DE J. DE BUC3QUOY
la plupart de ceux qui en ont parle, dans le tac Zachaf. Elle coule d'abord à Test pendant soixantedix milles, puis au nord-est, ensuite au nord, jusque derrière les Mines d'or. Depuis sa source, elle parcourt une longueur de cent cinquante milles. Elle est navigable, dans la mousson favorable, jusqu'au comptoir de Manisse, à quarante milles de son embouchure. Le pays est plat dé chaque côté ; mais plus haut on ne peut plus y naviguer' à cause des chutes d'eau , des écueils et des bancs de sable. De Bucquoy pense que, dans la saison des pluies , on doit pouvoir la remonter à trente milles plus haut. Il y a beaucoup d'hippopotames, qui, pendant la nuit, viennent à terre pour pâturer : elle est également très poissonneuse. Son embouchure , qui a un mille de largeur, est barrée par un banc de sable sur lequel on a de la peine à passer avec un sloop quand la marée est basse. Une fois ce banc franchi, les fl*ands navires peuvent remonter à la voile jusque aans les environs du comptoir de Manisse, la profondeur étant constamment de six à sept brasses. « Nous trouvâmes près de ce comptoir, dit de Bucquoy, un ruisseau dont le sable contenait dé l'or; c'était, suivant toutes les apparences, une veine de ce métal ; car, dans l'intérieur du pays, il y a des, mines très riches. Autrefois les Portugais ont eu un fort à l'embouchure dû fleuve ; et, suivant ce que le gouverneur de Mosambique m'a raconté , on s'y procurait annuellement, par échange, une trentaine de Uvres d'or ; cependant nous y avons vu , non pas de l'or, mais beaucoup de cuivre, qui, par la
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coUleuk*, reasetnblàîl infioiment à €et autre méti^l. i> D'après les rapports &its aux Hollandais , la capU t^e du royaume du Monotnotapa doit, suivant la plupart des cartes anciennes, être à quatre-vingts milles plus iiaut, et sur la rive septeatrionide du fleuve; toutefois ni indigène, ili étranger ne l'a encoi^ trouvée^ et c^la n'est pas surprenant; car le Monomotapa eonGne au sud avec le royaume de Sofala, et celui-ci le sq>are du royaume de Manisse» Or la capitale du Monomotapa est située par i8° de latitude sud , et ^5"* ao' de longitude est , «t le Rio de Spiritu-Santo a son embouchure par â6^ de latitude ; de sorte que la susdite capitale eèt à cent vingt ou cent trente milles plus au Tiord« « On voit par là, ajoute de Bucquoy, quelle confian<)e on peut ajouter aux cartes et aUx récits qui reposent dur les rapports des hommes dont l'intérêt est de les faire de telle ou telle façon tugais. Le Monomotc d'or que le Pérou, en l'Ophic des anciens : < Portugais ont tenu ci contrées si riches, el cartes y comme on peu
qui ont été publiées anciennement^ Mais en voilà assez sur le Rio de Spiritu^'Santo ; retournons à notre poste infortuné.
<c Le fort Rio dé Lagoa étant terminé, et la carte que j'avais levée de la baie achevée, le conseil expédia au Cap une des hourques pour y porter les marchandises qu'on s'était procut'ées , et qUi cOnsis-
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DE J. DE BUCQUOY (ly^l). l^ïï
îMienien-rit^ i^^oire^ cice et aàibfiâ gris : il y jt»gnti un rapport sur notre triste état. DaDs là même ^i^ son^ le gouvernement du GUp envoya à la baie un yackt^ avec quatre-vingts hommes, des vivres, et divers objets dont le cotnptoir avait besoin. Ce navire ayant chargé les marchandises qu'on s'était procurées de nouveau, retourna au Gap avec une galiote^ et il ne resta près de rétablissement qu'une hourque. »
Les Hollandais étaient biélu approvisionnés et en état de repousser les indigènè^i; ils ne craignaient pas d'autre malheur; et^ à l'exception des malades et des morts pafmi les nouveÀu-»arrivés^ ils vivaient assez tranquillement ; mais les choies allaient bientôt changer. ttLe ii avril 17^3^ dit de Bùcquoy, les naturels vinrent nous annoncer que trois navires étaient mouillés dans la bàie^ et qu'ils n'en connaissaiei ussitôt l'ordre fut donné
de p it à l'entrée de la rivière,
afin bâtiments pouvaient être.
Tou! enaient à notre fort, avec
des l'Inde autour du corps;
ils c it reçue en faisant dés
écha ^ 1; ils se servaient de ce
qu'ils avaient de surplus en guile de pavillons et de banderoles à leurs pirogues et à leurs maisons (i).
<r Tout resta en cet état jusqu'au ig avril ; ce jour-là les bâtiments inconnus, qui s'étaient approchés jusqu'à l'embouchure de la rivière, arbot^rent
(i) De BucqUoy*8 Aanmetkefyke tteize, p. i à 17.
