L*AUSTRALASIE DÉMOCRATIQUE
chaos. » Enfin les Australiens se firent écouter de la métro^ pôle» et les Nouvelles-Hébrides furent neutralisées sous le contrôle mixte de l'Angleterre et de la France. Les archipels Samoa et Tonga, sur la route de Nouvelle-Zélande en Amérique, ont été déclarés indépendants sous la garantie de TAngle* terre, des États-Unis et de TAUemagne (1889 et 1891); puis ces îles ont été partagées entre les trois puissances (1899-1900).
L'entente commune pour la défense. — Les tentatives de fédération. — L'un des prétextes invoqués pour réclamer des annexions est la nécessité d*assurer la défense de TAustralasie. Cette préoccupation a pris une grande place depuis quinze ans dans les délibérations des gouvernements coloniaux, et elle est une des grandes causes des essais de fédération. Les colonies se sont intéressées surtout aux défenses navales,qu'elles estiment les plus importantes, & l'exemple de la métropole. A leur sujet, Victoria a proposé la réunion d'une conférence intercoloniale à Hobart en 1883. La Nouvelle- Zélande se retira plus tard, et l'Australie méridionale ne prit point part à toutes les réunions suivantes ; mais la Nouvelle- Galles fut la seule à refuser dès le début de se faire repré* senter. Fidji avait envoyé une délégation. La réunion de Hobart a fondé le premier corps commun à toutes les colonies, le Fédéral Council chargé de régler les mesures de défense, mais sans pouvoir exécutif. Le Fédéral Council s'est réuni, depuis 1886, à peu près tous les ans dans une des capitales australiennes. Dans le temps où il s'organisait, le gouvernement métropolitain faisait dresser par des officiers de terre et de mer des plans de défense de ses possessions du Pacifique. Les projets australasiens et les projets métropolitains furent discutés à Londres entre les délégués des colonies et des ministres compétents; celte conférence aboutit & YAustraltan Naval Force Ad de 1887. Par cet arrangement, l'Angleterre ajoute à son escadre australienne cinq croiseurs et deux torpilleurs de haute mer; ils seront construits par elle et resteront sa propriété ; les colonies payeront les frais de l'entretien de ces bâtiments ; elles reçoivent en retour l'assurance qu'ils resteront toujours dans leurs ports. La contribution aux dépenses
navales fut votée par tous les parlements, sauf celui de Queenslandy que le gouverneur dut dissoudre pour obtenir les subsides. Après FActe de 1887, les ministères métropolitains et le Fédéral Council ont continué à se concerter pour la défense navale de TAustralie. En 1892 et 1893 des dispositions collectives ont été prises pour la protection de deux dépôts de charbon à Albany (sud-ouest) et aux îles Tbursday dans le détroit de Torrès.
Une entente fédérale s'est donc faite pour la défense de FAustralie. Un projet bien plus large de fédération politique, analogue & celle du Canada, a été proposé en 1889 par la Nouvelle-Galles, qui avait refusé de prendre part & la formation et aux délibérations du Fédéral Council; le nouveau projet d union proposé par elle parait avoir été Tœuvre de son premier ministre, sir Henry Parkes, qui désirait terminer sa longue carrière à la tête d'un Dominion océanien. Sir Henry Parkes provoqua la réunion à Melbourne en 1890 d'une Fédération Conférence oh les sept colonies étaient représentées. Il y fit voter une résolution approuvant la conférence de 1883 qui avait créé le Fédéral Council, et il déclara que sept années d'expérience avaient montré la nécessité d'une union plus forte. Son projet comportait la création d'un parlement et d'un ministère fédéraux; il fut froidement accueilli. Un des représentants de l'Australie méridionale déclara que « c'était là une invention de politiciens >. Néanmoins une deuxième réunion eut lieu Tannée suivante & Melbourne et rédigea un projet de constitution qui ne satisfit pas les colonies. On ne put s'entendre sur le tarif douanier fédéral, que la Nouvelle-Galles voulait modéré, les autres élevé. La Nouvelle-Zélande déclara qu'elle était trop éloignée et se retira définitivement des conférences. Pendant la crise économique de 1892-1894, ce projet parut abandonné. Il fut repris en 1895 par une conférence des premiers ministres de Tasmanie et des colonies australiennes! sauf le Queensland ; on décida qu'une convention serait formée par les parlements des différents Etats pour discuter le plan d'une fédération sous le nom de Commonwealth. Après deux années de délibérations, la convention, ayant enfin reçu des délégués du Queensland, ter-
mina ses travaux i Adélaïde (mars 1898). Elle proposait un Sénat avec un nombre égal de représentants pour chaque colonie (comme aux États-Unis), élu au suffrage universel pour six ans et renouvelé par moitié; une Chambre des députés élue pour trois ans au suffrage universel et proportionnellement à la population ; Tabolition des douanes entre les États, le tarif douanier et la défense attribués au pouvoir fédéral représenté par un ministère responsable et un gouverneur général (nommé par la reine). Le référendum^ qui manquait jusque-là & l'Australie démocratique, devait être employé pour les amendements constitutionnels . le projet de constitution même devait lui être immédiatement soumis. Le vote populaire eut lieu en juin 1898, dans quatre colonies dont les parlements respectifs avaient adopté le Fédération Bill. En voici les résultats :
SnArages Oui Noo
Nouvelle-Gailes du Sud 137 366 7i 4i2 65 954
Victoria 117 800 96 600 21 200
Sud-Australie 52 490 35 317 17 731
Tasmanie 13 241 10 709 2 532
Soit en tout 320 897 suffrages exprimés, dont 214 038 en faveur de la Fédération et 106859 contre.
If aigre rénorme proportion des oui, le bill ne fut pas adopté, parce que le parlement de Nouvelle-Galles, sur la demande du ministre Reid, avait fixé à 80000 le nombre des suffrages favorables nécessaires pour l'adoption définitive.
En 1899 un nouveau référendum eut lieu dans cinq colonies. Cette fois le projet fut définitivement adopté. Le Parlement anglais Ta approuvé le 9 juillet 1900. La Fédération {Commonwealih) est réellement constituée depuis 1901. Elle comprend toutes les colonies d'Australie et la Tasmanie.
///. — Le Cap, Natal et Vexpansion de VAngleterre en Afrique.
En 1899, les colonies de TÂfrique australe se partageaient en trois groupes : 1* Le Cap^i^ays de laine, de blé et de vignes, avec la population la plus nombreuse (1 million 1/2 d'babitants, dont
un tiers de blancs, dans la colonie propre), avec un parleme&t élu et un gouvernement responsable; c'est la seule colonie qui ait une vie politique . Son gouverneur est en même temps « haut commissaire » du Royaume-Uni en Afrique australe. Aucune expédition, aucune annexion ne doit se faire en dehors de lui; — 2** Natal, pays de canne à sucre, peuplé de 786 000 Catres et de 74 000 Indous contre 63 000 blancs. Ceux-ci ont refusé le régime parlementaire et ont demandé à rester sous Tadministralion directe de la métropole, par crainte des indigènes; — 3^ La Zambeziaoxji Rhodesia^ ensemble de territoires immenses, déserts ou peuplés de nègres, placés sôus Fadministration d une . compagnie de colonisation à monopole. Toutes les dépendances britanniques ont été rattachées à Tun de ces trois groupes, sauf le Basoutoland, séparé du Gap en 1884. En dehors des possessions anglaises, les deux Etats boers restaient indépendante sous le gouvernement de parlements (Volksraad) et de présidents, élus directement. Les descendants des anciens colons hollandais sont nombreux dans la colonie du Cap. La question boer et la question indigène dominent Thistoire de l'Afrique australe. Elles ont pris une importance particulière à la suite cle la découverte des diamants et de Tor, qui a fait affluer les blancs dans le pays.
