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318 DÉCOUVERTES MODERNES. LIV. Ve
qu'on était déjà à deux cent quatre-vingts milles de la mer, il fallut songer au retour. « Terrible marche, s’écrie le capis taine T'uckey, plus cruelle et plus désastreuse pour nous que la retraite de Moscou pour l’armée française. » M. Smith le botaniste, M. Cranch le zoologiste, M. Tudor le géologue, et M. Galwey, jeune savant distingué qui accompagnait l’expédition en qualité de volontaire, moururent tous avant d’avoir atteint le bâtiment , et le capitaine Tuckey lui-même ne survécut pas à ses compagnons. Ainsi se termina cette malheureuse tentative faite pour explorer le cours du Congo et retrouver sa jonction prétendue avec le Niger.
Une seconde expédition commandée par le major Peddie, et pantie à la même époque que la première, devait se rendre sur les bords du Niger en suivant la route ordinaire de la Gambie, et remonter ce fleuve jusqu'à ce qu’elle rejoignit le capitaine Tuckey. Au mois de novembre 1816, cette expédition, composée de cent hommes et de deux cents animaux domestiques , débarqua à Kakundy sur le Rio-Nunez. A peine le major Peddie eut-il mis pied à terre qu’il fut saisi par une fièvre violente ; il mourut quelques jours après. Le capitaine Campbell , chargé alors du commandement de l'expédition, parvint à atteindre les frontières des Foulahs; mais les naturels, vivement inquiets et effrayés de voir une troupe si considérable d'hommes blancs pénétrer dans leur pays, les empéchèrent d'aller plus loin. Tous les bestiaux ayant péri, nos infortunés voyageurs se virent contraints de retourner à Kakundy, où le capitaine Campbell mourut bientôt après de fatigue et de désespoir. Le lieutenant Stokoe, qui lui succéda, devint à son tour victime des influences meurtrières du climat,
T'andis que ces diverses expéditions essayaient de pénétrer dans l’intérieur de l'Afrique par l'occident, le gouvernement anglais songeait à profiter des dispositions bienveillantes du pacha de Tripoli. Au mois de mars de l’année 48149, M. Ritchie , accompagné du lieutenant Lyon, se rendit de Tripoli dans le Fezzan avec l'intention de se joindre à l’une des caravanes que le pacha envoie chaque année jusque dans le Soudan pour se procurer des esclaves ; mais le climat de Moursouk devint fatal à M. Ritchie et altéra tellement la santé de M. Lyon, que cet intrépide voyageur ne pnt dépasser les
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Malgré le triste résultat de cette dernière tentative et les dangers presque certains dont étaient menacés tous les voyageurs qui essayaient de résoudre le grand problème de la géographie de l'Afrique, une expédition nouvelle partit de Tripoli pour se rendre par le désert dans le Bornou, route qui, à en croire les affirmations du consul anglais, ne présentait pas plus de difficultés sérieuses que celle de Londres à Édimbourg. Le major Denham , le lieutenant de marine Clapperton et le docteur Oudney, chirurgien de marine assez instruit en histoire naturelle, furent chargés de cette mission périlleuse. Ils arrivèrent le 8 avril 1822 à Mourzouk, capitale du Fezzan, où ils eurent le bonheur de faire la connaissance de Bou Khaloum, riche marchand qui se préparait aussi à traverser le désert pour se rendre dans le Bornou, et qui s’offrit à leur servir de guide. Durant une excursion qu'il entreprit à l'ouest de Mourzouk , le doctenr Oudney eut l’occasion d'étudier les mœurs des Tuaricks, belle race d'hommes dont le territoire se trouve compris dans les limites du désert et qui a un profond mépris pour les habitants des villes. Le 9 novembresuivant, nos voyageurs, quittant Mourzouk, commencèrent leur traversée du désert.Entreprise sous les auspices les plus favorables, ceite traversée s'accomplit sans aucun accident fâcheux. Le 5 février, nos voyageurs enrent le bonheur d’apercevoir le Jac Tshad, ce vaste réservoir des eaux du Bornou. Le major Denham courut en toute hâte le lendemain matin sur les rives de ce lac, qu'il trouva couvertes d'une multitude immense de poules d'eau de toutes espèces. Sa présence ne causa aucune alarme à ces animaux. Ce lac nourrit une si grande quantité de poissons que pour en prendre il suffit d'entrer dans l’eau jusqu’à une certaine distance et de les chasser devant soi sur le rivage.
