‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 95 sur 206 · PRESIDENCES DE GRANT ET DE HAYES · texte numérisé non relu

PRESIDENCES DE GRANT ET DE HAYES

jusqu'au jour où elle fut remplacée (4890) par une autre plus favorable encore à Targent et aux argentistes.

Partis et programmes. — Les républicains furent très embarrassés pour les élections d'automne 1878. Il s'agissait de trouver une plaiform. On ne pouvait concentrer les efforts du parti dans une attaque contre le président, Hayes ayant encore un certain degré de popularité. Sur la question monétaire la scission était complète entre les républicains de TEst et ceux de rOuest. Sur le tarif le désaccord n'était pas moins vif. Le parti n'était uni que sur la question des grands travaux publics, mais le moment élait peu propice, la pauvreté étant générale, et l'économie s'imposait. Les démocrates n'étaient pas moins perplexes. L'objet principal des deux grands partis, au moment d'une épreuve décisive, était donc d'éviter de s'engager sur aucune question pressante du moment; ils reculaient devant le travail même qui semble constituer la raison d'être des partis.

Pendant Ibs douze années qui avaient suivi la guerre, le parti républicain avait exploité les « outrages » sudistes et les souvenirs de la grande lutte. Mais les « outrages » se faisaient relativement rares. Puis le pays avait passé par une grande révolution économique. Des émigrants en quantité considérable (3 630 000 en douze ans, 460 000 dans la seule année 1873) avaient grossi sa population électorale. Une génération nouvelle croissait, qui n'avait pas été témoin du conflit de l'esclavage et se souvenait peu de la guerre. Les partis n'avaient pas de « cris » pour les élections d'automne 1878. La « machine » n'en fonctionna qu'avec plus d'énergie, dirigée avec une activité remarquable par des politiciens comme Gonkling, ce sénateur du New-York, qui, sans prononcer jamais un mot en public sur les questions à l'ordre du jour, était l'homme le plus occupé de Washington. C'est alors que les républicains inclinèrent de plus en plus vers le système de la protection à outrance, tandis que les démocrates insérèrent dans leur programme des articles qui y figurèrent jusqu'en 1900 : un tarif simplement fiscal, a tariff for revenue only\ l'impôt sur les revenus des riches; le paiement de la dette nationale en papier-monnaie ou en dollars arçent.

La reprise des paiements en espèces. — On vit se former un nouveau parti, le National Greenback Labour Party, dont les chefs furent, dans FEst, Benjamin-F. Butler, et dans rOuest, le californien Dennis Kearney, et qui, uni aux démocrates socialistes, réussit à faire passer en i878 quelques candidats dans les législatures des États et même au Congrès.

Bayes, et Sberman, son secrétaire du trésor, poursuivirent sans s*émouvoir de ce mouvement, la politique financière où ils s'étaient engagés. Grâce à d*excellentes mesures de précaution adoptées par le secrétaire, la reprise des paiements en espèces s*effectua le l*' janvier 1879 sans difficulté, le prix du papier s*étant depuis quelque temps établi au niveau de celui de l'or.

Le 24 février 1879, le Congrès adopta une résolution portant qu'à l'avenir les Chinois ne pourraient, au nombre de plus de quinze sur un même navire, immigrer aux États-Unis. C'était un vote politique. Démocrates et républicains voulaient se concilier les voix de la Californie pour les prochaines élections au Congrès et pour la campagne présidentielle de 1880. Mais la résolution votée était une violation du traité Burlingaroe qui réglait les relations entre les États-Unis et la Chine. A San Francisco, on menaçait ouvertement de se retirer de l'Union si le Congrès ne débarrassait pas la Californie du fléau des Chinois. Bayes opposa son veto à la résolution, et les Californiens ne jugèrent pas à propos de mettre leur menace à exécution.

