AL
observa, dit-on, n'était pas, ce semble, située aussi loin à l’ouest du Chili ; d'un autre côté, la mer du Sud n’a pas été assez parfaitement explorée pour que nous he 4 autorisés à refuser toute confiance à sa relation.
Après l'établissement des Espagnols dans les fles Philippines, et l'accroissement de navigation qui en résulta sur l'Océan Pacifique, on devait naturellement s'attendre. que de nombreuses découvertes géographiques s'accompliräient sur une mer jonchée d'iles aussi rapprochées. Il est possible que des‘explorations dans ce but aient été faites par les Espagnols sans qu'ils en aient publié les résultats ; il y a quelques raisons de penser que le nom d'’iles Salomon avait été donné à certaines iles dans la mer du Sud avant la découverte du groupe que maintenant l’on désigne a usb (1). En 1567, Alvaro de Mendana partit de Callao avec: nié mission qui parait
avoir eu pour objet l'examém.de quelques iles précédemment signalées. Dans le cotiré dé son voyage il découvrit les iles Salomon, l'ile de Santa:Cruz, le groupe de San-Francisco et plusieurs autres. Haklüyt.nous apprend « que les iles de Salomon farent ainsi nommées par celui qui les découvrit, à cette fin que les Espagnols , supposant qu’elles étaient celles d’où Salomon tirait ses trésors, conçussent un plus vif désir de s’y rendre et de les habiter. » Cependant les découvertes faites par Mendan: dans le voyage dont nous venons de parler re PMR pas-avoir excité, tout d'abord, un très-vif intérêt où àe bien grandes espérances chez les Espagnols qui habitaient le Pérou. Il est certain qu'en dépit des idées romanesques répandues au sujet de leurs richessessimmenses, les îles Salomon ne furent visitées de nouveä&#par les Européens qu'environ deux siècles après que leur existeniée: eut été constatée; et encore aujourd'hui nous n’en avons qu'une connaissance fort imparfaite. Près de trente années s'écoulèrent avant que Mendana, parti une seconde fois du Pérou, se résolüt à continuer ses intéressantes recherches. Dans ce voyage il découvrit les Marquesas, le groupe de San-Bernardo et celui que Carteret nomma dans la suite les iles de la reine Charlotte (Queen Charlotte’s Islands).
(1) Burney’s Voyages in the South Sea, vol, 1, p, 277,
2rtes pars-vif ; qui )Mma- , les uroeut une julèu, Se s ce Bers de
Il voulnt retrouver les îles Salomon ; mais ies erreurs de son estime l’empêchèrent d'y réussir, et il ab1ndonna ses recherches au moment où quarante lieues seulement le séparaient de San-Christoval, celle de ces îles qu’il voulait surtout atteindre. Ses efforts pour fonder une colonie à Santa- Cruz manquèrent à cause de la tyrannie des Espagnols, et des résistances qu’elle souleva chez les populations indigènes. Meéndana, plus éminent par ses découvertes qué par ses talents comme navigateur ou comme chef d'expédition, mourut dans cette dernière île, et son voyage, fécond en résultats géographiques, avorta complètement sous tous les autres rapports.
Avant le second voyage de Mendana, les Espagnols du Pérou avaient vu leur attention détournée des entreprises de simple curiosité, on même de celles qui avaient pour but l’établissement de colonies nouvelles, par les dangers dont ils étaient eux-mêmes menacés. Ils furent attaqués, sans avoir pu le prévoir; et, tandis qu’ils étaient plongés dans une sécurité chimérique, leurs trésors furent tout-à-coup enlevés sous leurs yeux. Sir Francis Drake avait pénétré dans la mer du Sud, qu’ils croyaient toute à eux, par le détroit de Magellan qu'ils avaient désespéré de franchir , et son apparition leur causa autant de surprise que de terreur.
Cet homme extraordinaire était né d’humbles parents à Tavistock dans le Devonshire. De très-bonne heure il aborda la mer, et le patron de la barque sur laquelle il servait, en lui léguant ce petit hâtiment , posa les bases de sa fortune à yenir. Le jeune Drake fit partie de l'expédition quessir John Hawkins dirigea en 4567 vers le golfe du Mexique, Il y perdit tout ce qu'il possédait, et revint dans son pays sans autre richesse que l'expérience acquise et une implacable animosité contre les Espagnols. En 4875, il prit, Je commandement de deux bâtiments mis en course pour intércepter le trésor que l'on disait devoir être transporté de Panama à travers l'isthme de Darien. Durant son excursion sur cet isthme, « il arriva, dit son historien, à un erbre de belle apparence et d'une grande hauteur, "dans le tronc duquel on avait pratiqué diverses marches qui servaient à en atteindre ie sommet ; là se trouvait un berceau préparé à dessein où dix hommes pou-
vaient s'asseoir à l'aise , et d’où nos yeux s’étendaient sur l'Océan Atlantique, par où nous étions venus, et sur la mer du Sud, objet de nos vifs désirs. Au nord et au midi de cet arbre on avait abattu ceux qui l’entouraient, afin d’élargic la perspective (4). » Drake n’atteignit point le but immédiat de cette expédition, mais il acquit une richesse énorme dont il se servit avec la générosité qui faisait le fond de son caractère ;. c’est ainsi qu’il aida, dit-on, le comte d’Essex, alors Gccupé à réduire les rebelles irlandais, et lui fournit trois frégates équipées à ses dépens. Un pareil type de hardiesse et un caractère si brillant ne devait pas rester long-temps sans emploi dans un siècle et dans un pays où il existait une telle soif d'aventures.
Mais, avant de raconter les exploits de Drake dans la mer du Sud, il est nécessaire de tracer en peu @e mots l’histoire des aventuriers qui l’y avaient précédé. Parmi ceux qui s’étaient trouvés avec Drake sur cet arbre de l’isthme de Panama, d’où l'Océan. Pacifique leur était apparu avec tant de charmes, se trouvait un certain John Oxnam ou Oxenham, qui paraît avoir été un des favoris du capitaine, et qui revint bientôt dans ces parages-pôur y tenter les dangereuses chances de la course. En 1575, Oxnam arriva dans le golfe du Mexique avec un petit vaisseau de cent vingt tonneaux monté seulement par soixante-dix hommes. A pprenant que, depuis la tentative de Drake, le trésor des Espagnols était gardé de façon à décourager les plus audacieux, il avisa un plan de campagne aussi singulier que téméraire. Tirant son navire sur le rivage, il le couvrit de racines d’ ghrosnerEe toute son artillerie à l'exception de deux petits/Canon8, et laissant un seul homme pour garder le tout, s ’avanca: avec tes autres dans. l'intérieur des terres. Il arriva bientôt à ane rivière qui coulait vérs le sud, et, «4 avoir construit une pinasse de quarante-cinq pieds de Tông, il se hasarda sur cette fréle‘embarcation jusque sur l'Océan Pacifique. Ayant immédiatement dirigé sa course vers les îles de Perle (Pearl Islands), il cap- ‘tura une barque qui portait cinquante nille pesos d'or et une seconde qui arrivait de Lima portant cent mille pesos d’ar-
(4) Sir F, Drake Revived, 1654.
gent. Chargé de ces dépouilles, il revint à la rivière dont
nous avons parlé; mais là une dispute inopportune s'éleva
parmi ses hommes au moment de partager leur butin. Pen-
dant qu'ils étaient aux mains, les Espagnols s'étaient mis avec
quatre navires à la poursuite d'Oxnain, et, remontant la rivière
à sa suite, ils parvinrent à l'endroit où on avait enterré le
trésor qu'ils se hâtèrent d’emporter sans demander autre
chose. Les Anglais, leur combat apaisé, r'évifirent à cet en-
droit, et, ne trouvant plus leurs nouvelles richesses ,‘s'élan-
cèrent à la poursuite des légitimes propriétaires; sans tenir
compte de leur infériorité numérique ; aussi tomberent-ils dans une embuscade où ils furent complètement battus.
Bientôt après, un détachement d’'Espagnols découvrit le vaisseau d'Oxnam avec les pro:isions qui l’avitaillatent et l’artillerie qu’on avait cachée si soigheusement. Les Anglais échappés au massacre vécurent pendant quelque temps dans
les bois parmi les Indiens , s’occupant de construire des canots à l'aide desquels ils comptaient s'échapper ; mais bientôt
ils furent pris par les Espagnols et emmenés à Panama , où : Oxnam et tous ses compagnons, à l'exception de cinq jeunes
mousses, furent punis du dernier supplice. Telle fut la déplo-
rable fin de cet aventurier hardi, le premier Anglais qui ait
navigué sur l'Océan Pacifique.
