LES BOUCANIERS
ér, si connu par son excellente description de Darien.
Ils s'embarquèrent à Santa-Maria sur des canots et sur un petit navire qu'ils trouvèrent à l’ancre près de la ville; puis ils commencèrent leurs courses dans la mer du Sud. Bientôt maîtres-de plusieurs vaisseaux richement chargés, ils abandonnèrent leurs canots pour s’embarquer sur leurs nouvelles prises. Après avoir écumé la mer le long de la côte qui avoisine Panama, ils firent voile au sud Vers le Pérou. Ils touchèrent à l’île de Gorgona, puis à celle de Juäñ Fernandez, dont ils trouvèrent le rivage couvert de vehüif et de lions marins; d'innombrables oiseaux de mer nichaïént sur les rochers de cette fle; l'écrevisse et le homard abondaient sut la plage; et dans l'intérieur, les chèvres étaient en telle quantité qu’en sus de ce qu'ils mangèrent pendant leur séjour , ils tuèrent environ une centaine de ces animaux pour les saler, etert conservèrent à peu près un nombre égal de vivants. Ils étalé dt encore sur cette île lorsque trois navires, que l’on suppt a être des bâtiments de guerre espagnols , furent signalés à
distance. Tous les hommes furent aussitôt rappelés à. bord, et le vaisseau se remit en mer. Mais dans ce départ précipité, un certain William, Indien Mosquite qui accompagnait les boucaniers, se trouvant dans les bois à chasser les chèvres, et n’entendant aucun bruit d'alarme, fut abandonné par ses compagnons ; ce n’était peut-être pas le premier et ne devait pas étre le dernier exemple d’un homme ainsi laissé seul dans l’île de Juan Fernandez. Les boueaniers poursuivirent leur route au sud avec un médiocre succès : ils prirent un navire appelé le San-Rosario, arrivant de Callao, chargé de vin, d’eau-de-vie, d'huile, defruits, et d’une somme d'argent qui, répartie entre les boëélhiers, dontia quatrevingts dollars à chacun. Mais; en sus de ce” largement , le San-Rosario contenait environ sept cents saumons d'argent que les boucaniers supposèrent étre de l’étain, et qu’ils négligèrent en conséquence : un seul de ces lingots fut emporté par eux pour servir à faire des balles, le surplus resta sur le Rosario, qui fut abandonné au gré des flots. Mais à leur arrivée à Antigoa, les boucaniers montrèrent un échantillon de ce métal à un orfèvre, qui le reconnut pour de l'argent pur de tout alliage, et le vendit en Angleterre moyennant soixante-
dix livres sterling; c’est ainsi qu'ils perdirent un prétteux butin par leur impatiente ignorance.
En avançant au sud de la côte du Chili, ils retrouvèrent les îles de l'archipel qui avait été déjà découvert par Sarmiento, et leur donnèrent le nom du duc d'York ( Duke of York’s islands). Ils prirent là un jeune Indien qui ouvro't avec ses doigts des moules dont les boucaniers ne pouvaient venir à bont avec leurs péignards. Ce jeune prisonnier, trèssauvage, et qui paraissait étranger à tout sentiment humain, reçut d'eux le no d'Orson. Ils doublèrent le cap Horn à. une assez grande distance de la terre, et tombérent au milieu des glaces flottantes. A leur a:rivée aux Indes occidentales, leur commandant Sharpe ei quelques-uns de ses compagnons furent jugés comme pirates sur la demande de l'ambassadeur espagnol, mais acquittés faute de preuves suffisantes. Ainsi s'accomplit cette expédition extraordinaire, commencée sur dé mauvaises barques, et achevèe dans de magnifiques vaisseaux.