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4l^ VOYAGE
le pavillon et la flatnihe britaoniquet; nous ne s»vioDs que penser de cela ; voir des vaisseauit de guerre anglais dans dès parages peu fréquentés^ à une époque où il n'y avait pas d'bostilijtés déclarées , nous paraissait étrange , ^ nous ne, songions pas aux pirates ; mais l'événement nous montra bientôt à quelles: gens nous: avions, affaire^ Nous mimes notre artillerie en état, et nous nous préparâmes à nous défendre ; car les inconnus annonçaient des intentions hostiles. Nous ptîmes donc quelques Cafres avec nous, et nous plaçâmes la faoïurque en avant pour nous servir de défense par eau. Cependant, les bâtiments se rapprochèrent encore; il y en avait deux grands, dont un de soixante-douze et un autre de quarante -quatre canons, et. un brigantin.. Us étaient montés par des équipages nombreux ; les trompettes retentissaient de dessus les gaillards d'arrière. Le plus grand laissa tomber l'acicre, et tira un coup à boulet sur la hourque et sur le fort ; puis il lâcha toute sa bordée, et l'autre fit de même. Nous ne • demeurâmes pas en reste , et nous leur répondîmes de la même manière. Mais, à la. première décharge, les plus grosses pièces s'enfoncèrent dans le sable, parce que nous n'avions pas encore pu établir des batteries solides : on s'était borné; à placer les pièces en barbette sur le sable. Nous réparâmes cet inconvénient le mieux que nous pûmes : mais quel fut notre étonnement , quand nous aperçûmes que la hourque avait amené son pavillon, et que l'ennemi s'en était emparé !
«Il continuait à tirer ses pièces de douze chargées
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DE J. DE BUGQOOT (17^1). 4'^
à boulet «t à mitraille ; les Cafires sautèrent parrdessm les palissades, et s'enfiiirent vers la forêt. Nous reconnûmes que soixante-dix-huit hommes qui étaient encore en vie dans le fort , et parmi lesquels il y avait beaucoup de malades, ne pouvaient tenir contre la multitude d'ennemis. » Cependant de Bucquoy voulait s'occuper de remettre les pièces en état, l(H*squ'on vint lui annoncer qu'un individu avait fait abattre le pavillon ; et au même instant, quaixe bateaux remplis de monde s'approchèrent des murs, et les ennemis descendirent à terre ; quatre d'entre eux, le pistolet dans une main et le sabre dans l'autre , entrèrent dans le fort, et virent avec ëtonpement qu'une poignée de gens eussent l'audace de leur résister, yun d'eux demanda d'une voix arrogante où était le commandant; celui*ci, s'étant fait connaître, désira savoir qui ils étaient : ils répondirent qu'ils étaient les rois de la mer et du monde; puis ils commandèrent aux Hollandais de mettre bas les armes, et au commandant d'aller à bord du. grand vaisiseau. Celui-ci eut beau protester, il fut obligé d'obéir à la. force; de Bucquoy l'accompagna. Les. ennemis s'emparèrent du fort ; à chaque instant ils recevaient des renforts, ils placèrent partout des postes.
De Bucquoy raconte qu'arrivé au navire, on. lui enjoignit de suivre le capitaine , qui entra dans la chambre; il y trouva toute la bande réunie autojur d'une grande jatte de punch , et accompagnée d'une troupe de musiciens à la manière anglaise; puis il ajoute : « On nous fit asseoir, la jatte de punch cir-
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cula; puis on nous interrogea en dëtait sur la nature du pays, sur l'ëtat de notre 'établissement. Le commandant ayaiit satisfait à ees questions /ces gens nous dttipandèrent s41 leur serait facile de se pro^ curer des ^vres pour leurs vaisseaux, de l'eau, ete« Nos réponses iiyanfc semblé les salisÊiire, ils tious assurèrent ^'ils étaient flchéf d'avoir rencontisé dans oet endroit mi comptoir hollandais; qu'ils avaient besoin d'une place dans ce^ parages, mais que, s'ils avaient su qui nous étions, ils en auraient attaqué un autre ; cependant que , dans l'état oh en étaient les choses , leur coutume n'étant pas de lever l'ancre sans avoir fait leurs af&îres , l'argent, le tabac et les liqueurs étaient des objets de contre* bande, et qu'ils en avaient besoin ; qu'en conséquence nos vivres et nos munitions leur seraieqt très utiles, et que, s'ils trouvaient d'autres choses ^uî pussent leur servir, ils en feraient usage; que, du reste, nous devions nous consoler de notre sort et être tranquilles. »
Ensuite la musique se fit entendre, et l'on but à la rond^J Au bout d'uije ou deux heures , dé Buc^ quoy, cédant à la Curiosité , alla dans l'entrepont pour considérer la manière de vivre de ces pirates. Ils étaient occupés à boire du punch : il y avait des gens de toutes les nations , et jusqu'à des nègres ; chacun appelait de Bucqupy, mon frère/ Quant aux pirates qui étaient à terre, s'étant enivrés, ils maltraitèrent leurs prisonniers, et leur <;ondhite fut si bruyante et si brutale , qu'une vingtaine de gens de la garnison prit secrètement la fuite. Les caisses et
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les eoffras furent ouirerts^ptr force, j^mai^oban^ises en furent tirées. Le lendemain matin, les HoUan^ dais furent distribues entre le fort Qt les vaisseaux; de Buoquqy ^ charge de [»*oeurer du bétail e( des vivres. Des belles de toile furent fendues, et les pièces ëohangées contre des bagatelles, des pour les, des fruits : il en fut de même des autres marr cfaandises a^artenantes au comptoir ; tout ëtait &a ootnmun. Les eaoès des pirates finirent par révx>lter les indigènes, qui lanoènrat leurs sagaies contre les navires, et tuèrent du monde. Au miUeu de leurs desordres, les pirates n'oublièrent pas qu'ils, étaient Anglais , et fêtèrent l'anniversaire de George 11 , leur souverain. Us se livrèrent à tous les désordres imaginables : notre voyageur dit qu'il rougirait de raconter leurs débauches.