Le Transvaal annexé, puis évacué par les Anglais. — Avant la découverte de lor, la République sud-africaine (Transvaal) était considérée comme beaucoup moins importante que celle dOrange. Les blancs étaient & peine 50 000 en face de 800 000 indigènes; il n'y avait pas de roules; les étrangers trouvaient mauvais accueil au Transvaal. Livingstone, suspect comme missionnaire d'être favorable aux indigènes, y fut très mal reçu. Quand Tor fut découvert en 1854, le gouvernement essaya de tenir la nouvelle secrète afin de ne pas attirer d'émigrants, puis il autorisa l'exploitation, qui se fit d'abord à l'est, dans les monts Drakenberg. Un ancien pasteur, élu président en 1872, Burgers, contracta un emprunt pour construire un chemin de fer entre la baie Delagoa et les mines. Les Boers du Transvaal, qui ne payaient presque pas d'impôts et qui étaient hostiles à l'immigration, se prononcèrent en majorité
contre le président. Alors le gouvernement anglais intervint ; le ministre des Colonies du cabinet Disraeli proposa d*abord une fédération des États sud-africains sur le modèle du Dominion, et il envoya Fronde au Cap pour plaider en faveur de ce projet. Fronde fut mal accueilli par le gouverneur, qui n*avait pas été prévenu; il Qt aux Boers des conférences où il citait Horace, et ne réussit pas & les convaincre. Alors le ministre augmenta la garnison de Natal, et envoya dans la colonie un commissaire extraordinaire avec pouvoir de faire des annexions d accord avec le gouverneur. Le commissaire, accompagné d*un détachement de police à cheval, se rendit à Pretoria, où il fut accueilli par un parti favorable à Tannexion. Il proposa au Yolksraad l'ultimatum suivant : « Un gouvernement plus fort ou Taonexion. » Le Yolksraad s'élant séparé sans répondre, le commissaire proclama Tannexion (12 avril 1871); le gouvernement anglais Fapprouva et refusa de recevoir deux délégations qui vinrent, Tune de la part de Tancien pouvoir exécutif, l'autre avec une pétition signée de 6 000 Boers, protester en faveur de Tindépendance transvaalienne. Beaucoup d'autres étaient hostiles à l'annexion, mais ils craignaient l'intervention de larmée anglaise opérant tout près de leur frontière, contre les Zoulous. Le gouvernement anglais crut sa domination plus assurée qu'elle ne l'était. Il ne convoqua pas le Yolksraad. Wolseley, vainqueur des Zoulous, vint après la guerre installer à Pretoria un gouvernement de fonctionnaires anglais, sans institutions représentatives, et il déclara que la souveraineté britannique durerait aussi longtemps que le soleil brillerait et que les fleuves iraient se perdre dans la mer. Alors le parti de l'autonomie se souleva. Les membres de l'ancien Yolksraad, qui n'avait plus été convoqué depuis 1817, se réunirent le 13 décembre 1880 dans un village, nommèrent Krûger, Joubert et Pretorius (Qls d'André) triumvirs pour restaurer la république, et firent un appel aux armes. Les Boers arrivèrent à cheval et en armes, bloquèrent toutes les gar- Disons anglaises et repoussèrent un régiment anglais qui marchait de la frontière natalienne sur Pretoria. A ces nouvelles,le gouverneur de Natal réunit toutes les forces dont il disposait, i 000 hommes et six canons et s'engagea dans les défilés qui
montent vers le Transvaal. Les Boers, postés sur lesmcotagoes, Tarrèlèrent pendant quinze jours et finirent par repousser un assaut désespéré des Anglais en leur tuant six officiers et le gouverneur (Majuba Hill, 27 février 1881). c Nos hommes, écrivait le général transvaalien Joubert, ont combattu en héros et Dieu nous a donné la victoire. » Le gouvernement anglais parut d*abord disposé à recommencer Fexpédition ; des forces furent concentrées à Natal. Mais le pouvoir passa aux mains de Gladstone» qui s'était déclaré contre Tannexion; le cabinet libéral offrit aux Boers un arrangement provisoire qui leur promettait un Yolksraad et Tautonomie sous la suzeraineté de la reine. Les Boers acceptèrent (1881) et la convention définitive ! négociée à Londres ne laissa à l'Angleterre qu'un droit de veto sur les traités conclus par la République sud-africaine avec des puissances étrangères autres que l'Orange. Le commissaire anglais à Pretoria était remplacé par un agent diplomatique, 1 lautonomie rétablie avec l'ancienne constitution. Les Boers ' promettaient de ne pas maltraiter les indigènes (1884).
La guerre des Zoulous. Annexion de la côte est Jusqu'au Mozambique. — Les Zoulous sont les tribus cafres établies entre le Transvaal et la côte Est; leurs guerriers | armés de boucliers et de sagaies avaient été réunis en une seule armée sous Dingaan, puis sous son frère Panda, au commencement de ce siècle; ils combattaient en phalanges serrées, dangereuses par leur masse et par Félan et la rapidité de leur attaque. Les Zoulous s*étaient battus longtemps contre les Boers du Transvaal, à propos de territoires et de vol de bestiaux. Ils venaient aussi pilier la frontière nord de Natal. Le cabinet conservateur se décida i détruire leur armée en même temps qu'il intervenait au Transvaal. Un gouverneur énergique pris dans le service indien, Sir Bartle Frère (1877), se rendit à Natal, fit tracer la frontière d'une manière précise et somma le roi des Zoulous, Cettiwayo, fils de Panda, de livrer les Zoulous meurtriers d'Européens, de recevoir les missionnaires qu'il avait expulsés et d'accepter un résident britannique dont l'autorisation lui serait indispensable pour faire la guerre (1818). Cettiwayo n'ayant pas répondu, une colonne anglaise entra sur
son territoire en janvier 1879; elle ne rencontra d*abord aucune résistance, mais» pendant que son chef faisait une reconnaissance, 700 Européens et 600 auxiliaires noirs, qui gardaient le camp à Isandlhawna et qui n'avaient pas pris la précaution de se retrancher derrière leurs chariots, i la manière boer, furent surpris par 14 000 Zoulous qui s'avançaient en rampant dans la brousse, et presque tous tués à coups de sagaies ; en même temps une phalange de Zoulous essayait d'envahir Natal, mais était arrêtée par le feu d'un détachement anglais. L'armée anglaise recula, se reforma au Natal et marcha en une seule masse de 4 000 hommes sur la capitale Ulundi, devant laquelle elle tailla en pièces les guerriers zoulous (4 juillet 1879). Cettiwayo fut fait prisonnier et déporté en Angleterre. Le Zoulouland fut déclaré territoire anglais et organisé comme la Cafrerie ; on y laissa les chefs indigènes sous le contrôle d'un petit nombre de fonctionnaires blancs. En 1883, le gouvernement libéral crut pouvoir rétablir Cettiwayo sous le protectorat britannique; mais à peine était-il revenu que son frère et plusieurs chefs lui firent une guerre acharnée où périrent 6000 guerriers. Cettiwayo 8*enfuit auprès des Anglais et mourut en exil. Pendant ces troubles, des aventuriers boers étaient intervenus; ils avaient fondé aux dépens du Zoulouland la petite république de Yrijheid, qui fut bientôt annexée au Transvaal. Le reste du Zoulouland, sous la royauté de Dinizoulou, fils de Cettiwayo, resta une possession britannique troublée par des émeutes et des brigandages. En 1888, Dinizoulou et plusieurs chefs ont été arrêtés par les autorités anglaises et déportés à Sainte-Hélène. En 1897 le Zoulouland britannique, avec 179 000 indigènes et 1 100 blancs, a été incorporé à la colonie de Natal.
