‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 98 sur 178 · PC. RE TT · texte numérisé non relu

PC. RE TT

CHAP, XVII. EXTRÉMITÉ MÉRID. DE L’AMÉPIQUE. 253

sait de douze iles principales et d'innombrables rochers s’élevant au-dessus des eaux , et s'étendant entre les 61 et 65° latitude sud et 54 et 65° longitude ouest. Ces iles sont presque entièrement dépouillées de végétation ; mais on y trouve une grande quantité de l'espèce de veau marin appelée Éléphant de mer. Le veau marin, dont la peau sert de fourrure et que jusqu'alors on n'avait rencontré que dans les mers du Sud, y est encore plus nombreux. La facilité d'obtenir dans ces îles une cargaison de ces peaux si précieuses offrait à la marine des tentations trop fortes pour qu'aucun danger pûtl’effrayeret l'arréter, et le Nouveau-Shetland du sud fut bientôt visité par une foule de vaisseaux qui connaissaient à peine leurs côtes. Les veaux marins, habitués à un calme parfait avaient aucune appréhension du danger et restaient parfaitefênt immobiles tandis que les pécheurs tuaient et écorchaient leurs voisins. Les éléphants de mer mâles sont des animaux monstrueux qui ont quelquefois vingt-quatre pieds de long et quatorze pieds de circonférence. Les femelles sont d’un tiers moius grandes et moins fortes ; la graisse de trois ou quatre mâles peut remplir une tonne d'huile. La quantité de veaux marins pris sur les côtes du Nouveau-Shetland du sud, durant les années 18921 et 1822, peut s’évaluer à trois cent vingt mille, et la quantité de l'huile d’éléphants de mer, à neuf cent quarante tonnes. Mais, comme on tua indistinctement les mâles et les femelles, la pêche devint très-improductive après la deuxième année. On a cependant calculé que les rives du Nouveau-Shetland du sud pouvaient fournir chaque année cent mille peaux, si la pêche des veaux marins était assujettie à des réglements convenables.

Parmi les voyageurs qui visitèrent le Nouveau-Shetland du sud à l’époque où ce commerce commença à prendre quelques développements , nous mentionnerons surtout M. Weddell, de la marine royale , car son ouvrage sans prétention nous fournit des preuves nombreuses de son intelligence et de son courage. Le 17 décembre 1824, M. Weddell s’embarqua sur le brick Jane, de cent soixante tonneaux, accompagné du cutter Beaufort, de soixante-cinq tonneaux, commandé par M. Mathieu Brisbane. Ces deux petits navires devaient aller explorer les mers du Sud , afin d'y recueillir

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des peaux de veaux marins, et i's étaient approvisionnés

pour deux années. Un voyage si long et si dangereux , en-

trepris avec d’aussi petits bâtiments , et achevé avec une si

grande hardiesse, rappelle les temps des Drakes, des Frobis-

hers et des Davis. Après s'être reposé quelque temps au port Sainte-Éténa , sur’la côte de la Patagonie, M. Weddell se dirigea vers le sud-est au commencement de janvier 1825, et le 42 du même mois il reconnut les Orcades du sud , groupe d'îles situé environ par 61° longitude sud et 45° ouest,

qu'il avait découvert l’année précédente. A l'en croire, cette côte a, s’il es! possible, un aspect plus effrayant que celui du Nouveau-Shetland.s les moutagues de glace, forméés dans les baies durant hiver, se brisent en morceaux pendant l'été, et leurs débris, ballottés sur les vagues, menacent continuellement les navires des plus graves dangers. Les sommités les plus élevées de ces îles, que terminent en général des pics escarpés en forme de tours, ressemblent beañcoup aux montagnes, d'une terre bouleversée par les covulsions de la nature. Les navires côtoyèrent ces îles sur une étendue de plus de cinquante milles ; mais la rareté des veaux marins, dés orages et des brouillards continuels les forcérent bientôt à se diriger vers d'autres parages. M. Weddell se détermina alors à courir au sud jusqu’à ce qu'il eût atteint le 7° de latitnde, Des iles de glace couvraient les mers, et par 68° 30’, ces glaces devinrent si nombreuses, qu’il fut presque impossible de se frayer un passage au travers de cet archipel flottant. Mais par 700 26’ les glaces Aisparürent complètement, la température s'adoucit , des bandes d'oiseaux volèrent autour des navires, et on aperçut plusieurs baleines jouer au miliea des flots. À mesure que nos navigateurs s’avançaient vers le sud, la température devint de plus en plus douce, le nombre de baleines augmenta, la mer se couvrit liftéralément d’oiseaux d'un beau bleu, et aussi loin que la vue pouvait s’étendre on ne découvrait plus aucune parcelle de glace. Dans des circonstances aussi favorables, M. Weddell s'attendait d'heure en heure à découvrir une terre inconnue ; mais on était an 20 février, époque où l'hiver finit dans ces parages. Il se trouvait par 4° 16° 45” longitude, et il venait d'atteindre le 74° 15° de latitude, quand un bon vent du sud s'étant levé tout-