Le 17 février, la caravane arriva à Kouka, capitale du Bornou ; nos voyageurs attendirent avec une certaine anxiété à la porte du palais, et sans descendre de leurs montures, qu'on eût réglé à l'intérieur les cérémonies de leur réception. Enfin, ils furent admis en la présence du sheikh el Kanemy.
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Ce dictateur du Bornou, que des nécessités politiques avaient investi d’un pouvoir illimité, les reçut dans une petite chambre obscure, assis sur un tapis, vêtu avec simplicité d’une robe bleue et d’un turban de cachemire ; son extérieur était agréable, sa physionomie expressive et son sourire bienveillant ; il paraissait alors âgé de quarante-cinq ou de quarantesix ans. D'abord il interrogea nos étrangers sur le motif de leur voyage. « Nous sommes venus , lui répondirent-ils, tout exprès pour voir ce pays et pour rapporter à nos concitoyens une description exacte et fidèle de ses habitants, de ses produits et de son aspect général , car notre sultan désire connaître toutes les diverses parties du globe. : À une seconde entrevue, ils li offrirent les présents du gouvernement anglais ; le sheïkh parut très-satisfait d'apprendre que le roi d'Angleterre avait entendu parler de lui et du Bornou; se retournant alors vers l’un de ses courtisans : « Voilà, lui ditil, la conséquence de notre victoire sur les Begharmis. » A ces mots, un chef qui s’était distingué dans la guerre à laquelle le roi venait de faire allusion, demanda aux voyageurs anglais s'ils avaient aussi entendu parler de lui, et ceux-ci s'empressèrent, comme on le pense bien, de lui répondre par l'affirmative.
Des huttes furent alors construites pour les Anglais près de la demeure royale, et on les traita avec une hospitalité particulière aux peuples de l’intérieur de l'Afrique. En outre des nombreux présents de jeunes bœufs, d'immenses quantités de blé et de ris, d'outres de cuir remplies de beurre et de jarres de miel , on leur donnait chaque matin de la viande cuite dans du riz et de délicieux gâteaux de farine de froment. Le marché de la ville, où s'assemblaient souvent plus de quinze mille personnes, leur offrait un spectacle aussi nouveau que curieux, En effet, la plupart des costumes africains et tous les produits de la nature et de l’industrie des pays voisins s’y trouvaient réunis.
Le vieux sheikh gagnait encore à être connu. Plus leur séjour se prolongeait et plus les officiers anglais appréciaient son intelligence et sa bonté. Les fusées que ses hôtes tiraient de temps à autre pour l’amuser lui causaient des transports de joie inexprimables, et de plus , elles inspiraient dans son
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qui accompagnait le major Denham, lui construisit une voiture sur laquelle il plaça un petit canon en cuivre apporté de Tripoli. On lai apprit ensuite les premières manœuvres de la cavalerie légère ; aussi fut-il bientôt convaincu de la grande supériorité de ses hôtes ; mais sa joie ne connut plus de bornes lorsqu'on lui fit cadeau d'une tabatière à musique, dont les airs l'avaient charmé, et qu'il n’espérait pas-obtenir. Toutefois, malgré son extrême bonté, il conservait encore un reste de méfiance; le bruit courait dans la ville que les étrangers voulaient bâtir des vaisseaux sur le lac Tshad, et prendre possession du pays. Les Africains croient que les Anglais habitent toujours sur l’eau. En conséquence, le sheikh ne permit pas au major Denham et à ses compagnons de s’éloigner de Kouka, et il leur refusa péremptoirement l'autorisation de continuer leur voyage dens le Soudan et les pays arrosés par le Niger.