Le a6 juin , ks pirptes eurent radoubé et réparé leurs vaisseaux ; étant bien approvisionnés , ut le temps de rentettrq en mer approchant , ils tirèrent un coup de canon et hissèrent le drapeau noir, pour annoncer qu'ils allaient tenir conseil. Il fut décidé qu'ils prendraient avec eux la h»urque pour qu'elle marchât en avant : leur grand vaisseau tirait vingtrdeux pieds d'eau; mais ordinairement.il n'eu monte que dix^huit dans la baie : or, sachant que de Buoquoy en avait levé une carte, ils le requirent de les conduire au lai^ ; ils dirent qu'ils délivra-raiait aux gens du comptoir cinq balles de toile poi^ se procurer des subsi^ances, et qu'ils rendraient I4 kourque après en avoir oté les mâts. Quoique de Bucquoy ne se sentit nulle inclination à s'embarquer
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4i6 VOYAGE
avec cea forbans, il y fut forcé par la nécessités Avant de partir , les pirates voulurent démolir les maisons du comptoir, afin de tirer parti de la charpente et des planches; mais les indigènes, connaissant leur dessein, arrivèrent en grand nombre ^vec leurs égaies devant les palissades, et les mena"» cèrent de fondre sur eux s'ils arrachaient une planche de plus.; les pirates voyant .leur grand nombre, et ayant plus d'une fois éprouvé leur bravoure , furent obligés de se désister de leur entreprise ; ils retournèrent donc à leurs vaisseaux, où ils restèrent armés jusqu'à l'instant où ils levèrent l'ancre, laissant le fort ruiné, et la garnison dépouillée de tout ce qu'elle possédait, et dépourvue de vivres.
En sortant de la rivière le gros bâtiment toucha ; ce ne fut qu'avec peine qu'on le remit à flot : on resta huit jours dans la baie; pendant ce .temps, de Bucquoy fut menacé, au mojns une douzaine de fois, d'être fusillé. Enfin , le 1 6 juillet, après avoir essuyé la veille un violent coup de vent, on fit voile à la grande joie de notre voyageur ; elle ne dura pas long -temps. Lès pirates, suivant leur usage, arborèrent le pavillon noir; de Bucquoy, accompagné du capitaine de la hoiu*que , se rendit à leur assemblée, et réclama l'exécution de leur promesse pour qu'il pût retourner à terre avec ses compagnons/ Mais le capitaine du gros navire lui répondit c[ue les circonstances les forçaient dé ne pas la tenir, parce que, dans la dernière tenipéte, le navire avait éprouvé de grands dommages, et leur brigantin ayant coulé à fond , la hourque leur devenait indis-
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pensable pour lear salut, et que, dès qu^ils auraient pris un bâtiment, ils le lui donneraient. De Bucquoy et ses compagnons furent contraints dé se résigner, et d'attendre ce que la Providence déciderait deujt.
Les pirates, suivant leur usage, qui est de ne rien décider' sur leur croisière future avant d'avoir niis en mer, afin que Ton ne connaisse pas leurs projets, résolurent de se porter sur Mosambique , et ensuite Sur Goa. Le grand navire avait un équipage de cinq cents hommes, tant blancs que nègres; le second navil'e en comptait deux cent cinquante , et la hourque trente ; elle portait trente canons. La flotille aperçût la côte de Zanguebar le 6 d'août, et le lendemain on se trouva devant Mosambique. « Nous croisâmes devant cette place jusqu'au 12 de ce mois ; alors les pirates hissèrent le pavillon français, et tirèrent un coup de canon poitr demander iin pilote. Le fort arbora aussitôt son pavillon ; la barque du pilote sortit, et vint se placer sous la hoùrque, en se tenant toutefois hors de la portée du canon ; le pilote fit signe avec son chapeau pour indiquer la route à tenir, puis vira de bord et rentra. Les corsaires louvoyèrent pendant le reste de la journée devant la place, et continuèrent leur croisière durant queliques jours; n'apercevant pas de navires, ils supposèrent que ceux-ci, les reconnaissant, s'étaient échappés.
Cependant leâ vivi^es diminuaient, on perdait inutilement le temps à croiser; on délibéra sur le parti qu'il convenait de prendre. Les uns, et le capitaine XXI. 27
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ëtait de cet avis^ voiUaient que Toii entrât dams I^ port de Mosambique, et que Ton g'eniparât de la ville; les autres, qui avaient déjàbei^ucQupdlargeut, et qui ne se souciaient pas de se hasarder trop témérairement /représentaient cette entreprise comme impossible, quand même on aurait six fois plus de monde ; mais le capitaine s'écria comme un furieux : a Impossible ! Ah ! s'il s^agissait de prendre lé ciel « d'assaut, je tirerais le premier coup. » Puis il raconta toutes ses prouesses; et, après avoir adressé tin discours à ses compagnons , il leur demanda où ils voulaient aller; ils répbndirent à Madagascar: on fit donc voile vers cette île,, et, le 4 septembre , les trois n^i vires laissèrent tomber l'ancre dans la rivière Masèliet, qui est par 1 5^ de latitude sud.
