CHAPITRE XXXIII
Voyage de Jacob de Bncquoy à la )t>aie de Lagoa , en 1721 (1).
Nous avons suivi tous les nombreux voyageurs qui ont exploré là colonie du Cap, ou qui, après aVoir franchi les limites de son territoire , ont agrandi le cercle des; découvertes géographiques par leurs explbrations au nord et à l'est de cette région. Pour compléter l'ensemble des notions acquises jusqu'à ce jour sur l'Afrique méridionale au sud du cap Negro, à l'ouest, et du cap Corrientes, à l'est, noys n'avons plus qu'à faire connaître le petit nombre de voyageurs qui ont abordé sur la côte ori^tale de cette portion du globe, soit en revenant des Indes, soit en s'y f'endant, mais sans traverser la colonie du càp de tionne-Espérance. Le seul mouillage favorable sur cette côte est la belle baie de
(i) Voici le titre de l'ouvrage en hollandais z Jacpb de Bnoquoy's Zestienjcuirige Reize naa de Indien, vol aanmerkelyke Ontmoetihgen : hfzonderlyk des Schryvers wederpaaren in de bezending naa Rio de ia Goa , etc, med nodige A<inmerkingen over de geUgerùieid derplaaU sen^ der aard, der volken, etc, i^ édition* Harlem^ 174^; a* ibid. 1^579 I Tol. petit in-4^9 ^^^c deux portraits de l'auteur et deux plancbes. L'ouvrage est suivi d'une Hydrographie générale abrégée , par. le même auteur , avec une carte de False-Bay, et de Remarques sur r utilité de la navigation. Il.a été traduit en alleinandy Reise nach indien^ etc. Leipzig, 1771, in-ia. Le traducteur a ajouté l'extrait du voyage de Jacob Franken.
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Ix>renzo Marqœz ou de Lagoa. Déjà nous ayons vu que deux colons Jta Cap y étaient parvenus par terre ; mais leur voyage n'a point été publié. Dans le peu qui nqt^ ^ a été iimvéy la route qu'ils ont parcourue nous fournit bien , pour la géographie y un itinéraire pevf et préciewt, mjiisjie nous dopne aucun détail sur la baie même ; nous en trouverons de curieux et d'abondants dans les voyageurs maritimes qui y ont î^ordé ; quçlquç* uns ayant touché aussi à Mo$ambique et sur h cote oriept^le, et ailleurs, nou§ feront anticiper un peu sur l'objet du livre suivant; mai^ il est plus esse»Uel de cops^iv ver leurs relations dans leur intégrité» qw de s'as* treindre trop rigoureusement au* division^ géogra** phiques. Le premier des vojagpurs qui nous fait connaître la b^ de Iiagoa est Jacob de BucquQj, qui publia 9 en 17^2^1 ^ un voyage aux Indes,
L'auteur de eeKe relation ét^^it Uollai^i^ ; n^ à Amsterdam, le qlQ octobre 1693* Après avoir voyagé dans la plus^raode partie de Tj^yrope, il entra, eu ^719» au service de la ccmp^oie des Indes orientales, comme ingénieur* Parti en novem<bre, il arriva, le 4 roars 1720, au cap de Bonne- Espérance. Ayant ensuite été chargé de veiller à la construction de forts que Ton voulait élever dans la baie de Iiagoa » de BucqUoy s'embarqua le ia février 1721 ; ^expédition ^tait composée de deux hour-* ques , et commandée par Guillaume Van Taak. Le 1*"' avril, on eut connaissance du cap Corrientes, qui est peu élevé, et on longea la côte dlnhambana, qui est sablonneuse et couverte de dunes jus-
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que dàm Ib voisinage de la pointe de la baie de Rio de Lagofi , où l'on entra le 3 du même mois.
Cette baie, située soiis le aG*" de latitude sud, s'étend vers Touest-nardtouest; elle est à p^i près à deux mille milles du cap de Bonne-Espérance. Elle se trouve dans le royaume de Birî , et confine au nord a¥ee celui dlnhambana. L^ Rio Afarquez, qui a son embouchure au-^dessmis de celle au Rio dje Spiritu^anto, sépare le royaume de Biri du pays des Tempouris. S^^ longueur, comptée depuis l'îleSainte- M^ie, qui est à son entrée, jusqu'à laPointe^Rouge, est de six milles; sa largeur est "de quatre. Lçs grands navires ne peuvent mouiller commodément devant cette baie, à cause des bancs nombreux et des bas-fonds que Ton y rencontre.