Au nord des Zoulous, d'autres tribus cafres habitent deux territoires : le Tongaland ou Amatongaland avec 38 000 indigènes, sur la côte; le Souaziland (80000 indigènes), pays de vallées adossées aux monts Drakenberg, où les Boers viennent pendant une partie de l'année faire paître leurs troupeaux. L' Amatongaland est devenu anglais en 1887 et a été incorporé au Natal en même temps que le Zoulouland. Le Souaziland, déclaré indépendant par la convention anglo-transvaalienne
de 1884, a été, après la mort de son principal chef, placé sous le contrôle commun des Boers et des Anglais (i889), puis sous l'administration de la République sud-africaine seule (189i-95). Tous ces territoires sont gouvernés par les chefs indigènes sous le contrôle européen. Les Cafres paient une taxe des huttes, le gouvernement leur garantit les droits de chasse et de pâture, interdit de leur vendre de Talcool et protège les missionnaires.
Le Pondoland (ancienne Gafrerie indépendante), qui séparait le Cap de Natal, ayant été incorporé à la première de ces deux colonies (1894), toute la côte Est jusqu'à Mozambique et presque tout l'ancien territoire des diverses tribus ont passé sous ladministration directe de l'Angleterre.
Entre les plaines du Pondoland et l'État d'Orange se trouvent les pays montagneux des Griquas de l'Est et des Basoutos. Les Basoutos, annexés au Cap depuis 1871 , se sont révoltés, avec l'aide des Griquas, quand on a voulu les désarmer en 1880, et ont tué un résident, mais ils ont été soumis par les volontaires. Le Griqualand Est a été incorporé au Cap. Le Basoutoland, que la colonie avait pris malgré elle et dont elle ne voulait pas payer les frais d'occupation, est devenu un territoire à part (1884), administré à peu près comme les pays zoulous. Ainsi les deux États boers se sont trouvés bloqués du côté de la mer par les possessions anglaises.
Du Bechouanaland au Tanganyka. — M. Rhodes et la Compagnie & charte. — Vers l'ouest, les Anglais ont également réussi a empêcher l'expansion des États boers. De ce côté vivaient, au nord de la colonie du Cap, les tribus peu nombreuses des Bechouanas, pasteurs paisibles. Leur pays a été disputé entre les Anglais et les Boers, depuis la convention de 1852. Au moment où fut conclu le traité de 1884, des Voorlrekkers boers avaient fondé chez les Bechouanas de petites républiques, le Stellaland, l'Eugenia, le Goschen. On décida que le territoire contesté serait partagé entre la République Sud-Africaine et l'Angleterre, qui voulait s'assurer une route vers l'Afrique centrale. Les deux pays prétendirent à la possession de la principale agglomération, Mafeking; la bou^ gade fut occupée par les volontaires anglais et la police à
EXPANSION DE L'ANGLETERRE EN AFRIQUE Ul
cheval et resta britannique (1884). Tout le territoire au sud du Molopo devint le Bechouanaland britannique (1885), d*abord colonie de la Couronne, puis incorporée au Cap (1895). La suzeraineté de l'Angleterre avait été dès 1885 proclamée d'une façon générale jusqu'au Zambèse. C'est ce qu'on appela le protectorat de Bechouanaland : ce nom fut ensuite appliqué à la région la plus déserte (Kalahari), qui renferme à peine 200 000 habitants sur un espace grand comme la France. Ces solitudes ont été occupées pour empêcher les Allemands établis sur la côte atlantique (1885) de fermer aux Anglais le chemin de l'intérieur : la frontière anglo-allemande a été tracée en 1890. Le protectorat de Bechouanaland fut administré par des chefs indigènes, dont le principal était Khama, sous un résident britannique dépendant du haut commissaire.
Plus au nord se trouvent d'immenses régions plus fertiles et plus peuplées; leur occupation par les Anglais a soulevé les réclamations du Portugal, qui se croyait possesseur de Tintérieur de l'Afrique entre ses colonies d'Angola et de Mozambique, mais qui a fini par reconnaître à l'Angleterre la possession de la zone contestée (1889-91). Ces nouvelles annexions sont devenues le domaine de la Compagnie à charte du Sud de l'Afrique. La compagnie administre : 1"^ au nord du Kalahari les plateaux habités par les nègres machonas, race indigène, et par les Matabélés, conquérants cafres venus de la côte (1889) ; — 2* au nord du Zambèse toute l'Afrique centrale anglaise (1891), moins le Nyassaland, qui forme un protectorat à part : en tout plus de deux fois l'étendue de la France. La compagnie a été fondée par un Anglais, M. Cecil Rhodes, venu d'abord au Cap pour rétablir sa santé, et retenu ensuite par les mines de diamants. M. Rhodes eut l'idée de syndiquer ces mines qui se faisaient concurrence, de manière à régler la production sur la demande; quelques années après, il fonda un syndicat analogue de mines d'or à Johannesburg. En même temps il prenait parti pour la politique d'annexion; c'est lui qui en 1884 avait réclamé et obtenu l'occupation de Mafcking. A peine le protectorat anglais était- il proclamé jusqu'au Zambèze que M. Rhodes fondait une compagnie pour exploiter
Uâ COLONIES ET DÉPENDANCES DU ROYAUME-UNI DEPUIS 1870
les mines des montagnes du Hatabéléland, Tancien Ophyr, où se dressent les ruines peut-être phéniciennes de Zymbabey (1888). Le gouvernement anglais venait alors de conclure avec le principal chef matabélé, Lobengula, un pacte d amitié par lequel le chef promettait de ne pas traiter avec les étrangers sans lassentiment du haut commissaire. Pour mettre en valeur ce pays éloigné, le gouvernement anglais accepta les propositions de la compagnie Rhodes ; le 29 octobre 1889 il lui donna une charte (monopole), et les droits de souveraineté (administration, justice, armée, vente de concessions) à condition qu'elle prolongerait le chemin de fer arrêté à Kimberley, le télégraphe arrêté à Mafeking, qu'elle encouragerait Témigration, le commerce et l'exploitation des mines. Immédiatement la compagnie réunit une équipe de pionniers, leur fit construire une route de plus de 600 kilomètres pour pénétrer dans les montagnes, élever à lextrémité de cette route les constructions du fort Salisbury, capitale de la Rhodesia, puis les employa aux travaux des mines (1890). La colonisation fut bientôt troublée par les Matabélés, gens de guerre et de pillage comme les Gafres. En 1893, ils arrêtèrent le courrier et dévalisèrent plusieurs négociants : le haut commissaire permit alors à la compagnie de faire la guerre à leur chef Lobengula. La compagnie avait 670 blancs et 570 noirs à cheval, commandés par un Anglais, le docteur Jameson ; les expéditions consistèrent en raids de cavalerie d*un kraal à un autre ou d'une bande de guerriers à une autre ; on tua beaucoup d'indigènes, plusieurs furent enfumés dans des grottes, enfin le village fortifié de Lobengula, Boulouwayo, fut pris, et le chef disparut. La guerre a recommencé en 1896, après que l'expédition de Jameson au Transvaal eut dégarni le pays d'une partie de la police à cheval. Cette fois ce fut une insurrection générale; il fallut demander des volontaires au Cap, organiser des corps irréguliers. La compagnie dépensa plus de 50 millions. Les blancs pénétrèrent de différents côtés dans les montagnes et firent une sorte de chasse à l'homme. Un des épisodes les plus curieux de cette campagne est celui de deux volontaires qui réussirent à gagner à travers les rochers une grotte où vivait le
sorcier le plus célèbre du pajrs et qui le tuèrent d*une balle pendant qu*il se livrait à des danses magiques. La guerre se termina par le désarmement général des indigènes; elle eut pour conséquence une famine qui a réduit le nombre des indigènes déjà diminué par les batailles et les massacres.
