CHAP. L.: COLUMB
flotte un écrit attestant que dans leur conviction Cuba était uné terre continentale et dépendant de l'Inde. Fernand Péfez de Lima , secrétaire de l'expédition, assisté de quatre témoins, alla de navire en navire recevoir les noms de ceux qui partageaient l'opinion de l'amiral, en s'efforçcant de convaincre les récalcitrants. Ce document singulier existe encore aujourd’hui (1). Si le voyage eût été continné deux ou trois jours de plus , Colomb eût atteint l'extrémité ouest de l'ile et reconnu la vérité. En regagnant la colonie, la flotte relàcha de nouveau à la Jamaïque , navigua le long des côtes méridionales de cette ile, puis ensuite gouverna vers.la partie
| Hs d'Hispaniola ; mais dans ces patages elle essuÿa de nom-
ses tempêtes et eut perpétuellenient à lutter contre des vents cnntraires. Enfin le mauvais temps cessa, et Colomb reprit la haute mer dans l'intention dé cingler à l’ouest et de compléter l'exploration des îles Caraïbes, mais les fatigues extraordinaires qu'il venait de supporter avaient entiérement ruiné sa constitution d'ailleurs $i robuste. Quand le
. moment du danger fut passé, son esprit accablé succomba
sous le poids de tañt de travaux , de veilles et d’inquiétudes. Il tomba dans une profonde léthargié qui fit croire aux Espagnols que sa fin approchait, et ce fut dans cet état d'insensibilité complète qu’on le ramena au port d'Isabella.
Peu de temps aptès le départ de Colomb pour Cuba, son frère Bartolomeo débarqua à la nouvelle colonie. Cette heureuse circonstance ne contribua pas peu à rendre la santé à l'amiral, dont l'esprit comme le corps était épuisé par la fatigue. Bartolomeo Colomb possédait un courage indomptable, une immense activité, de grands talents pratiques: Il était de plus un marin habile et expérimenté. On prétend même qu’il accompagna Bartolomeo Diaz dans ce célèbre voyage qui eut pour résultat la découverte du cap de Bonne-Espérance. Le désordre de la colonie rendait plus précieuse encore pour Colomb l'assistance d’un pareil ami. Aussi ne tarda-t-il pas à l’investir des pouvoirs et du titre d’adelantado ou lieutenantgouverneur. Pendant son absence toutes les affaires de la nouvelle colonie étaient tombées dans la confusion la plus dé-
(1) Munor, Hist, del Nuevo Mundo, p. 217. Névätrete, Colleccion de los Viages, ete, tnt, p. 1h83,
plurable; la majeure partie des individus que Colomb avait amenés d’Espagne étaient des aventuriers avides qui espéraient amasser de grandes richesses sans aucune peine, défis une région que des récits exagérés dépeignaient comme renfermant tous les trésors de la nature, Mais quand ils éprouvèrent quelques-unes des difficultés qui contrarient toujours l'établissement d'une colonie sur une terre étrangère , ils passèrent de la plus folle exaltation à un abattement complet; ce n’était même qu'avec une extrême difficulté qu'ils parvenaient à se procurer les choses de première nécessité, et dans l’amertume de leur désappointement ils accusaient Colomb d'être l’auteur de tous leurs maux. Comme cela arrive d'ordinaire, ce n'étaient pas les plus malheureux, mais les plus pervers et les plus turbulents , qui fomentaient la sédition. Le désordre devint tel que les insurgés s’emparèrent de quelques vaisseaux dans le port et firent voile pour l'Espagne. Parmi les fugitifs se trouvait le frère Boyle, moine franciscain, le premier apôtre de l’évangile dans les Indes Occidentales , qui trouva moyen de faire circuler à la cour ses plaintes contre l'administration de Colomb. Le président du conseil des Indes, Fonseca, évêque de Badajos, ennemi juré de l'amiral, s’empressa de recueillir et d'appuyer ces accusations, et, en conséquence , la cour expédia un commissaire chargé de s'enquérir de l'état de la colonie. Ce commissaire, Juan de Aguado, était une créature du parti opposé à l'amiral, et comme il recueillait les éléments de son rapport avec un esprit d’hostilité manifeste, Colomb résolut de l’accompagner en Espagne dans l'espoir de contrebalancer l'effet de ses erreurs volontaires.
Lorsque Colomb se présenta de nouveau à la cour d’Espagne , il y reçut un accueil distingué. Le récit plein de franchise ‘ans lequel il exposa à ses souverains les désordres de la colonie, sa sollicitude évidente pour le bien-être de ce nouvel établissement , ses plans judicieux de réforme future , tout contribua à lui rendre bientôt la confiance de Fernand et d'Isabelle, et à confondre les calomnieuses accusations de ses ennemis. On envoya à Hispaniola des navires chargés de renforts et de provisions. Mais les revenus de l'Espagne étaient alors tellement épuisés par les guerres de l'Europe,
y. IV.
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