‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 18 sur 206 · TENTATIVES DE FÉDÉRATION IMPÉRIALE · texte numérisé non relu

TENTATIVES DE FÉDÉRATION IMPÉRIALE

cabinets, qui donnèrent quelques satisfactions. Ainsi, le gou* Ternement organisa en 1886 un office d'information pour les émigrants, qui. publie des statistiques et des brochures; une commission parlementaire siégeant de 1889 à 1891 publia une enquête très importante sur Témigration. D'après son avis, on songea à aider, avec participation de l'Etat, l'émigration vers les colonies des Irlandais habitant les districts trop peuplés. Sur ces entrefaites la crise économique avait cessé et le mouvement en faveur de l'émigration diminuait depuis 1888.

Mais l'impérialisme, tel qu'il est défini plus haut, était né pendant ces diverses agitations, et son programme était exposé en 1886-1887. En 1886 le discours du trône au Parlement parlait de « fédération impériale ». La même année, le Royal Colonial Insiilule prenait le titre à' Impérial Institute. Une Impérial Fédération League s'oi^anisait et elle envoyait au Canada et en Australasie un de ses membres, M. Parkin, faire des conférences en faveur de la fédération (1891). La ligue avait pour présidents des personnages importants du parti libéral, M. Forster, puis lord Rosebery. L'impérialisme, d'origine tory, pénétrait dans tous les partis. Un radical, sir Charles Dilke, qui avait débuté par un livre remarquable sur le monde anglais, Grealer Briiain (Plus Grande Bretagne, 1868), publiait en 1892 on des meilleurs ouvrages impérialistes, Problems of Grealer Britain. L'ancienne politique du statu quo en matière coloniale, naguère représentée avec éclat par Gladstone, n'a plus pour eUe qu'un petit groupe de fidèles, appelés par dérision les partisans de la petite Angleterre, Little Englanders.

Le projet de fédération reçut un commencement d'exécution en 1887, l'année du jubilé. La première conférence des ministres des principales colonies, convoquée Londres, discuta une union postale et un plan do défense; les débats aboutirent, comme on l'a vu plus haut, à une entente avec l'Australie pour l'augmentation des forces navales.

Avec les essais d'exécution apparaissaient les difficultés. La fédération doit être soit une union douanière, soit une union militaire. Sur la question des douanes les intérêts de l'Angleterre et ceux de ses principales colonies sont en contradiction.

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Les colonies sont protectionnistes pour favoriser le développement de leur industrie naissante* La vie économique de la métropole est au contraire fondée sur le libre-échange ; TAngleterre a besoin de recevoir en franchise les denrées agricoles qu elle ne produit pas en assez grande quantité pour nourrir la population de ses villes, elle a besoin, pour maintenir sa production industrielle, de pouvoir vendre librement àTétranger ses cotonnades, ses fers et ses houilles. On a dit que la Grande-Bretagne pourrait remplacer ses fournisseurs et ses clients étrangers par les colonies, et la proposition est théoriquement acceptable, quoiqu'elle suppose une perturbation très longue et probablement une crise; elle suppose aussi que les colonies consentiraient à sacriQer leurs industries naissantes. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir les propositions d'union douanière d'abord rojetées par les colonies industrielles et protectionnistes. Les conférences de M. Parkin ont été mal accueillies en Australasie, même dans l'État libre-échangiste de Nouvelle-Galles. Les conservateurs du Canada, tant qu'ils ont tenu le pouvoir, se sont déclarés adversaires de la fédération impériale. L'union douanière n'a guère trouvé de partisans qu'au Cap, c'est-à-dire dans la colonie la moins industrielle (réserve faite des mines). Le leader des Afrikanders, M. Hofmeyr, est l'auteur du plan de « zollverein » le plus étudié et le plus ingénieux, qui laisse les colonies maltresses de leur tarif en ce qui concerne les produits étrangers.

