‹ Histoire générale des voyages de découvertes maritimes et continentales [microforme]Chapitre 97 sur 178 · D TE · texte numérisé non relu

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ties de la côte, dans le détroit de Magellan, se font remarquer par une végétation si forte et si belle qu'elle indique que le sol y est aussi bon que le climat y est favorable. Des foréts dont les arbres atteignaient même à une grande hauteur couvraient l'intérieur des montagnes. Falkner reçut des Indiens des renseignements précieux sur un arbre appelé par eux Lahual, et qu’il regarda comme une espèce de sapin. Cet arbre est remarquable par la facilité avec laquelie on peut l’exploiter, son tronc étant naturellement marqué de lignes droites, depuis la racine jusqu'au sommet, de telle sorte que l'on peut le diviser en planches d'une certaine épaisseur, au moyen de coins, beaucoup plus commodément qu'avec une scie.

Les nations indiennes qui habitent ces pays se donnent ellesmêmes les dénominations générales de Moluches ou Guerriers, et Puelches ou Orientaux. Parmi les premiers, les Pichunres ou ceux qui habitent les montagnes du nord sont, d’après Falkner, « les plus braves et les plus gros de tous les Moluches, » Les Espagnols, ayant appris que l’une de leurs tribus habatait Arauco, ont donné par erreur le nom d'Araucanos à tous les Indiens du Chili. Cette nation, que sa résistance courageuse aux Espagnols 2 rendue célèbre, et qu'ont immortalisée les vers d'Ercilla, se trouve réduite aujourd’hui à une simple poignée d'hommes par ses guerres fréquentes avec les Espagnols, et surtout par l'usage immodéré de l’eau-de-vie, qui a détruit encore un plus grand nombre d'habitants.

Une tribu des Puelches ou peuple oriental s'appelle Tehuelhets ou plus proprement Tehuel-Kunny, c'est-à-dire hommes méridionaux. Ce peuple, connu des Européens sous le nom de Patagons, est une nation nomade vivant principalement de guanacos, de lièvres et d'autruches, très-abondants en ce pays, et de la chair des juments sauvages lorsqu'ils peuvent en attraper. Ils errent constamment depuis le détroit de Magellan jusqu'aux Pampas de Buénos-A yres, c’est-à dire sur une étendue d'environ quatre cents lieues. « Les Patagons ou Puelches, dit Falkner avec une grande simplicité, sont robustement constitués, mais je n'ai jamais entendu parler de cette race gig’atesque que d'autres voyageurs ont mentionnée, bien que j'aie vu des individus de toutes les

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différentes tribus des Indiens métidionaux. » Cependant il nous donne la description du cacique Cangapol, chef doué d'une taille gigantesque et bien proportionnée , nommé par les Espagnols le cacique Bravo. Puis il ajoute : « Cangapol devait avoir sept pieds et quelques pouces de hauteur, car, en m'élevant sur la pointe des pieds, je ne pouvais pas attéindre au sommet de sä tête. Je le connaissais très-bien , et je passai plusieurs jours dans sa compagnie. Je ne me rappelle pas avoir vu un fndien qui eût un pouce ou deux de plus que Cangapol. » Dans une autre partie de son ouvrage, il nous apprend que la taille des Tehuelhets dépasse rarement sept pieds, et que souvent méme elle n’atteint pas six pieds. Ces nations indiennes, dont Falkner loue le courage et la bonté, vinrent attaquer Buénos-Ayres, en 1767, avec une armée de quatre mille hommes, et on ne peut douter que, s'ils eussent été bien armés, ils ne se fussent rétablis eux-mêmes dans la possession de ces plaines dont les Espagnols les avaient dépouillés.

Les côtes de la Patagonie ont été relevées en 1782 par les Espagnols, qui examinèrent surtout avec une grande attention le détroit de Magellan. On croyait à cette époque qu'on pouvait tronver plus aa nord un autre détroit navigable ; car divers petits canaux existants sur la côte occidentale de la Patagonie n'avaient jamais été explorés, et la côte orientale était presque “":.'ement inconnue. Ce nouveau voyage de reconnaissance eut toutefois pour résultat de déterminer la continuité de la terre sur la côte occidentale. Il confirma aussi l'opinion des anciens navigateurs que la Terre de Feu, bien que marquée dans les cartes comme une Île, est en réa-

lité un groupe de plusieurs iles. En 1826, le capitaine King,

qui venait de relever avec un si grand talent les côtes de la Nouvelle-Galles du Sud, fut chargé de reconnaitre celles de la Patagonie et de la Terre de Feu. Il est difficile de concevoir une tâche plus dangereuse et plus pénible à la fois que celle de relever une côte aussi dentelée dans la région la plus orageuse de l'univers, Le capitaine King accomplit toutefois la mission qui lui avait été confiée sans épronver aucun accident, et son travail, qai fit un si grand honneur à son zèle, rendit d'importants services à la science hydrographique.

En effet, on reconnut alors que les Espagnols avaient commis de graves erreurs sur plusieurs points très-importants. La côte occidentale de la Patagonie est bordée par une grande chaîne d’iles que séparent les unes des autres de Jarges détroits qui avaient d’abord fait naître l'espérance trompeuse de trouver un passage dans l'Atlantique, et le capitaine King reconnut que la ligné continue de la côte, marquée sur les cartes espagnoles derrière ces iles, n’était pas le continent, mais une autre chaîne d'’iles égale en étendue au premier archipel. Il trouva aussi que la Terre de Feu est coupée par un beau canal navigable courant presque à l’est et à l’ouest , et auquel il donna le nom de son petit vaisseau , celui de Beagle. La sécurité que ses travaux hydrographiques ont inspirée aux navigateurs en leur apprenant dans quel port ils pourront trouver un abri , ne peut manquer d'exercer une influence immense sur la navigation. Pendant long-temps les marins ont regardé comme un voyage périlleux de doubler le cap Horn. Ils craignaient d’approcher d’une côte dentelée , couverte de rochers contre lesquels la mer paraissait se briser avec une violence extraordinaire. Lorsque le vent soufflait fortement del'occident, ils se voyaient obligés d'aller chercher un asile dans quelques-uns des ports de la côte de la Patagonie. Mais la scieüce a détruit une partie de ces dangers, et les marins pourvus de bonnes cartes, s'ils sont surpris par des vents contraires dans les parages du cap Horn, ont aujourd’hui Ja certitude d'y trouver un abri et un mouillage sûr sans s'éloigner beaucoup de leur route, Après le voyage de Cook en 1774, les découvertes antarctiques semblèrent avoir perdu tout leur intérêt. Mais, dans l'année 14818, M. William Smith, commandant du brick #11liam, allant de Monte-Vidéo à Valparaiso et se trouvant sous le 62° latitude, découvrit une longue ligne de côtes dont il s’approcha l’année suivante ; c'était une terre aride et nue, couverte de neige, et sur les rives de laquelle se trouvait une grande quantité de veaux marins. M. Smith ayant communiqué sa découverte au commandant de la frégate l'Andromaque, alors en rade à Valparaiso, M. Barnesfield fut chargé de reconnaître ces côtes. Il trouva que le Nouveau-Shetland du sud, c'est ainsi que ce groupe avait élé appelé, se compo-

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