‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 63 sur 206 · L'ALLIANCE FRANCO-RUSSE · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE FRANCO-RUSSE

allemande en octobre 1879, alliance que l'accession de ritalie en 1883 semblait rendre de plus en plus hostile à la Russie.

La double, puis la triple alliance ne furent avouées que longtemps après leur conclusion, mais il semble bien peu probable que la Russie n'ait pas eu vent de ces gros événements diplomatiques, sinon au moment même où ils s'accomplissaient, du moins peu de temps après.

La difficulté de rompre avec des traditions anciennes, les liens de famille et d'amitié, enfin les préoccupations d'ordre intérieur que causaient au tsar Alexandre II les menées anarchistes, empêchèrent pourtant ce prince de chercher d'autres alliances pour remplacer celles de l'Allemagne et de l'Autriche. Comme Ta dit le prince GortchakofT au moment même, pendant les dernières années du règne du tsar libérateur, la Russie se recueille.

L'empereur Alexandre m. — Il en fut de même pendant les premières années du règne de son fils et successeur Alexandre III. Mais quand les menées des nihilistes parurent arrêtées, quand la Russie sembla remise des glorieux efforts accomplis durant la dernière guerre, ce prince, qui se sentait rincarnation même du sentiment national russe, tourna de plus en plus ses pensées vers la politique étrangère du grand pays dont il était le souverain et, comme sa raison était aussi droite que sa conscience, il y a tout lieu de croire que dès cet instant ridée de l'alliance française se présenta à son esprit.

Période d'entente. La question bulgare. — Il mit cependant près de dix ans à la réaliser. Des particuliers, qui étaient de très grands ou très influents personnages, pouvaient, soit en France, soit en Russie, témoigner des sentiments de sympathie réciproque qui animaient les deux pays. L'empereur, lui, continuait à attendre et à se réserver. Après l'entrevue de Skiernevice, en septembre 1884, il conclut même avec l'Allemagne un accord, dont l'existence n'a été révélée qu'en 1896, par lequel les deux puissances se promettaient une neutralité bienveillante au cas où l'une d'elles serait attaquée.

Il ne pouvait pas cependant ne point s'apercevoir qu'à travers les multiples variations ministérielles qui l'inquiétaient et le

faisaient hésiter, il y avait une chose qui demeurait flxe et permanente, c'était la sympathie témoignée i la Russie par toute la nation française, et la politique de bons procédés à sou égard qui en était la marque visible. L'attitude de notre gouyernement, très nette, très fermement respectueuse des traités, quel que fût le ministre qui dirigeât au Quai d'Orsay, lui en fournissait une preuve tangible. A aucun moment elle ne fut plus évidente qu'après l'accueil que reçurent de H. Flourens les délégués bulgares en 1886 et, dès lors, Alexandre III fit un pas en avant. Les sentiments s'affermirent encore après son passage à Berlin en novembre 1887: Bien qu'il soit admis aujourd'hui que M. de Bismarck parvint à démontrer au souverain russe, soit alors, soit plus tapd, la fausseté des fameux documents, dits < documents bulgares » , celui-ci n*en emporta pas moins de cette entrevue -la conviction que dans la question d*Orient la Russie, en dehors de la France, n'avait à compter sur personne.

Le fâcheux incident de Sagallo (17 février 1889) ne suspendit pas une évolution politique qui était commandée par la force des choses.

Enfin le sentiment national français se manifesta par le succès des emprunts russes de 1889 et 1891, tandis que par une série de mesures administratives et gracieuses lé gouvernement continuait à l'égard du grand empire du Nord la politique des bons procédés.

Gronstadt. — Le résultat ne se fit pas attendre. Les événements de Gronstadt en 1891, la visite des marins russes en France en 1893 le firent connaître à l'Europe et marquèrent à ses yeux Texistence du groupement politique nouveau destiné à faire contrepoids à la Triple Alliance et dont on peut dire que, comme elle, il est sorti des délibérations du congrès de Berlin.

L'accord franco-russe. — Sous quelle forme l'accord qui a été à la fois la catise et l'effet de ce groupement politique s'est-il conclu? C'est ce qu'il est difficile de préciser*.