Un coup de canon avertit les insulaires de la pré^ sence des vaisseaux. Trois jours après le roi arriva, suivi de deux mille hommes armés, et ordonna que le capitaine et tout le monde parussent devant lui; les Hollandais , au nombre de vingt-deux , furent amenés comme prisonniers ; chacun mit un genou eu terre devant lui, et lui baisa le bout des deux premiers doigts de la main, eu y ajoutant la formule du salut:. « Alors , dit de Bucquoy, le roi demanda aux pirates qui nous étions, et pourquoi ils nous avaient pris. Us lui racontèrent les faits sans aucun déguisement. Le roi , s'adressant à nous, voulut savoir ce que nous souhaitions; nous lui dîmes que nous désirions rester sur son territoire, afin de pouvoir y con^ruire un navire, et retourner parmi i^os compatriotes, ajoutant que, durant notre sé-
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DE J. DE ftUCQUOT (l7ai). 4'9
jour chçz lui ^ nous eq^rkms recevoir de su
bonté paternelle des vivres , des vases pour les faire xsfiire, du sel, et ee qui nous serait uéees*saire; il nous Je promit, pourvu que nous réeMisions tranquillement : sur quoi nous lui baisâmes de nouveau la main , et lui adressâmes nos remerciments. »
Le lendemain, de Bucquoy, accompagné du cfipi* taine et du pilote de la hourque, alla prier le capi«* tatne des pirates de leur rendre ce bâtiment; mais cette requête, portée à l'assemblée, fut rejetée. T^es pirates se séparèrent; une partie resta dans l'ile au* près du roi , les autres se rembarquèrent; la hourque et le second navire, dont le principal capitaine prit le commandement, partirent pour les Antilles; 'le grand vaisseau , sous les ordres d'un nouveau chef, devait croiser dans la mer des Indes. Ce fut le 4 novembre qu'ils mirent à la voile, laissant les Hollan*daîs dans une position vraiment fâcheuse', dépouillés ^:itièrement, éloignés de leur patrie, et privés de tout secours humain. Ce que ceux-ci avaient réussi à cacher, consistait en une barrique de vieux cordages .et d'outils de charpentier, un' pot de gnjfisse puante, et quatre à cinq sacs de riz gâté, que les pirates avaient voulu jeter dans la mer, parce qu'il n'était plus mangeable.
La première occupation de ces malheureux Ait d'élevé des cabanes pour se mettre à l'abri des iw* tempéries de l'air : elles étaient en branches d'aidirçs , et couvertes en feuilles d'aines. Cette besogne acho* vée, ils songèrent à coBstrutne un navire, afin de
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pouvoir sortir de Fîlc ; car ils ne pouvaient espërer avec certitude de voir revenir les pirates pour les emmener, et, à l'exception d'un navire maure de Daman, de Diu, ou du Guzurate, qui venait sur cette côte une fois par an, ou tous les deux ans , elle n'était guère visitée que par des bâtiments que la nécessité y amenait. On se partagea le travail ; les hommes les plus robustes allèrent dans les bois pour y abattre des arbres et scier des planches; le capitaine et de Bucquoy restèrent sur le rivage pour aider aux charpentiers. Pendant la nuit, on se divisait en plusieurs gardes. Il fallait que les sentinelles fussent attentives pour éloigner les bêtes féroces et les Voleurs ; le peu que les Hollandais possédaient suffî^nt pour tenter les vagabonds qui infestaient le rivage, et qui les inquiétaient sans cesse.
Au bout de deux mois , le navire était à pou près à moitié fini : on espérait pouvoir s'embarquer dans deux à trois mois. Un ordre parfait avait régné dans cette petite communauté ; aucune maladie ne l'avait désolée. Par malheur, le capitaine, par sa conduite inconsidérée , perdit l'autorité qu'il avait conservée jusqu'alors ; des murmures éclatèrent contre lui. La mauvaise nourriture à laquelle les Hollandais étaient réduits altéra Iteur santé. I^ roi tint d'abord les promesses qu'il leur avait faites; ensuite il les négligea entièrement. En peu de joui*s ils tombèrent tous malades^ et se trouvèrent hors d'état de se secourir les uns les autres : plusieurs moururent %i brusquement qu'ils ftirent trouvés dans leurs cabanes sans vie, et répandant déjà une mauvaise odeur. En trois mois.
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cette petite troupe perdit les deux tiers de ses membres ;.de ce mnnbre furent le capitaine de la hourque, le pilote, et le tnaître charpentier. Il ne restait plus en vie que huit personnes très affaiblies par les mauxqu'elles avaient endurés. I^ mort du charpentier fut pour ces pauvres gens le coup le plus sensible qui pût les frapper, puisqu'elle les privait de toute espérance de s'échapper.' Egarés par le désespoir, plusieurs se livrèrent à toutes sortes de désordres. D'ailleurs , les b^uidit^ de. U cote lesi tourmentaient plus audacieuàemenit,. sachant bien qu'ils n'étaient pas en état de porter leurs plaintes au roi ; ils leur dérobèrent la plus grande partie de leurs outils.