Maintenant, revenons à Drake. Ses amis lui équipèrent une escadre avec laquelle il devait mettre à exécution ses plans de conquête dans la mer du Sud. La flotte placée sous ses ordres se composait de cinq navires, dont le plus grand, le Pélican, était seulement de cent tonneaux. Les équipages réunis n’allaient qu’à cent snixante-quatre hommes. On répan dit le bruit que cette expédition était frétée pour Alexandrie. Le 15 décembre 1577, Drake partit de Plymouth pour son mémorable voyage. Entre Mogador et le cap Blanc, sur la côte d'Afrique, il captura plusieurs petits navires qu’il relâcha après y avoir pris tout ce dont sa flotte pouvait avoir besoin. Le 44 avril il arriva dans la rivière La Plata, et, jetant l'ancre à dix-huit lieues de son embouchure, y fit faire par son équipage la chasse aux veaux marins, « nourriture excellente pour le présent, provision durable pour l'avenir, » Dans les
habitations des indigènes, nos corsaires trouvèrent une
grande quantité d'oiseaux séchés et destinés à les nourrir ; il y avait entre autres cinq autruches dont Les jambes « étaient aussi grandes que les éclanches d’un mouton. » Le Cygne, vaisseau de cinquante tonneaux, se trouvant, en cet endroit, trop affaibli pour continuer le voyage, fut mis en pièces et brûlé comme bois de chauffage. Les relations ne s'accordent guère concernant les habitants de cette côte. Quelques voyageurs les représentent comme des hommes & stature moyenne mais bien proportionnés, tandis que, selon d’autres, ce sont autant de géants « auprès desquels les Anglais les plus grands paraissent de vrais pygmées. » Ils semblaient prendre un plaisir tout particulier à écouter le bruit des trompettes, et, tant qu'ils furent en rapport d'amitié avec les marins anglais, se mélaient volontiers à leurs danses. Le 20 juin, l'expédition entra dans le port Saint-Julien, le même dans lequel la flotte de Magellan avait autrefois hiverné. On apercevait encore sur le rivage s'élever un gibet, monument lointain de la sévérité de ce “commandant. On put y voir le présage d’un événement qui se passa- dans le même lieu et qui a laissé une souillure sur la réputation de Drake. On intenta contre M. Thomas Doughtie , marin d’une capacité reconnue, et qui commandait en second sur la flotte, une assez vague accusation d’animosité contre son chef, et il fut condamné à périr. Les explications fort insuffisantes que les historiens du voyage ont données sur cette affaire donnent lieu de croire que Drake punit chez son’ habile collègue un talent dont il redoutait la rivalité. La flotte était maintenant réduite à trois vaisseaux , et vers le 17 août 1578 elle quitta le port Saint-Julien, où elle était restée abritée pendant deux mois.
Drake parvint sans difficulté jusqu’au détroit de Magellan, et le traversa dans un espace relativement assez court de dix-sept jours. {L y trouva des hâvres nombreux et excellents, ainsi que de l’eau fraiche en grande abondance ; mais, la mer y étant profonde , il était difficile d'y rencontrer un ancrage commode. Des deux côtés la rive était élevée, et un froid sévère y régnait; néanmoins une multitude d'arbres toujours verts témoignaient que le climat n'apportait point obstacle à la vie végétale, Drake rencontra dans Île détroit des Indiens
ant itta eux
an,
de nts, mer age séurs le à iens
de petite stature montés sur des can ts artistgment faits avec des écorces d'arbres réunies à l’aide de courroies en veau marin. Leurs habitations étaient construites en pieux et recouvertes de peaux de bêtes. Ces Indiens avaient de formidables couteaux taillés dans d'énormes coquilles de moules de vingt ponces de jong eur, et avec lesquels ils coupaient ; non-séblement les'hoïsiles plus durs, mais les os eux-mémes. Drake vérifia qi ét'éembouchure occidentale du détroit n'était point forméé pa# deux continents, mais par un archipel d'iles très-resserrées, et la navigation lui en parut difficile, non-seulement par le nombre et l’entrelacement de ses canaux, mais aussi à raison d'une température constamment orageuse qui sêmble plus particulièrement appartenir à cette partie du globe. Un ouragan irrésistible entraîna sa flotte à deux cents lieues vers l’ouest, et, s’il faut en croire quelques récits, à une latitude si élevée que les nuits y duraient seulement deux heures. Le Souci, embarcation de trente tonneaux , se trouva dans cet endroit séparé des autres bâtiments efd} rut sans qu’on en ait jamais eu de nouvelles. Drake'ef; ter, capitaines des deux vaisseaux restants, trouvèrer abri près de l’entrée occidentale du détroit, dans une baie qui, à raison des événements survenus depuis, fut appelée la baie de la Séparation des Amis (The bay of the Parting of Friends). Là le câble du vaisseau amiral fut brisé, et, de nouveau entrainé vers la grande mer, il courut encore plus loin au sud ; ce fut ainsi qu’il « toucha à l'extrémité des terres vers le pôle sud; laquelle se trouve à peu près sous le 56°, en dehors duquel on n’aperçoit plus au sud aucun continent ni aucune île, mais seulement l’Atlantique et la mer du Sud, qui mélent leurs flots en toute liberté, » Winter entra dans le détroit, où ses hommes rétablirent leur santé, et revint sain et sauf dans son pays. Une chaloupe montée par huit hommes, et dont nous raconterons plus tard la destinée, avait été envoyée en Angleterre pour y porter la nouvelle que la flotte avait traversé le détroit.
Drake donna aux îles dans lesquelles il avait trouvé un abri le nom@'Ælizabéthides; il y vit un grand nombre de naturels qui traversaient les chenaux dans des barques à rames, les femmes portant leurs enfants dans des sacs de peau atta-
chés à leurs réins. La tempête qui l’avait poussé là dura sans interruption pendant cinquante-un jours ; enfin il put s’éloigner de la « partie du monde la plus méridionale que l’on connüt alors, ou que, selon toute probabilité, on soit appelé à connaître (1). » Vers la fin de novembre, il jeta l’ancri auprès de l’île de Mocha, sur la côte d@Ohii. Guidé par un pilote indien, il pénétra dans le po raiso, etmit au pillage un grand navire dans lequel il tn grande quantité de vin du Chili, s g ille pesos d'or; ensuite il pilla également la ville, ét’emmena du côté de Lima Juan Griego, pilote expérimenté. A l’aiguade de Tarapaca, quelques-uns des Anglais descendus à terre trouvèrent un Espagnol endormi ayant auprès de lui dés lingots d'argent dont la valeur se montait à environ quatre mille ducats ; plus loin, ils firent prisonniers un Espagnol et un Indien qui conduisaient six lamas chargés chacun de cent livres pesant d'argent. Nos aventuriers avaient calculé la richesse du pays
«pied que chaque cent livres de terre commune devait
vingt-cinq shillings d'argent pur, et le succès de leurs € éprédations se trouva presque au niveau de leurs espérances insensées. Auprès d’Arica, un exploit du même genre les mit en possession de deux navires chargés de métaux précieux. Déjà des messagers étaient partis de Valparaiso pour porter au Pérou la relation de ce qui était arrivé dans cette ville ; mais les communications par terre étaient si mal assurées que Drake dépassa les courriers. Le 15 février, il entra dans le port de Callao, dans lequel il trouva dix-sept navires, dont quelques-uns étaient chargés d'argent ; il y reçut aussi la nouvelle importante que le Cacafuego , grand vaisseau chargé du trésor, avait fait voile pour Panama une quinzaine auparavant. Laissant aussitôt aller en dérive tous les navires du port, de peur qu’on n’essayât de le poursuivre, il se mit sous toutes ses voiles, et s’élança vers le nord, faisant remorquer son navire toutes les fois que le vent tombait. Les Espagnols, cependant, trouvèrent moyen d’armer deux vaisseaux , et partirent sur ses traces au nombre de deux cents hommes ; mais équipés a la hâte, ils furent contraints
(1) The World encompassed.
CH
der Payt deux quat sor :
rant à l’i tirèr tre-v une d’arg était leurs prom solut intré nouy géogl taien:
détro sous parer cette sème!
une | pines tance Aussi il s@ :
au no toutes dans la ter:
surpri loin :
vage, de re
de revénir sur leurs pas fante de provisions suffisantes. A Payta, Drake apprit que le Cacafuego n'as sur lui que deux jours d'avance, et le 4° mars on lui sigmala une voile à quatre lieues sous le vent; c'était le vaisseau chargé du trésor : il le joignit et le captura sans diffienlté.
Drake dirigea immédiatement sa course vers l'onest, et durant deux jours entiers s’éloigna de la terre avant de procéder à l'inventaire de sa prise, Nos aventuriers, triomphant alors, tirèrent du Cacafuego treize caisses de réaux d'argent, quatre-vingts pounds d'or et vingt-six tonnes d'argent en barre, une*valeur en tout d’environ trois cent soixante mille pesos d'argent, ou cent cinquante mille livres sterling. Leur succès était maintenant complet, leur soif de pillage satisfait:, et leurs espérances n'avaient plus d'autre objet qu’un retour prompt et sûr dans leur patrie. Alors Drake adopta une résolution qui met en relief sa force de volonté et son courage intrépide. Il se détermina à tenter par le nord-est une voie nouvelle pour revenir en Europe. En effet, les connaissances géographiques, fort imparfaites à cette époque , lui permettaient d'espérer qu'il trouverait de ce côté un passage ou un détroit communiquant avec l'Atlantique. A l’île de Canno, sous le 10° de latitude nord, il arrêta son navire pour le réparer et le remettre à neuf; l’avitaillement démeura, pendant cette opération, dans un pétit vaisseau. espagnol fort heureusement capturé quelque temps auparavant. On y avait trouvé une lettre du roi d'Espagne au gouverneur des îles Philippines, et, ce qui était d’une beaucoup plus grande importance , plusieurs cartes des traversées sur l'Océan Pacifique. Aussitôt que le vaisseau de notre aventurier fut en bon état, il sé remit en mer, et navigua pendant quatorze cei:!: lieues au nord-ouest sans voir une seule fois la terre. Parvenu au 42° de latitude nord, il y trouva un froid si intense que toutes les subsistances furent gelées : il persista néanmoins dans son dessein de passer au nord-est, Par ie 48° de latitude, la terre fut signalée , et les marins anglais ne furent pas peu surpris de voir que le continent américain s’étendait aussi loin vers l’ouest. Mais à mesure qu'ils approchaient du rivage, le froid devenait plus intolérable, et Drake fut obligé de renoncer à la solution du plus intéressant problème
qu'offrît la géographie de son temps, celui de savoir s’il existait une communication septentrionale entre l'Océan Atlantique et la mer du Sud ; il lui fallut revenir sur ses pas.
