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LE DEVELOPPEMENT DES MOYENS D.E TRANSPORT

canal est devenu en peu de temps considérable; en 1897, près de 3000 navires, jaugeant plus de 11 raillions de tonneaux, l'avaient franchi; les deux tiers environ de ce total, où la France ne figure que pour 200 navires, appartiennent à l'Angleterre.

Bientôt, peut-être, le percement de Tisthme de Panama ouvrira une nouvelle voie de communication dans Thémisphère occidental, divertissant de ce côté une partie du trafic qui prend aujourd'hui le canal de Suez. L'Europe se trouvera rapprochée des pays américains de la côte du Pacifique, en même temps que les régions orientale et méridionale des États-Unis se trouveront mises en relation par une voie plus directe avec les marchés de l'Extrême-Orient, où l'entreprise européenne aura alors à soutenir contre ces concurrents une lutte difficile.

La navigation maritime. — De même que les transports terrestres, la navigation maritime a été, dans ces vingt-cinq dernières années, l'objet d'un développement considérable. De plus en plus, la marine à voiles a cédé le pas à la marine à vapeur. En 1870, on évaluait l'effectif de la marine marchande du monde entier à 12 500 000 tonneaux : 10 700 000 pour les voiliers, 1 800 000 pour les vapeurs; — en 1897, on l'estimait à 19 500000 tonneaux, et la proportion entre les voiliers et les vapeurs était renversée : les voiliers n'avaient plus que 7 100 000 tonneaux, tandis que les vapeurs en avaient 12400000. La puissance de transport entre ces deux dates, par suite de l'expansion prise par la marine à vapeur, avait presque triplé, s'élevant de 16200 000 tonneaux à 44000000. Dans ce développement, la France est malheureusement restée fort en arrière. Le même phénomène de la substitution de la vapeur à la voile s'est passé chez elle comme dans les autres pays, mais la flotte à vapeur n'a progressé que lentement. En 1870, la marine marchande française avait un effectif total d'un peu plus d'un million de tonneaux : 884 000 appartenant aux navires à voiles, 200 000 aux vapeurs. En 1897, l'effectif des voiliers était tombé à 414 000 tonneaux, tandis que celui des vapeurs s'élevait à 487 000. L'effectif total n'était plus que de 900 000 tonneaux. La diminution de l'effectif était plus que

compensée, il est vrai, par raccroissement du nombre des vapeurs, mais, bien que ce nombre eût plus que doublé, la puissance de transport n*avait cependant augmenté que de 1484 000 à 1 875 000 tonneaux. Après avoir été pendant longtemps classée la seconde puissance du monde pour sa flotte à vapeur, immédiatement après l'Angleterre, la France s'est vu successivement dépasser par l'Allemagne, en 1889, puis par les États-Unis, en 1893.

La télégraphie électrique. — La télégraphie électrique, devenue l'auxiliaire indispensable du commerce, a fait d'immenses progrès, et à la télégraphie terrestre est venue s'ajouter la télégraphie sous-marine. En 1851, le premier câble lé%raphique avait été posé entre Douvres et Calais. En 1857, une tentative pour la^ose d'un câble destiné à mettre en relation l'Angleterre avec l'Amérique avait échoué ; une nouvelle tentative, en 1866, réussit. Depuis 1870, la télégraphie sous-marine a pris une extension considérable, et l'Europe est reliée aujourd'hui télégraphiquement à toutes les parties du monde. Des câbles existants, la presque totalité appartient i l'Angleterre; la France, malgré l'utilité qu'il y aurait pour elle à être reliée d'une manière indépendante avec ses colonies, n'en a encore qu'une longueur presque insignifiante.

Effets du développement des moyens de transport. — Les effets de ce développement des moyens de transport el de communication ont été considérables sur les relations économiques. Autrefois, les marchés nationaux vivaient d'une vie presque indépendante, ne demandant à l'extérieur qu'un nombre très restreint de produits, qui, grevés de frais de transport élevés, ne pouvaient servir qu'à l'usage des classes riches; les échanges internationaux étaient par là même forcément limités. L'abaissement des frets, la facilité des relations a substitué à ces marchés isolés un marché universel.

A l'émigration facilitée par la marine à vapeur, la France n'a pris qu'une très faible part. Mais si le développement peu rapide de sa population ne lui a permis de jouer qu'un rôle secondaire dans le peuplement des terres nouvelles, grâce à sa richesse, fruit du travail des générations antérieures, elle a pu

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