LA GRÈGE
qu*une promesse de rectification de frontière en Thessalie; encore lui laissait-on le soin de s*entendre directement avec la Turquie pour le tracé de la nouvelle frontière. Les puissances se bornaient à promettre leurs bons offices, si la négociation n*aboutissait pas.
La crise de 1880. — En 1880 la Grèce n*ayait rien obtenu. Vainement les puissances s'étaient réunies en conférence à Berlin; la Turquie, les sachant divisées, ne cédait pas. Le ministère Tricoupis, remplaçant le cabinet Goumoundouros (19 mars), fit des préparatifs de guerre, mit en vigueur la loi militaire votée en 1878 et mobilisa (août). Ges mesures ne suffirent pas i satisfaire la Chambre, très belliqueuse: elle renversa Tricoupis (21 octobre). Goumoundouros lui succéda. La France Tavertit que la Grèce ne serait pas soutenue si elle déclarait la guerre (décembre). En même temps elle s'employait avec TAngleterre à obtenir de la Turquie la cession des districts de Volo, Larissa, Karditza et Trikala en Thessalie, et du district d'Àrta en Épire. G*était moins que le congrès de Berlin n*avait fait espérer. Aussi le ministère Goumoundouros continua-t-il les armements. Il fallut cependant slncliner devant la volonté des puissances (14 juin 1881). Les territoires cédés furent occupés sans difficulté. La Grèce se trouvait accrue de 13 200 kilomètres carrés et de 36000 habitants.
Les ministères Tricoupis et Delyamiis. — Le pays manifesta son mécontentement en élisant une Ghambre hostile à Goumoundouros. Il céda la place à Tricoupis. Avec le quatrième ministère de Tricoupis (mars 1882) commença une période de calme relatif. De mars 1882 à octobre 1890, sauf une interruption d'un an (19 avril 1885-15 avril 1886), Tricoupis se maintint aux affaires. Sentant bien la nécessité de transformer le pays si Ton voulait réaliser un jour < la grande idée » et constituer la c plus grande Grèce », il entreprit de créer une armée, une Qotte, et de doter le royaume d*un réseau complet de voies de communications. Pour cela il appela i Taide trois missions françaises. Mais cet appel i des concours étrangers, mécontenta les < palikares », pleins de méfiance pour TOccidenl, et d autre part les charges nouvelles qu*entrainait la
réalisation de son plan, amenèrent sa chute (août 1885).
Son successeur Delyannis voulut profiter du trouble causé en Europe parla révolution de Roumélie pour obtenir de la Porte des concessions territoriales. L'armée et la flotte furent mobilisées. Mais les grandes puissances, moins la France, firent bloquer les côtes par leurs escadres : Delyannis démissionna (avril 1886) et Tricoupis reprit le pouvoir (mai). Il le garda près de cinq années, détenant à la fois la présidence du conseil et les portefeuilles de la Guerre et des Finances, et se remit à Texécution de son plan. S'appliquant à relever le crédit ébranlé, il réussit à convertir et à amortir une partie de la dette, en contractant de nouveaux emprunts à des conditions moins onéreuses. Il poussait activement le percement de Tisthme de Corinthe, commencé en 1882 sous son précédent ministère, faisait entreprendre en Thessalie des travaux d*assèchement et la construction de voies ferrées, qu*il espérait pouvoir relier d'une part à Athènes et de lautre au réseau de TEurope continentale par un raccordement aux chemins de fer turcs. D'autres lignes étaient commencées. Un projet pour l'établissement de banques agricoles était élaboré. Il y avait là une sérieuse et féconde activité.
Mais la politique extérieure n'était pas heureuse. En mai 1889 les Cretois s'étaient une fois de plus insurgés. Les Grecs auraient voulu secourir les insurgés. Tricoupis, qui savait que l'on n'était pas prêt, ne voulut pas recommencer l'aventure de 1885. Il fit appel aux puissances : elles refusèrent d'intervenir. Le mariage du prince héritier, le duc de Sparte, Constantin, avec la princesse Sophie de Prusse, sœur de l'empereur Guillaume II, fit espérer aux Grecs qu'ils trouveraient quelque appui en Allemagne : l'espérance fut déçue. L'investiture accordée par le sultan aux évoques bulgares en Macédoine acheva d'exaspérer les Grecs, habitués à considérer la Macédoine comme une province hellénique (août 1890). Aux élections d'octobre 1890 les adversaires de Tricoupis obtenaient 106 sièges, se? partisans 44.
Crises ministérielles. L' « Etlmikè Hétairia ». — Tricoupis céda la place a Delyannis. Mais le roi ne s'était séparé de lui qu'à regret. Il appréciait sa politique de temporisation i l'extérieur et de réorganisation iTintérieur. Jusqu'alors, malgré