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LES CLASSES OUVRIÈRES

prix, en effet, les salaires des ouvriers de rindustrie, de même que ceux des ouvriers agricoles, ont continué leur mouvement ascendant, commencé pendant la période précédente. Suivant une enquête récente de l'Office du travail, on peut estimer à 40 0/0 environ, dans Tensemble, l'augmentation moyenne du salaire nominal des ouvriers, et à 60 0/0 l'augmentation moyenne de celui des ouvrières, de 1860-1865 à 1891-1893. Cette augmentation a évidemment varié suivant les métiers et les régions, et ne s'est pas effectuée partout du même pas. Mais, chose importante, tandis que pendant les années antérieures une grande partie de l'élévation des salaires avait été neutralisée par une élévation correspondante des prix, l'augmentation du salaire réel, dans ces vingt dernières années, correspond sensiblement à celle du salaire nominal.

Le coût de la vie n'a pas beaucoup varié; il paraît même avoir plutôt baissé qu'augmenté. Deux produits seuls sont en hausse : la viande et les produits de la laiterie, et le logement; ce dernier, dans les grandes villes, où l'affluence de population est de plus en plus grande, est en élévation très marquée; tous les autres articles de nourriture, de vêtement, d'éclairage, de chauffage, sont en baisse. On estimait que, à Paris, le chiffre des dépenses pour une même consommation, comprenant la nourriture, le chauffage et Téclairage, qui eût été de 1295 francs en 1864-1873, ne s'était élevé qu'à 1353 francs en 1884-1893; ce serait une augmentation de 5 0/0 à peine.

Les classes ouvrières ont donc bénéficié dans l'ensemble d'une amélioration réelle de leur sort pendant ce dernier quart de siècle. Mais il ne faut pas se borner à considérer la dépense nécessitée à deux époques différentes pour la satisfaction des besoins primordiaux. Il faut également se rendre compte des modifications survenues dans la nature des besoins; or, ceux-ci ont singulièrement augmenté pendant ce court espace de temps. De nouveaux besoins sont nés; la classe ouvrière, de même que les autres classes de la société, et à aussi juste titre, règle maintenant sa vie sur un type plus élevé.

La même enquête de l'Office du travail nous montre que concurremment avec cette élévation des salaires la durée du

travail est allée en diminuant. La moyenne de la longueur de la journée réelle du travail ne serait plus que de dix heures et demie, et les deux tiers des journées varient de dix heures à onze heures. Les journées les moins longues se rencontrent dans les exploitations minières, métallui^iques ou dans les grandes verreries, où la journée normale est inférieure ou égale à neuf heures. Les plus longues se font dans les industries textiles, où on signale encore des journées de douze heures.

La législation ouvrière. — Ces heureux résultats n ont été en grande partie acquis qu*au prix de luttes parfois fort vives, toujours douloureuses, entre les ouvriers et les palrons. L arme des premiers a été la grève, arme légitime, mais dangereuse, aussi bien pour les attaquants que pour les attaqués, et dont les ouvriers ont fait parfois un usage irréfléchi. Le nombre des grèves a surtout augmenté depuis la crise de 1882. En 1898, il a été de 368, affectant plus de 82000 ouvriers, et entraînant 1 216306 jours de chômage. Plus de la moitié se sont terminées par la réussite des réclamations ouvrières ou par une transaction; 60 0/0 d'entre elles avaient pour but une demande d'augmentation de salaires ou la résistance à Tannonce de leur diminution.

En 1884, la loi créant les syndicats professionnels a enfin accordé aux ouvriers le droit d'association, qu'ils réclamaient depuis si longtemps, comme le complément nécessaire dudroil de coalition. Les ouvriers ont profité largement de cette liberlé nouvelle : en 1897, on comptait 2316 syndicats ouvriers, réunissant 431 000 membres. Les syndicats patronaux étaient au nombre de 1823 avec 159000 membres. On comptait enoulrc 170 syndicats mixtes groupant 32000 patrons et ouvriers. Celle loi, en permettant aux ouvriers de se grouper d'une manière permanente, leur a donné la possibilité de mieux connaître la nature de leurs intérêts professionnels et d'agir avec plus de force dans la revendication de leurs droits. 11 est à déplorer, malheureusement, que trop souvent les syndicats soient devenus de véritables instruments entre les mains de simples politiciens, professionnels de la grève, qui s'en sont servis pour se

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