L'expédition postérieure des boucaniers dans la mer du Sud partit de l’Atlantique, et avec de meilleures conditions de succès. Environ soixante-dix aventuriers, au nombre desquels étaient William Dampier, Edward Daÿis, Lion Wafer et Ambrose Cowley, commandés par John Cook, firent voile du Chesapeake, en août 1685, dans un vaisseau de dix-huit canons, qu'ils avaient capturé peu de temps auparavant, Ils se dirigèrent d'abord vers la côte de Guinée. A Sierra-Leone ils s’emparèrent, par un stratagême ingénieux, d'un navire danois portant trente-six canons, muni et approvisionné pour un longggyage. Ils s'embarquérent tous sur ce nouveau bâtiment, à appelèrent les Délices du Garçon (Bachelor’s Biqht). déposant leurs prisonniers à terre, sans s'occuper de ce qu’ils deviendraient , ils brûlèrent leur ancien navire « pour éviter les bavardages. » Dans leur course vers le détroit de Magellan, ils aperçurent une ile à laquelle Cowley donna le nom d’ile Pépys (Pepys’ island). Non loin de là, il en vit une seconde. : « Ce qui me fit penser, dit-il, que c'était celle de Sibble Dwardz » (Sebald de Weerts); une telle conjecture aurait pu lui épargner l'embarras de donner un nouveau nom à ce groupe, déjà baptisé tant de fois, En doublant
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2 Te de piraterie. D M e détroit de Magellan ; le Nicolas avait rencontré. le. Cygnet, vaisseau marchand commandé par le capitaïéSwan ; qui avait une commission du duc d'York, lord grañfafhiral d'Angleterre ; mais ils avaient été séparés ensuite par‘ la tempête: Plusieurs des boucaniers embarqués dans le Bachélor’s Delight avaient accompagné la première expédition de 1680, durant laquelle, on ne l'a pâs oublié; William le Mosquite avait été laissé sur l’ile de Juan Fernandez. En revenant à cette ile peur la seconde fois, ils mireñt.une barque en mer et desceuilfent sur la plage, essayant de retrouver quelque trace de leur ancien camarade. Un Indien Mosquite, nommé Robin, et l'Anglais Dampier étaient dtfi8cette embarcation. En arrivant près du bord, ils virenk, avec joie William qui les avait aperçus et.les attendait”,
Dampiergraconte ainsi leur entrevuëi: « Robin; ‘son compatriote, ! le premier qui sauta de la barque à terre, et cou-
ant<à son prèrs le Mosquite , il se je la À
mélée de surprise, d'affection et de solennité, où dés parts l'émotion était grande. Quand leurs cérémonies" furent achevées, nous aussi, qui jusqu'alors étions restés’ simples spectateur# nous nous approchâmes pour embrasser celui que nous retrouvions, et ce pauvre homme était;ravi de joic. en pensant que ses vieux camarades étaient vêtus, après
long temps, tout exprès pour le chercher. » William passé plus de trois ans entièrement seul sur l’île Fernandez. Les habits dont il était couvert au môm
: avait pris terre étaient entièrement usés, et son seul:véte
était une peau de chèvre attachée autour de sa taille; à an
demi-mille du rivage, il'8’était construit une petite hutte garnie
à l’intérieur de peaux de chèvre. Quand on l'avait laissé dans
l'île, il avait avec lui son fusil, un couteau, une petite corne
de poudre et quelques balles ; « mais lorsque ses munitions LR 26
302 VOYAGES MODERNES DE DÉCOUVERTES, Liv. iv.
furent éptilsées, il farvint à ébrécher son couteau dé fa£on à jouvoir scier lé canon de son fil en petits orceaüx dont il fit des Harporis, des lances, des Crothiets et un log couteau, chauffant d'abord les morceaux 8 let, et les lorgedht étisüite entre dés pierres. Céci peut séinblei étrange äcéux qui ne connaissent pas l’industrie des Iudiefis; mais cé procédé n’est pas autré que celui dont les Modo Sse Éetveit dans leut pays. » Williain avait vu lés déüx Vas dsèe où ils avaient jeté l'ancre, êt jugéant à leurs manœuvres qu'ils étaient Anglais, il avait tué trois chèvres, qu'il avait ensuite accommodées avec des plantes du pays, préparant ainsi un banquet pour ses amis. Aux Galapagos, lés bôucaniers trouvèrent én abündance les grandégetortues Vértes qui ont donné leur nor à ces iles. Ils y bätirent des tnâgasins dans lesquels ils placèrent une grande quantité de farines qu’ils avaient prises sur les Espagnols, et qui devaient servir à leur subsistance future. La carte des Galapagô8, dressée par Cowepgrsht cétte visite, est encoté hautement estimée par les navigateurs. Bientôt après John Cook tourut, et dwäyd Davis lui succéda dans le commandement. 1l fut” re- Epatlé Cygnet sur la côte du Pérou; en effet, lé capi- Yaf n'avait pas trouvé à négocier ses marchandil [à ‘auee 0 soupçons dont il était l'objet de la part des Espagnols; ét comme il avait à soit bord un grand nombre de boucaniers, qui à cétte époqué infestaient en foule les mers du Sud, il se laissa persuader sans peine de les seconder dans leurs entreprises.
Environ vers ce temps, Eaton, qui commandait lé Nicolas, laissa les boucaniers sous les ordres de Davis, et fit voile vers les les or ientalé } Ambrose Cowley, l'historien de son voyage, tit avec lui. A leur arrivée dans les iles des Larrons, ils se Pine de querelle avecles habitants, eten tuërent Un grand nombre. Le gouverneur espagnol leur exprima, dans une conférence, le regret qu’il avait qu'on ne les eût pas entièrement exterminés, Pierre Cowley, qui écrit comme vrai boucanier, ajoute en propres termes : « Nous fimes alors oùveriement la guerre à ces païens , et chaque jour nous descehdions à terre, rassemblant des provisions, et faisant feu sut tous céux que nous apercevions ; aussi la plus grande partie
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CHAP, XIX. LES BOUCANIERS, 303 d’entre eux quitta l’île; c'est cependant un. heau jardin d'un bout à l’autre. » 11 raconte, avec la même verye de plaisanterie brutale, Ja conduite de ses: compagnons à l'égard des Indiens qui s ‘assemblaient paisiblement sur. le rivage : « Ceux de nos gens qui étaient dans la barque laissèrent arriver au plus épais de la foule, et tuërent un grand nombre de ces coquins. Les autres; Ynyant tomher leurs camarades, prirent Ja fuite ; mais le reste de nos hommes qui étaient à terre venant à lepr rencontre, les salu4 de manière à leur laisser des trous dans la peau. » Le Nicolas atteignit l'Angleterre sans aucun agcident.