Entre le 48e et le 3580, il aperçut de hautes montagnes s'étendant parallèlement au rivage et couvertes de neiges abondantes. Un port commode fut à la fin découvert, et comme le navire avait fait une voie d’eau , il fut jugé convenabl: d'y jeter l’ancre près de la côte, et, après avoir débarqué les provisions et l'équipage, de procéder aux réparations indispensables. Les Anglais étaient là depuis quelques heures à peine, lorsque les naturels apparurent en foule. se prétipitant vers la côte et manifestant une grande surprise à la vue des étrangers. L'un d’eux s’aventura même à s’approcher en canot du navire anglais, et tandis qu'il ramait vers lui, il prononça un long discours accompagné de gestes plaisamment solennels, le débitant d’ailleurs avec une véhémence et une rapidité qui le mettaient quelquefois hors’ d’haleine.s}l recommenca deux fois cette cérémonie et revint deux fois à terre ; la troisième il vint plus près du navire qu'auparavant, puis, au moyen d’une longue baguette , il offrit aux gens de l'équipage un bouquet de plumes noires et un panier rempli d'une herbe qu'il appelait tabah. L'alliance ainsi contractée entre les Anglais et les indigènes n'eut à souffrir ensuite ni de la tyrannie des premiers , ni de la trahison des autres. Les Indiens ne semblaient point insensibles aux rigueurs de leur climat; bien qu'enveloppés de leurs chaudes fourrures, ils frissonnaient sous le froid , et ne perdaient jamais‘une occasion de s’envelopper dans les véiements de laine quétles Anglais avaient apportés. Leurs habitations étaient ‘creusées dans la terre, et le toit en était fait de racines d’arbres égalément recouvertes de terre ; une ouverture pratiquée au sommet de cette espèce de toit servait à la fois de porte et de cheminée. Ils paraissaient avoir de la nourriture en abondance, étaient actifs, bien conformés , d’une nature aussi franche qu'amicale. Drake, bien qu'il n'employät aucun artifice pour gagner leur affection, se conduisait vi: -à-vis d'eux avec ln bienveillance déclarée d'un homme naturellement humain et supérieur à toute crainte, Dans une occasion ils manifestèrent des symptômes de douleur publique, comme si quelque
pour ec la in et estè- 1que
infortune nationale les eût frappés , et Drake, éprouvant une honorable sympathie pour un malheur qu'il n'était pas à même de comprendre, enjoignit à son équipage de se mettre en prières. Les naturels, ignorant le sens de cette grave cérémonie, la regardèrent d'abord avec une sorte de terreur et derespectueuse attention ; mais, quand ils entendirent les voix humaines s’anir pour le chant des psaumes, ils ne purent contenir leur extase et demiandèrent par des cris de gnaah ! gnaah ! qu'on leur procurät une seconde fois le plaisir qu'ils venaient d’éprouver. Peu de temps après le hioh, ou roi du pays, vint rendre une visite aux Anglais. Son arrivée à leur camp fut annoncée par de longs discours que plusieurs orateurs vinrent prononcer avec une chaleur remarquable ; et à la fin de chaque période, la multitude qui les environnait eriait : Oh / oh ! comme pour sanctionner par son approbation ce qui venait d’être dit. Le hioh s’approcha ensuite de Draké, et , plaçant sur sa tête une sorte de bonnet orné de chaînes d'œufs, comme celui qu'il portait lui-même , lé salua hioh à son tour.Les Anglais, se conformant aux prétentions de l’orgueil européen , interprélèrent cette politesse comme une cession absolue de souVéraineté que le vieux chef opérait à leur profit: Drake fit dans le pays une courte excursion, pendant läquelle il.vit de nombreux tronpeaux de daims gras et une espèce toute particuliés ue iapins ou marmottes que les naturalistes connaissent encore fort imparfaitement. Le vaisseau cependant était de nouveau prêt à mettre en mer ,et, après un séjour de plus d'un mois , Drake leva l'ancre le 47 juillet ; mais avant son départ il érigea une colonne à laquelle était fixée une plaque d’airain portant le nom et les armes de la reine. Il donna à ce pays le nom de Nouvelle-Albion. Comme le vent soufflait depuis peu du nord-ouest, nos aventuriers résolurent de gouverner vers les Moluques. Le danger de rencontrer les Espagnols et ceux d’une traversée sur ces mers orageuses firent préférer cette route au retour par le détroit de Magellan. Peñdant soixante-huit jours aucunéerre ne fut aperçue ; à la fin, le 50 septembre, le navire touéha sur des iles auxquelles les compagnons de Drake dounérent le nom d'iles des Voleurs ({slands of Thieves) à cause des instincts pilluds qu'ils remarquèrent chez les na-
turels. Ces îles font probablement partie de celles que lon désigne aujourd? hui sous le nom d’iles Pelew. Drakëfut bien reçu par le roi de Ternate, qui lui offrit de réserver aux Anglais le droit exclusif de ‘commercer dans cette île ; ensuite il visita la côte orientale des Célèbes, et, trouvant sur Ja route au sud une petite île inhabitée munie d’un port excellent, il y demeura un mois pour réparer son navire. Cette ile n’était tout entière qu’un grand bois dont les arbres étaient remarquablement élevés et droits, sans aucune branche, excepté au sommet : des multitudes de chauves-souris énormes y avaient élu domicile, et l’on y voyait aussi par bandes innombrables des crabes de terre dont il nous reste la description suivanie : « C'était une sorte d’écrevisses tellement grosses qu'une seule suflirait à rassasier quatre hommes de bon appétit; d’ailleurs une nourriture excellente ; elles semblent tout-à-fait étrangères à la mer et vivent entièrement sur le rivage; elles se creusent de profonds terriers sous les racines des plus grands arbres, y logeant par nombreuses compagnies. » Nos aventuriers avaient à peine quitté cette île, lorsque-léur navire donna contre un rocher à fleur d'eau. Tous les | Dyens furent employés en vain pour l’en retirer ; trois tonneaux de clous de girofle et huit pièces d’ar-
tillerie furent jetés par-dessus bord sans que cela servit de rien, et tout semblait perdu, lorsque le vent venant à fléchir subitement, le vaisseau tomba sur le flanc, et, au lieu de s’enfoncer comme on le craignait , se trouva remis à flot sans avaries. Aucun accident ne troubla le reste du voyage ; et le 26 septembre 1#80, Drake jeta l'ancre à Plymouth après une absence de deux ans et dix mois. Une grande partie des trésors qu’il rapportait dans son pays fut, à la requète de l’ambassadeur espagnol , sequestrée par le gouvernement et rendue à ses légitimes propriétaires ; mais il en restait assez pour satisfaire à l'attente de ceux qui avaient équipé l'expédition. Nonobstant cet hommage rendu aux droits de la justice, la reine donna à l’heureux corsaire plusieurs témoignages de faveur et d'approbation ; elle”"dina à Deptford sur le pont de son navire et lui conféra les honneurs de la chevalerie. "Le
vaisseau de Drake fut conservé pendant plusieurs années üans celte dernière ville, et lorsqu’enfin il parut impossible
envir mourt ver et ile qu vécur!
n'osel d'eau de lon contit grossi nuits
ils dé y but heure pagno quelq:
lorsqu jusqu une, al
Le CS le
de garantir davantage sa carcasse contre les outrages du ».
temps, on fit avec l’une de ses planches une chaire qui fut solennellement offerte à l'université d'Oxford.
Dans les tableaux variés de la vie, il est rare de trouver un succès sur lequel, pour si brillant qu’il soit, ne s’étende pas quelque ombre de misère et de souffrance. Il ne sera peut-être pas inutile de placer après le triomphe de Drake l’histoire des revers que subirent quelques-uns de ses compagnons. Comme nous l'avons dit plus haut, une chaloupe renfermant huit hommes qui n'avaient de provisions que pour un seul jour fut séparée de son navire au sud-est de la Terre de Feu. Ces infortunés, ainsi exposés à la famine et à la tempête dans une embarcation découverte, cherchèrent à s’abriter dans le détroit, et ensuite longèrent péniblement la côte jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus au nord de l'embouchure de La Plata. Là, ils descendirent im-
‘prudemment à terre, où quatre d’entre eux tombèrent sous les
flèches des sauvages, qui blessèrent en outre plus ou moins griè- “Yement les quatre autres ; ceux-ci réussirent à gagner une ile environ à trois lieues de ia côte, et peu après deux d’entre eux y moururent de leurs blessures. Les deux survivants, Peter Caram Pitcher, restèrent deux mois entiers sur cette n'avait qu'une lieue d’étendue. Pendantice temps, ils nt de petits crabes, d'anguillestet de fruits, mais nous
ns dire à quelle extrémité les réduisit le manque d'eau douce. Enfin , ils trouvèrent une planche de dix pieds de long , et ils se hasardèrent à s’en servir pour atteindre le continent, usant pour ramer de quelques racines d'arbres grossièrement façonnées. 1ls passèrent trois jours et deux nuits à faire ce voyage de trois lieues, En arrivant au rivage ils découvrirent un petit ruisseau, et Pitcher, dévoré de soif, y but avec tant d'avidité qu'il mourut étouffé une deiniheure après. Carver eut à peine la force d'enfouir son compagnon dans le sable. Le lendemain il fut rencontré par quelques uns des naturels, qui ne lui firent aucun mal, et lorsqu'il eut passé quelque temps avec eux, il traversa le pays jusqu'aux établissements portugais dans le Brésil, d'où, après une, absence de neuf ans, il revint chez lui (1).