Le 45* Congrès se sépara le 4 mars 1879, sans avoir voté le budget de l'armée. Bayes fut forcé de convoquer le nouveau Congrès (46'') pour une session extraordinaire. Les démocrates y avaient la majorité dans la Chambre et dans le Sénat. La session dura plus de cent jours, et ne vit, sur près de trois mille projets de loi, qu'un très petit nombre aboutir. Elle fut toute consacrée i des intrigues, i des escarmouches de parti, aux préparatifs de la campagne pour l'élection présidentielle de 1880, i des tentatives heureusement déjouées pour rouvrir la porte à l'extension de la circulation de l'argent et du papier. De tout ce que le parti démocratique avait pu espérer de la session, il n'obtint rien, et la route vers la Maison Blanche devint pour lui

PRÉSIDENCES DE GRÀNT ET DE UÀYES 669

plus hérissée d*obstacles qu'elle n*ayait été dans les années précédentes. Les efforts des plus intempérants d*entre eux pour la glorification de la rébeUion, et pour une revendication arrogante des droits des Etats, n'eurent pour effet que d'amener le parti républicain à serrer ses rangs.

Fautes des démocrates. — Aux élections de l'automne de 1879, le c Nord uni » se dressa en forces imposantes contre le c Sud uni >. Les violences auxquelles se livrèrent de 1877 à 1879 les intransigeants du parti démocrate, avaient compromis les succès acquis et retardé un fait historiquement et logiquement inévitable après les événements des six précédentes années, le. retour des démocrates à la présidence. Us se crurent trop tôt et trop sûrement vainqueurs, et pendant trois années accumulèrent fautes sur fautes. Une des plus graves fut de chercher dans une alliance compromettante avec l'ancien parti de la répudiation, devenu le parti des greenbackers^ le moyen de rattacher à leur cause quelques-uns des principaux États de rOuest, rOhio, peut-être Tlllinois. Un certain nombre de politiciens marquants du parti démocratique, qui, sous l'administration de Grant, s'étaient faits les avocats des saines doctrines économiques, firent volte-face et se transformèrent de hard money men en so/l money men, parurent convertis aux vertus de l'expansion indéfinie de la monnaie de papier, ou à son défaut, de la monnaie d'argent dépréciée.

Cette tactique leur valut quelques succès dans les élections de 1877 et de 1878, mais celles de 1879 dissipèrent brutalement les illusions dont ils se berçaient pour la campagne présidentielle de 1880. Non seulement ils ne faisaient point de nouvelles conquêtes, mais ils étaient battus sur le théâtre de leurs victoires nordistes de 1876. Plus sensible pour eux que tout le reste fut la perte de l'État de New-York, causée par les divisions intestines qui paralysent si souvent la prédominance réelle de l'élément démocratique dans cet État. L'ancienne et célèbre organisation démocrate de la ville de New- York, Tammany Hall, avait résisté à la découverte des prévarications gigantesques de la bande Tweed et consorts. Son chef actuel, Kelly, faisait une opposition acharnée à Tilden, le leader reconnu du parti.

La défection de Kelly permit, en 1879, au ticket républicain de prendre la tète du scrutin.

L'élection présidentielle de 1880. — La campagne présidentielle de 1880 s*annonçait donc sous des auspices peu favorables pour les démocrates. Us choisirent un candidat honnête, mais peu fait pour relever le prestige du parti, le général Hancock. Dans la Convention nationale républicaine Grant fut présenté en concurrence avec Blaine. La Convention les rejeta Tun et Tautre, ne pouvant après trente-trois scrutins se décider pour Tun d*eux. Au trente-quatrième tour, Garfield, dont la candidature n'avait pas été posée, mais qui était général et avait joué dans la guerre de sécession un rôle honorable, bien qu*effacé, eut 17 voix. Il en eut 50 au trente-cinquième. Le trente-sixième et dernier lui donna 399 voix.

L'élection des membres du collège électoral eut lieu le mardi 2 novembre \ Tout dépendait du vote de TÉtat de New- York. Cet État, en donnant 20 000 voix de majorité à Garfield, trancha la question contre les démocrates*.

Tout le Sud, avec la Californie, vota pour le candidat démocrate Hancock, tout le Nord pour Garfield. Hancock, avec 19 États, n'eut que 155 suffrages du collège des « électeurs ». Garfield, avec les 19 autres États, eut 21 4 suffrages Les États-

i. Les « électeurs • volent le 1" mercredi de décembre, et les voles sont comptés officiellement le 9 février suivant.

2. ^importance de l'État de Ne%v-York dans la politique nationale lient d'abord au nombre de votes dont il dispose, mais plus encore au fait que, rUnion étant divisée en un Sud tout démocrate et un Nord tout républicain, le New- York décide en fait, dans chaque élection, le sort de l'un et de l'autre parli.