Malgré les deux guerres et les dépenses qu^elles ont occasionnées, la compagnie a fort avancé Texécution des travaux publics. Le chemin de fer de pénétration dans TAfrique centrale a été prolongé, toujours en territoire anglais, au delà de Boulouwayo, le télégraphe de Hafeking à Fort-Salisbury, et de là, par la Compagnie du télégraphe africain transcontinental, jusqu'au Tanganyka; il doit atteindre l'Ouganda, puis le Nil. Lie service des postes fut établi, dès les premiers temps, sur une route assez bonne pour qu'on pût aller en vingt-quatre jours de Londres à Fort-Salisbury. Enfin on a terminé la construction d'un chemin de fer entre cette dernière ville et Beira sur la côte portugaise; c'est aujourd'hui la route d'Europe en Rhodesia. Celle du Cap est trop longue et traverse des pays trop pauvres.
Projets de fédération; TAfirlkander Bond; Tan-
nexion des Républiques. — Après la soumission à peu près
complète des indigènes, TAfrique australe a été de nouveau
agitée par la question boer, qui se pose en même temps au Cap
et dans les deux républiques autonomes. Les Hollandais du Cap,
sujets de TAngleterre, se sont organisés politiquement; ils
ont fondé en 1880 VAfrikander Bond, dont le but est de réaliser
l'ancien projet de fédération sud-africaine sous la suzeraineté
de TAngleterre, les droits des Hollandais étant sauvegardés.
Ceux-ci réclamaient notamment l'autorisation de parler leur
langue au Parlement; ils Tobtinrenl du gouvernement libéral
en 1882. Dix ans après, la moitié des représentants leur était
acquise. M. Cecil Rhodes, devenu premier ministre du Cap,
réussit à réconcilier Anglais et Afrikanders. Il fit voter la
loi électorale de 1892 qui exigeait pour être électeur aux deux
Chambres la faculté de signer son nom, et une propriété de
75 livres ou un salaire de 50; c'était, pratiquement, ôler le droit
de vote aux indigènes, ce qui satisfaisait tous les colons blancs.
M. Rhodes déclara publiquement à Kimberley (i891) qu il toulait une fédération, mais qu*il l'attendait du libre consentement des États : c'était le programme des i4/W/ranrf^s. Us s'agissait de le faire accepter aux deux républiques. L'Orange (77 000 blancs, 130000 indigènes), faisant presque tout son commerce avec le Cap, avait laissé prolonger à travers son territoire les chemins de fer de cette colonie; il avait conclu avec elle (1890) une union douanière. L'influence anglaise n'y rencontrait pas d'opposition sérieuse. Au contraire le président de la République sud-africaine, M. Paul Krûger, ancien insurgé de 1880, était hostile à l'immigration étrangère et à la fédération, et la majo* rite du Yolksraad partageait son avis. L'opposition entre ses vues et celles de M. Rhodes n'aurait peut-être pas amené de conflit, sans l'intervention des étrangers occupés aux mines d'or duTransvaal.
Ces mines étaient de nouveaux gisements découverts en 1884 dans le sud de la République et dont la richesse était inouïe. En quelques années la prospérité du Transvaal, tombée après l'épuisement des anciennes mines, se releva. Les gisements riches sont presque tous concentrés dans le district du Witwatersrand.
L'or se trouve dans le quartz, qu'il faut faire sauter à la dynamite, puis broyer avec des machines à vapeur. Le travail est fait par des Cafres sous la direction d'un état-major blanc dont les chefs sont des personnages riches et influents. La capitale de l'or, Johannesburg, fondée en 1886 sur une lande déserte, est aujourd'hui une grande ville de 102 000 habitants, avec l'éclairage électrique des rues, des magasins, une bourse, des journaux, enfin tout ce qui caractérise une ville européenne, moins l'eau qu'on n'a pas encore pu lui amener. De toutes les « villes champignons », c'est peut-être celle dont la croissance a été le plus rapide. Les chemins de fer ont pénétré dans le Transvaal, qui n'avait connu jusque-là d'autres moyens de transport que les chariots à plusieurs paires de bœufs. Pretoria et Johannesburg sont reliés au Cap à travers l'Orange, et à Lourenço Marquez sur la côte portugaise. Le revenu du Transvaal passait de 30000 livres (1870) à 1250000 (1892).
Néanmoins le président Krûger et le Yolksraad étaient mécontents de Tafflux des étrangers. Quand on lui demanda Tautorisation de prolonger le chemin de fer vers le nord, où Ton avait découvert de nouvelles mines, le président refusa en disant : « C'est assez d'un Johannesburg, nous n'en voulons pas deux. » Johannesburg, exclusivement peuplé d'étrangers, écrasait la capitale, Pretoria, qui comptait à peine 10 000 habitants et n'était qu'une sorte de grand village. Les Boers et les étrangers (uUlanders) formaient deux populations ennemies Les uitlanders n'avaient pas de droits politiques : ils se plaignaient d'être exploités par un gouvernement auquel ils n'avaient aucune part. La République prélevait sur les concessions minières, sur les exportations et les importations (sauf pour les marchandises portugaises) des droits élevés; c'étaient là ses principales recettes. Elle avait concédé le monopole de la vente de la dynamite à une compagnie qui majorait les prix de 40 p. 100, l'exploitation du chemin de fer à une compagnie néerlandaise dont les tarifs doublaient le prix de la houille. Elle refusait de résoudre la question du travail indigène selon les vœux des uitlanders, qui réclamaient l'interdiction de l'importation de Talcool par le territoire portugais, l'élévation de la taxe des huttes de 12 fr. 50 a 125, sauf dans le cas où l'indigène était occupé aux mines, enfln l'obligation pour tout indigène de porter un numéro qui lui tiendrait lieu d'état civil et permettrait de le reprendre s'il s'enfuyait après s'être engagé au service d'un blanc. Les uitlanders n'avaient obtenu aucune concession, mais ils en prenaient leur parti, pensant que la couche de quartz aurifère serait épuisée en quelques années et qu'alors ils abandonneraient Johannesburg, la ville sans eau et sans cultures.
