DANEMARK
la réorganisation de 1 armée, qui fut elle aussi considérablement augmentée, Tinfanterie de ligne étant portée, par exemple, de vingt à trente bataillons. Le budget put être voté également en 1880 et 1881. Mais, pour obtenir qu*il en fût de même en 1882, la droite se vit contrainte à des concessions importantes; la gauche, qui comptait sur un changement de ministère, fut irritée de ne point le «oir intervenir et la lutte recommença plus âpre que jamais. Après les élections de 1884, le ministère n*eut plus que 1 9 partisans au Folketing et les budgets provisoires devinrent désormais la règle. L'opposition résolut alors d arriver à ses fins en agitant le pays : des réunions publiques furent organisées, qui ne tardèrent pas à devenir tumultueuses, d*où des condamnations judiciaires contre des fauteurs de désordre parmi lesquels on rangea M. Berg, chef de la gauche et président du Folketing, qui se vit condamné à six mois de prison. Peu après M. Estrup était victime d'une tentative d'assassinat. Les chambres furent aussitôt prorogées et le roi promulgua une série de lois renforçant la police (automne 1885).
Le gouvernement constitutionnel n existait plus dès lors que de nom; le ministère parvenait bien à gouverner et à réaliser même des entreprises considérables, mais à Taide de procédés singuliers ou anormaux. Les lois provisoires et les décisions arbitraires se multipliaient et on faisait d'autre part appel aux pays par des voies détournées. La mise en état de défense de Copenhague était, par exemple, jugée indispensable, mais le parlement refusait les crédits nécessaires. Les travaux furent exécutés néanmoins, partie à Taide des fonds publics, et parlie grâce à des dons volontaires, résultats d*une agitation politique provoquée dans le pays. La vie de TEtat n'était donc pas aussi complètement entravée qu'on aurait pu craindre. La situation anormale ou Ton se débattait depuis si longtemps, commençait néanmoins à lasser tout le monde. La droite elle-même se montrait moins irréductible (1890). En même temps, la gauche semblait moins disciplinée et moins unie. Des ententes se firent sur des points spéciaux entre certains de ses membres modérés et les conser\'ateurs (par exemple des droits sur la bière, que repoussaient les radicaux) et permirent le vote régulier de plu-
sieurs lois d'affaires importantes, mais non toutefois du budget. Le ministère enfin paraissait moins obstiné; c'est du moins ce que Ton était porté à conclure de la retraite d'un de ses membres les plus intransigeants, M. Scavenius. Bientôt la scission entre les groupes de gauche devint manifeste, et tandis que les avancés, les Européens, comme on les appelait, demeuraient également agressifs, les modérés se rapprochèrent visiblement de la droite, disposée d'ailleurs à marcher à leur rencontre. Un accord devenait dès lors possible. Un compromis intervint eCTectivement au début de 1894. En échange de la suppression d'un corps de gendarmerie institué en 1885, et de diverses retouches à la loi militaire, la gauche consentit à admettre la loi de finances, qui, pour la première fois depuis longtemps, put être régulièrement votée (avril 1894).
Retraite de M. Estrup. Ministères Reedtz Thott et Httrring. — Le compromis du 1" avril eut pour conséquence la retraite de M. Estrup, non pas qu'il fût vaincu, mais du moment qu'on en revenait à un gouvernement normal et à une politique d'apaisement, il était convenable, pour ne pas dire nécessaire, que l'homme d'Etat qui avait présidé à la lutte cédât la place à un successeur moins compromis. Ce successeur fut M. de Reedtz Thott qui entra en fonction au mois d'août. Le programme du nouveau ministère était tout de conciliation : il se montrait disposé à des concessions nombreuses et comptait gouverner le Parlement tout entier : encore que de pareils manifestes ne fussent pas dans les usages donnés, il fit naître une occasion de l'annoncer officiellement aux chambres en déclarant que si un conflit se produisait entre elles à propos du budget, il se retirerait aussitôt. L'avertissement n'était pas superflu, mais demeura vain.
Malgré tous ses efforts, le nouveau cabinet n'avait pas, tant s'en faut, une situation parlementaire assurée : le compromis davril n'était pas un accord suffisamment précis, et d'autre part la droite même n'était plus aussi unie que jadis. Sa position devint plus difficile encore à la suite des élections de 1895. Celles-ci avaient été cependant préparées par une loi remaniant les circonscriptions électorales et en créant douze nouvelles.
Celle augmentation était parfaitement justifiée en un certain sens, les circonscriptions de l'agglomération de Copenhague élant incontestablement trop populeuses. On ne saurait nier cependant que Ton ne comptât sur la réforme pour augmenter le nombre de voix du ministère. Le calcul fut déjoué : partisans et adversaires du cabinet se trouvèrent en nombre strictement éiral, avec, entre eux, un groupe socialiste renforcé. En môme temps les divers partis de gauche qui s'étaient séparés au moment du compromis se réunissaient de nouveau pour constituer le parti des réformes. Les réformes réclamées étaient toutes spéciales et les grands principes constitutionnels dont on parlait naguère demeuraient soigneusement à Farrière-plan. Mais encore que personne ne parût disposé à recommencer la même lutte qu*au temps du ministère Estrup, de nouvelles batailles devenaient inévitables.
En fait, le budget de 1897-98 ne put être voté en temps utile; on n'eut que le temps de voter un arrangement valable pour deux mois, vote de dépenses provisoires, et la discussion continua. Mais loin d'amener une entente, celle-ci aboutit à un conflit formel entre les deux chambres. Fidèle à sa déclaration, le ministre Reedtz Thott se retira aussitôt. Le roi fit appel alors à M. Hôrring, qui est encore actuellement (décembre 1899) aux affaires et qui parvint à faire voter un budget définitif, mais dont tous les points litigieux avaient été soigneusement éliminés.
Il n'existe point pour la période tout à fait contemporaine d'ouvrages d'ensemble : nous ne pouvons donc que renvoyer aux ouvrages généraux cités dans les volumes précédents et dont certains conduisent jusqu'au début de la période traitée dans le présent chapitre. Les renseignements doivent être cherchés surtout dans les articles des périodiques et dans les Annuaires : notamment VAnnual Register anglais, en allemand, Schulthess, FAirupdischer Gesckichlskalender, et en français, La vie politique à V étranger , qui ne parut que pendant quelques années. — Les brochures de circonslauce sont si nombreuses qu'il est impossible d'énumérer même les principales : elles n'offrent d'ailleurs, en général, aucun intérêt historique. On peut consulter également, avec prcHt, des articles d'encyclopédies, surtout leiVordisfc familjelbok (Stockholm, 18 vol. in-8, plus un supplément), soit aux noms des pays, soit à certains mots spéciaux, landtmannapartij kompromiss j etc., etc.