‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 80 sur 206 · L^ART EN FRANCE · texte numérisé non relu

L^ART EN FRANCE

témoignèreni de la souplesse de son talent. Et le Lamartine de 1871, d*un romantisme si noblement idéaliste, Tadmirable 5am/ Vincent de Paul du Panthéon (son chef-d'œuvre), les Dianes chasseresses, les Femmes au paon — et tout à coup le Cardinal de LavigeriCy le La Rochejacquelein fier et pur comme un beau lis royal, prouvèrent combien était en lui riche et diverse la force d'invention.

Emm. Frémiet, en qui revit Tespril de Rude, son maître et son parent, sut, lui aussi, avec une curiosité agile et puissante, reproduire « la nature dans sa variété ». De la bestialité primitive aux plus nobles incarnations de Tftme humaine, du gorille monstrueux donliIa,aux murs du Muséum d'histoire naturelle, évoqué les corps à corps sauvages avec Thomme des cavernes, à Saint Georges et à Jeanne d'Arc, il a créé une œuvre où la vigueur de la conception et la franchise de l'exécution, le sentiment évocateur des forces élémentaires comme du style historique le plus haut, sont également admirables.

Dalou, élève de Carpeaux (mort en 1875, Tannée où TÉcole française menait le deuil de Corot, de J.-F. Hillet et de Barye), dans quelques monuments de grande allure décorative» comme le Triomphe de la République, a livré carrière à une verve de facture et d'imagination qui risquerait quelquefois de dégénérer en grandiloquence, si un amour respectueux et ardent de la nature ne l'en préservait à temps. C'est i ce sentiment de la vie qu'il doit d'avoir signé quelques-uns des plus beaux bustes de noire époque.

Il y a aussi une grande force en Rodin : VAge d'airain, le Baiser, une série de bustes admirables par la puissance nerveuse de la facture et l'intensité de l'expression individuelle montrent assez ce que l'art français peut attendre de lui. Il a excité des admirations ferventes et bruyantes, et peut-être ses grandes œuvres, célébrées avant même d*être achevées et qu'on attend toujours, seront-elles étouffées sous les gloses, exégèses et commentaires lyriques que des écrivains de talent en don nent avec un enthousiasme plus vibrant d'ébauche en ébauche. Il faut espérer que le xx* siècle verra la Porte de l'Enfer et le Monument de Victor Hugo complets et déGnitifs.

Paul Dubois, Mercié, Barrias, Injalbert, Goutan, A. Boucher, Verlel, Saint-Marceaux, Puech, et après eux vingt autres encore jeunes et en pleine maturité ont donné à la France de nobles monuments et de beaux bustes, où se continue sans défaillance cette vivante tradition qui, d'Houdon à Rude et à Carpeaux, ne s*est jamais laissé prescrire. La sculpture française a retrouvé sa liberté, elle est revenue à la vie, affranchie des abstractions où les théoriciens du premier Empire Tavaient emprisonnée. Obstinément, sûrement elle a, par delà les faux classiques, repris contact avec la vie.

Ce que nous lui demandons maintenant, c est de slnspirer hardiment des pensées de notre temps; ce que nous lui souhaitons, c*est de puiser à toutes les sources sociales et humaines et d'avancer toujours plus, dans la voie que les maîtres lui ont tracée, jusqu'à devenir Tinterprète tour à tour héroïque et familière de la vie nationale, de parler au peuple un langage clair et vibrant. Si le Monument aux Morts de Bartholomé a été accueilli dans un élan unanime d*émotion et de reconnaissance, c'est parce que notre « humanité » y a reconnu l'interprétation plastique d'une pensée grande et simple, vraiment populaire au meilleur sens du mot. Quelques tentatives de A. Charpentier, C. Lefèvre, Roger Bloche, M"' Marie Cazin ont été accueillies avec une vive sympathie et encouragées par tous ceux qui pensent que notre statuaire, sans rien abdiquer de sa grandeur, sans tomber dans les déclamations faciles et sentimentales, peut trouver dans une interprétation plus intime, plus réaliste et plus tendre de la simple vie, la matière de nouveaux et bienfaisants chefs-d'œuvre.

En attendant, la sculpture « officielle » ne suffisant pas à faire vivre les sculpteurs, beaucoup ont été amenés à remettre en honneur cette « sculpture d'appartement » qui suffit aux Falconet et aux Clodion pour créer des chefs-d'œuvre. Frémiet, Dampt, Aube, Théodore Rivière, Vernhes, Gardet, ont signé des statuettes expressives ou charmantes, Rodin luimême a débité en petits groupes passionnés, faciles à loger en des cabinets d'amateurs, la plus grande partie de sa monumentale Porte de r Enfer.

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