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de ces mers de l'Inde, tout récemment visitées par les Portugais, devait se trouver quelque part dans la direction de Darien; bien qu’elle soit erronée , cette conjecture offre une preuve nouvelle. de la pénétration de son esprit. L'expédition que Colomb commandait dans son quatriè: voyage de découvertes se composait seulement de quatre” petites caravelles dont la plus grande n’était que de soixantedix tonneaux. Ce fut avec ces faibles ressources qu’il résolut d'explorer l'Océan occidental et d'acheverla circumnavigation du globe. Il partit en conséquence de Cadix le 9 mai 1502, et atteignit la Martinique, l’une des îles du Vent ou des Antilles, le 45 juin suivant. Une lettre amicale du roi et de la reine lui. conseillait de ne pas toucher à Hispaniola, où sa présence pourrait faire renaître les troubles qui avaient marqué spn administration d'une manièré si alarmante. Mais comme l’un de ses bâtiments était un mauvais voilier , il désirait s'en procurer un autre par échange ou par achat; et, dans ce but, il se dirigea sur Saint-Domingue, espérant que la nécessité excuserait suffisamment sa désobéissance au conseil royal. Cependant les habitants dél’ile Connaissaient déjà le désir des souverains espagnols, et on ne permit pas à Colo@b d'entrer dans le port ; son expérience -lui fit prévoir alors l'approche d'une violente tempête , et, voyant qu’une flotte nombreuse se disposait à mettre à la voile pour l'Europe, il avertit Ovando du danger qui le menaçait, l'engpant à retarder son départ ; mais on reçut son conseil avec mEflance comme la suggestion officieuse d'un ennemi secret, et on n'en tiut par conséquent aucun compte; cependant, à peine la flotte était-elle sortie du port, qu'un affreux ouragan éclatant tout-à-coup en détruisit la plus grande partie. Le vaisseau sur lequel Bobadilla s'était embarqué avec toutes ses richesses si mal acquises , fut du nombre de ceux qui périrent ; seule de tous les bâtiments de cette flotte, Ja petite caravelle, chargée des trésors que Colomb avait laissés dans l'ile, n’éprouva aueun accident sérieux et put continuer son voyage en Espagne. Les amis de l'amiral atiribuérentecette circonstance à une intervention directe de la providence divine en sa faveur, tandis que ses ennemis l'accusaient d'avoir employé des moyens surnaturels pour soulever la fureur des éléments. Comme il LU e
savait aussi bien se mettre à l'abri du danger que le prévoir, il avait pris des mesures qui permirent à sa petite escadre de r'ésis- ‘Ler à la violence de l'ouragan dans lequel périrent ses ennemis.
Aussitôt que le temps devint meilleur , Golomb remit à la voile pour continuer son voyage de découvertes. Les courants 4e portèrent d'abord à Cuba, d'où il navigua en ligne directe ‘au sud-ouest Misqu'à ce qu'il eût atteint l'île de Guanaga, sur la côte de Honduras. Leshabitants de ce pays ui parurent avoir atteint à un plus haut degré de civilisation que tous les naturels du Nouveau-Monde, connus jusqu'alors ; ils se servaient d'ustensiles de cuivre, et portaient des habits de goton travaillés d’une manière curieuse et teints d’un grand nombre de couleurs, Parmi les animaux de cette côte, Coletb remarqua d’une manière toute particulière le pécari où cochon américain , et les singes à longue queue qui ne se trouvent que dans cette partie du monde. Un cacique lui donna trois cochons « d’un aspect si terrible qu'ils eussent effrayé, dit-il, un chienirlandais (4). » L'un de cesanimauxayantété jeté à un singe blessé, eelui-ci entoura le groin du pécari‘dé manière à lui serrer fortenfént 188 deux mâchoires l’une contre l'autre, püis il déchira sans pitié son adversaire ainsi réduit à l'impuissance de se défendre” « Ce fait me parut si étrange, dit Colomb, dans une lettre adressée au roi et à la reine , que je jugeai convenable d'en conserver le souvenir sur le papier pour J'ägstruction de vos majestés. » Les naturels lui don- HN, “tm qu'à l’ouest se trouvait un pays remarquable par ses arts, sa richesse et sa population. Il supposa que ce pays était le Cathay, et il ne s’étonna pas de voir les côtes d'un si grand empire habitées par de pauvres pêcheurs. Ne tenant aucun compte de ces indications qui l’eussent infailliblement conduit à la découverte du Mexique, Colomb persista à rechercher un détroit qu’il supposait situé sous une latitude plus méridionale. 11 continua donc sa course tout le le long des côtes , depuis Truxillo, dans le Honduras , jusqu’au golfe de Darien , et il ne s'arrêta pas avant d'être parvenu à un point qu'avait déjà atteint l'heureux navigateur Bastidas. Dans ce voyage sur la côte, Colomh eut beaucoup à
(1) Allusion au levrier d'Irlande, dont la race est aujourd’hui perdue,
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souffri: ses vents contraires, des courants qui$e combattaient et des hostilités des naturels, dont le courage déséspéré l’empêcha de fonder un ‘établissement sur la côte de Veragua. Plusieurs Espagnols périrent danscette tentative malheut'euse, et il fallut toute l'énergie et tous les efforts de l'adelantado pour sauver d’une ruine complète le reste de l'expédition. Les tourments et les fatigues avaient si gravement altéré sa santé , que l'amiral pouvait à peine monter sur le pont ; les vaisseaux de la petite esbädre étaient alors dans un état de délabrement tel, qu'ils ne pouvaient tenir la mer qu'avec les plus grandes difficultés, Enfin, pour comble de malheur , lorsqu’ils approchèrent de l'ile de Cuba, ils furent assaillis d’une violente tempêté, et, pour les émpècher de couler à fond, il fallut les faire échouer sur la côte de la Jamaïque. Heureusement celte manœuvre réussit; les débris dés navires naufragés ne tardèrent pas à être visités par les canots des naturels qui fournirent aux Espagnols teutes les provisions dotit ils pouvaient avoir besoin, L'adelantado prit les mesurésniécessaires pour maintenir l’ordre parmi les hommes des équipagés de plus en plus mécontents, tandis que l'amiral gisait sur Son lit de douleur, complètement épuisé par les peines physiques et les souffrances morales qu'il éprouvait depuis si long-teihps.
