L'ALLIANCE FRANCO-RUSSE
trouva beaucoup plus rapproché qu'on ne le pensait. A la suite d'une dernière agression des Kroumirs, les troupes françaises franchirent la frontière tunisienne, et, le 12 mai, le bey signait le traité du Bardo qui établissait notre protectorat sur la Régence.
Accession de lltalie & Falliaiice austro-allemande qui devient la Triple Alliance. — La question tunisienne se trouvait ainsi réglée au profit de la France. Ce fait eut un retentissement immense, sinon dans Tensemble de la population italienne — la plupart des résidents italiens à Tunis avaient vu avec indifférence, pour ne pas dire avec plaisir, rétablissement du protectorat français dans la Régence — , du moins dans les milieux politiques de ce pays. Le ministère Cairoli donna sa démission pour faire place à un cabinet présidé par M. Depretis, dans lequel M. Mancini obtint le portefeuille des Affaires étrangères, et un sentiment d'hostilité, favorisé par les difficultés économiques que provoqua la dénonciation par ritalie du traité de commerce qui la liait à la France, par les malheureux troubles dont Marseille fut le théâtre et surtout par des polémiques de presse, se fit jour dans toute la péninsule.
La transformation de Talliance austro-allemande en Triple Alliance par l'accession de l'Italie en fut la conséquence. Après deux voyages du roi Humbert à Vienne (octobre 1881) et à Berlin (1882), l'accord fut conclu en 1883. Il n'a pas été rompu depuis lors; bien au contraire, il a été renouvelé à trois reprises, en 1887, en 1891 et en 1896.
//. — L'Alliance franco-russe.
La Triple Alliance persiste donc en fait à l'heure actuelle, mais un nouveau groupement s'est créé à côté d'elle, destiné à lui faire équilibre, aussi sincèrement pacifique qu'elle prétend l'être, mais résolu à maintenir, comme on Ta dit d'une expression heureuse, une paix voulue et non pas une paix subie : c'est l'alliance franco-russe.
La France et la Russie avant le congrès de Berlin.
— C'est presque au lendemain de la guerre de 1870 qu*il faut en chercher les premières origines. Un certain nombre de politiques russes avait jugé dès lors qu'une France puissante et forte était nécessaire à TEurope pour empêcher une prépotence trop complète de TEmpire germanique, et ces sentiments se manifestèrent en 1875 quand, par une intervention aussi discrète que résolue, l'empereur Alexandre II mit fin à une situation tendue entre la France et TAllemagne, qui pouvait devenir dangereuse. Mais l'empereur Alexandre II avait trop d'affection pour son oncle l'empereur Guillaume I"; il considérait trop le système de l'alliance cordiale avec l'Allemagne comme un des fondements de la politique russe, pour songer à s'en détacher. Pourvu que la paix fût maintenue et qu'un écrasement nouveau et plus complet de la France ne mît pas e:i péril les intérêts russes, il n'était pas disposé à abandonner cette alliance avec l'Allemagne, encore moins à en conclure une avec la France.
Le « recueillement » de la Russie. — Mais après le congrès de Berlin, une orientation nouvelle se produisit cependant dans sa politique. Nous avons dit plus haut combien la Russie était partie mécontente du congrès et combien elle avait lieu de se croire lésée par les avantages qu'en avait retirés l'Autriche. L'exécution des stipulations de l'Acte diplomatique qui avait été la conséquence des négociations de Berlin, aggrava ce mécontentement. La Russie crut voir dans l'attitude des agents diplomatiques allemands en Orient, notamment au sujet des délimitations de frontières, une certaine partialité à l'égard de l'Autriche. Elle s'en plaignit amèrement sans qu'il parût que ses récriminations fussent écoutées. L'entrevue d'Alexandrovo (1879) entre les deux empereurs Alexandre et Guillaume ne changea rien aux sentiments réciproques qui les animaient, mais n'apporta pas de détente dans une situation qu'une orientation nouvelle de la politique allemande aurait pu seule modifier. Bien loin qu'il en fût ainsi, cette politique évolua de plus en plus vers l'Autriche, en s'éloignant de la Russie, jusqu'au moment où fut conclue l'alliance austi-o-