‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 33 sur 206 · LE PORTUGAL · texte numérisé non relu

LE PORTUGAL

d'un milliard et demi et a perdu plus de cinquante mille hommes par le feu de Tennemi et par la fièvre. Tandis que Cuba était en feu, les Philippines se sont soulevées à leur tour contre le despotisme des moines (septembre 1896). Au moment où Tinsurrection semblait éteinte aux Philippines et près de finir à Cuba, les Etats-Unis ont pris une attitude menaçante. Un croiseur américain, le Maine, a sauté en rade de la Havane. On ne connaît pas, on ne connaîtra sans doute jamais la cause exacte de la catastrophe, mais ce malheureux événement a amené la guerre entre TEspagne et les États-Unis. L*armée et la marine espagnoles ont payé cher Tincurie de l'administration et Tincapacité de leurs chefs. La marine a été aux trois quarts anéantie dans les deux batailles de Cavité, aux Philippines, et de Santiago de Cuba. Les généraux Augustin et Tord ont résisté à Manille et à Santiago jusqu'à Tépuisement total de leurs forces. Le maréchal Blanco est resté à la Havane sans tirer parti des 80000 hommes qu'il avait sous la main, et l'Espagne, menacée de voir une escadre américaine apparaître sur ses côtes, a acheté la paix par l'abandon de toutes ses colonies.

Elle n'a plus ni Cuba, ni Puerto-Rico, ni les Philippines. Elle reste chargée de la dette cubaine, et les militaires qui n'ont pas su la défendre, mais qui veulent continuer à l'exploiter, réclament le service militaire universel et obligatoire.

//. — Le Portugal.

Situation économique. — Le Portugal n'a pas mené depuis trente ans une vie aussi aventureuse que l'Espagne.

Quelques progrès économiques ont été accomplis. La population montait en 1878 à quatre millions d'habitants; elle atteint aujourd'hui cinq millions. De 1872 à 1881 le Portugal a envoyé 130000 émigrants au Brésil. L'industrie, presque exclusivement concentrée dans les deux villes de Porto et de Lisbonne, occupe environ iOOOOO ouvriers, mais souffre de la

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concurrence anglaise. L'industrie minière a pris un développement considérable; le Portugal, qui comptait seulement deux mines en exploitation en 1853, en avait 246 en 1874. La marine marchande est remontée à près de 100 000 tonnes. On a construit 2 500 kilomètres de chemins de fer qui rattachent les principales villes au réseau espagnol. De bonnes routes parfaitement entretenues ont remplacé les mauvais chemins muletiers d'autrefois, et la sûreté parfaite du pays y rend les voyages extrêmement agréables.

Mais ces progrès ont été réalisés trop vite, aux dépens de la bonne gestion des finances. Le Portugal s'est livré à la fièvre des entreprises et des spéculations ; des syndicats de banquiers ont lancé des affaires, des milliers de titres ont été jetés sur le marché^ et pendant quelques années une prospérité apparente a paru justifier toutes les espérances. Les gaspillages, les concussions, les mauvais rendements ont eu bien vite absorbé les ressources des compagnies; elles ont fait appel à la garantie de rÉtat. Pour équilibrer les budgets en déficit il a fallu contracter des emprunts, les impôts sont devenus trop lourds pour une population peu inventive, peu laborieuse et incapable de soutenir la concurrence étrangère. Le paysan s'est découragé, plus de quatre millions d'hectares autrefois cultivés sont aujourd'hui en jachère, et la propriété foncière a subi dans les vingt dernières années une dépréciation de 25 p. 100.

Les Institutions et les partis. — Le Portugal doit ces tristes résultats à la contradiction qui existe entre le degré de culture auquel il s'est arrêté et le régime politique auquel on l'a soumis. Le [»euple portugais se compose pour les quatre cinquièmes d'illettrés, et le Portugal est pourvu des institutions parlementaires les plus compliquées. La constitution a été remaniée en 1886 dans le sens le plus libéral* La pairie n'est plus héréditaire, les députés ne touchent plus d'indemnité, les minorités sont représentées. La législation a été complétée par la publication d'un code civil (1869) et d'un code de procédure civile (1877). Le Portugal a des cercles politiques et trois cents journaux.

Mais les partis ne sont guère que des coteries, dont les chefs

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