Mais on découvrit près de Johannesburg de nouvelles couches aurifères au-dessous des anciennes et dans d'autres parties du Transvaal de nouveaux champs d'or. Les uitlanders se considérèrent comme fixés pour longtemps dans la République et voulurent absolument obtenir des droits politiques pour les employer au profit de leur industrie (1894).
Les Anglais de Johannesburg fondèrent une Union nationale
Butoirs oéiiéRALK. XH. '"
146 COLONIES ET DEPENDANCES DU ROVAUME-UNl DEPUIS 1870
SOUS la direction de M. Charles Léonard : l'Union réclama, sans succès, des écoles anglaises et le droit de cité pour les élrangers. Elle s'entendit avec la Chambre des mines, c'est-à-dire avec le syndicat de toutes les compagnies, dont le président était M. Lionel Philipps. Le syndicat s'était borné jusque-là i acheter des membres du Volsksraad ; il avait dépensé de la sorte 75 000 francs pour empêcher le vote de la loi sur le repos du dimanche. Cette fois il s'agissait d'obtenir des droits politiques. MM. Léonard, Philipps et plusieurs industriels, dont un Améri* cain, s'entendirent pour faire à ce sujet une agitation à Johannesburg; on allait jusqu'à prévoir un soulèvement; des armes, des munitions, des vivres furent introduits en secret dans des magasins. M. Rhodes, premier ministre du Cap, personnage important de la compagnie à charte et du principal syndicat de mines d'or, était au courant du mouvement et l'approuvait. Les meneurs pensaient que Johannesburg serait investi par les Boers, ils s'étaient assurés, dans cette éventualité, le concours d'un agent de la compagnie, le D' Jameson, vainqueur des Matabélés, qui devait venir délivrer la ville à la tête de sa police à cheval. Tout était prêt vers la fin de 1895. Dans un meeting à Johannesburg, les partisans du mouvement exposèrent leurs demandes de réformes avec des menaces contre le gouvernement boer, s'il ne cédait pas; mais les uitlanders allemands, hollandais et français répliquèrent par une manifestation loyaliste à la Bourse. Les étrangers étaient coupés en deux factions et les chances de succès fort diminuées. M. Léonard se rendit en toute hâte à Capetown auprès de M. Rhodes pour le prier de télégraphier au D' Jameson de ne pas intervenir avec ses soldats. Mais Jameson « prit le mors aux dents »; il envahit le territoire transvaalien après avoir coupé le fil télégraphique qui le mettait en communication avec le Cap. Abandonné à lui-même, sans vivres, il fut cerné et pris par les miliciens boers. Ceux-ci se tournèrent ensuite contre Johannesburg, où le comité des réformes avait dominé pendant quelques jours, et y prirent les chefs du mouvement. L'agression de Jameson, l'intervention évidente de la compagnie de M. Rhodes ont éveillé la défiance des Hollandais contre
les Anglais. La République sud-africaine a acheté des canons et des fusils pour défendre son indépendance. L'Orange s est rapproché d'elle par un traité. Le gouvernement conservateur anglais a soutenu les prétentions des uitlanders et réuni des troupes sur la frontière du TransvaaI. Une longue guerre s est engagée d'octobre 1899 à mai 1902; elle a abouti à Tannexion des deux républiques.
L'Angleterre dans les autres parties de l'Afirique. — L'Afrique australe anglaise et l'Afrique centrale anglaise qui la prolonge ne sont qu'un des morceaux obtenus par l'Angleterre dans le partage de l'Afrique. Ce partage est un des plus grands événements coloniaux de l'époque contemporaine. Il a été préparé par des missions militaires chargées de traiter avec les chefs indigènes, obligées parfois de s'ouvrir un chemin par les armes, en butte à l'hostilité des représentants des autres nations; il a été opéré en Europe par des congrès de diplomates qui ont tracé sur des cartes parfois insuffisantes les zones d'influence des différentes nations. Chaque traité est 8oi?i d'une délimitation de frontières sur le terrain; aucun ne règle toutes les difficultés. Une fois établis sur la côte, les Européens sont obligés de détruire les Etats militaires indigènes au moyen d'expéditions meurtrières et coûteuses. Celles des Anglais, surtout la première expédition contre les Achantis (1813-1874), sont réputées comme les plus soigneusement préparées au point de vue du ravitaillement et de l'hygiène. On ne peut ici entrer dans les détails des annexions en Afrique. Voici d'une façon générale les positions occupées par les Anglais. 1* A l'ouest, leurs établissements de la côte de Guinée ont été tournés et coupés de l'intérieur par des colonies françaises; mais la convention de 1890 a donné aux Anglais le cours inférieur du Niger, la Bénoué, tous deux navigables, et la partie fertile et peuplée du Soudan jusqu'au lac Tchad (Lagos, colonie de la Couronne; protectorat de la Nigeria). La convention de 1898 a partagé une région contestée entre France et Angleterre en décidant que la colonie du Dahomey rejoindrait les territoires français de la bouché du Niger. — 2* A lest, la côte et la région des lacs ont été partagées entre l'Allemagne et
TAngleterre à la suite de plusieurs conventions (1886-i890).Le \ territoire anglais comprend : le protectorat de Zanzibar; i ri. B. E. A. {Impérial British East Africa) concédée jusqu'en : 1895 à une compagnie, puis administrée directement; le protectorat de rOuganda (1894). 3^ L'Egypte est occupée par une armrée anglaise qui a repris au nom du khédive et avec le con> cours des troupes égyptiennes la partie du Soudan occupée par les Derviches. La question de savoir à qui appartiendront les pays du Haut-Nil, égyptiens avant Tinsurrection mahdiste, a été réglée en faveur de l'Egypte et de TAngleterre par la convention franco-anglaise de 1899. En somme, si l'Afrique orientale allemande et l'Etat du Congo ne barraient le continent — les pays placés sous l'influence ou sous l'administration anglaise en Afrique s'étendraient < du Gap au Nil », suivant le mot de M. Rhodes. La plus grande partie de l'Afrique anglaise se compose d'anneiLions nouvelles dont l'organisation est à peine commencée. Un seul morceau important (la Rhodesia) reste sous l'administration d'une compagnie. La seule colonie qui ressemble à un Etat européen est le Cap, qui doit son récent développement aux mines de diamants et qui pourra devenir le centre d'une fédération de l'Afrique australe.
/F. — L'Empire des Indes.
La reine Victoria a été proclamée Impératrice des Indes le 1" janvier 1877 à Delhi, l'ancienne capitale du Grand Mogol, dans un darbar ou assemblée des princes et de grands personnages ; il y avait là 63 souverains, 300 nobles de Tlnde, le gouverneur général des possessions portugaises, des ambassadeurs du Siam, du Népaul, du Kachgar, du Beloutchistan, 15000 soldats, des canons ornés d'or et d'argent, des éléphants couverts d'étoffes précieuses. Ce ne fut qu'un épisode théâtral de l'administration directe, préparé par le ministre Disraeli. Il n'a créé qu'un titre nouveau. Le gouvernement anglais a continué la politique inaugurée en 1858 : plus d'annexions aux Indes; les États vassaux gardent leurs souverains; on a même rétabli en
1882 la dynastie de Mysore, dépossédée depuis cinquante ans. L'administration continue lentement à devenir occidentale, préoccupée de l'intérêt du pays, au lieu d'être une simple exploitation des habitants par l'impôt, à la manière orientale. Cette évolution est contrariée par les expéditions et les annexions qui recommencent à la frontière nord-ouest, pour répondre aux progrès de la Russie dans l'Asie centrale.