Le terrain qui entourç la baie est marécageux et couvert de broussailles le long du rivage; dans rîn* térieur du pays, il est aride et stérile, la verdure y est brûlée; il n'y a d'eau douce que dans le Rio de Spiritu-Santo. Celle que le& indigènes boivent e^ ordinaireinent saumâtre et salpétrée; quelquefois métne ils en boivent de salée. Plus loin dans l*inté-^ rieur, on voit des cantons bien boisés. Les montagnes sont à une trentaine de milieu de l'entrée de la baie (i). ^ ^
On avait eu l'intention de mouiller dans le Rio de Spiritu-'Santo ; mais le pilote du bord, qui pré* tendait bien connaître ces parages , fit passer au^elà^ et l'événement prouva qu'il n'était jamais venu dani
( I ) De Bucqnoy 's Aanmerkdyke Reize , p . 1 7 .
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la baie, car il conduisit le navire dans une rivière salée. On avait à peine jeté l'ancre , qu'une multitude de canots chargés d'indigènes vinrent à bord ; ces gens apportaient des fruits : ils offrirent deux chèvres au commandant. On leur donna en échange quelques cordons dé verroterie y de petits miroirs et d'autres bagatelles, qu'ils reçurent avec beaucoup de joie , et examinèrent très soigneusement.
•a Ces hommes, dit de Bucquoy, me parurent épouvaintàblés : ils étaient généralement replets et trapus , npirs comme du jais, et entièrement nus, excepté que leurs parties sexuelles étaient recouvertes d'un étui en jouc^ tressés, long de onze à douze pouces, dressé sur le coté, et attaché à un cordon' faisant le tour du corps; ce qui produisait un effet très singulier. Suivant ce que l'on nous avait dit au Cap, nous devions trouver à l'île Sainte-Marie, et sur les bords du Rio de Spiritu-Santo , des hommes d'une taille extraordinaire. Us étaient en effet très grands;, n^ais aucun n'avait sept pieds de haut » De Bucquoy pense qu on avait confondu , dans les récits qu'on lui avait faits , les habitants de cette partie d^ la cote d'Afrique avec ceux qui vivent plus haut, au sud de Mosambique. Un de ses compatriotes, qui avait abordé chez ceux-ci, lui raconta qu'ils avaient ^ept pieds à sept pieds et demi de haut, l'air £éroqe , et qu'ils massacraient la plupart des étrangers qui avaient le malheur de s'arrêter sur Ipurs rivages, même pour commercer. Us font présent à leurs voisins des corps de leurs ennemis morts de leurs blessures en combattant ; ceux-ci dépècent ces
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cadavres et les n^ngent. Quant aux prisQDniers de guerre, ils les dévorent comme font les peuples du Rio de Lagoa, auxquels ils ressemblent beaucoup par les mœurs et les usages. «
Le lendemain de Farrivée, Yan Taak descendit à terre avec sa troupe, pour examiner le lieu le plus convenable à l'établissement d'un poste. Les solds^ts étaient au nombre de cinquante-quatre; ils marchèrent en bon ordre, tambour battant, vers une forêt. Arrivés à une portée de canon du rivage j ils s'arrêtèrent daqs une plaine entourée d'arbres, ok ils trouvèrent une quarantaine d'indigènes armés qui les attendaient II y avait parmi eux, dit Bucquoy, un vieil esclave portugais fugitif, qui s'avança comme interprète, et nous demanda de quelle nation noqs^ étions, d'où nous venions, et ce que nous demandions. Nous répondîmes que nous venions comme amis, a6» de commercer avec eux; qu'à cet effet nous demandions la permission de dresser dans cet endroit une tente, pour y apporter nos marchandises. Dès qu'ils nous l'eurent accordée, des ordres furent don-« nés. de transporter, près d'une levée en terre, les tentes et des vivres; ce qui fut exécuté à l'instant.
« Le commandant défendit expressément , et inême sous.peine de la vie, à chacun de s'éloignei* de son poste, de f^ire violence aux indigènes, et surtout d'avoijr aucune, communication avec les femmes, parce qu'il en résulterait de nombreux incônyé-' nients. Ces injonctions furent exactement^ suivies; jusqu'à l'époque où nous devînmes plus, familiera avec ces gens^^là. »-
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On commença paf répartit* la -trjiupè eh plttsieure dëtachémenta, et par la mettre à la bèségae. On dioîsit un emplac^nent cooTenable pour jr ék%blir une redoute. «On abattit des arbre»; on brûla les broussailles; les matelots sortaient tous les jours pour aller cbefcber des pieux et des palissades. Lès indigènes aidèrent à creuser. un fossé; les femmes apportèrent de la tetre et du sable ; en un mot, chadtm se donnait de la peine pour élever des retflpârts qui missent à couvert des attaques des naturels ; ceux-ci donnaient cdurs de temps en tempe , pendant la nuit^ à leurs dispositions au vol.