Sur ces entrefaites, les haucaniérs commandés par Davis . écumaient la mer du Sud et faisaient d'importantes captures. Ils étaient au nombre de plus-de mille hommes, distribués sur neuf ou dix bâtiments, Ils furent néanmoins battus lors : eurent l'audace d'en venir aux mains avec une flot te gnole envoyée,cantre.eux ; les villes situées le lon à dus
aient Bus surprendre ; en sorte que, tFouvant le profit hors de/pt portion avec les risques qu'il fallait courir, ils se déterminèrent, après avoir croisé trois ans dans la mer du Sud, à retourner dans leur patrie. En conséquence, ils abandonnèrent leur retraite aux iles Galäpagos , et teur escadre, commandée par Davis, fit voile au’sud ; par le 27° 20 de latitude , ils détouvrifent une ile basse que “y suppose généralement étre l'ile de Pâques (Easter island). À e moment de leur voyage, ils éprouvèreñt wa choc terrible, comme si le pavire eût donné contre un rocher; mais la sonde 16s assura du'contraire,et, yoyant que la mer blanchissait conne | si elle soulevait du sable , ils cohclurent que ce qu'ils Li senti était la secoussg d'on tremblement de terre, C0! qu'ils purent vérifier par la suite. Lorsque cet 25% idè nl arriva, ils étaient à cent cinquante lienes du continé nt'amét cain ; slaville deLimaenressentit néanmoins les terribles'éffets. Quand Davis et ses compagnons arrivèrent aux iles des Indes occidentales, en 1688, une proclamation récente offrait le pardon du roi à tous les boucaniers qui voudraient abandonner ce périlleux métier, et recourir à la clémence de Sa Majesté, Nos aventuriers, qui n'étaient pas sans argent, profitèrent de cette occasion pour se procurer les douceurs dun
repos. Davis revint en Angleterre, et fut toujours traité par ses anciens camarades avec le respect que lui avaient mérité
la générosité de son: caractère et ses talents comme marin. Le capitaine Swan accompagné dans le Cygnet par un grand nombre de bôucaniers vétérans , .et entre autres par Dampier ; s'était séparé desDavis en 1685, et avait navigué vers le nord-ouest, le long de la côte de la Nouvelle-Espagne, dans l'espoir d’intercepter quelque navire parti de Manille et defaire à terre quelques fructueuses expéditions. À Saint-Pécaque , au moment,où. il emportait des provisions enlevées à cette ville, un gros détachement d'Espagnols tomba sur ses hommes à l’improviste, et leur fit éprouver le plus rude échec qu’eûüssent encore subi lès boucaniers C:ns la mer du Sud:.-Plus de cinquante Anglais et quelques noirs, environ la moitié de leurs forces, furent tués ou mis hors de totibat. Dampier nous raconte « que le capitaine Swan avait été anis. par son astrologue du grand danger.auquel ils étaient exposés ; quelques hoîmes qui avaiént, fait partie de la première expédition voulurent aussi, mâäl$'en vain, s’opposer à la division de leur troupe : certains d'entre eux prévoyaient leur désastre, et la nuit, couchés dans l’église, avaient entendu dé tristes plaintes qui les avaient empéchés
de dormir. » | RARE né Lé 54 mars 4686, ils s'éloignôfent à l'ouest ide la côte américaine ; et ils semblent avoir commencé leur traversée sur la Pcifique avec üne très-petite quantité de provisions. 4 La marmite, nous dit Dampier, ne bouillait qu'une fois par
a ur,getl'on n'avait guère besoin de sonner la cloche des TA repasi,tout l'équipage venait assister à la répartition faite Jéquartier-maître , et ileût été mal avisé de se tromper étriment de quelqu'un. Nous avions deux chiens et deux chats à bord , auquels une pitance était également assignée ; d'impatience que des créatures raisonnables. » Ils ne prirent terre que lorsqu'ils furent arrivés aux les des Larrons, où ils jetèrent l'ancre sur la Côte occidentale de Guahan, à‘ un mille environ du rivage. Le navire Acapulco arriva là peu de temps après, et Swan eut gränd'peine à dissuader les héros sous ses ordres d'attaquer ce riche bâtiment. Dampier loue