Anglais et Indigènes. — Le gouvernement direct a pris trois séries de mesures en faveur des indigènes :
l"*!! a continué à réaliser lentement la promesse faite en 1858 d'employer les Indiens sur le même pied que les Anglais; on les occupe dans les emplois inférieurs de la police, des finances et de la justice. Le parlement a promis en 1893 que les examens pour les hauts grades du civil service se passeraient simultanément aux Indes et en Angleterre. Mais la mesure n'a pas encore été appliquée et l'emploi des indigènes dans les postes élevés ne donne pas de bons résultats si l'on en croit les Anglais. De nombreux babous ou lettrés indous entrent dans l'administration; mais les musulmans, tenus en défiance par suite des souvenirs de 1851, les Sicks, et même les Indiens de caste supérieure les méprisent et n'aiment pas à être gouvernés par eux. Les fonctionnaires indigènes n'ont pas la même conception de la moralité que les Européens , les juges acquittent trop facilement les personnes des hautes castes; à la suite des faits de ce genre on a supprimé les jurys indous. Certains administrateurs trafiqueraient de leur charge. « Nous autres Indiens, disait l'un d'eux au membre financier du conseil de l'Inde, nous mentons toujours quand cela nous convient. > Ce sont les mœurs administratives que les Européens ont trouvées partout en Extrême- Orient.
2'' On a essayé d'intéresser les Indiens de toute race aux affaires de leur pays en créant des municipalités, des conseils de district, tout un gouvernement local où ils peuvent entrer tantôt par élection, tantôt par désignation. Quelques-uns des leurs sont nommés par le gouvernement membres du Conseil de Calcutta et des conseils des présidences. La presse indigène a obtenu une assez grande liberté sous un gouverneur libéral,
lord Ripon (1882) ; elle a près de 600 oignes en 16 langues. Depuis 1886 un Congrès national, composé de délégués indigènes, se réunit chaque année dans une des grandes villes de rinde et présente des vœux pour Temploi des Indiens dans les hautes fonctions et rétablissement du régime parlementaire. Le mouvement est conduit par la minorité lettrée de llnde, et c'est à elle surtout que profiteraient les concessions. Elle se déclare loyaliste, mais le gouvernement met en doute sa sincérité. Les Indiens apprennent Tanglais, mais conservent leurs religions et leurs habitudes de castes. Les grands personnages recherchent les invitations du vice-roi, mais évitent de manger ou de boire avec les Européens et fuient leur contact comme impur. 3** Pour la masse du peuple, on a continué à la civiliser d autorité, en réprimant les coutumes considérées comme barbares et en lui donnant des habitudes européennes. On a empêché le meurtre des filles dans le Pendjab, le nord-ouest et Bombay, interdit le mariage d*enfants trop jeunes (1891), et ordonné la vaccination. Le récent développement des manufactures a amené le vote d*une loi qui interdit le travail des enfants au-dessous de quatorze ans et limite celui des femme& à 11 heures par jour (1892). Les effets de Topium ont été étudiés par une commission dont les conclusions furent que Topium faisait moins de mal aux Indiens que Talcool aux Européens (1896). Une commission d'enseignement créée par le vice-roi libéral Ripon (1882) a fait accorder des subventions aux écoles indigènes jusque-là négligées. De 1858 à 1898 le budget de Tinstruction publique a été décuplé; mais les écoles ne sont encore fréquentées que par 21 p. 100 des garçons et 2 p. 100 des filles. C'est à peine si 12 millions d'indigènes savent lire et écrire. Les effets de l'administration anglaise sont souvent mal interprétés par les indigènes. La vaccination, par exemple, était regardée par un chef musulman comme un moyen de découvrir le mahdi, qu'on reconnaît à la couleur de son sang. Les Indiens ne voulaient pas la subir pour ne pas être souillés par le contact des blancs. Toutes les races, toutes les religions se refusent à Fassimilation. La propagande acharnée et coûteuse des missionnaires chrétiens depuis plus d'un siècle n'a pas converti un
deux-centième des habitants : on dit couramment qu'aux Indes une conyersion coûte 25 000 francs. Il est vrai que llndigène est rebuté par la raideur de TAnglais qui méprise en lui le blackfelloîD ou « l'idolâtre » ; mais les causes profondes de son hostilité contre les blancs sont religieuses. Les mêmes causes d'ailleurs séparent les castes indoues, brouillent les diverses religions : les musulmans insultent les processions brahmanistes et égorgent des vaches sur leur passage; les brahmanistes viennent pousser des cochons dans les mosquées; de là des rixes fréquentes où les soldats anglais interviennent pour rétablir Tordre, car la police indigène est trop partiale. En somme, rinde n'a d'autre unité que celle de l'administration et les rivalités de ses peuples sont une des raisons qui maintiennent la domination étrangère.
Ijes famines et les mesures préTentlves. — Rien ne montre mieux l'esprit nouveau de l'administration anglaise et en même temps l'insuffisance de ses effets, que les mesures inaugurées par elles pour prévenir les famines. La famine, a-t-on dit, est € une institution de l'Inde ». La population est en immense majorité agricole et vit de riz sur les côtes, de millet dans l'intérieur. La pluie, indispensable aux céréales, tombe quand les moussons soufflent de l'Océan Indien et arrivent chargées d'eau. Si le vent manque ou s'il tarde simplement, la récolle est perdue et la famine commence. La famine a toujours éclaté périodiquement dans l'Inde, mais ni les radjahs, ni le Grand Mongol, ni la compagnie n'avaient pensé à la combattre. Sous l'administration directe, le vice-roi commença à intervenir. De 1861 à 1869, il fît, à trois reprises, distribuer des vivres aux habitants pendant des famines locales. En 1873-74, une famine restreinte au Bérar éveilla pour la première fois la compassion de la métropole qui envoya de l'argent. En 1876-77, la pluie manqua deux années de suite dans le sud, pendant Tannée 1877 elle manqua partout, sauf au Bengale. 59 millions d'habitants souffraient de la famine, à laquelle se joignit le cho- ■ra. On employa les affamés i des travaux de charité, on fit des distributions gratuites ; le gouvernement seul dépensa 27S millions. Malgré les secours, on compta 5 millions 1/4 de morts
par la faim et le choléra, et 2 millions de naissances en moins. Le Parlement impérial fît faire une grande enquête dont le résultat a été publié en 1880. Il fut décidé qu'un fonds d'assurance contre la famine serait constitué au moyen d*un prélèvement annuel sur le budget : cet argent devait être employé dans les périodes de prospérité en travaux d'irrigation destinés à suppléer au défaut de pluie, en chemins de fer destinés à assurer Tapprovisionnement rapide des régions éloignées, et le reliquat devait ôtre distribué en secours pendant les famines. Le fonds de famine fut constitué, mais comme le fléau avait cessé et que Taugmentation des dépenses militaires absorbait une partie toujours plus grosse du revenu, on cessa de lalimenter, et le gouvernement des Indes fut pris au dépourvu par la terrible famine de i896. Cette année, la pluie manqua absolument dans la région du Gange moyen, la plus riche et la plus peuplée de Tlnde, et à peu près complètement dans le Pendjab et le centre. Près de 60 millions d'indigènes souffrirent de la famine ; la caisse de famine, les souscriptions des princes feudataires et de la métropole, les ateliers de charité, les distributions gratuites furent absolument insuffisants; les indigènes mouraient de faim sur les routes, dans les rues et les cours où ils cherchaient des débris de cuisine et des épluchures; plusieurs bandes attaquèrent des convois de vivres et furent dispersées à coups de fusil. La peste bubonique apparut à Bombay et dans plusieurs villes. Les famines et la peste ont continué leurs ravages dans les années suivantes.