«Nous avions passé huit mois dans l'île, dit de Bucquoy; nous ne pouvions apercevoir aucun moyen de sortir de notre triste position. Les uns voulaient aller trouver le roi ; les autres , rester sur la cote à attendre l'arrivée d'un navire. La plupart penchaient pour prendre le premier parti , et pour s'établir dans l'île : dans ces cas-là , le roi donne des terres, des esclaves pour les cultiver, et une femme. En revanche,, on est tenu de l'accompagner, à sa réquisition, dans ses guerres contre ses .ennemis, et d'instruire son peuple.
« Nous restâmes quelques .jours encore sur la cote; nous étions tristes et abattus , nous ne savions que résoudre. Une nuit, nous entendîmes tout à coup les habitants- du rivage pousser de grands cris ; on s'approchait de nous. Quelle fut notre surprise en. apercevant les Anglais partis avec le . grand navire ! Ils nous apprirent qu'il avait échoué sur le cap le plus
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sepientriottAi de.Madi^ascar, et y avait été tâte en pièoesw Cedt vingt-dnq hommes, s'était sauvés èf terre ^ avaienidécidé de ooostruîreuQ petit bAtimeul avec les débris. Pendant qu'ils étaient ôccopëi à cet^ bcfsogtie^ leurs esclaves, d'accord avec les Made^ casses^ avaient coxàploté de lés surprendre pendant leur sommeil de midi, et de les égorger. Ce projet avait reçu son exécution; les pirates avaient été mas-^ sacrés , à l'exception de vingt-un qui avaient pu se saiftver sUr le ûavire; et de ceux qui^ af^èft un long voyage eiide grandes privations , étaient arrivés moi-^ lié morts de faim à l'endroit oh nous étions; plu^ sieurs avaient conservé des diamants, qu'ils potlaieâl constamment sur eux ; d'autres n'avaient ricfn du tout. Notre étonnement fut réciproque^ éft nous re->^ voyast les ium les autres dans un état si déplo^ rable.
«c Notre première opération avec les pirales fut de ftlire des trocs; ils avaient bnoin de vét^ents; nous en éfcioni bien pourvus^ Chacun joua le rôle d'an gros cbmmet'çant» Kous reçûmes dés diamants eâ échange de vieilles bardes ; on ne feisait aucun cM de ceux d'un ou trois carats; on ne prenait que les gi^os. Les habits et les hauts-dsK^hausees étaient lea marchandises les plus recherchées. »
Deux ou trois jours après, on vit paraître un navire monté par des Français et des Portugais» Us appartenaient à la troupe des pirates, et avaient con-^ struit leur bâtimeut avec les débris de oelui qui était resté échoué. Les Portugais , chassés par leurs corn-* paguons , gagnèrent la cote à la n^ge. Les Français
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ayant euftwte abandonna leur vaisseau, rejoignirent •au^ Anglais qui voulaient aller chercher fortune à la cour. Les Hollandais et les Portugais s'occupèrent de radouber, le navire. Au bout de sept à huit semaines il fut {H*êt à prendre la mer. Les pirates, instruits du dessein des Hollandais, et connaissant leur faiblesse, les attaquèrent^ les dépouillèrent d^ leurs diamants et de tout ce qu'ils possédaient en^ core, puis, le pistolet à la main , les forcèrent, ainsi que les Portugais, à s'embarqUer, et à pousser au 'large. Ils en usèrent ainsi pôtir empêcher cefe malheureux daller se plaindre au roi. Ceux-ci, étant sortis de la rivière, se dirigerait au sud, afin de pouvoir entrer dans un port pour y faire de l'eau, du bois et des vivres , et calfater leur bâtiittent où l'eau entrait; C3^r il fallait prendre quelques pt*écautions avant d'entreprendre une navigation de ceiît soixante milles dans un si frêle vaisseau , qui n'avait que la grandeur d^lne chaloupe ordinaire , qui était d'ailleurs très incomplètement équipé , et très mal aj^provisionné.