Cependant les Indièns se fatiguèrent de sübVenit ainsi aux besoins des étrangers qui leur paraissaient établis d'une manicre définitive parmi eux: Les provisions comiencèrent à manquer , et la crainte de la famine fit perdré toit séntiment du devoir à la plupart dés matelots qui, refusant désorinais d’obéir à leurschefs, parcoururent l'ile, comméttant les violences les plus affieuses sur ses simples et inofféñsifs habitants. La vengeance des naturels , la famitié et leurs propres dissensions menaçaient les Espagnols d'uné-rüine imminente. Dans ce déplorable état de choses, Diego Mendez et un Génois nommé Fiesco résoluretit de se rendre par mer à Hispaniola ; sur un canot que leur vendirent les Indiens, et d’instruire le gouverneur.de cette ile de la position malheureuse où se trouvaient Colomb et ses compagnons, Cëtte entreprise
4 | hardie réussit,.et lescouürageux matins atteignifent Hispaniola après un voyage dedtiatre jours. Mais Ovando, cédant aux sug- : +, 7 gestions déla jalousie et de la haine plutôt qu'atix devoits de
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l'humanité, différa à dessein, pendant quelquetemps, d’équiper un vaisseau pour aller au secours de Colomb. Il finit cependant par lui envoyer un petit bâtiment avec une lettre de compliments, et peut-être dans le seul but d’observer sa position. La vue d’une voile amie qui s’approchait de la terre câusa les plus vifs transports de joie à tous les malheureux naufragés. Mais quels ne furent pas leur découragement et leur désespoir' lorsqu'ils reconnurent que ce bâtiment louvoyait à quelque distance de la côte sans leur offrir le plus faible secours. Colomb dissimula autant qu'il le put l'humiliation que lui faisait éprouver cette insulte cruelle ; il ent même l'adresse d’expliquer cette circonstance extraordinaire de façon à ranimer les espérances de ses compagnons, et il profita habilement de la prédiction d’une éclipse de lune pour se faire donner par les ignorants etsuperstitieux naturels d’abondantes provisions.
Cependant les souffrances d’un si grand homme excitèrent une sympathie générale parmi les colons de Saint-Domingue. La conduite du gouverneur qui tardait à l’arracher aux dangers de sa situation fut hautement et sévèrement censurée. Bien qu'il se soucit fort peu, quant à lui, de sauver la vie de Colomb, Ovando, qui était aussi politique que cruel, tenait pourtant à conserver sa propre popülarité. Il envoya donc un vaisseau chercher l'amiral et ses fidèles compagnons, qui languissaient, depuis une année, dans l'anxiété la plus pénible, sur cette côte où ils avaient fait naufrage.
Colomb fut reçu à Saint-Domingue avec les plus vifs transports de joie et d'enthousiasme. Ses malheurs avaient calmé les haines populaires, et aucun souvenir des dissensions passées ne vint aggraver les douleurs actuelles d’un homme aussi distingué. Ovando lui-même, touten blessant les sentiments de l'amiral par des procédés injustes et durs, s’efforçait de Le traiter avec toutes les marques extérieures de la plus bienveillante politesse et du plus profond respect. Dès que sa santé fut suffisamment rétablie pour lui permettre de supporter les fatigues d’un autre voyage , Colomb mit à la voile pour l'Espagne, où il arriva le 7 novembre 1804. Ainsi se terminèrent les’ travaux de ce grand navigateur. Dâns son troisième voyage , il avait découvert le continent de l’Amérique , et pendant cette quatrième et dernière expédition il