(1) Purchas, vol, 1v, [TR
= Ce
gi
kRemarque sur le voyage de Drake autour Cu monde. — Promptitude avec laquelle il fut effectué. — Découvertes. — Srr'aienlo examine le détroit de Magellan. — 11 propose de le fortifier, — Expéditio: dans ce but. — Ce qu'elle endure, — Fondation de San-Felipe. — Sa prompte décadence. — Expédition de sir Thomas Candish. — 11 passe le détroit. — Ses succès. — Il capture le Sainte-Anne.— Retour.— ses observations, — Sa mort, — Les Hollandais s'appliquent à commercer avec l'Inde. Expédition de Van Noort. — Détails sur les peuplades magellaniques, — Les Ladrones, — Retour de Van Noort. — Voyage de la flotte de Verhagen.— Souffrances de de Weert.— Voyage remarquable de Quiros.— Il découvre plusieurs îles. — Sagittaria ou Otahiti. -- L'île de Ja Beauté, — Taumaco, -— Détails obtenus des naturels. — Quiros découvre l'Australia del Espiritu-Santo, — Son triomphe. — 1 s'adresse au roi. — Sg mort. — Découverte de Torres.-- 11 côtoie la Nouvelle- Guinée, — 11 voit la Nouvelle“Hollande, — Expédition de Spilbergen. — Détails sur les Patagons. -- Ses succès, + Voyage de Schouten et le Maire. — Son origine, — Découverte du cap Horn.—Tyrannie de la compagnie hollandaise pour les 1ndès’ orientales. — Les Nodals explorent la Terre de Feu et complètent la navigaion autour de l'Amérique du sud.
Drake , le premier de tous les Anglais, avait p troit de Magkllan et navigué dans la mer du Sud villon britannique. Mais, à part de.ces circonstance acquirent des droits à une célébrité nationale, il em coup d'autres d’un mérite plus réel et qui sollicitent M particulièrement l'attention de l'historien. Il est remarquable, par exemple, qu’il ait réussi avec une flotte aussi faible à mener à bien une navigation depuis long-temps# abandonnée par les Espagnols qu'effrayaient ses difficultés et ses périls. Ce fat en hiver que Drake arriva dans les régions orageuses du détroit de Magellan, et pourtant il effectua le passage tant redouté dans un espace de dix-sept jours, beaucoup moindre que ne l'ont jugé nécessaire aucun de ses devanciers ou même aucun de ses successeurs dans cette pénible carrière.
De même il faut remarquer ses progrès vers le sud, beaucoup plus grauds que ceux d'aucun explorateur espagnol. On ne peut guère douter qu'il n'ait le premier signalé l’extrémité des terres appelée depuis le cap Horn. Si lui-méme
CH
eûtr certa nétra contr la ter ou ut voyag derne cap 1 faveu:
Loya:
arriva prit P du p même Cabril avec la scie Mais :
Drake gnols.
eût pris soin d'écrire le récit de son expédition, nous aurions certainement à constater les instincts remarquables et la pénétration de son esprit, mal entrevus derrière les vagues et contradictoires relations de ses historiens. Il conjectura que la terre au sud du détroit de Magellan était une terre brisée ou un groupe d'îles, observation répétée tour à tour par les voyageurs qui vinrent après lui, et que les recherches modernes ont à peu près vérifiée. Le mérite d'avoir découvert le cap Horn est bien revendiqué par quelques écrivains en faveur de Fun des capitaines qui servaient sur la flotte de Loyasa , lequel, détourné de sa route par une tempête, apercut à l’ouest ce qu’il appela le « bout du monde » (1); mais il Semble plus probable que la terre ainsi signalée était seulement le promontoire sud-est de Staten-Island.
"Drake pénétra aussi sur la côte nord-ouest de l'Amérique plus loin qu'aucun des navigateurs qui l'avaient précédé ; il arriva jusqu'au 48° de latitude nord, et la terre dont il prit possession, au nom de la couronne d'Angleterre, près du port où il avait hiverné se trouve par le 37° de la méme latitude. Selon toute apparence , il ne savait pas que Cabrillo avait, en 1542, relevé toute cette côte jusqu’au 45° avec tout le soin et toute la persévérance qu’admettait la science nautique telle qu’on la pratiquait à cette époque. Mais sur la ligne de côtes gisante entre le 45° et le 480, Drake n'avait été précédé par aucun des navigateurs esp:gnols. Quelques annéés plus tard, en 4582, Francisco Gali, après avoir minutieusement exploré les îles du Japon, parvint à une latitude très-élevée en revenant dans\8à patrie, et toucha le premier anx côtes américaines situées pat 1e 87° 50° de Jatitude nord. De ce point, à Acapulco, il observa'toutes les parties avancées du côntinent.
Le projet conçu par Drake. de revenir en Angletérre en faisant le tour de l'Amérique dù nord est un autre témoignage remarquable de son 0 d'esprit, La nouveauté de la route ne lui sembla point impliquer des difficultés insurmontables, Marin achevé , häbituéàcompter sur ses propres ressources et doué de ce courage élevé qui ne connait pas
(1) Navarrete, vol, r, p. 360,
ee Br are.
RE. ed Se À
Le be
même les pronostics de la crainte , il était sur l'Océan, dans toutes les saisons et sous toutes les latitudes, comme un maître sur son domaine. L'assurance et la certitude avec laquelle il dirigeait sa course sur des mers incoanues lui donne une ressemblance frappante avec son célèbre compatriote le capitaine Cook.
Nonobstant les délais nombreux inhérens à une expédition qui avait pour objet principal le pillage des trésors espagno!s, Drake fit le rour du globe en moins de temps qu'aucun des navigateurs qui l'avaient accompli avant jui. Ce succès et sa promytitude étaient le fruit de sa prudence et dé’sa résolu tion. Le voyage de Magellan avait pris trois années et trentesept jours; celui de Drake fut accompli en deux ans et dix mois.
Rien n’atteste la capacité d’un commandant naval comme
l'ascendant qu'il exerce sur l'esprit de son équipage. En ceci Drake ne connut point de rival : pas un murmure, pas un mécontentement qui tint du caractère de la révolte ne troubla le bon accord qui existait entrelui et ses compagnons. Sa fermeté et la générosité de son caractère brillent d’un vif éclat dans ses r.lalions avec les naïfs habitants de la Nouvelle- Albion. Sa conduite, à l'égard d’un peuple inoffensif et faible, contraste d'une manière frappante avec la cruauté lâche que les Espagnols ses contemporains et les Hollandais qui lui succédèrent firent peser sur les habitants des îles de la mer du Sud. Sir Francis Drake fut le premier qui troubla le repos des Espagnols dans l'Océan Pacifique. Ils s’attendaient peu à ren- ‘ contrer desiflottes étrangères et ennemies dans ces mers isolées qu'ils regardaient comme leur propriété ; surtout ils n’imaginaient pas que leurs adversaires arriveraient à eux par le détroit de Magellan, si complètement interdit à leurs propres marins qu'une opinion populaire chez eux le leur représentait.comme fermé par quelque épouvantable convulsion de la nature (1). Mais l'expédition de sir Francis Drake
(1) Por falta di piloto o’éhicubierta Causa quiza importañte y no sabuda , Esta secreta senza cescubierta Quedo para nosotros escondida ; Ora sea yerro de la altura cierta,
CE ouv nav
forc qu’e ren ave hon pré
qui
ÿ s'él.
ex
de:
Sud côte leu:
ven Sar exa du
ras d'é de arcl ser ave il fi sui
écl
dud ass fer ce
dans Un » la- )Jnne e Île
ition nos, 1 des et sa ui ntenois.
"Al.
be ceci s un ubla à feréclat elleible, lâche ai Jui 1 mer
s des a renmers ut ils | eux leurs ir r'e- 1lsion Drake
ouvrit une ère nouvelle et brillante dans l’histoire de la navigation. L’Angleterre s’éveillait alors au sentiment de sa force, et s'élevait rapidement à cette supériorité maritime qu’elle a depuis lors si noblement maintenue. La soif de la renommée et le goût des exploits chevaleresques s’accordaient avec les mœurs de la cour sous le règne d’Élisabeth. Les hommes riches.et éminents par la culture de leur esprit se précipitaient avec ardeur dans toutes les voies d'entreprises qui leur promettaient une distinction honorable. Beaucoup
s'élancèrent sur les traces de sir Francis Drake, et telle fut l'excitation produite par le succès de son voyage qu’en moins
de seize années les ports anglais envoyèrent dans les mers du Sud jusqu’à six expéditions. L'apparition des Anglais sur les côtes du Pérou fit trembler les Espagnols pour la sécurité de leurs trésors , et attira leur attention sur les moyens de prévenir de pareilles insultes. An mois d'octobre 15794aBedro Sarmiento partit de Lima avec deux grands vaisseaüX pour examiner avec plus de soin le détroit de Magellan! Atfisud du Chili, sur la côte occidentale des Patagons, il s'émibarrassa dans un labyrinthe üe bras de mers, de hâvres et d'étroits canaux qu’il supposait devôir le conduire au but de son voyage. En gravissant une éminence élevée de cet archipel, il ne compta pas moins de quatre-vingt-cinq îles, serrées l’une contre l'autre autour de lui. Après être sorti avec beaucoup de peine du labyrinthe qu’elles formaient , il fit un 1elèvement du détroit de Magellan, et retourna ensuite en Espagne porter le fruit de ses observations. On dit que, durant ce voyage, il calcula les longitudes au moyen des éclipses et de la distance des étoiles fixes (4). En Espagne il représenta sous de brillantes couleurs le climat et les productions des pays magellaniques, parlant d'ailleurs avec assurance des fortifications que l'on pourrait y élever pour fermer l'accès de l'Océan Pacifique, dont il supposait que ce détroit était la seule entrée occidentale; aussi le roi
Ora que alguna Isleta removida Del tempestuoso mar y viento airado Encallando en la boca la ha cerrado,
4araucana, part, 1, canto 1, oct, 9, (1) Navarrete, vol, r, p. 371,
Quel par c Drak
ordonna qu’on équipât une flotte pour réaliser son plan de colonisation. Vingt-trois vaisseaux, portant environ trois mille cinq cents hommes , firent voile de Cadix en 1581, sous
les ordres de Diego Florez Valdès : Sarmiento lui-même qu'a était nommé gouverneur de la colonie. Mais des infortunes plutô sans nombre attendaient cette expédition, que l’on avait inutil montée avec autant d’ignorance que de prodigalité. Quelques- petite uns des navires furent dispersés par les vents avant de par- porta venir au détroit : d’autres , après y avoir pénétré, furent for- cent
