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L'ART EN FRANGE

Et, en même temps, la gravure des médailles — que les Guillaume Dupré et les Jean Warin avaient faite chez nous si souple, si persuasive el si savoureuse — retrouvait en se rapprochant de la vérité, en s'affranchissant des abstractions académiques, une soudaine et glorieuse renaissance. Les noms de deux grands artistes, Chaplain et Roty, Fauteur de la Semeuse, y resteront attachés.

La Peinture. — Henri Begnault — dont Tœuvre et la correspondance reûëtenl l'agitation inquiète qui s'était emparée, à la fin de la période brillante et frivole du second Empire, de presque tous les jeunes artistes — écrivait de Tanger, le 15 juillet 1870, à un de ses amis : « Je vous dirai que je fuis le modelé quand même; je fuis Tabus du noir. Ce sont nos sales ateliers de Paris avec leurs murs gris, vert foncé ou brun rouge, qui nous ont gâté les yeux et nous font voir des ombres insensées qui appellent forcément un modelé exagéré. Depuis que je voyage et que je vois les choses par moi-même, sans être entrainé de droite et de gauche par les conversations et les impressions de tel ou tel artiste, je me suis laissé aller naïvement & mes impressions personnelles... Pour moi et ici, je suis habitué à voir des figures d'un seul ton au milieu de murs blancs, par conséquent toujours reflétées, se détachant beaucoup plus par la valeur plaquée et presque sans modelé que par les eCFets d'ombre et de lumière ».

Le mot d'ordre fut alors dans beaucoup d'ateliers de « décrasser les palettes » et de peindre sub Jove crudo. Quelques jeunes peintres groupés autour de Manet, poussant à ses conséquences extrêmes ce que les paysagistes, et surtout Corot, avaient ajouté à la peinture de la lumière, fondèrent ce que l'on a appelé l'École « impressioniste ». Cette étiquette qu'ils ne choisirent pas leur fut appliquée au cours des polémiques violentes que leurs premières expositions provoquèrent. « Le peintre, était-il dit dans la préface d'un catalogue de tableaux de Manet, na songé quà rendre son impression. » Il fut aussitôt baptisé c impressioniste », et comme lui tous les c indépendants » qui plus ou moins se réclamèrent de lui. L'impressionisme, longtemps traité comme un délit, a pris désormais place — son

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cycle étant accompli — dans Fhistoire de la peinture moderne. On a compris que par une évolution naturelle et en quelque sorte nécessaire, il se rattache logiquement au réalisme d*uDe part, — au paysage de l'autre. De Courbet à Manet, de Corot à Daubigny, à Jongkind, à Boudin, à Lépine, i Claude Monet, Pissaro, Sisley, la filiation est évidente. Ce qui rattache Maneti Courbet, c'est, par réaction systématique et violente contre ridéalisme conventionnel de Técole, la recherche de certaines trivialités où le parti pris agressif de Tartiste se fait sentir davantage que son amour ou sa sympathie. Ce qui le rattache à Corot et à Técole des paysagistes, c'est l'observation de plus en plus particularisée de ce qu'un critique classique — Boutard, dans son Dictionnaire des Beaux- Arts^ — appelait, dès 1826, € Timitation des effets de la lumière dans les espaces de l'air et sur la face de la terre et des eaux ». Nul, plus que Corot, mort en 1875, n'avait eu, de ces effets, la sensation délicate et subtile et n'avait mieux exprimé la grande harmonie du monde et les joies de la nature sous les caresses légères des rayons. Le rôle des impressionistes fut d'isoler en quelque sorte ce principe, jusqu'à ne plus voir dans la nature que l'universelle palpitation des atomes, un gouffre de lumière où apparaissent plus ou moins vaguement les êtres — hommes, arbres, rochers. Pour exprimer en ce qu'elle a de plus mobile et de plus insaisissable, l'impondérable lumière, ils en sont venus à renouveler la technique; ils ont eu recours à ce principe de la décomposition du rayon lumineux, de la juxtaposition sur la toile des éléments du ton reconstitué sur la rétine par le mélange optique, dont quelques grands décorateurs, et surtout Delacroix, avaient souvent usé. Ils ont employé presque exclusive ment les couleurs les plus voisines de celles du spectre solaire, et ont poussé jusqu'à ses conséquences extrêmes l'observation de la coloration des ombres et de la loi des complémentaires... On en est encore trop souvent à condamner ou à admirer en bloc toutes leurs œuvres. Le temps mettra peu à peu, a mis déjà bien des choses au point. Nul ne contestera qu'ils ont enrichi et assoupli la langue pittoresque; en quelques-uns de leurs paysages, surtout de leurs marines, le monde nous est apparu

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comme dans une nplendeur inédite, et tout palpitant encore du divin fiât lux. Et ee serait assez pour leur faire pardonner tous les méfaits que leur reprochent ceux qui les accusent d avoir désorganisé la peinture. Il paraîtra, d'autre part, que dans cette recherche exclusive et haletante des effets lumineux, dans cette notation de l'impression fugitive et cette fixation de l'insaisissable, ils en sont arrivés au point où un système se compromet par l'abus même de son propre principe. Par l'émiettement de la forme, la dispersion de toutes les forces permanentes et solides qui semblent affirmer à nos yeux la construction du monde, beaucoup de leurs tableaux nous laissent une vague inquiétude. En même temps que la sensation y est poussée jusqu'à une acuité qui devient presque douloureuse, l'individualité des êtres et des choses semble s'y dissoudre dans la dévorante irradiation de l'éther.... et par une réaction naturelle on en revient i ces bons maçons qu'à de certaines heures on peut trouver lourds et opaques, par exemple à Courbet; et c'est peut-être ce qui explique l'apparition en ces dernières années d'un groupe de plus en plus nombreux de jeunes artistes qui, comprenant que la peinture claire avait donné pour un temps tout ce qu'on en pouvait attendre, sont revenus à la « manière forte » et même sombre, ont rendu au ton local et à la forme individuelle le rôle et rimportance dont on les avait dépossédés. René Ménard et Cottet, Lucien Simon et André Dauchez, Tournés, Lobre, Wéry, X. Prinet et Meslé méritent déjà d'être cités parmi les représentants de cette génération.

On a vu * que l'École de Rome, malgré les protestations et les anathèmes de quelques-uns de ses directeurs, trop enclins è traiter comme des délits les opinions et les goûts qu'ils ne partageaient pas, avait dû^ par la force des choses, entr'ouvrir ses portes aux influences qui avaient renouvelé l'art du siècle. Hébert reçut de Jules Dupré des leçons de paysage et les mit à profit — et quand Henner et Bonnat quittèrent la Villay ce n'étaient pas non plus de purs « classiques » qui venaient prendre rang dans l'armée toujours grossissante des peintres.

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