En moyenne un quatrilUon de fois
de vibrations de même périodicité que les vibrations lumineuses.
La conception moderne de la physique. — Mettons à part la liquéfaction des gaz, problème longtemps désespéré, et dont Gailletet, Âmagat, Pictei, Dewar ont obtenu la solution complète, en réalisant les conditions indiquées par Andrews comme tout d'abord nécessaires; c*est en somme sur la lumière, en même temps que sur Télectricité, que se concentrent les travaux des physiciens de nos jours, et c'est la liaison entre ces deux ordres de phénomènes qui semble promettre de pénétrer le plus avant le secret de la nature.
Mentionnons rapidement les remarquables travaux de M. Lippmann sur la fixation photographique des couleurs; des Américains Langley et Michelson, l'un sur les radiations des étoiles, l'autre sur la détermination d*un nouvel étalon de longueur dérivant de la mesure des ondes lumineuses; du Hollandais Leeman sur une nouvelle et importante relation entre les phénomènes magnétiques et lumineux : et arrivons à une découverte toute récente, celle des rayons Rôntgen, qui a suscité une émotion considérable, et a été rapidement vulgarisée par ses applications médicales, et même fiscales.
Les recherches du physicien allemand portaient sur un rayonnement dit cathodique, découvert par Grookes. Lorsqu'on fait passer des décharges électriques dans un tube contenant un gaz excessivement raréfié, ce rayonnement, qui n'affecte pas directement les yeux, part de l'électrode positive, et se décèle par son action sur des plaques photographiques, comme par sa propriété d'illuminer des écrans fluorescents. Grookes admettait que la matière remplissant le tube se trouvait dans un état particulier (qu'il appelait radiant) et que les molécules y jouissaient d'un facilité de mouvement exceptionnelle ; il comparait par suite ce rayonnement a une sorte de bombardement. Mais l'Allemand Lenard démontra que les rayons cathodiques peuvent sortir des tubes où ils sont produits, elRontgen découvrit en dernier lieu que là où ils viennent frapper un corps leur offrant de la résistance, se produit une nouvelle source de rayons, qui se propagent* en ligne droite, sans réflexions, sans
réfractions et sans interférences, traversant divers corps opaques pour les rayons lumineux ordinaires» et conserrant cependant leurs propriétés chimiques (photographiques) et fluorescentes.
Il est incontestable que les hypothèses antérieures sur 1 ether ne permettent nullement de donner une explication mécanique des phénomènes que présentent les rayons X; mais Tinsufiisance de ces hypothèses était, depuis assez longtemps déjà, reconnue, sinon avouée, par la science; la découverte des nouveaux rayons leur a porté le coup de grâce, mais son importance a grandi surtout aux yeux de ceux qui croyaient ces hypothèses encore plus vivaces qu*elles ne l'étaient en réalité, à savoir aux yeux du grand public et des savants adonnés à d autres branches. Il faut reconnaître aussi que les physiciens ne se hâtent point de proposer de nouvelles hypothèses, et qu*à cet égard ils semblent envahis par une sorte de scepticisme, ce que favorise le résultat des déductions mathématiques arrivant désormais, au point de vue des vérifications expérimentales, à tirer les mêmes conséquences de suppositions premières tout à fait contradictoires.
En fin de compte, la physique semble actuellement flotter entre deux conceptions essentiellement différentes : Tune qui attribue, dans Texplication des faits, la prépondérance aux actions entre les molécules pondérables; Tautre qui considère au contraire ces molécules comme inertes et qui imagine l'éther impondérable comme le réservoir inépuisable des énergies naturelles, comme Tagent capable de les fournir, à notre demande, sous les formes les plus variées et les plus inattendues. La croyance aux actions mécaniques à distance a fait son temps; elles ne sont plus conservées que comme une expression mathématique commode pour des faits au delà desquels il est difficile de remonter (car Faction au contact n est pas, à priorif plus susceptible d'explication). Mais les actions physiques ou chimiques à distance ont été, de nos jours, réalisées si fréquemment dans des conditions qu*au commencement du siècle aucun savant n'aurait hésité â déclarer impossibles! Désormais on n*ose plus guèr^ opposer une fin de non-
recevoir aux espérances les plus aventureuses. Les triomphes de la physique ont éveillé de singulières ambitions physiologistes, et Ton ne discerne plus bien quelle barrière fixe pourrait leur être opposée.
Gbinde. — Si pendant la dernière partie de ce siècle, la chimie n*a pas produit des merveilles aussi éclatantes que les récentes applications de la physique, les progrès qu*elle a accomplis n*en ont pas moins une importance exceptionnelle.