On ne peut se flatter d'être assuré & l'avance du côté où inclinera le New- York. L'État est presque également divisé entre les deux partis, en sorte qu'il suffit d'une influence légère ou passagère pour déterminer rinclinaison définitive. Mais une fois cette inclinaison déterminée, l'elTet est énorme, car, l'Etal votant en bloc, c'est la masse de ses trenle-six sulTrages qu*il jette d'un seul côté, et par là, presque toujours, il emporte Téleclion.

En 1880, Garfield battit Hancock par 214 voix contre 155. Si le New-York avait voté pour Hancock, celui-ci eût eu 191 voix, et Garfield 178. Or la majorité pour Garfield dans l'État même de New- York ne dépassa pas un tiers eoWron de 1 p. 100, et cette petite majorité fut faite par le vote des Indépendants. Ceux-ci étaient une minorité infime. 11 furent cependant assez nombreux pour assurer à Garfield les 36 sufl'rages du New- York, et, par le New- York, la présidence de l'Union,

Le New- York étant un État essentiellement douteux, il faut que chacun des deux partis le prenne pour base de tous ces calculs et cherche, en choisissant un candidat, à satisfaire les électeurs de ce grand État, avant de consulter les préférences de tout autre.

Unis étaient cependant bien également divisés entre les deux partis. Car la majorité populaire pour Crarfield ne fut que de 7O00 voix (4 449000 contre 4 442 000). Les élections pour le 47** congrès, qui devait siéger en décembre 1881, rendirent aux républicains la majorité dans la Chambre et diminuèrent la majorité démocratique dans le Sénat.

//. — Les Etats-Unis de 1880 à igoo.

Garfield, Cleveland, Harrison et Mac Kinley.

Garfleld assassiné. Ghester Arthur président. —

L'élection de James Garfield avait été saluée avec transport par tous les amis de la réforme administrative. Cari Schurz dit qu'elle avait sauvé le parti républicain d*un grand danger. Garfield mourut avant d'avoir donné la mesure de sa valeur, avant même d'avoir esquissé la réalisation des espérances mises en lui par la foule de ses admirateurs. Il fut assassiné le 2 juillet 1881 par un solliciteur aigri, Guiteau, et expira dix semaines plus tard, après avoir subi d'horribles souffrances (13 septembre 1881). Chester Arthur, vice-président de l'Union, assuma, aux termes de la constitution, les fonctions présidentielles. Partisan déclaré de Grant, Arthur ne s'était point révélé jusqu'alors comme homme d'Etat, mais il passait pour un des plus habiles praticiens de la « machine », dans cet État de New- York où le fonctionnement en avait été porté au plus haut degré de perfection. A tout prendre, ce président de hasard tint fort convenablement son rang; sous son administration conciliante et sage, l'Union fut lancée en un grand essor de prospérité matérielle, que ne put entraver, même passagèrement, un nouveau coup de théâtre électoral, analogue & celui de 1874, une défaite foudroyante du parti républicain aux élections d* octobre 1882. Il fut battu dans l'Ohio, dans le New- York, dans le Massachusetts même, cette citadelle de l'ancien fédéralisme, qui élut comme gouverneur un des moins recommandables des candidats démocrates. Benjamin Butler.

Les démocrates remportèrent encore dans le Gonnecticut, le New-Jersey, la Pennsylvanie. Ils enlevaient, dans TOuest, le Micbigan, le Kansas, le Colorado. La nouvelle Chambre des représentants (48* congrès) compta près de 200 démocrales contre 120 à 130 républicains.

Réforme administrative et tarif. — D*abord frappés de stupeur, les leaders du parti se remirent assez vile d*uDe si terrible secousse. Ils décidèrent de surprendre à leur tour Topinion par le vote rapide de mesures de réforme \ingi fois promises et sans cesse ajournées. Le 4 janvier 1883, le président signait une loi {Pendleion bill) organisant de toutes pièces une réforme fondamentale du système de nomination aux emplois publics, par Tinstitution d'examens et de concours. Les congressistes travaillèrent en même temps à une révision do tarif douanier. Une grande commission présenta un projet que le Congrès vota en 1883, mais qui avait plus d'apparence que de réalité et n'apporta que peu d'adoucissements à la législation antérieure : il abaissait légèrement les droits d'entrée sur quelques matières premières, mais ne touchait pas aux faies sur les objets manufacturés.

