‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 101 sur 206 · IV. — Les Républiques Andines (i8j8'igoo · texte numérisé non relu

IV. — Les Républiques Andines (i8j8'igoo

L'Equateur. — A Moreno, assassiné le 6 août 1875, succéda le général Borreso, aussi dévoué au clergé que son prédécesseur. Son gouvernement eut aussitôt à combattre l'insurrection que mena, sous couleur de libéralisme, dès le 8 septembre, un autre général, Ignacio Veintimilla. Veintimilla était le gouverneur de Guayaquil; il mit la main sur le pouvoir, qu'il conserva, après un coup d'État (le 10 mai 1882), jusqu'au 9 août 1883 : il avait prolongé son gouvernement, prétendant obéir aux désirs de nombreux pétitionnaires; mais ses vio* lences et ses cruautés avaient exaspéré toute la population. Les conservateurs et les radicaux se réunirent contre lui ; ils l'obligèrent à s'enfuir au Pérou et s'entendirent ensuite pour faire élire un président nouveau, Placido Camano, du parti conservateur (23 oct. 1883).

L'élection du 30 juin 1888 amena au pouvoir un diplomate

de carrière, le général Antonio Florès, ancien ministre de la République de TÉquateur auprès de TEspagne, de la France.el du Saint-Siège. Quoique conservateur, Florès sut faire reconnaître par le Saint-Siège labolition des dîmes ecclésiastiques (1889) ; mais le clergé prit sa revanche sous la présidence d'un poète, le D' Cordero (élu le 12 janvier 1892), qui professait le respect des intérêts religieux, t bien supérieurs aux misérables événements du monde ». Ses adversaires exploitèrent habilement contre lui certains événements de politique extérieure \ et l'obligèrent à démissionner (12 avril 1855).

Le chef du parti anticlérical était le général Eloy Alfaro. 11 fit son entrée dans Quito le 3 septembre 1895.

Le mouvement anticlérical commença tout aussitôt. La constitution était remaniée (12 avril 1891), le Concordat était dénoncé. L'enseignement échappait aux congrégations, et le congrès nommait président Alfaro.

Pérou, Bolivie, Chili, avant la guerre du Pacifique. — De 1870 à nos jours l'événement le plus important dans la vie politique du Pérou, de la Bolivie et du Chili, c est assurément la guerre du Pacifique; mais quelques faits notables ont précédé et suivi cette période de guerre.

Une importante réforme constitutionnelle marqua Tannée 1871 au Chili : le congrès supprima la rééligibililé à la magistrature suprême.

Le pouvoir passa, au mois de septembre, à Errazuriz, ancien intendant de la province de Santiago, qui avait successivement été député, ministre de la justice, ministre intérimaire de la guerre, enfin sénateur.

Un conflit de frontière s'éleva bientôt avec l'Argentine : les deux pays se disputaient les territoires de l'Araucanie et de la Patagonie. Les deux Républiques eurent la sagesse d'éviter la guerre : sous la médiation des États-Unis fut signé, le 23 juillet 1881, le traité de Buenos-Ayres. Il reconnaissait à l'Argentine les vastes territoires à l'est des Cordillières et au nord du détroit de Magellan ; au Chili les territoires de l'Ouest,

1. Il s'agissait de la vente d'un navire de la flotte à une puissance étrangère.

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moÎDs étendus, mais possédant de nombreuses lies. La Terre de Feu était partagée entre les deux Républiques.

A la faveur de la paix le pays progressait économiquement et intellectuellement; le télégraphe franchissait les Andes et mettait en communication Santiago et Yalparaiso avec Buenos- Ayres et Rio de Janeiro ; un câble sous marin reliait le Chili à l'Europe (août 1814).

La population scolaire comptait en 1873 plus de 80 000 élèves répartis entre 726 écoles publiques et 464 écoles privées; peu à peu les Chiliens, dorigine indigène ou étrangère, apprenaient tous à lire et à écrire. La sollicitude du gouvernement se marquait par le soin donné à renseignement secondaire (lycées), à l'école des arts et métiers de Santiago, à Técole des mines de Copiapo. Un institut national donnait renseignement supérieur. En un mot, la présidence d'Errazuriz marque une étape dans la voie du progrès intellectuel au Chili.