Les travaux de Sainte-Claire Deville sur la dissociation ont été le point de départ de recherches qui constituent comme une nouvelle branche de la science, la physico-chimie ;^ la notion générale d'équilibre chimique sous des conditions physiques déterminées s est précisée et éclaircie. Mentionnons à ce sujet la théorie des dissolutions du Hollandais Yan t'floff,les expériences de Raoult sur la congélation des dissolutions salines. Mais la partie capitale de cet ensemble est la thermochimie ^ due tout entière aux travaux de M. Berthelot et de ses élèves; le savant qui avait eu la gloire de détruire absolument la barrière entre la chimie minérale et la chimie oi^anique a su également, non seulement faire aboutir la mesure de Ténergie correspondant à toutes les réactions chimiques, mais déduire de ces recherches calorimétriques une notion précise et une évaluation exacte de ce que Ton appelait Taffînité. L'application des principes relativement simples qu'il a formulés permet désormais de prévoir à priori, dans l'immense majorité des cas, la nature des réactions qui peuvent se produire entre des corps donnés, dans des circonstances données. En attendant les conséquences que l'avenir déduira de principes aussi féconds, ils ont tout d'abord singulièrement servi pour les recherches relatives aux explosifs, recherches auxquelles Tétat actuel de l'Europe à donné, depuis 1870, une puissante impulsion.
L'ancienne chimie a vu se renouveler ses procédés, soit par la tendance à une précision plus parfaite dans les mesures, soit par le progrès de la spectroscopie. A côté des nouveaux métaux découverts par cette dernière voie, l'isolement d'un nouveau gaz de l'atmosphère (l'argon, par Lord Raleigh et Ramsay) a excité un vif intérêt.
L'emploi de moyens d'action plus puissants, que jusqu alors on n'avait pu obtenir, de pressions extrêmement fortes, de températures très basses ou très élevées, a ouvert de nouveaux horizons à la chimie minérale, qui semblait avoir presque terminé l'exploration de son domaine. Grftce au four électrique de Yiolle, M. Moissan, par exemple, a obtenu un grand nombre de corps nouveaux, ou réalisé des préparations beaucoup plus simples pour divers métaux. De ce côté, on peut toujours attendre des découvertes inespérées, mais en fait c'est actuellement Vélectrolyse qui fournit les résultats les plus variés et les plus nombreux, comme les applications industrielles les plus importantes. En agissant sur des sels rendus liquides soit par fusion aqueuse, soit par fusion ignée, elle parvient non seul^ ment à isoler des corps simples, comme l'aluminium, devenu, grâce à elle, d'un usage courant, mais à produire des composes relativement complexes (par exemple les chlorures décolorants)
La prévision chimique avait été cherchée depuis longtemps dans une voie essentiellement différente de celle qu'a ouverle H. Berthelot; se représenter, au moyen de la conception atomique, l'architecture véritable des molécules, semblait cependant un jeu d'esprit ne pouvant faire appel qu'à des hypothèses hasardées, plutôt qu'un moyen pratique de prévoir les réactious, surtout pour les composés d'origine végétale ou animale. Ce moyen a été cependant trouvé dans la stémchimie constituée par MM. Lebel et Van t'Hoff. La connaissance exacte de la fonction chimique des corps naturels a permis de diriger des synthèses pour la production, par exemple, de Tindigo (Baeyer) ou des sucres (Fischer). Ces procédés pénètrent l'industrie et renouvellent la fabrication des couleurs ou la préparation des parfums, en attendant les essais portant sur des produits alimentaires, ce que l'on envisage déjà comme une éventualité rapprochée.
Les sciences naturelles : Pasteur. — Hais le triomphe de la chimie le plus éclatant aux yeux du grand public fut sans contredit d'avoir formé l'illustre savant dont l'œuvre devait aboutir à la rénovation des doctrines médicales et i la transformation des pratiques de la chirui^e, en même temps
qu'à de profondes modifications dans les conceptions physiologiques.
Nous avons dit * quelle explication Pasteur était arrivé à donner des phénomènes de la fermentation. Il avait établi Texistence de nombreuses variétés de germes microscopiques, répandus dans toute la nature , mais ne se développant et ne se reproduisant que dans des milieux appropriés, et y pro^ duisant alors des changements spéciaux et caractéristiques de chaque espèce. Tandis que les adversaires de la théorie microbienne poursuivaient contre lui une polémique qui l'obligeait à multiplier les expériences démonstratives , Pasteur ne se laissait pas, pour cela, détourner de la recherche des conséquences pratiques à tirer de sa doctrine. Tout d*abord elle devait permettre de régler les fermentations, soit en les hâtant par exemple (vieillissement des vins), soit en les arrêtant à un point précis et en empêchant la corruption ultérieure. Les recherches sur la fermentation de la bière (1871-1876), qui furent couronnées d*un brillant succès, sont le point culminant de cette première étape.
Hais, dans la théorie microbienne, l'action des organismes microscopiques vivants ne pouvait être limitée aux milieux chimiques; elle devait s'étendre aux êtres vivants, et, de fait, nombre de maladies offraient des symptômes présentant avec les fermentations d'évidentes analogies. La gloire de Pasteur, quand il aborda ce nouvel ordre d'idées, fut de savoir choisir, comme objet de ses recherches, des questions qu'il pût résoudre, comme aussi de triompher avec son génie, fait de patience, des innombrables difûcultés qu'il rencontra sur sa voie.
Dès 1865, il avait été chargé d'étudier une maladie des vers à soie : sa mission fut couronnée du plus heureux succès; mais il lui avait suffi de déterminer les conditions de sélection de la graine, il n'était encore nullement question de moyens curatifs. Une attaque d'hémiplégie, dont l'illustre savant ne se remit jamais complètement, et qui le frappa bientôt après, en pleine vigueur, semblait devoir l'arrêter définitivement dans sa car-