Aussi la question du tarif se posa-t-elle de nouveau en i88i, dans la campagne présidentielle où le parti républicaio, adoptant enfin la candidature de M. James Gillespie Blaine, vit se dresser contre son porte-drapeau un concurrent formidable, dans la personne d'un petit avocat de Buffalo, devenu gouverneur de l'Etat de New- York, et qui s'était acquis par l'énergie avec laquelle il usa de son droit de veto une telle notoriété qu'il s'imposa aux démocrates, et que ceux-ci, en dépit des résistances et des jalousies d'aspirants qui croyaient avoir plus de titres, le proclamèrent leur candidat pour la présidence.

Jamais lutte pour la conquête de la première magistrature de rUnion ne fut plus ardente, plus acharnée, plus remplie d'invectives personnelles, plus débordante de passions nobles ou viles, surtout viles. La candidature de Blaine, malheureusemei]! pour le parti républicain, déplut si fort à la fraction des Indépendants (ou Mugwumps), dont l'influence s'était grandement accrue depuis 1880, qu'ils résolurent de voter, en guise

^, pour Cleveland, qu'ils tenaient en estime

^ >nnèteté. Blaine, perdant les voix des Indc-

Mes des Irlandais. Tout compte fait, Cle-

-lans le New-York que d'un millier de

V "^ * suffisant pour que les 36 suffrages

je électoral lui fussent dévolus, ce .osidence de TUnion par 219 suffrages .aine (4 911000 voix dans le scrutin populaire .0*8 000).

Les démocrates à la présidence. Cleveland (1885- 1889). — Grover Cleveland, sans justifier toutes les espérances qu'il avait suscitées comme réformateur des abus administratifs, gouverna cependant très honorablement et engagea avec résolution son parti, au grand mécontentement de plusieurs des fractions dont il était composé, sur les deux questions qui, de 1880 à 1900, ont été capitales aux États-Unis, le régime monétaire et le tarif. Le président voulait la suspension ou une limilation stricte du monnayage de Targent et l'acquittement rigoureux en or de tous les engagements fédéraux. Il voulait en outre et même réclamait, au nom des principes essentiels de la Constitution, un abaissement du tarif douanier, celte réduction étant due selon lui au bien-être du peuple; d'autre part le dégrèvement considérable qui en résulterait entraînerait la disparition au moins partielle des énormes excédents de receltes (80 à 100 millions de dollars par an) que présentaient les budgets des Etats-Unis.

La volonté de Cleveland resta impuissante. Il n'obtint ni la réduction du tarif ni une modification de la loi Bland de 1878. Les démocrates comptaient en effet dans leurs rangs une forte minorité de partisans du high tariff (leur chef était Randall) et une majorité positive de silvermen. Il n'y avait donc point d'unité dans l'action du parti, et les républicains qui s'étaient définitivement reconstitués en un parti compact sur la question de l'étalon d'or et du régime protectionniste le plus accentué, n'eurent pas de peine, en 1888, à faire triompher leur candidat, B. Harrison (de Tlndiana), petit-fils du président de 1840, sur Cleveland, abandonné d'une partie considérable des démo-

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craies et combattu dans le New- York même par un rival, Hill, et par Tammany. Harrison eut 233 voix du collège électoral contre 182 données à Cleveland. Au scrutin populaire il y eut 5 538 000 votes républicains contre 5 440 000 démocrates.

