « me traiter Sort maL Lorsqu'il fiit arrive dans mon. c port, le roi du bas. Tani, dans les états duquel, « cette ville est située , m'envoya un esdave à vendre, c Je le menai au capitaine Major, l^ûs, comme il « n'avait pas de bonnes marchandises, ou du moins « de mardiandises à mon gré, je différai le marché « jusqu'après la réponse que je voulais recevoir du <c roi sur mes difficultés. Le capitaine ayant souhaité « que l'esclave demeurât sur sou bord jusqu'à la ré- « ponse du roi, j'y consentis.. Le roi me fit défendre « de vendre l'esclave y, parce qu'il n'était pas satis&it « des marchandises. Je retournai à bord pour com- « muniquer cette réponse au capitaine. IL se mit en « colère, et refusa de me rendre l'esclave. Je ne me a plaignis pas beaucoup; mais, étant rentré dans la a ville,j'assemblai mon peuple, et je lui expliquai le «c cas. Nous rappelâmes toutes les injures que nous n avions reçues d'un grand nombre de commerçants « particuliers, et nous primes la résolution d'arrêter « le vaisseau. Le capitaine ftit tué dans l'action, et a j'en çus beaucoup de rçgrets; mais je donnai sa

« chaloupe avec des provisions au reste de ses gens, (c et je leur laissai la liberté de partir (i).»

Telle fut, dit Moore, la' réponse du slatti. Elle nous fit juger que les habitants étaient résolus de soutenir leur action ; et nos forcés n'étant pas suffisantes pour les réduire, nous prîmes le parti de retourner à bord, et de continuer notre voyage,

Le 1 6, Moore arriva devàntBruko, qui est situé sur la rive sud de la Gambie, dans le pays de Jenimarow (2), à un demi-mille de la rivière. La compagnie y forma un comptoir dans la même année; mais il fut brûlé Tannée suivante, et tout-à-fait abandonné en .1 735. Moore s'y arrêta trois jours, et se rendit ensuite à Duboconda , pour y conférer avec les chefs de cette ville sur l'établissement du comptoir à Bruko ^3), qui est sous leur protection. Le nù il fit voile à Kuttejar, où la compagnie avait autrefois un comptoir , qui fut détruit en l'juS par les inondations, et transféré à Sami ou Samey, sur la rivière du même nom. Le a6 il arriva au port dTamyama-Conda ou Camiama- Conda (4).

Cette ville est située sur la rive nord de la Gambie, environ quatre milles par terre au-dessus de Bruko, et presqu à la même distance au-dessous de Fatatenda. Trois milles plus loin dans, les terres, on

(i) Moore, p. iiau (a) Tanimareu.

(3) Moore écrit Bruooe. Voyez p. it4 de son livre.

(4) La carte le met à cinquante-cinq milles par terre, c'est-à-dire ea ligne droite. En ajoutant un cinquième pour les détours de la rivière, c'est environ soixante-six milles par eau. Voyei les relations précédentes^

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