Après vingt jours d'une navigation pénible , les voyageurs , qui étaient au nombre de vingt-un , savoir, treize Portugais, un nègre et huit Hollandais, abordèrent à Mosambique. De Bucquoy leur avait servi de pilote. Le gouverneur et tous les habitants leur témoignèrent leur surprise de les voir arriver sains et saufs, en si grand nombre, dans un bâtiment si chétif. Les Portugais, que de Bucquoy ramenait ainsi chez eux, racontèrent leurs aventures. Étant à l'ancre, deux ans avant, le long de l'île Mas-
Gpbogle
4^4 VOYAOE
carçigiie(i.), ils avaieut.été pris par des piratea. a JU les avaient suivis, dit de Buccjuoy, et en conséquence avaient été témoins de tout ce qui nous était arrivé. Sans eux notre sort eût été déplorable; n'ayant avec nous aucun document écrit qui constatât ce que nous étion^y.et à quelle nation nous appartenions, ou nous aurait regardés comme des pirates, et nous aurions langui dans un cachot, en attendant qu'on se fut procuré des renseignements sur notre compte. Ces gens nous furent donc très utiles. C'est ainsi que Dieu manifeste sa providence miraculeuse dans tous les (événements , comme l'expérience le prouve à quiconque veut l'observer. »
Les Hollandais furent conduits au châtedu et soignés convenablement ; le lendemain , de Bucquoy , accompagné d'un de ses compagnons, alla prier le gouverneur de vouloir bien leur faire fournir ce qui leur serait nécessaire pour qu'ils pussent continuer leur voyage à leur comptoir de la baie de Lagoa, ou au cap de Bonne-Espérance. Le gouverneur, surpris de cette requête, leur demanda s'ils s'imaginaient que leur frêle embarcation put les y conduire , et s'ils voulaient aventurer leur existence ; il finit par rejeter leur supplique, et leur dit qu'ils pouvaient rester sous sa protection jusqu'à l'arrivée d'un navire portugais qui les transporterait à Goa^ou à Daman, ou ailleurs, ou bien jusqu'à celle d'un bâtiment anglais ou français, qui les mènerait à quel* que comptoir hollandais; qu'en attendant, ils .ne
(i) aujourd'hui Tile Bo^rbQn.
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manqueraient de rien , et pourraient aller où ils voudraient.
£a peu de temps la plupaii: des Hollandais furent attaqués d'ophthalmie ; d'autres , de diarrhée. Ces maladies étaient occasionnées par la trop grande quantité de fruits qu'ils mangeaient , et par la mauvaise qualité de l'eau de l'île, qui est saumâtre et sal> pétrée. Ils furent conduits à l'hôpital , qui était dirigé et tenu par des religieux. De Bucquoy fait l'éloge de cet établissement, qui les malades étaient bien j de pays ; il exprime le vœ hollandaises pussent égalei cependant la compagnie n soient en bon état.
La ration que les Hollai teau suffisait pour les nourr geur, la nature désire de 1 petites douceurs , et nous i
nous les procurer. Aucun de nous ne gagnait rien; il nous était impossible d'acheter quelque^ rafraîchissement, et ce qu'on nous donnait ne pouvait nous faire recouvrer nos forces; nous désirioûs ardemment de voir arriver un navire , et surtout- de sortir de l'île. Nous languîmes ainsi petidant quelques semaines ; ensuite je dessinai des cartes pour des Maures, ce qui me fit gagner un peu d'argent, que je partageai avec mes compagnons : cela nous permit d'améliorer un peu notre soru De plus , je donnai des leçons de navigation à un capitaine; j'enseignai à d'autres l'usage des instruments de ma-<-
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théinatic(iie6; enfia, j'appris à uo ecdësiaslicpie à se servir de l'astrolabe et à connaître le globe y de sorte que ma position devint bien plus aisée« /Un jour ce prêtre ipe demanda si je voudrais entrer au service du l*oi de Portugal; car on avait besoin d'un ingénieur y et, dans ce cas^ il me proposerait. Je Je .remerciai beaucoup de son obligeance , ajou^ tant que tout ùe que je Souhaitais était de retourner partni mes compatriotes ^ parce qu'un étranger, s'il À du succès, excite la jalousie, surtout lorsqu'il e$t d'une religion différente de celle de» habitants du pays oii il d'est fixé; Le bon père approuva ma con-' duite, et me dit : Vous aves raison, et vous faites bien de vouloir vous retrouver avec ceux de votre nation, plutôt que de rester avec les Portugais; ils haïssent les Hollandais, et sont hautains et orgueilleux ; d'ailleurs le séjotu* de 6oa ne vous serait pas utile» et, dans votre. pays, on ignore ce que c'est que rinquisitK>n. Cet homme respectable n^ témoigna beaucoup d'amitié pendant tout le temps que je demeurai dans l'île* d
Elle est située précisément sous le i5^ degré de latitude sud» le long de la cote du royaume de Mangue ; sa longueur du nord au sud est à peu près d'une demi'heure de marche, et sa largeur de quatre cents roeden; sa circonférence est d'un mille et un quart. Elle forme une grande et belle baie qui s'enfonce dans le continent. Entre le fort et la pointe septentrionale de cette baie , on voit deux îles sa» blonneuses et inhabitées : une flotte nombreuse y peut mouiller à l'abri de tous les vents par huit.
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neuf et dix , brasses ; le fond y est exéellent. Tjes vaisseaux, en entrafat^ sont obligés de s'approcher tellement du fort ^ que des remparts on pourrait jeter une pierre à bord. Ce château , bâti sur une hau* teur à'une exti^mité de l'île , est bien fortifie et bien muni d'artillerie ; ses batteries commandent entièrement lentrée, W. sortie et l'intërieur de la baie. Un autre château^ sur la pointe du nord, eom* mande l'autre rive de la passô ; mais la garnison nW jamais nombreuse, et souvent les s<J(kt8 sont a6^ faiblis par l'insalubrité du climats
A six cents pas au sud du château., on rencontro dans une vallée le village composé de deuÈ cent cinquante maisons, consiruites la pfaipârt en pierre^ à la manière portugaise , et qui ne soûl ni hantei ni grandes. Ind^éndatnment de ces hd^itations, il y a aussi des. cabanes ed paille pour les indigènes* Une seule rue travers^ ce village ; au-*delà des ruellss qui séparent les maisons ^ il y a des jardins. On compte trois églises et trois couvents dans ce vil* lage, auquel de Bu^quoy s'étonne que beaucoup d'auteurs, et même des Portugais, donbent la quÉ^ lification de ville, puisqu'il n'est pas mulé^, du moins en entier : une espèce de retranchement, qui le dé^ fend en partie du coté de l'eât, est presque en ruiae% Notre voyageur ne doute pas que si les pirates l'eua^ sent vqulu sérieusement, il^ n'eussent pu s'empWKf du Mosambique.