cés par le mauvais tem; s de revenir sur leurs pas. Florez', # suivre découragé par ces obstacles , abandonna l'entreprise et re- gnole vint en Espagne ; mais Sarmiento, bien:qu'obligé trois fois instru de se retirer au Brésil, n’en persévéra pas moins dans son ayant entreprise et réussit enfin à fonder une viile que par hom- missio mage au roi d'Espagne il nomma San-Felipe. Le nouvel éta- mit à “ blisséinent ressentit au-delà de toute prévision les rigueurs détroi du bésoin et des maladies qui menacent en général les colo- Sarmi(
jétées sous un climat âpre et nouveau. Sarmiento perdit pas s0
nies je la fa tt r du roi d'Espagne par l'erreur dont il avait été cause ble fo en représentant le détr g comme pouvant être, dans certaines Espag passes resserrées, déféridu par des forts isolés. A son retour ‘les tri en Espagne , où il espérait trouver des secours pour sa colo- coloni. nie au berceau, l'infortuné gouverneur fut capturé par les ment, Anglais ; et lorsqu'on le rendit à la liberté, l’objet de ses sol- dans le licitudes n'existait déjà plus. La colonie de San-Felipe avait dish fi été promptement décimée par la famine et la maladie. Une concer peste avait suivi ; elle obligea ceux quiavaient survécu, au nom- précéd bre de vingt-trois, d'abandonuer la ville et d’errer au hasard, pour tr cherchant à vivre de leur chasse et de leur pêche ; mais, in- n'avait capables de supporter les privations et les vicissitudes de la des fle vie sauvage , la plupart d’entre eux périrent misérablement. énorm La tentative qu'avaient faite les Espagnols pour fortifier Apr le détroit n'arrêta pas les audacieuses hostilités des aventn- dans | riers anglais. Un des plus distingués, parmi ces derniers, fut * gans i Thomas Candish ou Cavendish, propriétaire d’un riche soit av domaine, auprès d’Ipswich, dans le comté de Suffolk. Aussi- rins es tôt qu'il devint maitre de sa fortune, il équipa un vais- qu'il cc seau de cent vingt tonneaux, et accompagna sir Richard ‘ cendia
Greenville dans son expédition de 4585 contre la Virginie. le por
Ex
ED
Quelque expérience de la mer, et une vive ambition allumée par ce qu'il avait entendu dire des exploits de sir Francis Drake dans les mers de l’ouest, furent les seuls résultats qu'amena pour lui cette entreprise,; mais son ardeur fût plutôt augmentée qu'éteinte par les frais coûteux de cet inutile voyage, et il parvint bientôt après à organiser une petite flotte composée de trois navires, dont le “plus grand portait cent quarante tonneaux, et qui avaient à leur bord cent vingt-six officiers et matelots. A leur tête, il voulait suivre les traces de Drake et envahir les possessions espagnoles dans la mer du Sud. Pourvu de cartes, et de tous les instruments que la science de l’époque pouvait lui fournir, ayant de plus, grâce à son influence à la cour, obtenu une commission de la reine pour courir sus aux navires espagnols, il mit à la voile en juillet 1586. Lorsque Candish arriva dans le détroit de Magellan, les ruines de la colonie fondée par Sarmiento existaient encore; les bastions du fort n'avaient pas souffert ; quelques maisons étaient debout; et l’ensemble formait un tableau de désolation. On trouva un des Espagnols que la mort avait épargné; et il donna aux Anglais ‘les tristes détails des souffrances au milieu desquelles la colonie s'était éteinte. Prévoi yant Je sort de leur établissement, les Espagnols avaient pri#lg précaution d’enterrer dans le sable les canons"d" montés en batterie : Candish fit les fouilles nécésshir trouva tous. En ce qui concerne les naturels, il onfirme tout’ ce qu'avaient dit les précédents navigateurs de (eu #tature gigantesque ; donnant pour mesure la trace d’un pied retrouvée sur le sable et qui n'avait pas moins de dix-huit pouces en longueur. Dans une des fles dn détroit, nommée Pile Pingoin , il trouva une énorme quantité des oiseaux auxquelé ‘elle doit son nom. Après un certain temps, Candish quitta le détroit et entra dans l'Océan Pacifique sans renconffét.aucun de ces ouragans impétueux ou de ces vents va fables qui , si souvent , soit avant , soit après lui, ont mis à bout le falent dé marins espagnols. A peine longéait-il la côte septentribie ; qu'il commença son œuvre de guerre et de spoliation. Il in-
” cendia la ville de Payta, et traita de même celle de Puna, dans
le port de laquelle il côula un grand navire après s’en être
approprié la riche cargaison. En approchant de la Noüvelle- Espagne , il captura une embarcation à bord de laquelle se trouvait Sanchez, pilote qui connaissait à fond la mer du Sud , et dont il eut de-précieux renseignements sur un vais seau richement chargé'qu'on attendait tous les jours des Philippines. Il s’embusqua aussitôt, épiant sa proie, derrière le cap Saint-Lucas, dans la Californie, dont les blancs promontoires ressemblent aux aiguilles de l’île de Wight. Enfin le signal attendu fut donné; un gros navire venait de paraitre à l'horizon, c'était le Sainte-Anne, le vaisseau amiral de la mer du Sud, bâtiment de sept cents tonneaux, et dont la cargaison était évaluée à cent vingt-deux mille pesos.
Le partage d’une si riche proie ne s’accomplit pas sans des querelles et des mutineries qui auraient pu avoir les plus déplorables conséquences; mais la générosité de Candish apaisa l'orage que sa jeunesse et son inexpérience n'avaient pas su prévenir. Les prétentions de tous se trouvèrent satisfaites par l'abandon qu’il leur fit de sa part de prise, et ils rentrèrent dans l'obéissance avant que les haïnes et les avidités réciproques eussent pris uncaractère incurable, On fit alors
des préparatifs pour retourner'en Angleterre. Les prisonniers furent descendus sur le: rivage, munis des vêtements et des provisions qu’il leur,fallait:pourgagner par terre la Nouvelle- Espagne ; on garda. seulement ceu#des marins dont les connaissances pouvaient servir à la nayigation qu'on allait entreprendre. Candish fit” directement ‘Voile de la côte de Cali-
we Di sur dans le court apace
Bornéo, et les Moluques, il arriva ins au détroit de la Sonde. De là, après avoir réparé son navire et l’avoir approvisionné à nouveau , il se remit en mer ; un voyage de neuf semaines l’'amena au cap de Bonne-Espérance.
Durant cette navigation il eut occasion de faire sur les vents, les marées et les courants, des observations qui ne contfibuërent pas médiocrement à augmenter les connaissances nautiques de son époque. Il remarqua que la distance de Java au cap de Bonne-Espérance comptait pour plus de deux : mille lieues sur les cartes portugaises, tandis que, d’après ses
ellele se r du vais - Phie Cap oires ignal re à a mer aison
is des s plus ndish vaient satiss renidités alors nniers et des velle- :s CONentre- » Caliespace ix-huit ppines, Sonde.
sionné
aines
sur les ui ne pnnais istance
le deux :
rés ses
de pareils animaux a détruit les plus” re
‘ grès be pda que faisait 1a°s Fr
CHAP; XVII. vorèié x LA MER DU SUD. 261
calculs, elle allait seule à dix-huit cent cinquante ; il fit ainsi une double amélioration aux appréciations géographiques , diminuant d’une part la distance supposée entre le cap de Bonne-Espérance et les”régions lointaines de l'Inde, tandis qu’en même temps il'augmentait l'intervalle entre les Moluques et le continent*américain. Après avoir quitté le cap de Bonne-Espérance , il toucha à Sainte-Hélène qu'il décrit comme une île délicieuse entièrement couverte de bois ; et il fut le premier navigateur anglais qui apprécia convenablement les avantages locaux de cette ile jusqu'alors exclusivement exploitée par les flottes portugaises. Les forêts
primitives dont il parle furent ensuite détruites avec unerapi-
dité singulière par les chèvres et les lapins qu'on introduisit dans l'ile; et ce n’est pas.la seule fois'que la multiplication ivissantes scènes de «nature. Candish arriva à Plymouth? le: 9 septembre 1588. iféautre preuve des pro-
ne. Drake avait mis joins que les compae-fut accompli par ‘que célui de Drake, Tous les dé/Son voyage nous prouvent qu'il observait avec l'œil ‘un n habile: El examina trèssoigneusement le détroït de Magellan ; ses détails sur les Philippines sont remplis de documents utiles. Il rapporta en Angleterre une bonne carte et une description de la Chine. Ses succès , comme corsaire, dépassèrent de beaucoup les plus ambitieuses espérances; il avait, au dire d'écrivains , Gontempo ses amassé assez de foïtune « pour acheter un «4 beau comté séune et ardent, il ne regarda cettérichesse pré- ‘coce que comme un moyen d'en acquérir une: plus grade encôre; mais de tels succès ne doiveñt pas être demandés deux fois à la destinée ; et la fortune, qui semblait avoir épuisé sur lui ses faveurs, devait sévèrement repousser les nouvelles sollicitations dont il allait la fatiguer. Il équipa une seconde flotte, et partit encore une fois pour le détroit de Magellan ; mais son voyage fut contrarié par tous les désastres qui
à fairede tour du
h peuvent assiéger une expédition maritime. Des orages
sans fin défiérent tous les effort& qu'il fit pour péné-
269 VOYAGES MODERNES À Dicouvrnres. LIŸ. 1.
trer dans l'Océan-Pacifique, La révolte éclata parmi ses équipages ; ses capitaines cessérent dé lui obéir; et, après avoir suppôrté long-temps les tourments réunis de la fatigue physique et de l'inquiétude morale, il fut énfin accablé par eux, et mourut sur la côte du Brésil. L'issue lamentable de cette expédition calma, pour un temps, l’ardeur d’entreprises qui régnait en Angleterre ; et les matelots expérimentés de la flotte de Candish, parmi lesquels beaucoup avaient servi sous sir Francis Drake, furent obligés de chercher audehors un emploi que leur refusait la patrie.