Cependant une occasion se présenta bientôt d'aller visiter les pays situés au midi de Kouka. Bou Khaloum désirait faire avec sa suite arabe une promenade militaire dans les diverses contrées habitées par des nègres païens, afin d'y ramasser des esclaves, et après de longs pourparlers il finit par obtenir ia permission de se rendre à Mandara. Le major Denham résolut d'accompagner, à quelque prix que ce fût, cette expédition; le sheikh lui refusa d'abord son consentement ; mais il le lui accorda ensuite, et il lui donna même une escorte composée de ses plus braves et de ses plus fidèles soldats. Cette petite armée de maraudeurs alla attaquer un ennemi capable de punir sa témérité. Bien qu'ils feignissent de la protéger, le sheikh de Bornou et le sultan de Mandara l'avaient vraisemblablement conduite eux-mêmes à sa perte, Les Felatahs, qui habitent les montagnes du midi de Mandara, repoussèrent sans peine les Arabes et leurs auxiliaires ; Bou Khaloum mourut de ses blessures, et le major Denham, dépouillé même de ses habits, ne s'échappa que par miracle desmains des vainqueurs, et parvint à rejoindre les débris dispersés de l’armée détruite. Une connaissance superficielle d'environ deux cents milles fut le seul fruit de cette expédition, dans laquelle il risqua sa vie et l'honneur de son pays.
A son retour, il visita Birnie, l’ancienne capitale du royaume, dont le sultan le traita avec la profusion extraordinaire de l'hospitalité africaine. De Birnie il se rendit à Angornou, la vallée la plus étendue et la plus peuplée du Bornou, et située à quelques milles seulement des bords du lac Tshad. Angornou est mieux bâtie que Kouka, car la plupart de ses maisons ont quatre murs de boue ; sa population s'élève, dit-on, à trente
mille habitants, et, dans les temps de paix, son marché heb-
domadaire est fréquenté par quatre-vingt mille et méme cent mille personnes.
La santé de nos voyageurs s’altéra sensiblement pendant la saison des pluies. Mais, d’un autre côté, ils profitèrent habilement de leur séjour forcé à Kouka pour s’insinuer dans les bonnes grâces du sheikh. Le 21, un Anglais, le lir «tenant Toole, apporta à Kouka la nouvelle que M. Tyrwhit, chargé par le gouvernement de venir se joindre à l'expédition, était retenu par des fièvres, et qu'il se mettrait en route dès qu’il serait guéri. M. Toole entreprit au mois de janvier de l’année suivante une excursion autour du lac Tshad ; mais il ne put résister aux effets pernicieux du climat, et il mourut le 26 février, Quant à M. Tyrwhit, il n’arriva que le 49 mai, porteur de riches présents pour le sheikh, qui lui permit de résider dans le Bornou en qualité de consul.
Mais il est temps de nous occuper maintenant des anciens compagnons du major Denham. Le 14 décembre 1895 , le capitaine Clapperton et le docteur Oudney étaient partis pour Kano, ville du Soudan, la Ghana d'Edrisi et des autres géographes arabes. Le docteur Oudney, dont la santé était depuis iong-temps altérée, ne put pas supporter les fatigues du voyage, et il mourut le 12 janvier. Malgré son état de maladie et le chagrin que lui causa la triste fin de son ami, le capitaine Clapperton ne renonça pas pour cela an projet d'étudier la topographie du Soudan. Le pays qu'il parcourut était couvert, bien cultivé et parsemé de nombreux villages. Mais Kano, le grand marché du royaume de Houssa , lui fit éprouver un vif désappointement ; il se la représentait en effet , d'après les descriptions des Arabes, comme une ville d'une grandeur surprenante, et il trouva des maisons éloignées de plus d'un quart de mille des murailles et formant
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sur divers points des groupes séparés entre eux par de vastes réservoirs d'eau stagnante. Cependant il acheta au marché un parapluie anglais , et il remarqua surtout les boutiques des cuisiniers établies près de la boucherie ; ces boutiques se composaient simplement d’un feu de bois entouré de brochettes de bois à l’aide desquelles les marchands faisaient rôtir de petits quartiers de viande. Au-delà de Kano, le pays devint de plus en plus beau et cultivé; les bestiaux étaient magnifiques, et quelques bosquets disséminés çà et ià sur les collines donnaient au paysage l'aspect d'un parc anglais.