Présidence de Harrison. « Silver bill » et tarif Mac Kinley. — Les vainqueurs se bâtèrent de tirer les coaclusions extrêmes de leur succès. Harrison ayant pris le pouvoir le 4 mars 1889 et le 51' Congrès s*étant réuni à la fia de cetle même année, les républicains réussirent à faire passer en 1890 dans les deux Chambres deux mesures d'une grande importance, le silver bill de Sherman, substitué à la loi de 1818 et aux termes duquel le trésor devait acheter chaque année 54 millions d'onces d'argent contre bons du Trésor, et le tarif Mac Kinley qui, tout en faisant passer d'assez nombreux articles nouveaux sur la free list ou liste des marchandises entrant en franchise, élevait dans une forte proportion les droits à l'importation de la plupart des produits fabriqués d'origine européenne, surtout d'origine anglaise. Les républicains protectionnistes, pour assurer le succès de leur mesure favorite, le tarif, avaient dû s'engager dans un compromis singulier avec les argenlistes de l'Ouest, qui étaient résolus à obtenir du Congrès, tôt ou tard, le rétablissement de la liberté de la frappe de l'argent. Les argentistes avaient concédé le tarif, à la condition que les républicains concédassent une amélioration des conditions faites aux Etats-Unis à l'emploi monétaire de l'ai^cnt. Le pacte fut exécuté, mais l'opinion publique jugea sévèrement la conduite des républicains, qui, d'ailleurs, pour faire disparaître les excédents budgétaires, imaginèrent d'élever jusqu'au chiffre fantastique de 140 millions de dollars le total des crédits pour les pensions militaires. La masse électorale manifesta ses sentiments dans l'automne de 1890 par la nomination d'une Chambre des représentants où la majorité démocratique était plus considérable encore que dans celle de 1882*. En 1892, les deux adversaires de 1888 se retrouvèrent aux prises, Harrison et Cleveland, avec les mêmes programmes, pour l'élection présidentielle.

1. 236 démocrates contre 88 républicains et 8 populistes en 1890 — 199 démocrates contre 124 républicains en 1882.

Mais les rôles étaient intervertis, Harrison se trouvant dans la place et Gteveland voulant l'en déloger.

Élection présidentielle de 1892. — Les questions étaient plus tranchées qu'elles n'avaient été précédemment, grâce à la netteté de langage et i la franchise d'attitude du candidat démocrate. D'un côté, le tarif élevé, la protection i outrance, un budget démesuré de pensions, l'accroissement continu des dépenses fédérales ; de l'autre, abaissement modéré des droits de douane, réduction des dépenses, retour aux principes jeffersonniens du gouvernement le moins coûteux. Chez les républicains, tendances à la centralisation; chez les démocrates, revendication des droits réservés aux Etats. Sur la seule question de l'argent, les deux partis étaient aussi empêchés l'un que Tautre de proposer une solution nette, la frappe libre du métal blanc ayant ses partisans et ses adversaires, également ardents, dans l'un et l'autre camp Harrison n'avait pas d'opinion déterminée sur ce point. Cleveland et un petit groupe d'amis étaient des adversaires résolus de l'argentisme, même du bimétallisme, national ou international. L*ex-président de 1884 triompha de nouveau en 1892. Il eut 277 suffrages du collège électoral contre 145 donnés à Harrison et 22 au candidat populiste, Weaver (5 556000 voix contre 5170 000 dans le scrutin populaire).

Le parti ouvrier. — Une particularité intéressante des élections qui avaient eu lieu depuis une dizaine d'années était le rôle tout nouveau qu'y joua le parti ouvrier. Plusieurs fois, à l'époque des élections présidentielles, on avait vu s'ébaucher des essais d'organisation d'un parti national du travail, National Labour Party, avec un programme et des candidats distincts. L'entreprise n'avait jamais donné que d'assez piètres résultats. En 1886,cependant,un vif intérêt s'attacha à l'efTort vigoureux que fît ce nouveau parti pour emporter de haute lutte un poste municipsd des plus en vue, la mairie de la ville de New-York. Pendant toute la première moitié de 1886, les États-Unis avaient été profondément troublés par des grèves qu'avait suscitées dans le Sud-Ouest la puissante association des Chevaliers du travail {Knights of Labour) soutenue à Chicago par les

