CHAPITRE xiiX
Voyagé de A. G. Bain sur la rivière dlJnizôumvobo dans la.Cafk*erio, en i83o.
Nous ne connaissons encore ce voyage que par les extraits du journal de M. Bain, Insérés dans une feuille publique du Cap (i); ils méritent d'être consignés ici.
M. Bain est un colon du Cap , probablement d'origine anglaise ; il parait avoir eu Tintention de chercher une nouvelle voie de commerce. S'étant joint à M. Biddulph de Grahamstown, il a voulu pénéti^er, par la voie la plus directe, dans la Cafrerie jusqu'à la rivière d'Umzoumvobo , se porter de là au noi;d-est jusqu'à la latitude de Natal , puis s'enfoncer dans le nord-ouest, et revenir par les
(i) South African adçertiser i83oy et Jsiatic journaL Londref, i83o, cahier de juin.
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pays des Betjouaaas. Il aurait explore ain» im pays iticonnu , rempli une lacune sur les caries géographiques, et continue le voyage de Burchell , .qui ^tajt parti du Cap, comme nous avons vu, dans des intentions semblables. Il est à regretter (fae M. Bain n'ait pu etëcuter qu'une faible partie de son plan. Comme colon, il avait plus de Ëicilttë qu'un voyar gèur étranger pour réussir; il faut espérer que d'autres colons tenteront ce que M. JBain a été empêché par des circonstances fortuites d'achever.
M. Bain partit avec son compagnon de la colonie; on ne dit pas dané quel mois. U paraît que ce fut à la fin de 1829, ou au comn;iencen^ent de i83o. Ils emmenaient deux chariots attelés de bœufs, sept chevaux, et ils étaient accompagnés de cinq Hottentots. Ils entrèrent en Cafrerie par le gué du Trompette, et traversèrent d'abord un pays d'un aspect fort agréable. Après avoir passé les rivières aux Poissons, de Beka et de Reiskamma, ils firent une visite au nouvel établissement de Wesleyville : ce n'était encore, il y a trois ans, qu'un misérable kraal de Gafres; les miésionnaires méthodistes s'y établirent, et maintenant c'est un joli village, que l'on comparé déjà aux villages d'Angleterre pour la grandeur et la propreté.
On àpprochî^ ensuite des roches escarpées <|ui hérissent les borda de la rivière de Ky (Key). Il fallut cinq heures pour descendre par des chemins sinueux jusqu'au bord de l'eau. Ces rochers,. qui s'élèvent il une hauteur considérable, ont quelque chose de très pittoresque; on croirait le fleuve entièrement
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«afermé entre deux barrières, qui se proloogcat à perte de •vue.
Ayant passé le Ky à guë^nos deux voyageurs trouvèrent d'autres colons qui se joignirent à leur * caravane. £n passant par le territoire de Hinza, puissant chef de Cafres dont il a été fait mention dans les relations précédentes, ils lui firent une visite : c'est un homme taillé en athlète; Hinza les accueillit bien, et ils le trouvèrent occupé à abattre deux bœufs. 1\ leur. envoya ensuite un morceau de viande enveloppé dans de la bouse de vache, qui est presque sacrée pour les Cafres , comme elle Test pour les Hindous. A leurs yeux la bouse de vache améliore toutes les choses qui se trouvent en contact avec elle. Pour conserver leurs grains, ils creusent" des' fosses au milieu de leurs parcs aux bestiaux, et ils remplissent les fonds^ de ces fosses, jusqu'à la hauteur de quelques pouces, d'urine de bétail, qui, selon leur goût particulier, donne au grain une sar veur délicieuse. De là nos voyageurs se rendirent dans la tribu tamboukkie qui est sous les ordres de Yosannie, chef dont il a été parlé également dans une des relations précédentes; ils passèrent les ri** vières de Bashie, Umtata, et d'autres peu considérables, et ils s'arrêtèrent pour quelques jours au kraal d'un dief cafre, appelé Nogasie. Pendant lenr séjour, la tribu de ce chef faillit avoir une guerre à soutenir contre un chef voisin, nommé«Gobous^ qui voulait venger le vol dé quelques pièces de bétail.