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à-coup, il pensa qu’il serait imprudent de continuer plus longtemps son voyage dans cette direction. « Je désirais vivement explorer les parties sud-ouest de ces parages, dit-il ; mais, réfléchissant que la saison était déjà très-avancée, et que nous avions encore à traverser mille miles d’une mer couverte d’iles de glaces, pendant de longues nuits, et probablement avec des brouillards , je crus devoir profiter de ce vent favorable, et songer au retour, »

Durant ce voyage, M. Weddell avait pénétré dans le cercle antarctique 3° 5’, on deux cent quatorze milles plus avant que le capitaine Cook et qu'aucun autre navigateur. Cette partie de l'Océan, jusqu'alors inexplorée, reçut de lui le nom de mer du Roi-Georges IV. Un fait si digne de remarque, c’est queles obstacles occasionnés par les glaces n'augmentèrent päs à mesure qu'il avançait vers le sud ; au contraire, il navigua dans une mer profonde, ouverte, et sous un climat plus doux. Il trouva aussi que les mouvements de la boussole devinrent aussi lents sous cette haute latitude méridionale, qu'ils l’étaient sous les latitudes septentrionales, ainsi que le capitaine Parry avait eu l'occasion de l’observer dans ses voyages à la recherche d’un passage au nord-ouest.

Les petits bâtiments de nos navigateurs, ayant été séparés par de violentes tempêtes , se retrouvèrent à la Nouvelle- Géorgie, où ils s'étaient donné rendez-vous. Cette ile a environ quatre-vingt-seize milles de longueur sur dix mailles de largeur. Ses côtes, profondément dentelées , reaierment des anses nombreuses et des hâvres sûrs, Des neizes perpétuelles ornent les sommets de ses montagnes; mais, pendant l’été, une végétation abondante, quoique simple , couvre les flancs des vallées. La seule production naturelle da sol est une herbe commune qui a en général deux pieds de hauteur et qui croit en touffes. La Géorgie du sud fut découverte en 14675 par La Roche; mais on n'en explora l'intérieur et on n’en détermina la position qu'après le voyage du capitaine Cook, en 17714.

« Je n'ai pas besoin de rappeler au lecteur , dit M. Weddell, les grands avantages que la navigation et la géographie en général ont tirés des découvertes et des recherches de ce célèbre marin ; mais peut-être ignore-t-il à quel point ses

voyages ont été ntiles et favorables au commerce de la Grande- Bretagne.

» Ses rapports officiels concernant la Géorgie du sud et le graad nombre d’éléphants de mer et de veaux marins remarqués sur ses côtes donnèrent naissance à diverses expéditions maritimes, qui allèrent chercher des cargaisons d'huile d’éléphants et de peaux de veaux marins. La race de ces animaux est à peu près détruite aujourd'hui ; mais des personnes dignes de foi m'ont affirmé qu’à partir du jour où ce com merce a été entrepris, la Nouvelle-Géorgie a fourni aux divers marchés de l’Europe plus de vingt mille tonnes d'huile d’éléphants, et environ un million deux cent mille peaux de veaux marins. J’ajouterai que l'ile de la Désolation, décou: verte également par Cook, a donné des résultats analogues, de telle sorte que lecommerce de ces deux iles emplaie chaque année plus de trois cents marins, et rapporte un chargement qu'on peut évaluer en moyenne à deux mille tonnes. »

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