La fédération a été encore discutée lors du jubilé de 1897, puis lors du couronnement d'Edouard VII, entre le ministre métropolitain M. Chamberlain et les premiers ministres des colonies autonomes, réunis à Londres pour les fêtes. Le ministre canadien, sir Wilfrid Laurier, partisan des traités de commerce, s'est déclaré favorable à un projet d'union douanière. Il a accordé aux importations anglaises une réduction de 33 p. 100 sur le tarif canadien. M. Chamberlain, devenu le champion de l'impérialisme, s'est fait l'avocat d'une fédération ^oxxdimhve^ protectionniste ,dans laquelle l'Angleterre renoncerait à la liberté commerciale. La Grande-Bretagne ayant dénoncé le traité de commerce qui l'unissait à l'Allemagne, le bruit courut qu'elle allait* com-

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mencer avec le Canada un essai de « zollverein ». Mais la Non- •;elle-Zélande n'offre qu'une réduction de droits très inférieure à celle du Canada. L'Australie entend garder son tarif et propose simplement de le doubler pour les produits qui ne sont pas anglais. Ces deux colonies veulent rester protectionnistes pour maintenir les hauts salaires de leurs ouvriers

Les impérialistes demandent aussi que les colonies contribuent à l'augmentation, jugée nécessaire, de la flotte anglaise. C'est le principal sacrifice à leur demander, car la défense de l'empire doit se faire surtout par les forces navales. L'Australasie contribue déjà a Tentretien d'une escadre; de même pour le Canada. Le Cap a fait don à la reine du vaisseau de guerre Afrikander lors du jubilé de 1897. Mais toutes ces colonies veulent que les navires payés par elles soient employés exclusivement à la défense de leurs propres côtes.

En somme, la fédération impériale a séduit l'opinion anglaise comme un moyen de répondre au protectionnisme et aux armements des États continentaux; si les colonies se prêtent à la réaliser, ce sera vraiment, pour le monde britannique, au point de vue économique et militaire, le c splendide isolement » dont a parlé un de ses hommes d'État.

BIBLIOGRAPHIE

Une bibliographie complète pour la période contemporaine ne pourrait être dressée qu'avec les catologues des principaux libraires anglais et des éditeurs de publications oilicielles d'Ottawa, de Sydney et des capitales des colonies. Pratiquement, on se servira du Statesman's Year-Bookj pour la bibliographie générale, de la Review ofReviews pour l'indication et l'analyse des articles de revues ou de la National Biography pour la biographie (et la bibliographie) des gouverneurs, généraux, etc. Nous n'indiquons ici que quelques ouvrages qui sont particulièrement intéressants ou qu'il est plus facile de trouver.

GétÈétnÊMitém. — Fédération. — Sir Ch. Dilke, Problems of Greater Britain, Londres, 1890, 2 vol. in-8; un article dans la Revue de Paris, l«r janvier 1898. — Pierre Leroy-BeauUeu, Les nouvelles sociétés anglo-saxonnes, Paris, 2* édit,, 1901,in-18 (au point de vue de l'économie politique libérale). — G.-R. Parkin, Impérial Fédération^ tke Problem of national Unity, Londres, 4895, in-8. — A. Todd, Parliamentary Government in the British colonies, 2* éd., Londres, 1894, in-8. — Une collection de petites histoires des colonies vient d'être publiée à Londres, sous le litre de Slory of Empire Séries, in-8.

C^anada. — The Statistical Year Book of Canada (annuel). — Hnndhook of Canada, Toronto, 1897, in-8. — J.-P. Bourinot, Canada, Londres, 1896,

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in-8, petite hist. préférable à celle de W.-P Greewell, Londres, 1890, in-8. — G.-M. Qrajity Picturesque Canada, Toronto, 1884, 2 voL in-4, avec de magnifiques gravures. — Ch. Lindsey, Rome in Canada.,.^ Toronto, 1889, in-8. — G.-R. Parkin, The great Dominion; Studies in Canada, Londres, 1895, in-8 (recueil de correspondances). —Henri Moreau, Sir Wilfrid Laurier, Paris, 1902, in-16.