b'air de ce lieu est chaud et insalubre : on a déjà observé plus haut que l'on y manque d'èau douces Le terrain en est aride et stérile ; an n'y voit tjue
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quelques arbres, entre autres des orangers, des citroimiers , et d'autres naturels au climat des ludès. Tous les grains y sont importés ; on n'y trouve de plantes potagères que dans les petits jardins des Portugais; ainsi un pauvre étranger a beaucoup dé peine à s'y procurer quelque chose« . Ijes Tadigènes sont des nègres, de petite stature, ayant les dieveux laineux et des mœurs très grossièl'es. Les autres habitants du pays sont des Portugais, jnais la plupart de race noire;- ris font lé commerce de même que les Maures, qui 'peuvent passer trois ans à Mosambique comme facteurs et marchands , et ensuite retournent à Daman , à Surate, ou à telle autre ville dont ils sont venus. Ceux-ci échangent leurs marchandises des Indes contre de l'or, qui est aussi abondant sur ce marché qifê dans aucun autre lieu de l'Inde. Ils fondent l^or en .grosses barres, et l'envoient annuellement dans ce dernier pays, avec leurs navires.
Les Portugais ont plusieurs autres comptoirs subalternes sur la cote orientale d'Afrique ; à la côte de Sofala, dans la rivière de Cuama, au Mônomotapa , et ailleurs ; ils y font le commerce avec de petits bâtiments; les marchandises qu'ils y expédient sont du vin etde Teau-de-vie, des toiles communes, de la verroterie, du corail, et d'autres menus ob^ jets : ils reçoivent en échange de fivôire, de l'ambre gris, et surtout de l'or; ce traûc est si avantageux que les gouverneurs , après un séjour qui n'est que dé tmis ans, partent ordinairement pour Goa avec un trésor vraiment royal.
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Le comptoir de Mosambique est le plus considérable -de tous. Les Portugais sont la seule nation chrétienne qui ait des possessions sur la côte orientale d'Afrique , si riche en or. Le hasard fit découvrir sur leurs cartes, à notre voyageur, la vraie position de ces établissements ; et c'est d'après ces renseignements que la capitale du Monomotapa a été placée sur les nouvelles cartes : il regrette que ses compatriotes ne prennent pas les mêmes précautions pour les cartes qu'ils font, parce qu'elles ne seraient pas aussi répandues qu'elles le sont maintenant chez les Anglais et chez d'autres nations (i).
Le temps de l'arrivée du navire allant à Goa étant passé, le gouverneur offrit aux Hollandais de §igmbarquer survies navires qui étaient mouillés en rade ^ et d'aller chercher fortune ailleurs. Trois d'entre eux prirent du service comme matelots à bord des navires maures, qui partirent pour Daman, Diu et Surate. De Bucquoy, resté avec trois autres de ses compagnons , vit enfin entrer dans la baie , le 20 août, le navire du roi de Portugal, attendu depuis si long-temps. Après quatre mois de séjour dans l'île de Mosambique, il la quitta, et, au bout de cinquante-six jours de traversée, débarqua dans le port de Goa. .
Après une courte résidence dans cette capitale des *lndes portugaises, de Bucquoy prit passage sur un ^ navire maure, qui le conduisit à Carrevaa; il alla de
(i) DeBacquoj^'â Aanmerkeljke Reize , p; ag à 119.
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là par terre à Barcelor , où résidait un agent de la compagnie hollandaise ; un uavir^ du pays le porta ensuite à Cananor; attaqué en route, à la hauteur de Kanyara , par de« pirates indoua, Vécpù- . page gagna la terre à travers le^ i^rîsans ; les forhans les j poursuivirent, et se décidèrent à les fusiller. Déjà de Bucquoy était à genoux^ et allait recevoir le c^up de la mort, lorsqu'une di^^Ut^ ^'^ leva entre ces écumeurs de mer et les tnibitants de la côte. Les casuistes du pays, prétendant que la mer e^t libre , et n'est soumise à aucune loi , la sentence fut révoquée, et les captifs se rembarquèrent: ils coururent encore des risques en traversant les vaisseaux des. forhans ; mais^ enfin ils atteignirent Cananor , puis allèrent mouiller sur la rade de Ca^ liciff^ Enfin de Bucquoy, continuant son voyage le long d^ la cote de Malabar, entra dans le port de Cpchin. Trois semaines après un navire de la com^p^gnie des Indes, amvé de la côte de Perse, et des^ tiné pour Batavia, le transporta dans cette ville fameuse. Il y entra le lo juillet 1 725, Il parut le leur demain devant le gouverneur généristl et le eonseil des Inc(es hollandaises. Interrogé sur ce qui lui était arrivé, il raconta ^es aventures depuis le moment où les pirate* l'avaient forcé de leur servir de pilote poiir sortir de la baie de Lagoa. Le gouverneur, après l'avoir écouté, témoigna tout haut son étonnement de ce qu'un honnne eût pu surmonter taat de contrariétés. De Pucquoy fut de nouveau admis au service de la compagnie , et reçut sa commission d'assistant avec vingt florins (4^ fi*0 d'appoints—
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mente par mois. C'était bien peu pour un homme qui avait précédemment été mieux payé , et qui avait essuyé de grosses pertes au pillage du fort de Lagoa. Quelque temps après le gouverneur général le nomma commandant en second de ce poste; mais à l'instant où il allait s'embarquer pour prendre possession de son emploi,, on apprit que le conseil des Indes en Europe y avait destiné une autre per^ sonné. Notre voyageur fut placé dans les douanes ; il s'efforça d^améliorer sa po^itiou eti donnant des leçons de mathématiques : son mérite fut apprécié; il réussit dans son enti*eprise : ce fut une période de bonheur pour lui.