Enfin, le capitaine Clapperton atteignit Sokatou, résidence du sultan Bello. Une nombreuse escorte vint à sa rencontre. Voulant inspirer aux naturels une haute opinion de l’importance de sa mission, ii revétit son habit de lieutenant orné de galons d’or , il mit un pantalon blanc ct des bas de soie. Enfin, pour compléter son costume, il s’affubla de pantoufles turques et d’un turban. Bello l’attendait assis sur un petit tapis, entre deux colonnes qui supportaient le toit d'une cabane couverte de chaume et assez semblable à un cottage anglais. C'était un bel homme d'environ quarante-quatre ans, vêlu d'une robe de coton bleu et d'un turban blanc dont le châle lui cachait le nez et la bouche, selon la mode turque. Il contempla avec une admiration enfantine tous les présents qui lui furent offerts, surtout la boussole et le télescope. « Tout celà , dit-il au capitaine Clapperton, est merveilleux, mais vous êtes encore la plus grande curiosité, .» Pendant tout le temps que dura son séjour à Sokatou, on lui servait journellement sur des plats d'étain fabriqués et poinçonnés à Londres quelques-uns des mets de la table du roi, et une fois on lui apporta un morceau de viande dans une cuvette de manufacture anglaise.
Le sultan éprouvait un vif désir de savoir si le roi d’Angleterre consentirait à lui envoyer un consul et un médecin, qui habiteraient désormais sa capitale, et des marchands qui feraient le commerce avec son peuple, et si son royaume renfermait quelques productions naturelles qui pourraient faire l’objet d'un trafic. A l’en croire, la rivière Quorra, c’est ainsi qu'il appelle le Niger, se jette dans la mer à Funda ; et il offrit de donner au roi d'Angleterre une certaine étendue de
terrain le long de la côte, pour qu'il y bâtit une ville et que les marchandises étrangères remontassent ainsi par le fleuve jusqu’à Sokatou. 11 parla plusieurs fois de Mungo Park, et raconta qu’il avait possédé pendant quelque temps un fusil double trouvé sur les débris de la barque dans laquelle périt cet infortuné voyageur. Cependant, bien que le sultan reconnût que les Anglais étaient une nation merveilleuse, il ne sembla jamais satisfait des réponses faites à son éternelle question : « Quels sont les motifs qui vous ont déterminés à venir ici? » Les Maures lui apprenaient qu'après avoir visité l'Inde en qualité de marchands, les Anglais s'étaient ensuite rendus maîtres de tout le pays , et il craignait que ses nouveaux hôtes n’eussent de semblables desseins sur l’intérieur de l'Afrique. Il renouvela toutefois ses offres d'amitié. Il pria M. Clapperton de lui envoyer d'Angleterre quelques livres arabes et une carte du monde; et, en reconnaissance de ces dons, il promit sa protection à tous les savants qui désireraient visiter ses domaines.
A son retour, M. Clapperton traversa Kashna, ville autrefois considérable, mais alors ruinée à demi, et le 8 juillet, il arriva à Kouka, où dix jours plus tard arriva le major Denham, qui venait d'achever le tour du lac Tshad. Le 16 août 4824, nos voyageurs quittérent Kouka, et le 25 janvier de l’année suivante, ils arrivèrent à Tripoli. M. Tyrwhit, le consul qu’ils avaient laissé à Kouka, ne survécut pas longtemps au départ de ses amis : il mourut le 22 octobre.
Les renseignements obtenus du sultan Bello concernant le cours et l'embouchure du Niger, et surtout le désir que ce monarque avait manifesté d'établir des relations commerciales avec la nation anglaise, rendaient encore plus positives et plus fortes les espérances de tous les voyageurs qui tentaient de découvrir dans l’intérieur de l'Afrique des pays jusqu'alors inconnus. M. Clapperton se mit donc à la tête d’une expédition nouvelle, et il résolut de se rendre directement à Kouka en partant du golfe de Bénin, car cette route, qui était évidemment la plus courte, n'avait été suivie par aucun de ses prédécesseurs. Comme il supposait que le Niger se jetait dans la mer sur cette partie de la côte, il espérait le remonter depuis son embouchure jusqu’à sa source, et résou-
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dre ainsi un problème qui avait occupé pendant tant de siècles l'attention des géographes. Toutefois, lorsqu'elle arriva sur la côte, l'expédition dut renoncer au projet de remonter le fleuve, dont l'embouchure était entourée de marais pestilentiels. Le 7 septembre 1825, le capitaine Clapperton, accompagné du canitaine Pearce et du docteur Morrison, partirent de Bada,,. , et se dirigèrent vers l’intérieur de l'Afrique. Mais, avant la fin de ce mois, la mort avait déjà privé le capitaine Clapperton de ses deux compagnons, et il ne resta plus à notre infortuné voyageur que son fidèle serviteur Richard Lander. Les habitants du royaume du Yarriba, éloigné de soixante milles environ de la côte, lui prodiguèrent de nombreuses preuves de respect, de bonté et d'affection. Eyeo ou Katunga, la capitale de ce royaume, a quinze milles de circonférence; mais cette vaste enceinte renferme tant de champs et d'espaces vides, qu’il est impossible d’évaluertavec exactitude le chiffre total de sa population.