AtistraUuiie. — E.-A. Cogldan (chef de la statistique de la Nouvelle- Galles), Theseven colonies of Australasia, Sydney, in-8 (annuel). — The New- Zealand Officiai Year Book (annuel). — W.-P. Reeves (ex-ministre du travail en N,-Z.), The Long White Cloud (histoire de la N.-Z.). Londres, 2* éd., 1899, in-8; State Experiments in Australia andNew Zealand, Londres,

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1903, 2 vol. in-18. — A. Métln, Vlnde d'aujourd'hui, Paris, 1903, in-18.

Dans révolution politique de T Autriche-Hongrie depuis 1871, trois moments se détachent nettement. Jusqu'en 1878, les adversaires des Constitutions existantes, en Autriche se résignent, en Hongrie se rallient : le dualisme s'affermit. De 1879 à 1896, grâce à un changement de système en Autriche, la prépondérance de la Hongrie s'y accuse plus ouvertement, et il fonctionne sans trouble. Pour assurer le renouvellement facile du compromis à sa troisième échéance, le gouvernement autrichien commet à partir de 1896 une série de fautes qui provoquent la crise, où, après TAutriche, la monarchie et la Hongrie ellemême se trouvent sucessivement entraînées et qui n a point encore reçu de solution.

/. — Uère libérale allemande (iSyi-^iSjg).

Le ministère Auersperg. — La disgrâce imprévue de Beust gâta au parti libéral allemand la joie de son triomphe sur Hohenwart. Elle Tavertit de ne point se fier trop à ses propres forces. Aussi s'empressa-t-il d'accepter le pacte que lui proposa le prince Adolphe Auersperg, chef désigné du nouveau cabinet : politique intérieure strictement constitutionnelle, pleine

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liberté à la cour dans les questions militaires. Le président du conseil, frère cadet du prince Carlos \ était connu pour sa fidélité à la Constitution : son énergie et sa raideur d*ancien capitaine de cavalerie plurent à la majorité, tant qu*il ne les tourna que contre Topposition. Lasser, Tancien collègue de Schmerling, était Thomme d*Autriche le plus capable d'administrer le difficile département de l'intérieur; Stremayr, Fauteur de la dénonciation du Concordat, reprit les cultes et l'instruction. L'Université de Vienne fournit au cabinet deux de ses professeurs les plus distingués : Glaser à la justice, Unger comme ministre sans portefeuille, « ministre de la presse » et orateur du cabinet. Le gouvernement, aussitôt formé, se donna une majorité : comme toujours, quelques dissolutions de Diètes, suivies de nouvelles élections, y suffirent. La session parlementaire s'ourit le 28 décembre 1871, et le discours du trône caractérisa en deux phrases tranchantes la politique nouvelle : « Malgré mon intention d'aller, avec l'assentiment du Reichsrath, jusqu'au bout des concessions compatibles avec l'unité de l'Etat, la paix intérieure si vivement désirée n'a pas pu être rétablie. Mon gouvernement, composé d'hommes que ma confiance a désignés parmi vous, considère comme le premier de ses devoirs d'affermir le régime constitutionnel légal, et d'assurer à la loi, dans toute la vie publique, une obéissance absolue. »

Le premier acte du nouveau ministère fut la réforme électorale. Les libéraux la réclamaient depuis longtemps. A leur conception unitaire de l'Etat autrichien, il convenait mal que le Parlement de l'Empire eût l'air d'un congrès de délégués des provinces, et qu'une Diète, en refusant d'élire ses députés (la Diète de Bohême venait encore de le faire, après la chute de Hohenwart) pût tronquer la représentation nationale, lui enlever toute autorité morale. Une loi provisoire (13 mars 1872) autorisa le cabinet a faire combler, par le moyen d'une élection directe, toute vacance survenue en cours de session. La politique d'abstention devint désormais sans objet, car les députés des circonscriptions allemandes de la Bohême vinrent occuper

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