Mais bielitôt les fâcheux effets dii climat m firent sentir; beaucoup de monde tomba malade : en moins de six semaines, t>n perdit le tiers de la troupe; Ceux qui restaient étaient languissants : ott comptait à peine six à huit hommes en état de faire le sei^vicedes postes. Van 'Eaak avait amené avec lui un grand diieta ; cet animal fut très utile aux Hollandais dans leur triste situation. Pendant que l'on était encore c^mpé, les indigènes, profitant de r^»ourité, éludaient quelquefois la vigilance des sentinelles; mais, le rhîén^ qui de ltti*^métne &isait sa^ronde, décou* Trait lés voleurs à Todotât^ et lès mordait si impitoyablement que quelques uhs en portèrent les marques le reste de leur vie. Il rendit ainsi des services signalés, et préserva les blancs d'être attaqués ou assassinés,- en attendant que les retranchements fussent terminés.
Pendant tout ce temps on couchait sur h, terre , sous les tentes. Durant le jour, la dlaleur du soleil
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était «i brâkote que les semelle^ des scfuliers ae rsHcxmiissiiîent; on i^urouvait liae* doif «ecabiante; et codune U n'était pas possible de se procurer de l'eau douce dans te lieil, on était réduit à cberdier œUe qui se trouvait dans des trous et des fossés; mais elle étîEiir si sauiùâtre et si imprégnée ^e salpeU^ qu'eHc ne désaltérait, pas* U ^ avait des herbages et dés plantes potagères du pays, mais seulenleiit peu dt fruits, tels que des ananas, des baoaiks et d'autres des contrées équioo&iales^ de sorte que leô Hollan'^ dais.se nourrissaient chétivemeàt. Pendant là nùit^ le froid était si vif et si cuisant, que mênle en &i* saut du feu on avait de la peinô à ne pas être en* gourdin Ija rosée tombait si abondamment qu'elfe pénétrait à travers la tente et les . Couvertures ; de sorte qu'au point du jour on se sentait iiusM mouillé que si l'on fôt sorti de l'eau.
a Bientôt^ dit Bucquoy^ nous, vîmes nôtre «corps^ couvert de pustules qui nous causaient des douleurs insupportables; lorsqu'on les pressait^ il en soHait des vers, de la grosseur d'un tuyau de plume, et quek|ues uns longs d'un pouce. Personne n'en fut exempté La première attaque de cette maladie^ qin était accompagnée d'une chaleur brûlatite et de fièvre ^ nous dcmna incontinent le délire^ Humeurs malsuies moururent enfdeux ou trois jours. Ceux apà résistèrent furent plus d'un mois à recouvrer leui^ fbitses. Le commancknt Yan Taak, le premier et le second ingénieur, fur^it enlevée; je les remplaçai et j'axdievai le fort qu'ils avaient commencé, d'après le choix du ixmunandant. I^es matelots et tous ceux qui
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étaient capables de faire le service travaillaient nuit et jour -à monter les palissades, afin qoe nous fussions en sûreté pendant la nuit; car chaque jour BOUS avions des aventures avec les indigènes : tout leur faisait envie. Pendant la nuit nous étions continuellement aux aguets, devant toujours nous défier d'eux. Enfin , nos fortifications étant terminées , il fut nécessaire d'explorer l'intérteilr du pays : nous entreprîmes donc quelques excursions, mais avec -peu de fruit. Je m'occupai à dresser la carte de la baie ; les officiers du navire la parcoururent pour prendre le relèvement des bancs et des passes, pour reconnaître les rivières , surtout celles dont l'eau était douce; car nous savions, d'après ce que l'on noot avait dit, que le Rio de Spiritu-Santo devait avoir son embouchure dans cette baie. En effet, nous la trouvâmes, mais trop tard, puisqu'il devenait inutile de nous déplacer, étant si peu nombreux, et ayant fait* tant d'ouvragé. »
Faute d'avoir pris les précautions nécessaires quand on découvre Un pays inconnu, on ne put tirer de l'expédition le parti que l'on avait dû en espérer ; tandis qu'en procédant convenablement, on se se* rait ét2d)li , et l'on aurait construit un fort sur une île du Rio de Spiritu-Santo, qui est à deux ou trois milles de son embouchure* et l'on n'aurait pas perdu tant de monde.'
Le Rio de Spiritu-Santo- est une grande rivière dont la source se* trouve sous les ai*" de latitude méridionale , et Sg** 3o' de longitude orientale , '^ns les monts Dégor, et , suivant la supposition de
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