L'union, sur la tête de Philippe IT, des couronnes d'Es-
pagne et dePor tugal, arrêta aussi tout- Fe -coup l'esprit d’enva-* hissement avec lequel ce dérnier peuple étendait ses acquisi-
tions dans l'est. L erte de l'indépendance nationale et l'intervention d’un & érhement à la fois indolent et jaloux,
paralysèrent cette énergie c que les Portugais avaient un D “4
jadis dans leurs spécu quêtes. En même te cet esprit de vie.
il fut attaqué même génié mpérieu: | portant atteinte aux dko es 8 réduisit à préndre les armes et à défendre leu * indépendance. Tant qu'ils s'étaient reconnus ses sujets, ‘on les avait vus s'abstenir de commercer avec l'Orient, se laissant imposer de recevoir toutes les productions de l'Inde par l’entremise coûteuse des marchands espagnols et portugais. Mais aujourd’hui qu'ils se trouvaient engagés dans une lutte inégale où toutes les ressources du courage ne pouvaient suppléer le manque de moyens pécuniaires , ils furent poussés, non-$éulement par l'intérêt , mais aussi par la haine nationale, à attaquer les possessions espagnoles dans les Indes et dans les mers du Sud. Ils avaient échoué en cherchant à passer aux Indes par le nord-est; l'exemple des Anglais leur permit de s'élancer hardiment sur les routes déjà parcourues du cap de Bonne- Espérance et du détroit de Magellan.
Au commencement de l’année 1598, quelques riches mar-
chands hollandais résolurent:d'équiper une expédition afin. #
de faire sur les côtes dé” la Nouvelle-Espagne et du Pérou
"ART glaii par Noo ficie Mell mon vais cord dans sur arme néar où i se la et le la gr bare.
se bc L’ seigr S’apF petit dami habit bitat abon natu lesqu Ken:
homi large une et le.
douz de le déjà tagor milie
LÉHAP. XVIL, VOYAGES A LA MER DÜU SUD. 268
dde ces courses si heureusement accomplies par les An-
glais. En conséquence, quatre navires furent frétés et montés par deux cent quarante hommes de tout rang. Oliver Van Noort reçut le commandement de cette petite flotte. Les officiers étaient tous des hommes expérimentés , et le pilote, Mellish, avait déjà suivi Candish dans son voyage autour du monde. Les Hollandais se trouvèrent si retardés par le mauvais temps, les accidents de toutessorte, les maladies, les discordes, qu’il s'écoula quinze mois avant qu’ils pussent entrer dans le détroit de Magellan. En y jetant l’ancre, ils virent sur une petite ile quelques hommes qui brandissaient leurs armes et semblaient les défier. Les Hollandais abordèrent néanmoins, et poursuivirent les sauvages dans une caverne où ils se défendirent obstinément jusqu’au dernier homme, se laissant l’un après l’autre tuer sur la place. Leurs femmes et leurs enfants se tenaient cachés dans les profondeurs de la grotte, s’attendant à mourir sous les coups de leurs barbares ennemis. Mais les Hollandais , rassasiés de carnage, se bornèrent à emmener six enfants.
L'un d’eux ayant appris le hollandais leur donna les renseignements suivants : « La plus grande de ces deux iles s'appelait Castemme et la tribu qui l'habitait Æ£noo ; la plus petite portait le nom de Take; toutes deux étaient abondamment fournies de pingoins , dont la chair nourrissait les habitants, et dont les peaux servaient à les vêtir. En fait d’habitations, ils n’avaient que les cavernes. Le continent voisin abondait aussi en autruches, gibier utile et très-estimé. Les naturels étaient divisés en tribus suivant les quartiers dans lesquels ils résidaient : les Kemenetes habitaient Kaesay, les Kennekin, Karamay, et les ar daks, Morina. Tous les hommes appartenant à ces tribus étéient deitaille moyenne, larges de poitrine, et peints de haut en bas. Mais il existait une quatrième tribu, celle des Tirimemens, habitant Coin, et les individus de celle-ci, sorte de géants hauts de dix à douze pieds, étaient continuellement en guerre avec le reste de leurs compatriotes. » Ce simple renseignement suffisait déjà pour concilier les relations diverses concernant les Patagons. Bien que leur passage dans le détroit s’effectuât au milieu de l'été, les Hollandais y trouvèrent la glace tellement
264 VOYAGES MODERNES DE DÉCOUVERTES. LIVs.1Ve
épaisse qu'en la sondant à dix-brasses de profondeur ils ne l'avaient pas encore entièrement percée. La terre semblait être un amoncellement d'iles brisées auxquelles la hauteur des montagnes donnait seule l'apparence d’un continent.
Enfin ils parvinrent dans la mer du Sud après avoir lutté pendant trois mois. Sur la côte du Pérou ils capturèrent plusieurs vaisseaux espagnols sans trouver parmi eux une seule prise de quelque valeur. Mais ils apprirent , à leur grande mortification, que le capitaine d’un de ces navires, se voyant poursuivi, avait jeté à la mer toute sa cargaison , composée de douze mille livres pesant d'or, ce qui composait une valeur d'environ deux millions de pesos.
Les Hollandais se dirigèrent ensuite vers l’ouest, et arrivèrent dès les premiers jours de septembre aux îles des Larrons. Les indigènes, montés sur des canots, les entourèrent aussitôt en vociférant les cris de hiero ! hiero ! ce qui veut dire du fer ! du fer! car ils avaient déjà appris le nom portugais de ce métal. L’envie qu'ils avaient de commercer était si grande que les embarcations se renversaient les unes les autres en arrivant vers le navire ; leur présence n’était nullement désirée, car ils se montraient singulièrement experts à voler, se précipitant à l’eau dès qu'ils avaient saisi les objets de leur cupidité. En passant à Manille , les Hollandais s’emparèrent d’un vaisseau javanais dont la forme étrange leur causa quelque surpris:, Le gaillard-d'avant était élevé comme une cheminée , et ses agrès étaient aussi singuliers que sa forme ; les voiles en étaient faites de roseaux , les ancres, de bois, et les câbles, de paille. La flotte hollandaise, après avoir touché à Bornéo, arriva saine et sauve à Java vers la fin de janvier, € au mois d'août de la même année, elle jeta l'ancresiever Merde, ayant ainsi employé près de trois ans à faire le tour du monde. Comme Van Noort était le premier navigateur hollandais qui eût mené à fin une pareille entreprise, son habileté et son courage furent à son retour portés aux nues par ses compatriotes; cependant, au point de vue commercial, son voyage n'avait point réussi ; et, comparé à ceux de Drake et de Candish, dont l'expérience l'avait guidé , il avait été long et malheureux. Environ trois mois avant le départ de l'expédition commandée par Van
CH
Nooi terd, frais cette la cc pilot.
que \ dont tarda en pt tôt a] corps mois gellai contr frir d vivaci n'ava coqui ainsi leur } les où Willi:
voilie les au Nonrt détres pas. Il l’assié mers & il par voyag!
cent ci du dét îles qu les iles
détruir Pérou,
Noort, une flotte de cinq gros vaisseaux était partie de Rotterdam pour un voyage de découvertes, à la suggestion et: aux frais d'un riche négociant nommé Verhagen. L'amiral de cette flotte était Jacques Mahu. Le plus petit des navires qui la composaient était commandé par Sébald de Weert; le pilote;sur lequel reposait la direction générale n’était autre que William Adams, homme de grande expérience , le même dont nous avons ailleurs raconté les aventures. La flotte s’attarda trop long-temps sur la côte d'Afrique, et l'équipage fut en proie ä.des affections contagieuses. L'amiral mourut bientôt après, et. les mutations que son trépas amena dans le corps dés officiers excitèrent un mécontentement général. Au mois d'avril, les Hollandais entrèrent dans le détroit de Magellan où ils demeurèrent cinq mois retenus par les vents contraires. Pendant tout ce temps, ils eurent beaucoup à soutfrir du manque de nourriture et des rigueurs du climat. La vivacité de l'äir leur donnait un appétit extraordinaire, et ils n'avaient rien pour le satisfaire que des plantes crues et des coquillages: lesquels aggravaient les maladies et ajoutaient ainsi à leurs misères. Enfin trois des navires effectuèrent leur passage dans la mer du Sud, où ils furent dispersés,par les Ouragans, comme on l'a vu ci-dessus dans l’histoire de William Adams. De Weert, dont le vaisseau était mauvais voilier, et dont l'équipage était découragé, demeura derrière les autres; il ne reçut d'ailleurs aucune assistance de Van Nonrt, qui, en traversant le détroit, le trouva là dans une détresse complète, incapable d'avancer ou de revenir sur ses pas. 11 lutta durant neuf mois contre toutes les difficultés qui l’assiégeient sous une température rigoureuse et dans des mers sans cesse battues par les orages ; après de longs efforts il parvint à rentrer dans l'Atlantique , et, en six ve ee ; voyage , à regagner la Maése, n'ayant pu, ‘d'un équipi
cent cinq hommes, en conserver que trente-six. À son
du détroit de Magellan, il découvrit au sud-est trois rt îles qu'il nomma les Sébaldines (Sebaldine 1slands) ; ce sont les iles Falkland des cartes anglaises.