Au Pérou, malgré un coup d*Etat militaire, la période contemporaine est marquée par le triomphe d*une candidature civile (1872). A cette époque expiraient jes pouvoirs du président Balta; un démocrate, Pardo, devait lui succéder; le ministre de la guerre, Thomas Gutierez, et ses deux frères, Silvestre et Marcellano, crurent pouvoir l'empêcher. Ils mirent en arrestation le président. Lima s'insurgea (juillet 1872). Silvestre fut massacré, ses deux frères assassinèrent Balta et furent massacrés à leur tour. Manuel Pardo prit le pouvoir (août).

Pardo, décidé à réformer l'État, ne se laissa point intimider par l'attentat d'un officier mis en demi-solde (3 août 1874); il supprima un grand nombre d'inutiles emplois militaires, de fonctionnaires parasites; il fit réussir un emprunt de 36 800 livres sterling; on put continuer la construction des voies ferrées entreprise fiévreusement par Balta. Pardo favorisait en même temps les œuvres scolaires, posait la première pierre d'un institut à Lima (1*' janvier 1873), développait l'école pratique d'industrie. Une ère de vie laborieuse et intellectuelle allait commencer. En 1875, Pardo était assassiné. Le général Mariano Prado, qui lui succéda, fut vaincu par les Chiliens et dut se réfugier aux États-Unis. Alors Pierola s'em-

para de la dictature, mais il ne fut pas plus heureux contre ces mêmes Chiliens, dut s'enfuir en 1881 et abdiquer en 1882.

En Bolivie, Timbroglio militaire de la période précédente continuait.

Le 20 juin 1871, le colonel Augustin Morales était élu président; le congrès le faisait, en même temps, général de division; Morales semblait vouloir donner une activité économique au pays; il se proposait de développer les voies de communication, mais il mourut en 1872. Après la courte présidence de Ballivian, Thomas Prias prit le pouvoir le 14 février 1874. Il dut soumettre les insultés de la Paz (janvier 1875).

Causes de la guerre du Pacifique. — Vers 1878, la supériorité du Chili sur la Bolivie et le Pérou avait fait naître dans ces deux pays une jalousie qui les prédisposait à la guerre, et qui, la guerre déclarée, la rendit acharnée et meurtrière.

Aussi bien la supériorité du Chili était-elle économique, et des causes économiques déterminèrent le conflit. La république chilienne prospérait; ses budgets s'équilibraient; les financiers étrangers la tenaient en particulière estime. Les Chiliens se sentaient forts; mais ils se trouvaient à Tétroit, entre les hautes parois andines et la mer; leur mince lisière de territoire ne leur suffisait plus; au sud, il ne pouvait être question de s*étendre; à Test, la République Argentine était trop fortement établie. Au nord, du côté de la Bolivie, c'était le désert d'Atacama, mais un désert enviable à cause des gisements de guano sur le littoral, des mines d'argent, de nitrate, surtout des couches de salpêtre enfouies sous une mince couche de terrain stérile. D'où le nom donné au conflit: c la guerre du salpêtre ». Une convention du 10 août 1866 plaçait le territoire entre les 23'' et 25'' degrés de latitude sous un régime particulier d'exploitation commune: c'était le partage des revenus douaniers. En réalité, le territoire devenait chilien, peu àpeu, par l'exploitation financière et industrielle presque exclusive du Chili. Les Chiliens y avaient fondé les villes de Caracoles et Antotagasta; celle-ci comptait 20 000 émigrants chiliens. Cet état de choses faisait murmurer les Boliviens. L'entente de 1874 mit fin à ce régime en partageant entre les deux Etats, par le 24' degré, le territoire contesté; il

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fut, en outre, stipulé que la Bolivie ne pourrait, sur le territoire qu*elle obtenait ainsi, grever de charges nouvelles les industries chiliennes. Le Pérou, financièrement aux abois, rôvait d'un conflit andin où il trouverait un profit, son armée de lactivité et des. récompenses. En outre, les salpêtres de rAtacama faisaient aux siens une désastreuse concurrence. Il poussa la Bolivie à rompre Ten tente de 1874 et conclut avec elle un traité secret d'alliance. Le 11 février 1878 le congrès bolivien vota une augmentation des droits sur les salpêtres de TAtacama. Le Chili protesta. On négocia. Le Pérou prétendit servir d arbitre. Le Chili repoussa cette prétention, et les Péruviens unirent leurs forces à celles des Boliviens.