1. Dans son histoire diplomatique de l'alliance franco-russe, M. Ernest Daudet a écrit que : « soit sous forme de protocole attestant le dessein de s'unir en

Tout ce que nous pouvons dire, c est que le terme d'alliance a été employé pour la première fois à la tribune de la Chambre par M. Hanotaux, le 10 juin 1895, et c'est que la mort d'Alexandre III ne parut avoir rien changé à la situation réciproque de la France et de la Russie. Après le voyage de Tempereur Nicolas II et de l'impératrice Âlexandra Feodorovna en France en 1896, après celui du président Félix Faure en Russie Tannée suivante, il est permis de penser que l'entente subsiste, cordiale et durable, < entre les deux grandes nations amies et alliées ».

///. — Les affaires d'Orient.

Quelles ont été les conséquences de la Triple Alliance et de l'Alliance franco-russe? Nous ne pouvons les apprécier qu'au point de vue spécial de la question d'Orient.

La question bulgare. — Une seule question, parmi celles que le traité de Berlin avait essayé de résoudre, créait en Orient une dangereuse situation aiguë : c'est la question bulgare. Ni l'union proclamée en 1886 de la Bulgarie et de la Roumélie Orientale, ni l'élection du prince Ferdinand, n'étaient reconnues par les diverses puissances qui avaient pris part au congrès. Cependant l'Angleterre et l'Autriche se montraient favorables et, après elles, l'Allemagne et l'Italie paraissaient indifférentes. La France et la Russie restaient irréductibles dans leur opposition. Les violences du gouvernement de Stamboulof, nettement opposé à l'influence russe, n'étaient pas faites pour modifier leur attitude.

Mais en revanche la Bulgarie, qui avait déjà obtenu de la Porte la concession de bérats aux évèques bulgares de la Macédoine (26 juillet 1890), continua à entretenir avec elle des rela-

vue de certaines éventualités, soit sous forme de convention militaire réalisant ce dessein, l'instrument diplomatique de Talliance franco-russe existe aujourd'hui et qu'il a été la conséquence presque immédiate des fêtes de Cronstadt .. Sur quels renseignements s'appuie M. E. Daudet pour émettre cette affirmation. r*est ce qu'il ne nous dit pas. Il était de notre devoir de la mentionner, mais ta en laissant à son auteur toute la responsabilité.

lions de plus en plus cordiales. Le sultan n'attendait plus qu'une occasion de reconnaître la validité de Tétat de choses existant en Bulgarie. Une série d'événements où le hasard eut autant de part que la volonté des hommes la lui fournit. La chute, puis l'assassinat de Stamboulof firent disparaître le plus résolu des adversaires de l'influence russe, en même temps que l'avènement du cabinet Stoïlof donnait une part légitime dans le personnel gouvernemental aux partisans de cette même influence. La décision prise par le prince Ferdinand de faire embrasser à son jeune fils, le prince Boris, la confession grecque orthodoxe fut pour la principauté un événement capital. Le tsar ayant accepté d'être le parrain du jeune prince, la réconciliation avec la Russie pouvait être considérée comme faite. Le sultan proposa alors aux différents cabinets européens de reconnaître l'état de choses existant en Bulgarie, et cette reconnaissance est aujourd'hui un fait accompli ^

Autonomie de la Crète. — La question crétoise vient aussi de recevoir une solution.

Après le traité de Berlin, la situation de cette lie avait été réglée par le pacte de Halepa (30 septembre 1878), qui modifiait et complétait le règlement organique de i868. Mais à la suite des troubles survenus en 1889, une partie des privilèges qu'il accordait aux Cretois avait été suspendue par le flrman du 26 octobre 1889. Bien loin de faire cesser les désordres, ces mesures de rigueur les aggravèrent; en 1894, les délégués chrétiens furent unanimes à demander au sultan l'exécution du pacte d'Halepa, et, devant l'état profondément troublé de l'île, ce dernier se décida à y envoyer un gouverneur général chrétien, l'ancien prince de Samos, Alexandre Carathéodory Pacha.

Mais Carathéodory Pacha se sentit bientôt impuissant devant l'hostilité réciproque des chrétiens et des musulmans, ces de^ niers du reste étant encouragés sous main par la Porte. Il donna sa démission, et son prédécesseur, Turkhan Pacha, fut renvoyé en Crète. Ce fut le signal d'une aggravation dans la situation, qui obligea les puissances à demander au sultan des réformes, que celui-ci accepta, et à en faire surveiller l'exécution par une commission formée des représentants consulaires

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