Voir ci-dessus, p
des six grandes puissances résidant à la Ganée (août 1896). Les Cretois acceptèrent ces dispositions (4 septembre 1896).
Après quelques mois de tranquillité relative, les troubles recommencèrent au début de Tannée 1897, quand chrétiens et musulmans, les uns excités, les autres encouragés par la mauvaise volonté que mettait la Turquie à accomplir les réformes promises, virent en outre la Grèce décidée à faire la guerre aux Turcs au sujet de la Crète. Le blocus de la Crète fut décidé par les puissances, auxquelles — après Tarrivée de la flottille de torpilleurs du prince héritier et le débarquement du corps expéditionnaire du colonel Vassos — le sultan remit Tlle en dépôt (février 1897). Les mêmes puissances envoyèrent alors en Crète des contingents de troupes pour maintenir un ordre relatif et assurer la sécurité du pays qui leur était confié. L'arrivée de ces troupes internationales ayant ramené un peu de calme dans les villes, et la défaite de la Grèce ayant eu pour conséquence le départ des soldats du colonel Vassos, les amiraux, qui avaient proclamé Tautonomie de la Crète le 22 mars, purent décider la levée du blocus dès la fin de mai, tandis que les représentants des puissances à Constantinople travaillaient à rélaboration d*un règlement provisoire qui fut adopté à la fin de Tannée.
La retraite de l'Allemagne et de l'Autriche du concert européen (mars 1898), les nouveaux troubles survenus en septembre de la même année, n'empêchèrent pas la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et la Russie de poursuivre en commun la solution de la question Cretoise. Elles y sont heureusement parvenues. Il n'y a plus actuellement un seul soldat turc dans nie, où la souveraineté du sultan n'est plus marquée que par son drapeau flottant sur un point fortifié. Sur la proposition de la Russie, le prince Georges de Grèce a été nommé Haut Commissaire et son arrivée a été saluée avec enthousiasme par la population entière, chrétiens et musulmans (décembre 1898).
La guerre turco-grecque. — Nous avons vu que c'était l'attitude de la Grèce, qui, au commencement de 1897, avait provoqué en Crète un renouvellement des troubles. Les événements dont la Crète était le théâtre depuis le pacte d'Halepa et
qui prirent, dès 1894, une gravité particulière, ne devaient pas manquer en effet d'avoir leur contre-coup dans la péninsule hellénique. L'agitation devint si forte que le gouvernement du roi Georges, qui avait d'abord paru incliner sincèrement à la modération et à la paix, se vit entraîné à la guerre au début de 1897. La nouvelle du changement d'attitude que lui imposaient l'opinion et surtout les menées des sociétés secrètes telles que VHelairiay fut la cause des mouvements crétois de janvier 1897, et ceux-ci, à leur tour, déterminèrent dans tout le monde hellénique une telle poussée belliqueuse que la guerre devint inévitable.
Puisqu'il en était ainsi, le mieux était de localiser un incendie qu'il était impossible d'éteindre. Les puissances, qui l'avaient compris dès le mois de février, n'en flrent pas moins tous leurs efforts pour éviter la rupture. Elle eut lieu le 18 avril parla remise que le gouvernement ottoman fit de ses passeports au prince Mavrocordato, ministre de Grèce à Gonstantinople. Les hostilités, qui avaient déjà commencé depuis plusieurs semaines à la frontière thessalienne par des engagements entre bandes d'irréguliers, s'ouvrirent aussitôt. On sait quel en fut le résultat. Les troupes grecques, malgré leur vaillance, ne purent tenir devant l'armée ottomane, aussi brave, mais plus nombreuse, mieux organisée et mieux commandée qu'elles. Le 11 mai, la Grèce, voyant la Thessalie tout entière au pouvoir de l'ennemi et le cœur du pays menacé, dut demander la médiation des puissances, qui l'accordèrent et sous les auspices desquelles fut signé l'armistice du 5 juin.