Le gouvernement avait dépensé 50 millions de roupies, en avait perdu 40 autres sur le rendement des impôts. Depuis, il a cherché les moyens de reconstituer la caisse de famine. La négligence de l'administration des Indes a soulevé en Angleterre de vives protestations. L'opinion libérale de la métropole s'est prononcée contre les mesures de rigueur employées depuis l'époque de la famine par le gouvernement conservateur contre la presse indigène.
Les cultures; commencement de la ^ande industrie : le commerce et les douanes. — Les mesures pour défendre les petits fermiers du Bengale contre les exigences
des zémindars ont été complétées; dans le Dekkan, pays de petits propriétaires chargés de dettes, on a donné aux tribunaux le droit de réduire les intérêts et dans certains cas le principal des créances; on a pu dire que le gouvernement était plus révolutionnaire et les travailleurs agricoles mieux protégés au Dekkan et au Bengale qu'en Irlande ou en Angleterre; ces mesures ont d'ailleurs soulevé les protestations des conservateurs anglais. La production agricole a été encouragée par le développement des voies de communication et par le remaniement des tarifs douaniers. L'Inde a aujourd'hui plus de 30000 kilomètres de chemins de fer, le réseau le plus important de l'Asie; ils ont été construits pour développer le commerce, pour ravitailler les régions menacées par la famine et enfîn, surtout au nord-ouest, pour assurer la défense. Le gouvernement s'est mis à en construire depuis 1875 : la plus grande partie de ceux qui datent des dix dernières années appartiennent à l'Etat et sont exploités par lui ou par des compagnies fermières. Les douanes des Etats feudataires ont été supprimées. Pour les douanes extérieures on a vu * qu'elles avaient été établies en partie au profit de l'industrie et du commerce anglais contre ceux de l'Inde. Les producteurs de l'Inde ont protesté et on leur a fait plusieurs concessions. En 1873 le droit d'exportation sur les blés indiens a été supprimé. Le Pendjab et le Gange moyen se sont mis à envoyer du blé en Europe et leur exportation augmente chaque année. C'est un événement capital dans l'histoire économique de l'Inde.
La renaissance de l'industrie du coton est peut-être plus importante encore. L'ancien tissage à la main avait été tué par la concurrence des filatures à vapeur du Lancashire et de Glasgow. Llnde, après avoir été le seul pays producteur d'étoffes de coton, était devenue la cliente obligée de l'Angleterre. Les cotonnades étaient la principale exportation de la métropole aux Indes. Elles furent longtemps, comme tous les objets importés, frappées d'un droit de 10 p. 100 à leur entrée aux Indes Mais les manufacturiers anglais obtinrent, malgré Top-
L Voir ci-dessus, t. X, p. 9S1.
position du vice-roi, le libre-échange avec les Indes (1879-82). L*administration flnanciëre protesta à cause du déficit créé dans le budget par la suppression des droits; les membres des Conseils et des Chambres de commerce, anglais aussi bien qu*indigënes, réclamèrent au profit de l'industrie indienne, menacée dès sa naissance. On songea d abord an budget, et ie conseil législatif de Calcutta rétablit les droits d'importation sur tous les objets, sauf sur les cotonnades (1893). L'éqnilibre n étant pas rétabli, le conseil législatif frappa tous les cotons et tissus importés ou indigènes d'un droit égal : les fabricants des Indes ne sont pas satisfaits et continuent à réclamer des droits protecteurs. L'industrie indienne emploie environ 300 000 ouvriers, presque tous occupés dans des filatures à vapeur de coton ou de jute et dans des distilleries de riz. On a commencé à exploiter des mines de houille qui occupent 90 000 personnes et donnent 6 millions de tonnes de combustible par an. La culture du coton, qui avait rapidement baissé une fois la guerre de sécession finie, augmente chaque année • l'Inde en tisse sur place une quantité toujours plus grande. Les cotonnades indoues, grossières et à bon marché, s'exportent déjà sur la côte occidentale d'Afrique. Le coton est la seule des anciennes productions de l'Inde qui reprenne son importance. La soie décline de plus en plus. De même le café, tué par la maladie et la concurrence du Brésil. Par contre, le thé, planté par les Anglais sur les pentes de l'Assam (pays du Brahmapoutre), tend à remplacer celui de Chine dans la consommation anglaise et australasienne. Dans la colonie de Ceylan, le café, ruiné, a été remplacé par le thé, dont l'exportation, commencée en i875, fournit déjà les 4/5 du thé acheté par rAngleterre, Les cultures nouvelles sont dues à Finitiative des Anglais : grâce à eux et au développement des voies de communication, le commerce de l'Inde est sans cesse en progrès. C'est surtout un commerce d'exportation.
La chute de la roupie. — Les dépenses militaires; le déficit. — Le commerce indien a soufifert beaucoup de la dépréciation de l'argent. L'Inde a comme monnaie légale une monnaie d'argent, dont Tunité est la roupie, qui était évaluée à
2 fr. 50. Par suite de la grande production d argent, la roupie est tombée de plus en plus et ne valait en 1893 que 0 fr. 10. Elle continuait à circuler pour sa valeur nominale aux Indes, mais perdait les deux tiers au change contre Ter. Or, la monnaie légale de TÂngleterre étant la monnaie d'or, les commerçants et industriels indiens devaient solder en or leurs dettes avec la métropole, ce qui les doublait ou les triplait. Le budget indien souffrait de la même a^ravation pour les sommes qu*il devait payer en Angleterre (intérêts, pensions, traitements). Enfin les fonctionnaires européens se plaignaient que le pouvoir d'achat des sommes qu*ils recevaient eût beaucoup baissé ailleurs que dans Tlnde. Comme la valeur de 1 argent ne se relevait pas, le gouvernement ordonna une enquête à la suite de laquelle la valeur officielle de la roupie fut réduite i 1 fr. 60 et la frappe libre de l'argent interdite dans les Hôtels des monnaies indiens.
