SUEDE
trouver les formules d'application , les moyens pratiques de donner satisfaction aux deux partis : plusieurs ministères s*y épuisèrent en vain.
Le premier projet déposé à la suite du compromis en 1875, portant la suppression de Tindelta, ne fut pas adopté. Le ministère qui prit alors le pouvoir, présidé par De Geer, proposa eu 1317 un nouveau projet qui fut répoussé, puis en 1881 un autre qui eut le même sort; s*estimant alors incapable de rien faire aboutir, il se retira. Le roi se tourna vers le parti dont lopposilion empêchait toute réforme et constitua un cabinet ayant à sa tète le comte Posse, le chef des agrariens, dont certains avaient du reste, par voie de motion, essayé déjà, mais sans succès, dlndiquer la solution qu'ils préconisaient. Le ministère nouveau confia Tétude de la question à des commissions spéciales et le projet ainsi élaboré fut soumis aux chambres eu 1883, conjointement avec des projets sur Timpôt foncier, procédure tout à fait conforme à lesprit du compromis. Mais, ainsi qu'il arrive souvent, les agrariens ne se croyaient pas obligés de soutenir leur chef arrivé au pouvoir et leur désir d'économies l'emportait sur toute autre considération. En 1881, ils avaient refusé déjà des crédits souvent sollicités pour la construction d'un cuirassé; ils agirent de même cette fois. Le projet militaire fut tellement amendé par la chambre basse que Id chambre haute le rejeta et, le comte Posse, qui lui-même ne lacceptait plus sous sa forme nouvelle, se retira à son tour, pour faire place à M. Thyselius, le premier roturier appelé à d aussi hautes fonctions (juin 1883).
Cependant, au cours de ces discussions nombreuses et de ces luttes interminables, l'opinion des agrariens se modifiait peu à peu. L'indella retrouvait des partisans. Une solution devenait dès lors plus facile; le successeur de M. Thyselius, M. Themptander, eut Thonneurde la faire intervenir en mai 1885 : certains impôts fonciers furent réduits de trente pour cent, tandis que la réserve était réorganisée avec des périodes d'exercice considérablement augmentées. Après douze ans d'elTorts, le compromis de 1873 aboutissait ainsi à un résultat. Celui-ci demeurait, toutefois, très incomplet et le gouvernement le premier le jugeait insuffisant,
qu*il eût à sa tète M. Themptander, M. Bildt (1888), M. Âkerhjelm (1889) ou M. Bostrom (1891). Peut-êlre obéissait-il simplement à des considérations générales et théoriques, peutrêtre était-il au contraire inûuencé par sa politique étrangère ou la crainte de certains de ses voisins; la chose est malaisée à déterminer. II ne cessa pas, en tout cas, de se préoccuper vivement de Taugmcntation des forces militaires de terre et de mer ainsi que de la construction d'ouvrages fortifiés, en particulier dans le Norrland. Des crédits furent, en effet, demandés à plusieurs reprises. En 1891 notamment, divers projets furent déposés-, votés par la Chambre haute, mais rejelés par la Chambre basse. L'année suivante enfin, le roi convoqua une session extraordinaire qui vola un accroissement considérable de l'armée, en échange de nouveaux remaniements des impôts fonciers.
Protectionnistes et libre-échangistes. — Les questions militaires et les questions fiscales, base du compromis de 1813, ont ainsi dominé pendant longtemps la politique suédoise; leur importance finit toutefois par décroître, et, peu après 1885» d'autres problèmes surgirent qui provoquèrent de nouvelles luttes et un nouveau classement des partis. Les agrariens étaient, nous l'avons vu, pratiques, très attachés aux intérêts matériels et directs, et d'autre part, agriculteurs : les tarifs douaniers les préoccupaient donc fort et s'ils admettaient bien le libre-échangisme en théorie, ils préféraient de beaucoup le protectionnisme dès qu'on en venait aux applications. Par contre, le parti qu'on appela pendant un temps le Centre et qui avait succédé à l'ancien parti dit des bourgmestres (borgmàstareparti), composé de représentant des villes, c'est-à-dire de commerçants, prônait le libre-échange. D'où une lutte qui devint d'autant plus ardente que nuls grands débats politiques ne passionnaient alors le pays. Elle se trouva du reste bientôt circonscrite à un point assez spécial qui amena une scission parmi les agrariens. Un groupe, dit « nouveau parti agrarien », voulait des droits protecteurs sur les céréales, tandis que l'ancien parti était, sur ce seul point, favorable au libre-échange. Celui-ci commença par l'emporter, grâce à l'appui de la Chambre haute, mais la situation changea aux élections de 1887, qui aboutirent à un résultat tout à fait