Toute la contrée que les voyageurs avaient traversée jusqu'alors présentait un sol ondulé, sans être
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montifneux ou rocailleux, et les plus beaux pâtu^ rages pour le bétail; il ny en avait pas ie pareils dans la colonie : c'étaient des plaines verdoyantes qui se prolongeaient à perte de vue. Partout on observait des kraals de Cafres autour desquels paissaient de nombreuses troupes de bestiaux; on y voyait aussi ides champs cultivés en grain cafre et en millet, en potirons, fèves, et autres légumes. Le peuple avait une grande abondance de latt ; il paraissait être heureux et vivre dans Tindépendance. A deux journées au<lelà du kraal de Nogasîe , nos voyageurs arrivèrent à une belle forêt, celle dlgnouba, qui se trouve auprès du^ays des Amapondas, dont le chef ou roi s'appelle Faco. Ici le sol change , étant raboteux et peu praticable pour les chariots. Au moment où les voyageurs entrèrent dans le kraal du roi , on y était occupé à célébrer une fête en réjouissance de la fin des moissons. M. Bain décrit une danse qui fut exécutée sous ses yeux. Les hommes, au nombre de quelques centaines, se tenaient d'un côté, et les femmes de Tautre. Les premiers étaient armés de massues, peints et accoutrés d'une manière hideuse; les femmes ne portaient pas de vêtements. Lés deux partis s'avancèrent l'un vers l'autre avec quelque régujarité ; tandis que les femmes frappaient des mains et des pieds «t poussaient des cris , les hommes brandissaient leurs massues , faisaient*toute sorte dé gestes et de contorsions, et chantaient une basse-taille qui faisait un assez bon «ffet, à ce qu'assure M. Bain. Les mouvements et le chant ne s'accordaient pas maK Toute la vallée re-
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tentissait de ce bruit, et la terre paraissait en trem-bler; les efforts que faisaient les danseurs provoquaient une sueur abondante qui délayait la peinture de leurs visages, et. répandait une odeur désagréable»
Nos voyageurs s'informèrent dans le pays de Faco s'il était vrai , comme on le leur avait assuré, qu'il y avait) parmi les Amapondas, des gens d'origine européenne; personne ne put leur donner >des renseignements à cet égard. Selon l'observation des' colons, les Amapondas sont d'^ne taille plus petite, mais mieux prise que .les autres Cafres. Il règne aussi quelque différence entre leurs manières de s'habiller. Tandis que la femme. cafre s'enveloppe de la tête aux pieds dans un ample manteau plissé, de peau de bœuf, sur lequel pend une triple rangée de boutons; et, tandis qu'elle porte pour coiffure un bonn^ haut comme celui d'un grenadier, et chargé d'une verroterie qui coûte quelquefois au mari plusieurs pièces de bétail , la femme amaponda , moins riche, s'en va couverte d'un manteau chétif, sans ornement, et n'ayant d'autre coiffure que ses cheveux. Il y a peu dé temps que le pays des Amapondas fut envahi par une partie de la nation des Zoiblabs, qui y après la mortdeChaka, s'était divisée en deux tribus, dont l'une, commandée par Takou, fut chassée de son pays, et se jeta dès-lors sur les Amapondas ; mais ceux-ci, aidés de quelques tribus cafres, les repoussèrent, et les forcèrent de rétrograder vers le nord. A cette occasion , un colon, Klaas Lockenberg, qui depuis vingt ans habitait XXI. ^'i
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parmi les Cafres , et qui avait conduit un corps de Cafres de Hinza centre les Zoulahs , përit dans la mélëe.
A deux petites journées au^^delà, du kraal de Faco, les voyageurs atteignirent le sommet des mont$ UmzoïHnvobo, d'où ils «ir^it un coup d'œil magnifique sur une quantité de montagnes, et snr le fleuve des Hippopotames, ou Umzoïnnvobo, qui coulait au bas d'un escarpement de deux mille pieds ^e haut. Ik eurent de la peine à passer avec leurs chariots entre deux mpntagnes pour descendre vers la rivière. Il fallait, en plt»ieurs endrotes, rendre le chemin praticable, afin de pouvoir avancer. Après deux jours d'une descente très pénible, ils réussirent enfin à toucher à la rive oncntale de l'Umzoumvobo. Ik demeurèrent dans cet endroit plusiewrs jours , d'abord pour réparer les voitures qui avaient été beaucoup endommagées dans la descente ; ils firent auesi phisieurs excursions pour voir s'il était possible de trouver un chemin vers le nord-est. M. Bain annonce que les d^uvertes qu'ils ont faites exigeront une réforme complète des anciennes cartes de la Gafrerie. Seloo lut, rUmzoQmvobo, ou rivière des Hippopotaniès , est la rivière de S«iint-^ean du commodore Owen, quoique dans les vieiUes cartes ce nom ait été appliqué au Ky. C'est une beUe rivière ^ navigable p<Hir de petits navires depuis son embouchure jusqu'à l'endroit où nos voyageurs campaient, c'està-dire sur un espace d'une vingtaine de milles. £lle abonde en hippopotames , et ses bords escarpés sont ombragés de beaux arbres de diverses espèces , dont
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pluùeurs sont inconnues dans d autres parties ^e la ooatrëe. Le sol , arrosé par ITTmzouniYdbo ^ est peut* être le plus riche de l'Afrique méridionale : tous les végétaux y atteignent une hauteur prodigieuse; Therbe s'élève en beaucoup d'endroits à dix et nléme à douze pieds, et nulle part elle n'a mbins de deux pieds ^ en sorte qu'il est fatigant de la traverser.
Ayant trouvé un passage le long de la rive orien-^ taie, les voyageurs* s'avancèrent lentement^ étant obligés d'abattre en divers endroits les hàll^rs^ Ib voyagèrent ainsi six jours dans la direction du nord^ est, et passèrent, mais avec difficulté, plusieurs ri« vières. Ils arrivèrent enfin au pied des monts Um^ zoumcoula , qui formaient une barrière insurmontable à leur passage. Il fallut donc renoncer à l'espoir de pénétrer davantage dans la Cafrerie. Ils traversèrent le pays des Amaclasabics, dont le roi s'appelle Snaàm. Leur aspect efiraya les habitants; mais ils parvinrent^ à force de présents, à les apprivoiser. Arrivés chefc une autre tribu, celle des Mujalies, ils reçurent Id nouvelle fâcheuse de la marche d'une armée nom-» breuse de Maquabie, chef puissant qui avait été subjugué par le redoutable Chaka. Depuis la mort violente de ce chef, qui a été assassiné en septembre 1828 par ses frères, Maquabie avait secoué le joug de la servitude, et se vengeait de son humiliation passée par le meurtre et la rapine, à la tête d'une horde nombreuse. Les indigènes fuyaient de tous les côtés. Un M. Fynn, qui s'était détaché de la caravane de nos voyageurs, avait été dépouillé et mis en fuite par ce chef furieux.
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