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CHAPITRE XXXI

Voyage de Cowie et de Green à la baie de Lagoa.

Un peu avant le voyage de M. Bain , deux autres colons anglais du Cap, Alexandre Cowie, chirurgien d'Albany , et Benjamin Green , marchand de de Graham's-Town , avaient tenté une expédition semblable, et avaient réussi à atteindre la baie de Lagoa , comme nous l'apprenons par les feuilles publiques du Cap et de Londres (i). Nous plaçons ici le peu de renseignements que nous possédons jusqu^à présent sur ce voyage remarquable, le premier dans cette direction qui ait réussi. Ce récit terminera la série des voyages entrepris dans la colonie du Cap et. au-delà de ses limites. •

Les deux colons anglais dont il est question en ce moment, s'étaient préparés, en juillet 1828, au voyage qu'ils avaient projeté ; ils voulaient se rendre, par terre, à l'établissement que possèdent les Portugais sur la baie de Lagoa. Cependant les ravages qu'exerçait le fameux Chaka,'et les troubles que ses progrès causaient parmi les tribus sauvages de la Cafrerie, arrêtèrent leurs progrès au-déhors de la colonie anglaise. A la fin de décembre enfin, ils arrivèrent sur les bords escarpés de l'Umzoumvobo

{i) South Afriean Advertiser, i83o; et Jsiatic Journal, déc. i83o^

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OU Omzimvobo, ou rivière de Saint-Jean. On ^ vu, par. le voyage de M. Bain , que ces bords forment des montagneâ , d'où il est très difficile de descendre vers le fleuve. Selon nos deu^i voyageurs, ces montagnes ont t2000 pieds de haut; il fallut employer quatre jours à en descendre. Ils visitèrent Matuana, chef de la tribu des Lemangwanis ; ils virent aussi les desceqdants des Européens , qui , à diverses époques , ayant fait naufrage sur la côte de la Cafrerie, y étaient restés. Nous ^vons vu que M. Bain n'a pu rien apprendre à leur sujet.

Étaqt sortis du bassin de rUmzoumvobo, les dew^ colons entrèrent dans le pays des Amapondas, que Chaka, à la tête des Zoulahs, venait de dévaster. 1} parait que cette contrée est magnifique, surtout du coté de la mer , offrant de superbes pâturages arrosés par un ^rand nombre de ruisseaux; les collines alternent avec les plaines ; les rivières abondent eq poissons et en hippopotames; les arbres atteignent une hauteur gigantesque; on en voit de soixante-? dix à quatre-vingts pieas ; les forêts que forment ces arbres énormes sont le repaire d'une foule d'éléphant^; les champs produisent des cannes à sucre, du millet et du maïs ; rien ne pourrait surpasser leur fertilité.

ta caravane longea la côte, jusqu'au kraal de M. Fynn , auprès de Port-Natal, où ils recueillireat beaucoup de renseignement^ sur Chaka , sur sa tribu et sur la contrée où elle exerce ses prouesses. Nqs voyageurs rencontrèrent peu d'indigènes. Ils avaient eu 1^ cjçsseift de se diriger, en partant de Natal , vers.

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le nord, et de pénétrer dans le pays des Betjouanas, comme Burehell et Bain. Par amonr iie la scieMe, ils auraient voulu examiner les source de la rivière d'Orange , sur lesquelles on n'a eneore que des notions vagues, et revenir dans la colonie par Litakoun. Cependant, à Natal, ils. ôhangèrent de projet. Ce qui les y détermina , ce fut probablement la nouvelle que la horde des Mantatis avait dévasté récemment le pays des Betjouanas» Au mois de février 1829, ils passèrent l'Omtongâla, ou rivière des Pêcheurs; et, le i**" mars, ijs atteignirent Nabambé , village sur la rivière de Zimt-Langa : c'est la résidence de Dingaan , frère et successeur du redoutable Chaka. Ce chef paraît être aimé dans sa tribu ; il se montra très hospitalier envers les voyageurs blancs, et leur donna des preuves d'un caractère généreux et digne d'un homme civilisé. Il disait lui-même qu'il tâchait de faire le contraire de son prédécesseur, et qu'il voulait que son peuple fût libre et heureux.

Le kraal, ou village, où réside Dingaan est à environ cent vingt milles, et au nord-est, de NataJ. Les cabanes sont bâties comme celles des Cafres véritables , mais plus propres et arrangées plus commodément en dedans. Tout le pays est très peuplé , fertile et bien cultivé. Nos voyageurs y remarquèrent deux sortes de cannes à sucre ; d'abord la canne ordinaire {saccharum officinale) y qui croît sur toute la route de Natal à Lagoa, et puis une espèce pltis petite, dont la tige n'a que l'épaisseur du petit doigt.

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Pendant b séjour des deux voyageurs àNabambé ,il y vint une quarantainade Portugais bâtards, qui cherchaient^ à se procurer des vivres; leur peuplade, située auprès du fort de Lagoa, ayant été pillée par les troupes de Chaka. Ces Portugais bâtanls portaient de longues robes d'indienne , attachées autour de la ceinture. L'un d'eux avait le teint cuivré et des cheveux plats. Ils assurèrent à Cowie et Green que Lagoa n'était qu'à cinq journées de là. C'est c% qui détermina ceux-ci à s'y rendre , en laissant toutefois leur chariot et la plus grande partie de leur suite à Nabambé.