Pendant que les Hollandais et les Anglais menaçaient de détruire les établissements des Espagnols dans l'Inde et le Pérou, cette dernière nation, inspirée dans sa politique plutôt
par la soif de l'or que par la prudence, inclinait encore à étendre dans le sud la domination de ses colonies. On n'avait pas cuhlié que Mendana, en 1595, avait tenté un établissement à Santa-Cruz; aussi, en 1606, Pedro Fernandez de Quiros, qui avait accompagné Mendana en qualité de premier pilote, fut envoyé avec trois bons navires, et une de ces petites embarcations qu’on appélait alors une zabra, pour visiter de nouveau cette ile et y faire de plus amples découvertes. Quiros s’engagea de grand cœur dans cette entreprise, et comme c'était un navigateur habile, son voyage agrandit le cercle des connaissances géographiques plus qu'aucun de ceux qu’avaient tentés les Espagnols depuis l'époque de Magellan. 11 partit de Callao le@1 décembre 1605; plusieurs îles furent par lui découvertes dès le commencement du voyage, mais fixèrent peu son attention parce qu’il les jugeait inhabitées. Toutefois , au bout de six semaines , les équipages commençant à manquer de provisions fraiches , M > iles fut reconnue , et les feux nombreux que l’on y aperçut donnèrent la certitude qu'elle n'était point déserte. Elleétait située par les 18° 10° de latitude sud et reçut de Quiros le nom de agitéaria. On ne put point trouver d'ancrage auprès
e la côte, ‘et la violenee de la houle empéchait qu'ut,débatquement se fit à l’aide des. ehaloupes. Les indigènes cependant , armés de lances et de bâtons, se tenaient en
grand-nombre sur les rochers. Un jeune Espagnol nommé ne Ponee, s’indignant de voir inutiles ‘ous les moyens employés pour essayer de descendre à terre, se dépouiila de ses habits et se mit à nager vers eux. Les naturels, remplis d’admiratica pour sa confiance et son courage , s’élancèrent deu secours et l'étreignirent dans leurs bras d’une manière toute amicale, lui baisant le front à plusieurs reprises. Quiros ne demeura pas long-temps patrui eux; mais ils l’inforqu'il trouverait une grande terre sur sa route. La ia de Quiros, suivant l'opinion générale, n'était autre que l'ile d'Otahiti ; la principale sbjection que l’on puisse élever contre leur identité résulte de la difficulté qu'éprouva le navigateur espagnol à y trouver un bon ancrage (1).
Cr
(1) L. ds Découvertes des L'rançais, pag. 85,— Buruey, vol, 4, pag. 281
plus
à ter feu,
les, nos | Quir gène enp ses r bapti cre).
latitr Euro arme et ni dana gnols natut ment nom temp aussi quer voul:
à ce
nfore. La autre uisse ouva
ol, 1,
Les Espagnols arrivèrent , bientôt après avoir quitté cette île, à celle qu'ils désignent sous le nom de l’ile de la Beauté (Isla de la gente Hermosa) , à cause de la remarquable beauté de ses habitants. Le courage et l'audace de ces sauvages est d’ailleurs en rapport avec leur vigueur physique. Montés sur leurs canots, les hommes approchaïent des navires espagnols, et, brandissant leurs javelines, semblaient défier les Européens au combat. Ils attachèrent une corde au plus petit des vaisseaux, et tentèrent, en nageant, de l'attirer à terre, sans se laisser effrayer , ni par le bruit des armes à feu, ni par leurs redoutables effets. Les femmes étaient belles, d’une gracieuse tournure et plus attrayantes , au dire de nos marins, que les plus charmantes Espagnoles. Bien que Quiros ait toujours montré quelque partialité pour les indigènes de la mer du Sud en général, et pour cette belle race en particulier, il était excessivement dur et mal habile dans ses rapports avec eux : c'est ce qui lui donna l’occasion de baptiser cette île du nom sinistre de Matanza (île du Massacre). Il arriva bieñtôt après à l'ile de Taumaco, par le 40° de latitude sud ; les habitants, qui n’avai’ nt jamais vu d’autres Européens, n'étaient nullement familiarisés avec l'effet des armes à feu. Ils avaient quelques rappoïts avec Santa-Cruz, et n'ignora'ent point les circonstances du passage de Mendana dans cette ile. A Taumaco comme ailleurs, les Espaguols abusèrent de l'hospitalité et s’attirèrent la naine des naturels. Quiros, néanmoins, obtintd'eux quelques ren: iynements importants. Tumay, le chef ou roi de cette fle, jui en ..
nomma plus de soixante autres dont il indiquait en méme Ge
temps l'importance et la situation géographique ; il lui pi
aussi d'un grand pays qu'il appelait Manicolo ; pour en im . F S
quer les dimensions, il ouvrait ses bras sans les réunir jé voulant moñtrer que ce pays n’avait pas de bornes. Ses dires. à ce sujet ranimèrent l’ardeur de Quiros; et comme il ne jugeait plus possible de maintenir des relations amicales avec les naturels, traités par lui sans ancune espèce d’égards ou d'humanité, au lieu de prolonger son séjour à Taumaco il se hâta de märcher vers le sud à la découverte « du grand pays. »
Enfin , le 4er mai , il approcha de aés rives, et deux jcurs
Ro +ire +4 vel ÿ Ÿ \ he LS ; #4 HE tr El LA * sl :
+ fl LE &, "188 î 4 ?
es di A à PE HE CE | k Î ho #13 os À RE f 13 :
#1 | {4 | À | + EM | © 9 : {à mur pi 1 À | 0 RAS j # } Ein À 4 TEA L
RE mn Ein à-2 e Ce ARE N © » … “+ RE ro rm er
après il jetait l'ancre dans le port de la Fera-Cruz, dont le spacieux bassin, qui pouvait contenir mille voiles, recevait dans son sein deux superbes rivières , l’une desquelles , suivant Quiros, était aussi large que le Guadalquivir à Séville. Supposant quel térre où il venait de mettre le pied faisait partie ducontinent méridional si long-temps recherché, il la nomma Australia del Espiritu-Santo. Cette région imaginaire avait été long-temps revêtue des plus brillantes couleurs que l'imagination puisse fournir , et / en conséquence, « tous les équipages — moôüsnous servons des expressions mêmes de Torquemada — "étaient d’une joie délirante à la pensée qu’ils avaient atteint l’objet de ieurs désirs et qu'ils tenaient entre leurs mains le plus riche comme le plus puissant
+ pays dont l'Espagne se fût jamais emparée (1). » Mais les
violences des nouveaux conquérants, en excitant contre eux la haîne obstinée des indigènes , contraria bientôt leur plan d'invasion. Quiros cependant prit possession du pays au nom de Philippe IIT, et remplit toutes les formalités qui accompagnent d'ordinaire la fondation d’une ville; Comme d'en nommer les alcades, les corrégidors et les autres magistrats; il désigna celle-ci sous le nom de Nouvelle-Jérusalem.
Tandis que Quiros perdait son temps dans le port de la Vera-Cruz, espérant encore ramener à lui les habitants de l'ile qu'il s'était aliénés à jamais, un orage violent-poussa son navire hors du port, le séparant ainsi du reste de sa:flotte. Il revint immédiatement ä Mexico, d'où il regagna l'Espagne afin d'obtenir la permission « d'ajouter l’Australia del Espiritu:Santo aux autres possessions de la monarchieespagnole. »
I poursuivit cette demande avec tant d'activité, qu'il pré -
a dit-on, au roi plus de cinquante mémoires à ce sujet
… H'décrivait la terre nouvellemeñit découverte comme un vé- ritable patadis, et nécessairement comme abondante en métaux précieux. Son zèle et son activité devaient inévitablement arriver à leurs fins, et il fut envoyé au vice-roï du Pérou, à qui on prescrivit de lui fournir des navires pour une seconde expédition ; mais il mourut en route avant d'arriver à Lima. On croit généralement que son Australie n’est autre.que les
(1) Monarquia Indica, Mb, v, cap, Lx vire.
Grandes Cyclades de Bougainville, et les Nouvelles Hébrides (New. Hebrides) de Cook.
Après la séparation de Quiros ét de sa flotte, Luis Vaz de Torrés, commandant en seconi, continua son voyage au sudouest. Il vit assez de l’Austr alie pour être persuadé que ce
n’était pas;un continent , et il était dans l'intention d'en faire le tour'$t Ja saison le lui eût permis. Lorsqu'il eut atteint le 240'de latitude sans trouvér terre , il remonta vers le nord, atteignit l'extrémité orientale de la Nouvelle-Guinée, et suivit la côte méridionale de cette grande île jusqu'à ce qu’il
parvint aux Moluques. Le premier il explora cette mer, et
découvrit que c'était un archipel couvert d'’iles sans nombre. Il est également remarquable que par le 41° de latitude sud il aperçut dans cette direction une terre , faisant sans doute partie de la grande Australie, que l’on appelle maintenaat, mais à tort, la Nouvelle-Hollande. Torres: descendit à terre à diverses reprises sur les côtes de la Nouvelle-Guinée, et prit formellement possession de ce pays au nom du roi d'Espagne.
Pendant, que lePortugal disputait obstinément à la Hollande la possession des Moluques et le commerce du Japon, Ja compagnié hollandaise des Indes orientales résolut de faire ‘un vigoureux effort pour arriver aux Moluques par le détroit de Magellan. Six grands vaisseaux furent équipés dans ce but, et partirent du Texel au.mois d'août 14644, sous le commandement de Georges Spilbergen. La route qu'il devait suivre demeura secrète jusqu'à ce qu’il eût traversé une grande partie de l'Atlantique ; ses équipages demandant alors à grands cris qu'on leur fit connaître leur destination, il déclara « que ses ordres se bornaient à traverser le détroit de Magellan, et qu'il les exécuterait avec d'autant plus de ponctualité qu'en effet nul autre passage ne lui était connu. » Trentequatre jours lui süffirent/pour franchir le détroit. Le témoignage de Spilbergen vient confirmer l'existence d'une race géante parmi les Patagons. Il fut tout d'abord disposé à révoquer en doute su: ce point la véracité des voyageurs qui l'avaient précédé. En effet, les sauvages qu'il rencontrait étaient plutôt au-dessous qu'au niveau de la taille ordinaire ; mais un jour un homme de taille gigantesque apparut sur une
colline d'où il venait examiner la flotte : il approcha ensnite du rivage dans le même objet, et fut alors distinctement vu
par tous les équipages. L'opinion unanime fut que sa stature :
excédait celle que Mageïlan avait assignée aux Patagons. ‘La flotte entra au mois de mai dans la mer du Sud, nan sans avoir à essuyer une de ces tempêtes violentes qui semblent en garder l'accès. Le reste du voyage fut un triomphe i incessant. A la vérité, les Hollandais n6 firent aucune découverte géographique ; mais Spilbergen réussit dans le véritable objet de son expédition. Il défit complètement la flotte espagnole sur la côte du Pérou. Son assistance facilita la sonmission des Moluques ; il contribua, en un mot, d'une manière eflicace à établir la domination hollandaise “dans les Indes orientales, Au mois de juillet 4647, il arriva sain et sauf en
lande, ayant mis deux ans et onze mois à faire le tour du monde. Sa gloire était rehaussée par le contraste de son “oyage avec ceux de Van Noort et de Mahu, caf il ramenait ca Matte telle qu’il l'avait reçue au départ, tandis que des neuf vaisseaux qui avaient été confiés à ses Lei DU un seul avait revu la patrie.