Les obstacles principaux que M. Clapperton dut surmonter pendant son voyage lui furent suscités pa” la jalousie des princes africains, qui ne permettaient qu’avec peine à leurs voisins de lui accorder les marques de faveur dont ils se plaisaient à l’accabler, Cependant notre voyageur visita Boussa, ville d'autant plus intéressante pour lui qu’elle avait été en quelque sorte témoin de la fin tragique de Mungo Park. Malgré les ravages de la guerre et les révolutions politiques auxquels ces royaumes africains sont continuellement exposés, le pays que traversait Clapperton lui parut généralement bien peuplé et cultivé. Le territoire de Zegzeg, couvert de magnifiques moissons et de riches pâturages, produisait le plus beau riz de toute l'Afrique. La population de sa capitale Zaria s'élevait environ à cinquante mille habitants, et son enceinte renfermait d'immenses jardins et de vastes champs de blé.
Enfin, après avoir fait un voyage très-intéressant, le capitaine Clapperton arriva à Sokatou, mais, à son grand étonnement, le sultan le reçut fort mal et ne parut nullement
harmé de le revoir. Bello avait appris en effet que son hôte
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guerre venait d’éclater entre'le Bornou et leSoudan, un pareil cadeau devait naturellement éveiller sés soupçons. Le bruit courait parmi le peuple que les Anglais se proposaient de subjuguer les nations de l'Afrique, et que Clapperton était un espion ; plusieurs des conseillers du roi opinèrent mème pour qu’on le mit immédiatement à mort. Clapperton pouvait sortir sans peine avec un peu de temps et d'adresse de cette position embarrassante ; il eut en outre repris bientôt l'empire qu'il exerçait jadis sur l’esprit du sultan. Mais cette réception lui causa un tel désappointement et un si violent chagrin, que sa constitution, affaiblie par de nombreuses fatigues et minée par la douleur, devint dès lors incapable de résister aux influences pernicieuses du climat : il tomba malade, et, après avoir long-temps souffert, il expira le 43 avril. Sa mort afiligea sincèrement le sultan Bello, qui permit à Lander de célébrer avec toute la pompe possible les funérailles de son malheureux maître.
Ce triste devoir accompli, Lander obtint du sultan toutes les facilités désirables pour retourner dans Son pays. Mais il résolut de se rendre à Funda, espérant qu’en suivant cette route il parviendrait à découvrir l'embouchure du Niger. Déjà il avait atteint la latitude de cette ville, lorsqu'il fut arrêté par quatre cavaliers envoyés à sa poursuite pour le conduire en la présence du roi de Zegzeg. Il se vit alors forcé de renoncer à l'exécution de son projet et de retourner à Badagry, sur la côte, où il arriva le 21 novembre 1827.
Les découvertes faites dans l’intérieur de l'Afrique par le capitaine Clapperton dépassent de beaucoup, sous le double rapport de leur étendue et de leur importance, celles de tous ses prédécesseurs. Le 24° de latitude était la dernière limite qu'avait atteinte au midi le capitaine Lyon ; mais le major Denham, dans son expédition à Mandara, parvint jusqu’au 9° 45’ latitude, ajoutant ainsi 44° 54 ou neuf cents milles aux pays découverts par les Européens. Hornemann , il est vrai, avait déjà traversé le désert, et s'était avancé au midi jusqu'à Niffé par 40° 1]2 latitude; mais nous ne possédons aucune relation de son voyage. Dans sa première expédition, Park atteignit Silla par 14° 54 longitude ouest, éloigné de onze cents milles de l'embouchure de la Gambie. Enfin,
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Denham et Clapperton, depuis la côte orientale du lac Tshad (17° longitude) jusqu’à Sokatou (5° 112 longitude), explorèrent ciuq cents milles de l’est à l'ouest dans le cœur de l’Afrique ; de sorte que quatre cents milles seulement demeuraient inconnus entre Silla et Sokatou; mais, dans son second voyage, le capitaine Clapperton obtint des résultats dix fois plus importants. Il découvrit, en effet, la route la plus courte et la plus commode pour se rendre dans les contrées si populeuses de l'Afrique centrale, et il put se vanter d'avoir été le premier voyageur qui compléta un itinéraire du continent africain depuis Tripoli jusqu'à Benin.
