‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 94 · CHAP. I. COLOMB · texte numérisé non relu

CHAP. I. COLOMB

qu'il s'écoula plus de deux ans avant qu’on eût pu équiper une flotte destiné : transporter l'amiral au-delà de l'Océan.

Enfin, le 350. 1498, Colomb mit à la voile avec six vaisseaux et commença son troisième voyage. Dans son second voyage, il s'était déjà dirigé au sud de la ronte de sa première expédition, et il avait moins souffert de la variation des vents; cette fois, pour compléter l'expérience, il.navigua encore:plus au sud que la seconde fois. En quittant les iles du cap Vert, il cingla au sud-ouest jusqu’à cinq degrés dexl’équateur. Là ses vaisseaux furent arrêtés par un calme plat , et les effets de la chaleur devinrent tellement violents, qu'ils rappelèrent aux malheureux marins la fable de cette” zone torride rendue inhabitable par les rayons brûlants d'un soleil perpendiculaire. L'air était si lourd et si énervant qu’il fallut au bout de quelques jours faire route vers le nord-est. Dès que les vaisseaux eurent navigué quelque temps dans cette direction , ils ne tardèrent pas à rencontrer des brises rafraichissantes, une température agréable et un ciel pur. Le 51 juin, on signala une terre: trois pointes de montagnes apparaissaient à l'horizon ; et en s’en approchant, Colomb reconnut qu'elles se réunissaient à leur base; à cause de cetie circonstance il donna à cette île le nom de la Trinidad ou la Trinité.

Se dirigeant ensuite au sud-ouest, Colomb entra dans le grand golfe de Paria et vit la terre s'étendre à perte de vue du côté du midi. Il s’imagina d’abord qu'il était arrivé sur les côtes de quelque grande ile; mais les fortes vagues de l’intérieur du golfe, et le rapide courant qui s’en échappait vers le nord, le firent bientôt changer d'opinion; il conjectura, avec une hardiesse égale à sa sagacité, que ces phénomènes étaient produits par les eaux d'un grand fleuve débouchant dans la mer, sur ces plaines basses qui bornaient sa vue au midi, et prenant sa source dans de grandes montagues situées à une distance considérable, probablement sous l'équateur. Le fleuve dont il découvrit ainsi l'existence était l'Orénoque. Colomb remarqua avec étonnement la fertilité de cette contrée, la douce température de l'air et le beau teint des habitants, surtout lorsqu'il le comparait aux régions des Africains situés par le même degré de latitude. Combinant

ces observations faites au milieu de transports de joie avec les théories que lui inspirait.son enthousiasme , Colomb s’imagina qu’il avait trouvé le paradis terrestre, et que ce grand fleuve qui versait,ses eaux dans le golfe de Paria descendait du jardin de l'Edén. L’imiuense quantité de perles que les habitants du pays apportaient aux Espagnols contribua aussi à enflammer son imagination. Les, vaisseaux eurent quelque peine à traverser la Bouche du Dragon (c’est aiñsi qu’on nomme le canal rétréci qui sépare le promontoire de Paria de l'île de la Trinité), et, après avoir côtoyé le continent vers l'ouest jusqu’à la hauteur de Margarita, ils firent voile en ligne directe vers Hispaniola. . Li: d

En arrivant à la ville de Saint-Domingue; qui d’après ses ordres avait été fondée, par son frère l’adelantado, sur la rivière Ozema, l’amiral trouva la colonie plongée dans l’anarchie etlæconfusion la plus complète ; aucune subordination n'existait plus; les révoltés avaient pris les armes, et quoique souvent battus par l’adelantado, ils pouvaient encore se maintenir dans un état de défense. Colomb redoytait à la fois, pour la colonie et pour lui-même, les conséquences d'une guerre civile trop long-temps prolongée , il aima mieux apaiser les mécontents par des concessions que de s'engager dans une lutte incertaine pour les réduire à l'obéissance; en conséquence, il rendit à Roldau, le chef des insurgés, son office. d'alcade-major ou grand-juge, et par de semblables mesures de conciliations il parvint à étouffer au dehors les flammes de l'insurrection ; mais le feu de la discorde couvait encore dans les cœurs : les factions, silgng-temps déchainées, n'avaient que les trompeuses apparenées du calme. Chaque vaisseau qui partait pour l'Espagne y apportait de nouvelles plaintes et de nouveaux murmures ; d’un autre côté, les dépêches de l'amiral, annonçant à la cour ses nouvelles découvertes, l’entretenaient aussi continuellement d’insurrections et d'hostilités avec les Indiens, qui semblaient menacer l’existence de la colonie. On résolut, en conséquence, d'envoyer à Hispaniola un officier autorisé provisoirement à s'emparer du pouvoir suprême afin de rétablir l'ordre. Cette mission fut confiée à Francisco de Bobadilla, gentilhomme de la maison du roi ; c'était un homme faible et irascible ; et comme dans

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