Les préliminaires de paix, qui donnèrent lieu à de longues et pénibles négociations entre les deux puissances belligérantes et les ambassadeurs représentant à Gonstantinople les puissances médiatrices, ne furent signés que le 18 septembre.
La Grèce accordait à la Turquie une rectification de frontières du côté de la Thessalie, entraînant pour elle la cession d'environ 55 kilomètres carrés. Elle s'engageait à payer une indemnité de guerre de 4 millions de livres turques. Elle promettait d'ouvrir des négociations pour la conclusion avec la Turquie de conventions diverses réglant les questions de natio-
nalité, consulaire, d*exlradition et de répression du brigan-dage. Enfin il fut stipulé entre les puissances qu'une commission internationale aurait sous son contrôle absolu c la perception et Temploi de revenus suffisant au service de Temprunt pour Tindemnité dé guerre et des autres dettes nationales », et serait établie à Athènes. La Grèce sortait donc meurtrie de la lutte qu'elle avait engagée si imprudemment, mais si ce traité marque un recul de l'hellénisme, il n'en est pas moins évident que les efforts des Grecs n'ont pas touà été perdus, puisque la Crète a acquis son autonomie sous le hautcommissariat du prince Georges de Grèce et qu'il n'est pas probable qu*elle revienne jamais sous la domination ottomane. La question arménienne. — Un insuccès beaucoup plus complet a marqué les efforts des Arméniens. Par l'article 61 du traité de Berlin, la Porte s'était engagée à c réaliser... les améliorations et les réformes qu'exigent les besoins locaux dans les provinces habitées par les Arméniens et à garantir leur sécurité contre les Gircassiens et les Kurdes >, et à donner c connaissance périodiquement des mesures prises à cet effet aux puissances, qui en surveilleront Tapplication ». Devant l'inaction de la Porte, un réveil de la nationalité arménienne 86 manifeste en 1885 et, en janvier 1893, un mouvement éclata à Césarée et à Marsivan, qui fut comprimé avec la dernière rigueur. De nouveaux soulèvements y répondirent à Biblis (août-septembre 1894) et à Sassoun. La répression fut féroce. Une population d'environ cinq mille âmes fut massacrée et ses villages détruits. Devant les énergiques représentations des trois ambassadeurs d'Angleterre, de France et de Russie, la Porte se décida à adopter quelques réformes (ordre grand-viziriel et décret du 24 octobre 1895).
L'annonce de ces réformes n'eut d'autres résultats que de donner le signal d'un véritable massacre des Arméniens, dans lequel la complicité des autorités turques parait évidente : à Trébizonde, à Erzeroum, à Biblis, à Diarbékir, à Marache, des milliers d'Arméniens furent égorgés sans distinction d'âge ni de sexe, tandis qu'à Zeitoun deux mille Arméniens étaient assiégés par des forces considérables. A la fin de février 1896
on évaluait à plus de 37 000 le nombre des chrétiens tués. Plus de 290 000 étaient réduits à la misère, environ 40 000 maisons ayant été pillées. Cependant le gouvernement ottoman ayant consenti à une capitulation pour Zeitoun (11 février 1896), et rimpression de terreur produite par les massacres venant en aide à la détente produite par la tournée d'inspection de Chakir Pacha dans les villages où les réformes devaient être mises en pratique, un moment d'accalmie se produisit. La Porte en profita pour ne rien faire. C'est alors qu'afin d'attirer l'attention de l'Europe, un groupe d'Arméniens fit sur la Banque de Constantinople cette tentative à main armée qui fut le signal d'un épouvantable massacre (26 août 1896) dans les rues de la capitale. Cette fois l'Europe parut s'émouvoir. Les stationnaires de Constantinople furent doublés; les puissances envoyèrent leurs flottes dans les eaux ottomanes, et devant ces manifestations l'exécution de quelques réformes a été commencée (février 1897), mais la question arménienne n'en reste pas moins la plus difficile, la plus délicate de toutes celles que la politique internationale aura un jour à résoudre en Orient.