DANEMARK
de chose. Les relations avec les puissances voisines ont pu être plus ou moins bonnes; des difûcultés notamment ont pu s*élever entre le Danemark et l'Allemagne à propos d'expulsion de Danois hors de l'ancien duché de Sleswig, mais ces incidents n*ont pas amené de crises aiguës. Les réformes militaires et les grands travaux de fortification entrepris durant ces dernières années ont également un certain lien avec les questions étrangères, mais il demeure difficile de les rattacher à aucun fait très précis, tandis qu'ils ont eu une importance facile à déterminer dans le conflit constitutionnel ; tout ramène donc i celui-ci. Son origine essentielle est dans un phénomène analogue à celui que nous venons d'observer en Norvège et provenant, du reste, de la même cause. Gomme le roi de Suède et de Norvège, le roi de Danemark peut choisir ses ministres tout à fait à sa guise : les libéraux danois voulurent, comme les libéraux norvégiens, mettre fin à cet état de choses, introduire un régime vraiment parlementaire, avec une responsabilité ministérielle étendue, et, partant, la nécessité pour le souverain de prendre ses ministres dans la majorité. Ces revendications se firent jour peu à peu et sous une forme d'abord modérée, mais surtout à partir de 1872, quand la gauche fut en majorité à la chambre basse. Son opposition systématique aboutit même à la retraite du ministère Holstein de Holsteinborg. La couronne entra résolument dans la voie de la résistance en 1815 et le conflit éclata aussitôt pour se prolonger jusqu'en 1894.
Le ministère Estrup. — Durant cette période de dix-neuf ans le ministère fut constamment présidé par le ministre des finances M. Estrup, dont l'entrée dans la politique remontait à 18i5 et qui avait déjà siégé au conseil de 1865 à 1867. Durant ces dix-neuf ans aussi, M. Estrup se trouva constamment en présence de la même situation parlementaire. Le parlement danois est divisé en deux chambres : la chambre haute, le Landsting, composé, outre quelques membres désignés par le roi, de membres nommés pour huit ans, par un suffrage à deux degrés, et la chambre basse, le Folketing, dont les membres sont nommés tous les sept ans par suffrage direct. Tout le temps de son ministère M. Estrup eut pour lui la majorité du Landsting et la minorité
du Folketing. Pour gouverner dans ces conditions, il lui fallut ainsi qu'au roi une ténacité tout à fait remarquable, mais les procédés auxquels il eut recours varièrent peu. Inutile dès lors d'énumérer année par année des faits presque semblables; il suffira d'indiquer la physionomie générale de la lutte et de rappeler quelques incidents plus saillants.
Divers projets, notamment des projets militaires destinés à renforcer les moyens de défense du pays tant sur mer que sur terre, furent mal accueillis du parlement, les libéraux danois étant peu favorables à ce genre de réformes. Des essais de compromis et des marchandages analogues à ceux que nous avons vu pratiquer en Suède ne réussirent pas. Une dissolution intervint alors, mais les élections nouvelles, très loin d*ètre favorables au gouvernement, envoyèrent au Folketing 74 opposants sur 102 députés. Ces opposants, fidèles au programme que j'indiquais tout à Theure, voulaient avant toute chose le départ du ministère; ils rejetèrent donc les projets qu'on leur soumettait et votèrent des ordres du jour de blâme. Mais le ministère, fidèle lui aussi à ses principes, resta.
Le Folketing rejeta alors le budget qui devait entrer en vigueur le V^ avril 1877; il comptait mettre ainsi le gouvernement dans l'impossibilité de gouverner, l'article 49 de la constitution disant que nul impôt ne peut être perçu sans un vote du parlement. Le gouvernement riposta en interprétant dans un sens très large l'article 25, qui autorise le roi à promulguer en cas d'urgence, des lois provisoires. Rejet des budgets réguliers, promulgation de budgets provisoires, tels furent les deux procédés auxquels on eut départ et d'autre fréquemment recours dorénavant, et leur emploi répété devint bientôt le trait caractéristique du conflit.
Le premier emploi qu'on en fit fut toutefois suivi, presque immédiatement, d'une légère détente. La gauche se scinda en deux groupes, ce qui améliora la position du ministère, auquel les élections de janvier 1889 firent d'autre part gagner huit voix. Grâce à une entente avec les opposants non irréductibles, le gouvernement parvint à faire voter des lois qu'il considérait comme essentielles, notamment l'augmentation de la flotte et