Ils se mirent en route le 6 mars. Il fallut traverser un pays désert .et aride : ils n'y rencontrèrent pas un être humain. En longeant un précipice, ils perdirent leur cheval qui portait leurs effets , en sorte qu'ils n'eurent plu3 rien que ce qu'ils portaient sur eux. Heureusement ils purent se procurer assez facilement des vivres.

he Zimt-Langa , qui arrose le pays de Nabambé, est le principal affluent (occidental) de la rivière de Sainte-Lucie, qui es^t aliinentée par trois autres ri^ vières : ce sont le Volossie-Imptlopie, ou Blanc; le Volossie-Innansie, ou Noir; et le Volossîe qui est l'affluent \e plus oriental. Ces trois rivières , en s'unis-^ sant à environ trente-cinq milles de la mer, forment l'Omvolossie, ou Grand -Volossie, la rivière S|iinte- Lucie des cartes européennes. Le gué du Volosâie- Noir, que nos voyageurs passèrent le lendemain de leur départ de Nabambé, avait une centaine de yards en largeur; il était infesté d'alligators; les bords çn

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étaient marécageux^ et ombragés de figuiers chargés de bons fruits, et dont le tronc avait six pieds de diamètre. Semblable au figuier dinde, cet arbre a des branches descendantes qui s'implantent et s'enracinent dans la terre.

S'étant engagés ensuite dans un pays montueux , Cowie et.Green passèrent par uniong défilé dans les montagnes Jagamenanya, ou des Tigres -Noirs, et traversèrent, le 9, les rivières de Morrie et de Sordwana. Us rencontrèrent un grand nombre de gibier de diverses espèces, et virent un tigre très féroce, d'une espèce entièrement différente de celle de la colonie.

Sur lès bords de la rivière d'Omkousie , qui a près -de trois cents pieds de large, ils tuèrent un gros serpent , le boa constrictor. Us longèrent une grande chaîne de montagnes appelées les Bombo, qui se dirigent à peu près du nord au sud. Us passèrent , le 1 1 , la rivière de Pongola, qui coule à travers cette chaîne avant de se jeter dans la mer. Le pays d'alentour était plat , marécageux et couvert de mimosa.

Le lendemain, ils gravirent ces montagnes, au haut desquelles on trouva tour à tour des bois, des collines, des vallées, et des champs cultivés. Us y virent aussi beaucoup d'indigènes. Ceux-ci leur conseillaient de ne pas continuer leur voyage , à cause des fièvres qui, dans cette saison, commencent à çxercer leurs. ravages sur la baie de Lagoa. Cependant ,. ayant fait tant de chemin , et surmonté tant d'obstacles , les dfeux colons , à qui le courage man-

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quait moins qae tout le reste, ne se laissèrent pas effrayer, et résolurent d'atteindre leur but. Ils de»* cendtrent, le 14^ avec quelque difBcuké, les der^ nières terrasses de la chaîne de Bombo , passèrent à goë la rivière d'Uagovômo, et arrivèrent au kraal d'Uadolomba, petit chef de la tribu des Unnumios. Ici y et dans les villages suivants, nos voyageurs ne furent pas si bien reçus qu'à Nabambé : on les re* garda au contraire avec méfiance; le peuple paraissait d'ailleurs extrêmement misérable.

Le climat, de pluvieux qu'il avait été, devenait très chaud; s mais, pendant les nuits, il Élisait un froid rude et 1 veau la rivière lac d'Omvobo, confluent de 1' gèrent cette de reçoit celle d celle-ci , ils ari de long sur qi eaux étaient pi alligators, des

ordinaire de poissons. Des bosquets charmants oiv naient ses bords, et, sur la pelouse, bondissaient ie léger springbock et une espèce particulière d'anti* lope , qu'on ne voit pas dans la colonie du Cap.

Il fallut de nouveau passer par un désert. aride, entrecoupé par des lacs d'eau salée , des marais et des forêts de broussailles. Le 2 5 mars enfin , ils aperçurent la baie de Lagoa, terme de leurs désirs et de

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D£ cpwiE ^T m GHE^tf (iS^q). 363 leur expédition. Us n'avaient vu jusqu'alors que des ^l^uvages; sur cette baie, ils espéraient être reçus avec hospitalité par un peuple civilisé et d'origine européenne. Hélas ] il$ se virent cruelloment trompés dans leur espoir. Us trouvèrent dans l'établissement .portugais un gouverneur qui n'était autre chose qu'un marchand d'esclaves, et qui dépouilla les deux voyageurs du peu qui leur restait, en sorte qu'ils n'eurent même plus de souliers aux pi^ds. Us fiu'eut mieux traités par les habitants du fort. Cependant les eflets meurtriers du climat ne tardèrent pas à se faire sentir. Cowie tomba malade le 4 ^vril ; il eut recours à la saignée, mais en vain; il mourut la nuit d'après. Us avaient un domestique hottentot, nommé Pla^'e; ce fidèle serviteur expira le lendemain. N'ayant plus qu'un interprète auprès de lui , Green tomba dans la mélancolie, et il ne survécut que trois jours au Hottentot. Tel fut le sort de ces deux voyageurs , qu'un zèle ardent pour la science avait conduits à travers' tant de périls. Green était un homme fort^ vigourem^, et plein de courage. Dans la colonie, on l'avait surnomirié Green-le-Tigre, parce qu'il avait eu, un jour, à soutenir, contre un tigrç une lutte, d'où il était sorti victorieux. On croit que les papiers des deux voyageurs ont été sauvés, et que le public jouira de leurs observations curieuses sur la géogra^ phie et sur l'histoire naturelle des contrées qu'ils ont parcourues.

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364 iTAT ACTUEL Dt CAP (l83o).

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