En i^Sc, il fut envoyé comme teneur de livres au comptoir de Ligor, sur la côte orientale du golfe de Siam. Le résident étant mort quelque temps après , de Bucquoy lui succéda. En lySS, il demanda son congé , le temps de son service étant expiré. De retour à Batavia, il fut placé comme secrétaire sur la flotte de la compagnie, qui retournait .en Europe: elle mit à la voile le lO octobre 1734- Au commencement de Tannée suivante, de Bucquoy revit le cap de Bonne*£spérance : il en partit le 17 avril; et, le 5 juillet , le vaisseau qui le portait laissa tomber l'ancre sur la rade du Texel (i).
La relation de de Buequoy n'a pas été traduite en français , et ne se trouve pas même, par extrait,, dans les Recueils de Voyages qui ont été publiés dans notre langue; cependant elle n'est pas dépourvue
(») Df Buoquoy's AoHvurkêlyhe Beite , p. 1 1(> à oai.
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d'intérêt L'auteur est un homme de bonne Ibi , qui raconte naïvement ce qui lui est arrivé ; on conçoit une opinion avantageux de son caractère par là sympathie qu'il manifieste pour ses compagnons d'infortune : il en retrouva plusieurs; il se croit obligé de faire connaître à son lectein* ce qui les concerné jusqu'au moment où il n'a plus entendu parler d'eux. Son livre, écrit avec peu de méthode, contient des renseignements éurieux sur divers points de la côte d'Afrique, sur Madagascar, siir Batavia,^ et plusieurs comptoirs hollandais dans les Indes orientales; il ne peut entrer dans le plan de cet ouvrage- que de présenter ce qui est relatif à la côte d'Afrique.
Observations de de Bucquoy sur les habitants de la baie de Lagoa.
Quoique tous les peuples qui vivent sur les côtes du pays entourant le cap de Bonne-*Espérance soient généralement nommés Cafres, ils composent différentes races : les Uns, tels que les Hottentots , n'ont pas de demeures fixes , mais se transportent d'un lieu à un autre comme les Arabes; lei^r richesse consiste en bétail : d'autres, qui s'étendent au nord vers le cap Corrientes, ont des habi^tions stables, réunies quelquefois en villages; ceux-ci ont des chefs sous lesquels ils vivent.
£n général, ces peuples sont naturell^nent paresseux, perfides, changeants, et adonnés au larcin; ils sont entièrement nus , se contentant de couvrir
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les parties sexuelles avec un fourreau de bambou, ou des feuilles d'arbres. Leurs cabanes ressemblent à des ruches d'abeilles ; elles sont en roseaux entre-»laces; ils en enduisent les parois et le sol avec de l'argile mêlée de bouse de vache. Leurs meubles se bornent aux plus indispensables. On voit, chez chaque famille , un mortier en bois dans lequel se pilent les grains destinés à faire le pombé, sorte de boisson enivrante. Ils tressent toutes sortes de paniers en jonc.
Leur richesse consiste dans le nombre de leurs femmes et de leur bétail ; ils achètent les premières avec de la verroterie et des vaches. Dès qu'une femme a conçu, elle n'a plus de rapport avec son mari : chacune d'elles a une demeure séparée. Ces Cafres ne font ni cuire ni rôtir leurs aliments; ils les mangent généralement crus; dès que les viandes commencent à sentir le jfeu, ils les dévorent avec une avidité extrême*
Ils font cuire le grain dans l'eau, ce qui donne une liqueur dont le goût ressemble à celui du lait de beurre ; et ce grain de sorgho , sec et broyé , leur sert de nourriture. Le pombé est leur boisson principale ; ils boivent ce pombé à leurs jours de fêtes, aux enterrements et aux banquets : quand ils peuvent y joindre du miel, ils le rendent meilleur; alors ils s'adonnent à la joie, chantent et gambadent de la manière la plus grotesque.
Les hommes se contentent d'aller à la chasse et à la pêche; les femmes font presque tous les travaux ; elles sèment le sorgho, le cultivent, le récoltent et le préparent pour l'usage de la famiille : on les voit sans cesse occupées.