‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 61 sur 206 · LA TRIPLE ALLIANCE · texte numérisé non relu

LA TRIPLE ALLIANCE

fices acquis au traité de San Stéfano et que rAutriche, sans avoir pris part à la guerre, se trouva jouir d'une situation au moins égale à la sienne dans la péninsule des Balkans.

Le mécontentement fut extrême en Russie. Le vieux chancelier Gortchakof déclarait que le congrès de Berlin était c la plus sombre page » de sa carrière; la presse menait une campagne d*amères récriminations contre l'Allemagne et TAutriche; l'empereur Alexandre II lui-même trouvait que « M. de Bismarck avait oublié ses engagements de 1870 ».

L'alliance austro-allemande. — M. de Bismarck n'avait rien oublié ; mais, tout en apercevant clairement les difficultés de la situation, il espérait que, grâce à son habileté diplomatique, grâce aussi à l'influence personnelle du vieil empereur sur son neveu Alexandre II, il pourrait arriver à une entente par un partage équitable d'influence dans la péninsule des Balkans et maintenir l'alliance des trois empereurs. Les nécessités politiques auxquelles se trouva forcément entraînée l'Autriche, le juste sentiment qu'avait la Russie que les sacrifices supportés exigeaient des compensations, ne le permirent pas. A la fin de 1879, le moment vint où il fallut que l'Allemagne choisit entre ses deux alliées de la veille. Avec sa décision habituelle, M. de Bismarck prit rapidement son parti. Les bases d'une alliance austro-allemande furent arrêtées dans une entrevue qu'il eut avec le comte Andrassy à Gastein, en août 1879, et, malgré les longues hésitations que lui causa ridée d'apposer sa signature au bas d'un document qui prévoyait une guerre possible avec la Russie, le vieil empereur Guillaume ratifia le traité le IS octobre suivant.

Mais, dès l'instant que l'Allemagne et TAulriche prévoyaient une guerre avec la Russie, il était naturel de prévoir également que cette puissance chercherait un allié éventuel contre ses deux adversaires, et cet allié (la presse russe l'annonçait déjà) ne pouvait être que la France. De là, nécessité pour l'Allemagne et l'Autriche de chercher un troisième allié qui pût les aider à lutter contre cette coalition possible de la France et de la Russie, et de remplacer ainsi par une nouvelle triple alliance celle

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dont les événements d'Orient avaient amené la dissolution. Cet allié, TAUemagne et rAutriche le trouvèrent dans Tltalie, et c'est encore au congrès de Berlin qu'il faut remonter pour saisir les motifs qui déterminèrent l'Italie à cet acte décisif de sa politique.

La Tunisie. — On a accusé le prince de Bismarck d'avoir, au congrès de Berlin, offert simultanément la Tunisie à la France et à l'Italie afin de créer entre ces deux puissances un conflit qui lui permettrait d'attirer la dernière dans l'orbite de lalliance austro-allemande et de constituer ainsi la Triplice. La légitimité de cette accusation n*a pas été démontrée *. La vérité est que l'Italie, revenue mécontente du congrès de Berliu, voyait alors dans la Tunisie, ainsi que le disait M. Damiani à la Chambre italienne, c la dernière porte ouverte à son expansion ». La vérité est aussi que la France, étant données la configuration géographique et la situation politique des deux pays, ne pouvait laisser une autre puissance s'installer en Tunisie aux portes de l'Algérie. Tout le monde l'avait pensé au congrès de Berlin, et lord Salisbury l'avait laissé entendre en l'écrivant à lord Lyons, le 7 août 1878 : c En ce qui concerne un événement qui peut encore être assez lointain, je me bornerai i dire que l'attitude de l'Angleterre n'en sera pas modifiée. Elle continuera à reconnaître, comme elle le fait à présent, les eifeis naturels du voisinage d'un pays puissant et civilisateur comme la France, et elle n'a pas à mettre en avant de prétentions contraires. » La sincérité de ces paroles avait été prouvée par le rappel du grand adversaire de l'influence française en Tunisie, du consul anglais M. Wood.

Avec le sens politique propre aux Italiens, 'ceux-ci comprirent qu'il fallait aller vite, mais ils ne sentirent pas qu'en agissant ainsi ils obligeaient la France à défendre ses intérêts avec plus de vigilance et d'énergie. Des deux côtés on était fatalement amené à précipiter la solution, et c'est ainsi que l'événement qui paraissait en 1878 lointain à lord Salishury, se

1. Voir (Inns le livre de P. H. X. (p. 86) les extraits d'un article décisif de M. F. Gliariiiôë dans les Débats du 29 octobre 1889. — Voir ci-dessous, p. 715.

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