L'AGRICULTURE
participer à leur mise en valeur, prêtant ses capitaux disponibles aux gouvernements désireux de se munir de Toutillage économique moderne et trop pauvres pour le faire par leurs propres moyens, et aux entreprises privées à l'étranger et aux colonies. A ces placements, nos capitalistes étaient incités par rabaissement du taux de l'intérêt sur les marchés européens, qui a été si sensible pendant les vingt-cinq dernières années.
///. — L'agriculture.
La culture. — L'agriculture française a eu à supporter, depuis 1880 surtout, une période très pénible, due à la concurrence qu'ont pu lui faire, grâce au développement des moyens de transport, les pays éloignés.
La perte de l'Alsace-Lorraioe a réduit sensiblement notre territoire agricole ; elle nous a privés de 674 000 hectares de terres labourables, de 443 000 hectares de bois et de 32 000 hectares de vignes.
Des modifications survenues dans la répartition des diverses cultures, entre 1862 et 1892, dates de deux enquêtes agricoles, les plus importantes sont l'augmentation des prairies artificielles et des prés naturels : en 1862, ils n'occupaient que 14,34 p. 100 de la surface du territoire; en 1892, ils en occupaient 18,36 p. 100; — et la diminution continue des jachères, dont l'étendue a été réduite de 9,42 p. 100 à 6,39 p. 100.
La superficie consacrée à la culture du froment n'a guère varié. Malgré la stabilité de l'étendue cultivée, la production du blé a cependant, par suite de l'amélioration de la culture, légèrement augmenté. Pour la période 1871-75, la production annuelle avait été de 100 millions d'hectolitres en moyenne; pour celle de 1892-95, elle a dépassé 112 millions. Mais la baisse considérable du prix du blé depuis 1875 a réduit dans des proportions énormes la valeur de cette production. Au prix de 25 fr. 65 l'hectolitre, chiffre coté vers 1875, la récolte représentait une valeur de plus de 2 milliards 1/2 de francs; la récolte de 1895, où le prix, par des baisses successives, était tombé
à 14 fr. 40, ne représentait plus que 1 milliard 1/2; en dépilde Taugmenlation récente, qui a relevé les cours à 18 francs el même 19 francs, les agriculteurs se plaignent encore amèremeDl
Une épreuve non moins dure a atteint pendant la même période les viticulteurs. La maladie de Toïdium, qui avait fait son apparition vers 1850, avait pu être assez aisément combattue. Il n'en fut pas de même du phylloxéra, dont la présence fut signalée pour la première fois dans le département du Gard en 1865. Le fléau gagna rapidement toute la région vinicole voisine, une des plus riches de la France, puis il se répandit dans le Bordelais et les Charentes; en 1890, il s'étendait avec plus ou moins d'intensité sur toute la France viticole. La production du vin avait été considérablement réduite. De plus de 70 millions d'hectolitres pour les années 1874 et 1875, elle tombait successivement à 40 millions pendant la période de 1876-80 — 32 millions pour 1881-85 — et 26 raillions pour 1886-90. D'exportatrice de vin, la France était devenue importatrice; en 1890, elle importait plus de 10 millions d'hectolitres. On a évalué à plus de 10 milliards de francs les pertes résultant pour la France du phylloxéra; ce fut la ruine pour toute une partie de la population. Cependant, les viticulteurs entamèrent courageusement la lutte contre ce nouvel ennemi. On arracha les plants atteints et on les remplaça par des vignes américaines, qui résistent à la maladie, et on fit des plantations nouvelles au bord de la mer, dans des terrains demeur«^s incultes jusqu'alors. En 1896, sur 1 700 000 hectares plantés en vignes, on évaluait à près de la moitié la surperflcie planlée en vignes américaines. Grâce à cette lutte énergique, notre production s'est relevée, mais elle est loin d'atteindre les chiffres des années antérieures à 1875. Pour la période 1896-98 elle a été en moyenne de 36 millions d'hectolitres; noire importation nette est tombée à 6 millions 1/2 d'hectolitres.
Parmi les cultures industrielles, celles du lin et du chanire. en dépit des faveurs législatives dont elles ont été l'objet, sont en pleine décroissance. En 1862, elles occupaient une surface de 200 000 hectares; c'est à peine si elles en occupent le tiers aujourd'hui ; celle diminution est due surtout à la substilutioD