groupes socialistes et anarchistes, et à New- York par une autre association ouvrière qui prenait chaque jour plus d'importance et de force, la Central Labor Union. De graves désordres avaient éclaté en mars, avril et mai; le service fut complètement désorganisé pendant plusieurs semaines sur près de dix mille kilomètres de chemins de fer. Il s*était livré de véritables batailles entre gens de police et émeutiers dans les rues de Saint-Louis, de Chicago, de Milwaukee. Finalement, force était restée à la loi. L'opinion publique s'était prononcée avec une vigueur extrême contre les fauteurs de désordres et les destructeurs de propriétés privées. Les Chevaliers du travail durent reconnaître qu'ils avaient échoué dans leur tentative d assaut violent contre Tordre social; leurs chefs reprirent une attitude pacifique et modérée, espérant conquérir par le scrutin ce que n'avait pu donner la violence. Des candidats du parti ouvrier furent présentés dans un certain nombre de circonscriptions et quelquesuns passèrent. Henri George, Tapôtre de la théorie de la « nationalisation » de la terre, obtint, comme candidat à la mairie de la ville de New-York, 67 000 voix contre 90 000 données à Hewitt, candidat des démocrates, et à Th. Roosevelt, candidat des républicains. ,

Quatre États nouveaux. — Les États sont des communautés | politiques indépendantes en tout ce qui concerne leurs affaires | intérieures. Ils possèdent chacun une législature composée de i deux chambres, un gouverneur et d'autres agents du pouvoir , exécutif, directement élus par le peuple, un pouvoir judiciaire i qui procède également de l'élection. Ce gouvernement exerce i tous les pouvoirs d'un État indépendant, sauf ceux que la cens- I litution fédérale a expressément réservés au gouvernement I central, qui comprend lui aussi les trois départements légis- I latif, exécutif et judiciaire. I

Chacun des États envoie au Congrès de Washington deux I membres du Sénat fédéral et autant de membres de la Chambre ' des représentants qu'il contient de fois 151 9i 2 habitants (de ' 1883 à 1893) ou 173 901 (de 1893 à 1903).

Quant aux Territoires, ils sont placés sous la dépendance directe du gouvernement central de Washington et administrés

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par un corps de fonctionnaires et de juges nommés par le président de rUnion et responsables devant lui et devant le Congrès. Chaque Territoire a sa législature particulière élue par la population; mais le gouverneur nommé par le président de r Union a le droit de veto sur les lois passées par la législature. Le Territoire est maintenu dans celte situation, qui n*est que provisoire, et constitue en quelque sorte une phase de préparation à une situation plus élevée, aussi longtemps que sa population n'atteint pas le chiffre qui lui donnerait le droit, s*il était un État, d'envoyer au moins à Washington un membre de la Chambre des représentants.

Mais le fait d'avoir atteint ce chiffre de population ne lui donne pas ipso facto le droit d*être admis comme un État souverain dans r Union, sur le même pied que les anciens Ëtats et avec les mêmes prérogatives. L'admission dépend de la volonté expresse du gouvernement fédéral. Le Congrès, pour des raisons spéciales, peut refuser pendant longtemps le droit d'entrée à un Territoire qui aurait plus d'habitants qu'il n'est nécessaire pour élire un membre du Congrès. Il peut imposer des conditions, et c'est ainsi qu'il a laissé pendant de longues années rUtah à la porte de l'Union, parce que ce Territoire, fondé par les Mormons, s'obstinait dans la pratique de la polygamie.

D'autre part les intérêts de parti s'opposent fréquemment à l'admission de nouveaux États. Autrefois, avant la guerre civile, des luttes passionnées éclataient à l'occasion de l'accession éventuelle d'un nouveau membre de l'Union, selon que l'on pouvait inférer, des tendances, du caractère de la population et de la situation géographique du Territoire postulant, qu'il apporterait un surcroit de force au parti esclavagiste du Sud ou aux adversaires de l'esclavage dans le Nord.

Pendant plus de vingt ans après la guerre civile, deux Territoires seulement furent admis comme Ëtats, l'un le Nebraska en 1867, le second le Colorado en 1876. Les huit autres s'étaient considérablement développés, mais des raisons politiques retardaient leur admission; le Washington, le Montana et le Dakota étaient situés dans l'extrême nord-ouest des États-Unis, région où le parti républicain avait toute chance de rester

dominant; aussi le parti démocrate s*était-il constamment opposé à leur prétention d*èlre élevés au rang d'États.