La chute de la roupie, l'augmentation des dépenses publiques et surtout des chaînes militaires ont fortement grevé le budget et accru la dette de l'Inde. Le déficit a apparu lorsque les grandes expéditions ont recommencé, en 1881 ; il est devenu chronique à partir de 1892. En 1898, le budget indien accusait 981 millions de roupies de dépenses, en face de 956 millions de recettes : la dette s'est élevée à 2 320 millions de roupies. Les principales dépenses sont celles de l'armée (241 millions de roupies, 580 pendant la guerre de 1880-82), des chemins de fer (234 millions contre 206 millions de recettes), des appointements du service civil (154 millions) et de la collection de l'impôt foncier (93 millions). Les principales sources de revenu sont : 1^ l'impôt foncier, qui est toujours la source de recettes la plus importante (256 millions de roupies), mais qui semble avoir été porté à son extrême limite ; 2^ le monopole du sel, établi de différentes façons, mais étendu à toute l'Inde en 1878; 3** les droits sur l'opium; 4** les divers impôts indirects. La tendance du gouvernement de Calcutta est d'augmenter les impôts indirects et les droits de douanes. Les membres non fonctionnaires des conseils repoussent les premiers et n'acceptent la seconde solution que si elle est établie de manière à protéger
les industries indiennes. L'opposition indigène proteste contre les dépenses faites hors de llnde qui absorbent 1/3 des recettes. L'expédition d'Afghanistan (1878-1880). — L'augmentation des dépenses militaires qui est la principale cause du déficit, est due au recommencement de la politique d'annexion. Après vingt années de paix, le ministère Disraeli entreprit tout d'un coup une grande expédition contre les Afghans. Leur émir, Ghir-Ali, l'un des fils de Dost Mohammed, avait été reconnu par le vice-roi et était considéré comme un voisin neutre. Les Anglais et les Russes avaient échangé la promesse de ne rien entreprendre contre lui. En 1878 il reçut une ambassade russe : aussitôt une ambassade anglaise lui fut envoyée; il refusa de la laisser entrer sur son territoire. Alors trois colonnes anglaises envahirent l'Afghanistan par les passes de Khaîber, de Kouram et de Bolan. Chir-Ali s'enfuit dans le Turkestan et y mourut. Son fils Yacoub accorda aux Anglais la frontière scientifique (c'est-à-dire l'accès des passages qui mènent au plateau d'Afghanistan), et consentit à recevoir un résident anglais à Caboul. Le premier résident fut assassiné immédiatement après son arrivée^ une deuxième expédition anglaise s'empara de Yacoub, qui fut déporté (1879). Pendant ce temps le cabinet conservateur était remplacé par un ministère Gladstone, opposé aux guerres et aux annexions, et le vice-roi lord Lytton, par lord Ripon, chargé de faire la paix. Malgré la bonne volonté du gouvernement, la guerre traîna encore une année, parce qu'un prétendant, gouverneur de Hérat, s'était soulevé contre les étrangers. Enfin les Anglais réussirent à installer comme émir Abdour Rhaman, descendant de Dost Mohammed, qui leur garantit Texécution du traité de 1879, et leurs garnisons évacuèrent Caboul, puis Kandahar. Le parti de l'expansion fut très mécontent contre Gladstone; il aurait voulu que l'Angleterre conservât l'Afghanistan. Par contre les contribuables indiens furent satisfaits de la fin d'une guerre dont ils payaient les frais, qui s'éleyèrent, tout compris, à 17 millions de livres. L'équilibre du budget, compromis par ces dépenses, fut rétabli pour plusieurs années. L'effectif des troupes fut ramené à 111 000 hommes.
L'extension récente de la firontlère nord-ouest . —
La paix paraissait assurée pour longtemps. Mais dès 1884 les progrès de la Russie dans l'Asie centrale ont entraîné de nouvelles annexions, de nouvelles expéditions, qui ont fait porter Teffectif de l'armée à 215 000 hommes, dont 74 000 Européens (1898). Voici les principales modifications de la frontière nordouest de rinde dans la période contemporaine. Le khan de Beloutchistan est devenu, moyennant subside, un prince vassal sous le contrôle d'un agent qui dépend du vice-roi (traités de 1854 et 1876). En 1893, le gouvernement des Indes Ta contraint d*abdiquer parce qu'il avait tué son ministre, et Ta remplacé par son fils. Un chemin de fer stratégique partant de l'Indus traverse le Beloutchistan, suit la passe de Bolan et aboutit au col de Khodjak, qui mène à la ville afghane de Kandahar; il a été construit très rapidement et à grands frais après la paix de 1880 ; 40 000 indigènes y étaient employés à la fois au tarif d'une roupie par jour : 10000 moururent du choléra. Le district beloutchi de Quetta, où se trouve lapasse de Boian et le point terminus de la ligne, a été cédé par le khan à l'Inde anglaise (1882). Les frontières du Beloutchistan et de l'Afghanistan ont été déterminées d'accord avec les Russes (1895), celles du Beloutchistan et de la Perse marquées par une ligne de bornes installées dans le désert (1896).
L*émir d'Afghanistan garde son indépendance, mais il est pratiquement sous la surveillance du gouvernement indien, qui lui paye un subside annuel. Il a demandé à traiter directement avec le gouvernement métropolitain, mais sans succès (1895). Les Anglais ont fait encore deux séries de conventions territoriales : 1"" Entre l'Afghanistan et la Russie, les frontières ont été déterminées par deux missions militaires, l'une anglaise, l'autre russe; on a d'abord fixé la frontière nord-ouest, entre Hérat, afghan, et Merv, occupé par les Russes en 1884. Pendant ces opérations, les Russes attaquèrent les Afghans dans la ville de Pendjeh, qu'ils leur enlevèrent (1885). On crut la guerre imminente entre l'Angleterre et la Russie. Le gouvernement des Indes leva des troupes et permit aux princes vassaux d'armer à Teuropéenne des régiments auxiliaires, mais la paix
fut maintenue et Pendjeh laissé anx Russes. Il fallut ensuite déterminer la frontière afghane sur le Pamir où les Russes avaient pris pied en 1891. Ce fut raGTaire d*une commission anglo-russe qui termina ses travaux en 1895. Toutes les difficultés furent résolues à l'amiable; les chefs des deux missions se congratulèrent et firent entendre des paroles de paix dans un banquet final. Depuis ces partages, les conflits entre Anglais et Russes ont cessé dans TAsie centrale. — 2® La frontière entre l'Afghanistan et l'Inde anglaise n'avait été modifiée que d*une manière générale en 1880. Elle a été déterminée par une série de conventions dont la principale est le traité de Caboul conclu solennellement entre l'émir et le conseiller des Afl'aires étrangères de rindoustan. A cette occasion l'émir passa son armée en revue devant la mission anglaise et annonça à ses soldats qu*ils étaient désormais les alliés des Anglais et qu'ils combattraient avec eux, s'il était nécessaire. A la suite de l'arrangement, des officiers anglais sont venus diriger des fabriques d'armes et de cartouches à Caboul. L'émir avait reconnu aux Anglais la possession de toutes les vallées qui mènent du plateau de Pamir dans le Pendjab. La principale, celle de Tchitral, avait été occupée par eux dès 1892. Au sud de la passe de Khaïber, il leur reconnaissait les droits de suzeraineté sur les pays de montagnes qui se trouvent entre le plateau afghan et le Pendjab jusqu'à la frontière beloutchie. Sur celte frontière, le Siwistan est administré directement par l'Inde, et le point terminus du chemin de fer qui traverse le Beloutchistan et se dirige vers Kandahar est porté au delà du col de Khodjak, dans la ville afghane de Chaman, cédée par l'émir. Seul, le passage de Khaïber restait au pouvoir de l'émir. Une délimitation postérieure (1896) a permis aux Anglais d'en atteindre le débouché et a ainsi complété la frontière scientifique.
Dans ces régions les Anglais ont eu à lutter contre des tribus musulmanes, mais ces résistances sont locales et semblent devoir être vaincues à force d'hommes et d'argent, à moins de complications extérieures. Or les difficultés avec la Russie, qui ont failli amener une guerre (1885), semblent terminées depuis que des commissions militaires anglo-russes ont limité avec exacti-