Le Chili, comme superficie territoriale, était avec le territoire des deux républiques confédérées dans la proportion de 1 à 8. Il n^avait pas la moitié de leur population totale. Il leur était supérieur en organisation et en préparation militaires.

La guerre du Pacifique (avril 1879-avril 1884). — Malgré Toccupation d*Antofagasta, de Cobija, de Calama, de tout le littoral bolivien, par les troupes chiliennes, la première phase de la guerre fut surtout maritime. Le littoral péruvien était dévasté, Pisagua et Mollendo bombardés, Iquique bloqué.

Des trois Etats belligérants, le Chili et le Pérou avaient seuls une marine de guerre. Le premier possédait seulement deux frégates blindées, quatre corvettes en bois et deux autres unités très médiocres; le Pérou s*enorgueillissait du monitor le Hues-cavj de la frégate Indépendance, tous deux blindés, plus divers croiseurs, transports et batteries flottantes. En mai 1879, l'amiral péruvien Grau, avec le Huescar et V Indépendance, sortit du Callao pour faire lever le blocus dlquique. 11 n eut pas de peine à couler, en vue de ce port, la corvette Esmeralda, qui fit une défense héroïque; la goélette chilienne Covadonga ossl s'attaquer à ï Indépendance, qui, par une fausse manœuvre, alla s'ouvrir sur un récif (21 mai 1879). Un moment les Péruviens furent maîtres de la mer, et Grau dévasta le littoral chilien. Le 23 juillet, il coula le transport Rimac, qui portait 220 hommes. Le 8 octobre, en vue du cap Angamos, attaqué par les deux frégates blindées, Cochrane et Bianco, Grau fut tué et le

Huescar pris. Dès lors, ce fut au Chili à dominer sur mer.

Désormais Péruviens et Boliviens s*acharaèrent dans la lutte continentale; cependant, malgré la bravoure incontestable de leurs troupes, ils »e laissèrent battre, par infériorité de stratégie et de tactique. Les Chiliens osèrent se placer entre deux corps d'armée ennemis, forts chacun de 12 000 hommes, venus Tun de Iquique, l'autre d'Arica, pouropérer leur jonction sur les hauteurs de Dolorès ou de San-Francisco. Ce furent précisément ces hauteurs que les Chiliens firent occuper par uo corps de 6 000 hommes avec une puissante artillerie. Le 19 no vembre, dans une tentative pour les déloger, les coalisés perdirent leur artillerie, leurs bagages et s'enfuirent en désordre. Le 27, les Péruviens furent encore battus près de Tarapaca.

À la suite de ces désastres, des troubles civils agitèrent les deux pays vaincus. Le président, péruvien Prado et le président bolivien Daza s'enfuirent. Campero devint président ea Bolivie, tandis qu'au Pérou Pierola s'emparait de la dictature.

La fortune des armes ne revint pas aux deux républiques coalisées : les Chiliens, commandés par Baquedano, battaientles Péruviens à Los Angelos, et de nouveau à Tacna (26 mai 1880); ils occupèrent tout le Pérou méridional (juin). Vainement les Péruviens pensèrent défendre Lima en s'élablissant sur les fortes positions de Chorillos et de Miraflorès ; ils furent battus dans les journées des 13 et 15 janvier 1883. La capitale du Pérou, peuplée de 200 000 âmes, s'ouvrit aux Chiliens vainqueurs. Ils occupèrent également le port de Callao ^

En mai 1883, parle traité de Lima, le Pérou dut céder au Chili la province de Tarapaca, riche en guano et salpêtre; celle de Tacna, avec le port d'Arica, devait être occupée pendant dix ans. Le 4 avril 1884, parle traité de Yalparaiso, la Bolivie dut céder le territoire contesté, plus la totalité de son littoral, devenant ainsi un Etat purement terrien, sans communication directe avec le reste du monde

Le Chili après la guerre; rinsurrection balmace-

1. L'armée chilienne, au moment de la marche sur Lima, comptait 23 500 /<Ji' iassins, 800 cavaliers, 2 400 artilleurs avec 80 canons et 10 mitrailleuses. Les Péruviens, abandonnés par les Boliviens, n'étaient plus que 22 000 combaitanU.

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