La victoire du parti républicain dans l'élection présidentielle de 1888 eut enfin raison de cette résistance. Le Sénat et la Chambre des représentants à Washington décidèrent l'admission de ces trois Territoires. Gomme le Dakota avait une population déjà importante et une étendue considérable, il fut divisé en deux parties, Tune du nord, l'autre du sud, et forma deux Etats distincts. Les formalités nécessaires furent remplies; chacun des nouveaux membres de l'union se donna une conslitution complète et élut son gouverneur, ses agents exécutifs, ses juges, ses deux sénateurs fédéraux, son représentant au Congrès (1889). L Union compta dès lors quarante-deux États au lieu de trente-huit, et le nombre des Territoires fut réduit à cinq, non compris l'Alaska, le district de Columbia et le Territoire Indien, chacune de ces dernières divisions étant soumise à un régime spécial, distinct de celui du gouvernement territorial'.

Suspension de la loi de 1890 sur l'argent; tarif WTilson (1894). — La seconde présidence de Glevelandne fut pas heureuse. Une crise économique des plus intenses éclata en 1893 et prolongea ses effets jusqu'en 1896. Le président eut à combattre non pas seulement les républicains, mais une fraction très nombreuse de son propre parti qui inclinait de plus en plus, à mesure que la population s'accroissait dans l'Ouest, à une alliance étroite avec les socialistes et les révolutionnaires, qui commençaient à s'organiser en un parti distinct sous le nom de « populistes », et avec les ai^entistes. Les démocrates du Sound money et du tari ff for revenue only furent cepen-

1. La date ofncielle de Padmission a été le 2 novembre 1889 pour le DakoU Nord et le Dakota Sud, le 8 novembre 1889 pour le Montana, le il novembre 1889 pour le Washington.

Le 3 et le 11 juillet 1890 furent admis l'idaho et le Wyoming, comme 43* et 44* États. LTtah, enfin, entra dans l'Union comme 45* État le 4 janvier iW«.

Entre temps une partie notable du Territoire Indien avait été organisa comme un Territoire régulier, sous le nom d'Okiahoma, le 2 mai 1890. Resf«"' encore dans la situation de Territoires le New Mexico et l'Arizona, organisa Fun le 9 septembre 1830, Taulre le 24 février 1863. Les divisions soumises à un régime spécial sont, en 1900 : Le district de Columbia, l'Alaska, ce qui reste du Territoire Indien, les îles Hawaï, Tile de Porto-Rico, Pile de Guam, Hle « Tutuila (Samoa) et les Philippines. Cuba est une république protégée.

danl assez nombreux pour faire voter par le Congrès en 1893 Il suspension de la loi de 1890 sur les achats de 54 millions cFonces d'argent par an, et en 1894 le tarif Wilson, qui représentait une certaine atténuation des droits les plus exagérés du tarif Mac Kinley, tout en restant une nfesure très protectionniste, au point que Cleveland hésita un moment i le sanctionner.

L'élection présidentielle de 1896. Bryan et Mac Klnley. — La suspension de la loi de 1890 porta à un tel degré d'exaspération les partisans du bimétallisme national (ou de l'étalon d'argent pur et simple) qu'ils engagèrent contre le président une lutte sans merci et décidèrent de réclamer désormais, sans accepter aucun compromis, la liberté de la frappe pour le métal favori de l'Ouest. Tous les éléments hostiles aux classes financières, commerciales et manufacturières de l'Est se coalisèrent à la fois contre Cleveland et contre le parti républicain. Le parti populiste faisait d'importants progrès. La masse des démocrates se jeta toute du côté du parti populiste qui prenait une force redoutable, et laissa le président isolé à Washington avec son programme, qui n'était plus celui du parti, et son petit groupe d'amis, qui aurait mieux figuré dans le parti républicain que dans la démocratie nouvelle. Celle-ci trouva son représentant parfait dans un jeune et ardent avocat du Nebraska, G. Bryan, et l'adopta comme son candidat pour la présidence. Dans une campagne forcenée de discours, Bryan se fît le dénonciateur des corporations financières, des trusts, des manufacturiers, des banquiers, monopoleurs, sectateurs de l'or, stipendiés du Cobden Club, humbles serviteurs de la ploutocratie britannique. Les républicains s'étaient serrés autour de l'homme qui leur parut le mieux représenter leurs idées et leurs aspirations, le parrain du fameux tarif Mac Kinley qui avait provoqué en Europe une si forte émotion et tant de con~ troverses.