Tandis que Clapperton achevait son second voyage, le major Laing, officier de marine qui s'était distingué dans la guerre d’Ashantée, essaya d'aller à Tombouctou. Parti de Tripoli, il traversa le désert au sud-ouest , en suivant la route de Ghadamis. Une bande féroce de Tuaricks attaqua le kafila dont il faisait partie. Notre infortuné compatriote reçut vingt-quatre. blessures, et fut laissé pour mort; mais, grâce aux sdidfx le ses compagnons, il se guérit comme par miracle et continua son voyage. Le 18 août.1826, il accomplit le but principal de sa mission; en d’autres termes, il atteignit Tombouctou, qu’il habita pendant un mois. Ses lettres datées de cette ville nous apprennent qu'elle a quatre milles de circonférence , qu’elle est peuplée et florissante, et que ses habitants lui fournirent de précieux matériaux pour la géographie de l'Afrique centrale. Le major Laing partit de Tombouctou avec un marchand maure nommé Bamboushi qui devait le conduire jusqu’à Sego; mais, le troisième jour de leur voyage, ce misérable massacra au milieu du désert l'infortuné voyageur qu'il s'était engagé à protéger, car il connaissait la valeur des papiers de sa victime. On assure que ces papiers furent transportés à Tripoli, et que les intrigues égoïstes d'un individu attaché au côfiéulat français de cette ville ont seules empêché les personnes qui les possédaient de les faire parvenir au gouvernement anglais.
Depuis la mort du major Laing , Tombouctou fut encore visitée par un Français, nommé Caillé. Ce jeune homme, dont l'éducation avait été très-bornée, mais qui éprouvait un vif désir de parcourir des régions inconnues, se réunit d’abord
à l'expédition malheureuse du major Gray, à la suite de laquelle il pénétra , en 1818, jusqu’à Boudou. Ayant ensuite habité pendant quelque temps les établissements européens de la Gambie et du Sénégal , il acquit uue connaissance si parfaite de la langue et des mœurs des Maur ., qu'il se décida à entreprendre seul un voyage dans l'intérieur de l'Afrique. En conséquence, il partit de Kakundy, le 49 avril 4827, avec une petite caravane de Mandingous. Il était habillé comme un Arabe, et il avait la tournure et la démarche d’an musulman ; il n’excita pas le plus léger soupcon. Le 20 avril 4828, ilentrait dans la ville de Tombouctou. « Mais, ditsil, le spectacle qui s’offrait à ma vue ne répondit pas à mor attente; en effet, cette ville tant vantée ne me parut d'abord qu'un amas de maisons beaucoup plus petites et moins peuplées que je ne me l’imaginais. Son commerce n'est pas aussi considérable qu'on le croit généralement. On rncontre seulement dans les rues des chameaux venant de Kabra. Tombouctou est habitée par des nègres de la nation Kissour, qui forment sa population principale; elle n’a aucune muraille, elle est ouverte de tous côtés, et elle peut contenir dix mille ou douze mille habitants, y compris les Maures. » Caillé demeura environ quinze jours à Tombouctou, puis il retourna, par le grand désert, à Maroc, et le 18 août 1898, il arriva à Tanger après un pénible et dangereux voyage de quatorze semaines. On à élevé quelques doutes sur l’authenticité de sa relation, mais il paraît que ces doutes ne sont pas fondés. S'il manquait d’une instructica suffisante, Caillé, il faut le reconnaître, eut du moins le courage et la force nécessaires pour entreprendre un semblable voyage; malheureusement ses descriptions sont toujours vagues et incorrectes. Il peut, sans contredit, se vanter d’avoir été l’un des premiers voyageurs qui visitèrent Tombouctou. Cependant son voyage ne rendit que de très-faibles services 4 la science de la géographie. Dans l'Afrique méridionale les missionnaires du cap de Bonne-Espérance ont singulièrement étendu le cercle de nos connaissances, mais les régions centrales du continent, depuis le Soudan jusqu’au Mozambique, et depuis l’Abyssinie jusqu’au Congo, demeurent encore complètement inconnues. Espérons qu'il se trouvera bientôt wy voyageur qui , suivant
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