Dans l’année qui suivit le départ de Spilbergen , deux vaisseaux, équipés par des aventuriers isolés, artirent aussi du Texel pour un voyage de découvertes ; cette expédition, qui, pour ceux dont elle était l’œuvre, eut les résultats les plus déplorables, est néanmoins regardée comme beaucoup plus importante que celle de Spilbergen dans rhistoire de la géographie. Voici quelles furent les circonstances de son origine. En vertu de son privilége, la compagnie hollandaise des Indes orientales prétendait à un droit exclusif sur le commerce qui se faisait avec l'Inde par le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan ; mais les négociants qui se sentaient génés par ce monopole espéraicui l'annuler au moyen d'une interprétation stricte de la clause même qui le constituait. Les États-Généraux, dans le but d'encourager la navigation, et surtout peut-être afin de trouver le célèbre passage du nordouest , avaient décrété que ceux de leurs concitoyens par qui serait découverte une nouvelle route vers l'Inde, auraient, comme récompense, le bénéfice des quatre premiers voyages entrepris par les voies nonvellement onvertes, On en con-
tres
Sc
il f dél tro dui Pas un cet P: FA une gra fut dev tant fur pail d’e:
terr gen peu ten pui:
prit phil con vu | con ver écri plei cou où
nite it vu ture :
s. La sans blent ncesverte > obspa imisnière ndes 1f en ar du > son enait neuf seul
deux
aussi ion, ts les COUP de la b son daise comance aient l'une . Les 1, et ord- M qui ent, ages con-
cluait naturellement que, si l'on parvenait à tourner l'Amérique du sud sans traverser le détroit de Magellan, les priviléges oppressifs de la compagnie des Indes orientales seraient complètement éludég si.
Un riche négociant d'Amsterdim , nommé Isaac le Maire, irès-savant en géographie, était disposé à croire à l'existente d'un pareil passage; et, en consultant William Cornelison Schouten, de Horn, homme d'une haute expérience nautique,
il fut confirmé par lui dans son opinion. Le résultat de leur’
délibération fut qu'une telle route devait nécessairement se trouver; que les contrées méridionales auxquelles eile conduirait abondaïent en richesses ; et, finalement, que la compagnie des Indes orientales n'aurait point à intervenit dans un commerce entrepris avec l'Inde par un chemin distinct de ceux qui‘étaient dénommés en la charte constitutive de ses piiviléges. En conséquence, il fut résolu qu’on ferait partir une expédition de découvertes. Isaac le. Maire avança la plus grande partie de l'argent ; la direction absolue du voyage fut donnée à Schouten, et Jacob le Maire, fils aîné d’Isaac, devait l'accompagner comme subrécargue. Ils suivtrent avec tant d'ardeur l'exécution de leur plan, que leurs préparatifs furent bientôt terminés. Le plus profond mystère enveloppait l’objet de ieur entreprise. Cependant leur intention d’exptorer la mer du Sud était généralement connue, et les termes mêmes dans lesquels nons avons vu plus haut Spilbergen expliquer les-instruetions qui lui avaient été données, peuvent nous emmvaincresque les théories concernant l'existence d'un passage-an sud du détroit de Magellan étaient depuis quelque temps agitées. Si: Francis Drake, bien qu'il ne prit guère de peine pour constater ses découvertes géographiques, était bien certain d’avoir presque fait le tour du continent détaché qu'on appelait la Terre de Feu, et d'avoir vu l'extrémité sud de l'Amérique. Ti avait fait partager cette conviction à sir Richard Hawkins, marin expérimenté et fort versé dans la connaissance de ces mers. Ce gentilhomme avait écrit « qu'avec un bon vent, un homme pouvait garder la pleine mer et tourner le détroit au sud, ce qui était le plus court chemin. » Il n'est done pas surprenant qu'à une époque où les Hollandais empruntaient tant de secours à la marine
ee
a RS
anglaise , les traditions hydrographiques de Drake eussent pasèé en Hollande, et atteint les oreilles de ceux qui avaient intérêt à les vérifier.
Les deux vaisseaux l'Unité etléorn partirent du Texel au mois de juin 1615. Après s'être pourvus d'un canonnier et d'un charpentier anglais, Shouten se précipita bardiment à travers l'Atlantique, résolu à éviter ces délais d’un voyage au début, si funestes à la plupart des expéditions précédentes.
Leur destination était encore un secret; mais;! Prenant
la ligne, les équipages apprirent qu’on les menait:à la terr australe (Z’4ustralia del Espiritu-Santo, découverte c. Quiros) : les matelots, qui n'avaient jamais entendu parler de ce pays, en gravèrent ie nom dans leur mémoire afin de ne pas l'oublier. Au milieu de décembre, ils arrivèrent au port Désir (Rort Desire), à l'entrée orientale du détroit là, tandis qu’on faisait quelques réparations au Horn , le plus petit des deux vaisseaux ; ce navire fut incendié. Avançant au’sud de ce port, les Hollandais découvrirent Staten Land; et, après avoir traversé lé détroit qui les séparait de la Terre de Feu, ils trouvèrent une grande mer dans laquelle les baleines et d’autres poissons monstrueux se trouvaient en si grand nombre qu’ils embarrassaient le passage. Des mouettes, plus grandes que des cygnes et d’une brasse d'envergure, volaient en criant autour du vaisseau, Le vent. était contraire ; nos marins furent obligés de louvoyer considérablement, mais enfin ils virent l'extrémité sud de la Terre.de Feu, et Schou- “en, par souvenir de la terre natale, lui donna le nom de cap ‘Horn : le détroit qu’il venait de franchir recut celui de Le Maire, qui avait le premier eu l’idée de ce voyage. Le 3 février, bien qu'ils eussent à lutter contre des vents eontraires, ils atteignirent les 59° 25° de latitude , et ne virent point de terre devant eux ; le 12, ayant viré de bord, ils se trouvèrent à l’ouest du détroit de Magellan. La joie que leur inspira cette découverte est de celles qu'aucune autre ne surpasse ; toutefois, ils étaient si épuisés par les fatigues de leur voyage qu'ils se dirigèrent immédiatement vers l'ile de Juan Fernandez afin d'y prendre quelques journées de repos. Ils la trouvèrent, mais ne connaissant point ses côtes, ils ne purent en approcher à cause du ressac, et furent obligés de
continuer leur route. Ils reconnurent plusieurs petites îles qui semblaient tout récemment sorties des flots. La plupart dépassaient à peine le niveau de la mer, semées à l’intérieur de profondes lagunes, et entourées d’une sorte de canal vaseux. Quelques-unes paraïssaient dans un état de formation plus avancée, et. l'on y voyait poindre quelques arbres ; dans l’une d'elles, qu’ôn appela pour cela l’ile aux Mouches { (Fly island ), ces insectes étaient si nombreux qu'ils furent pour nos Hollandais une sorte de fléau; les matelots’ en étaient couverts comme d'un vêtement, et quelqués” ‘jours s’écoulèrent avant que le navire füt débarrassé de ces’ hôtes importuns. Enfin, Schouten parvint à Java, où son navire fut confisqué par la compagnie des, Indes orientaies, et, au lieu de recevoir les honneurs dus ‘#son: talent et'à son courage, il fut traité comme un trafiquant interlope surpris en flagrant délit. Il est à remarquer que Schouten-‘ne poursuivit point, comme il l’avaitprojeté , l'examen des‘régions méridionales du grand Océan; la perte du Horn, et les accidents qu’il avait subis en traversant le détroit de Le Maire, le détournèrent de cette idée ,-et le forcèrent à chercher une navigation plus facile le Jong des côtes, où, comme on le sait, il n'y avait aucune déæCouverte à faire. Mais ce voyage démontra pour la première fois que le détroit de Magellan n’était point la porte orientale. de la mer Pacifique ; et ce n'est pas le moindre mérite de cette découyertequ'elle n ’aitpas été due entièrement auhasard,
Les:Espaÿnols apprireñit ainsi combien leur présomption était folle lorsque, trente- -quatre ans auparavant, ils avaient prétendu interdire aux autres nations l'entrée de la mer du Sud: en fortifiant le détroit de Magellan. A la nouvelle du voyage de Schouten et des résultats qu'il avait eus , ils envoyèrent en 4648 Bartolomeo et Gonzalo Nodal pour explorer en détail les côtes méridionales que les Hollandais venaient justement de découvrir ; et il est digne de remarque qu'ils se servirentidans ce voyage de pilotes hollandais, s’avouant ainsi vainôus dans laiscience des mers par le peuple méme don ils avaient voulu étouffer l'esprit d'entreprises en détruisént sà liberté, Les Nodals remplirent leur tâche avec habileté ; ; ilsfirent le tour de la Terre de Feu, et mpléterent ainsi le relèvement des côtes de l'Amérique du sud,
“' Er si