Les démocrates restés fidèles à Cleveland votèrent en 1896 pour le candidat républicain ou pour un candidat indépendant. C'est pour une bonne part grâce à cet appoint que le protagoniste du parti républicain, défenseur des intérêts protectionnistes, de l'énorme industrie qui inonde aujourd'hui le monde

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de r,es produits, et de roi^anisation des trusts en laquelle s*esl manifestée cette expansion industrielle, dut d obtenir 271 suf> frages du collège électoral contre 176 donnés à Bryan, et 7 105000 voix contre 6 502000 dans le scrutin populaire.

Le tarif Dingtoy et la loi sur Tétalon d'or. — En 1900. les deux concurrents se trouvèrent de nouveau en présence. Mais la situation s'était notablement modifiée dans ces quatre années. D'une part, le Congrès avait voté, le 14 mars i900, une loi qui établit d'une manière déflnitive le régime de Tétalon d'oi aux Élals-Unis et règle la question monétaire. De l'autre, la guerre hispano-américaine avait soulevé des questions nouvelles et donné naissance à un élément politique inconnu jusqu'alors des Américains, l'impérialisme. Au point de vue protectionniste, le parti républicain était resté aussi déterminé qu'il l'eût jamais été, et en avait donné la preuve en votant, le 24 juillet 1897,1e tarif Dingley qui remplaça le tarif Wilson de 1894 et contenait, ce qui paraissait si peu vraisemblable, de fortes aggravations des droits de l'ancien tarif Mac Kinley ^

Le census de 1890 avait déjà révélé un accroissement extraordinaire de la richesse publique aux États-Unis. Celui de 1900 ne réserva pas de moindres surprises. Après l'issue de la lulle présidenlielle de 1896, la grande république américaine accusa un développement phénoménal de prospérité. Les exportalions atteignirent des chiffres que l'on n'imaginait pas comme possibles il y a peu d'années; elles arrivèrent à dépasser presque de moitié les importations*. L'accroissement a été surtout considérable dans les exportations d'objets manufacturés. Les produits des usines de l'Union vont faire concurrence dans l'Extrême-Orient et jusque dans la Méditerranée à ceux de l'Europe. Les Etats-Unis, de pays débiteur qu'ils étaient, sont devenus un pays créditeur, et d'importantes opérations d'emprunt furent engagées à New- York en 1900 pour l'Angleten^e

1. Les receltes du Trésor ont été en 1898-99 de 610 miUions de dollars, dont 206 millions provenant des droits d'entrée. Ces droits ont été perçus sur les deux tiers environ d'un ensemble d'importations de 697 millions de dollars, le reste (café, ihé. soie grège, peaux brutes, et quelques autres articles) étant admis en franchise.

2. 1231 millions de dollars en 1897-98; 1227 millions en 1898>99; 1350 millions en 1899-1900- Ces chifTres comprennent les réexportations de marchandise:; étrangères, mais non les exportations de métaux précieux.

et pour rAllemagne. C'est uae énorme révolution économique,

et dont les phases ultérieures ne peuvent être encore prévues.

La guerre hispano-américaine et l'impérialisme. —

Cleveland, dans les derniers temps de sa présidence, étonna TEurope et effraya quelque peu FAngleterre par la publication de son message sur l'affaire du Venezuela (décembre 1895), et par la hautaine évocation que son secrétaire d*£lat, Olney, Ht, à cette occasion, de la doctrine de Monroe. On comprit que c en était fait sans doute de la tranquillité dans laquelle vivait le monde américain, loin du tourbillon des difficultés internationales. Les Etats-Unis semblaient se réveiller d*un long som* meil et se préparer à avoir de nouveau une politique extérieure. On vit en effet se constituer dès lors au Congrès un groupe de partisans de la guerre, que Topinion publique affubla du sobriquet de jingos, mais que de nombreuses accessions rendirent bientôt très influents. Cette tendance belliqueuse, qui tout d^abord s'était dirigée contre l'Angleterre, fut bientôt détournée, par les événements de Cuba, contre TEspagne. La guerre éclata le 21 avril 1898, après la catastrophe du Maine. Le l""' mai, lamiral Dewey, forçant l'entrée, mal défendue, de la baie do Manille, détruisit en deux heures Tescadre espagnole de lamiral Montojo. Dans Cuba, la ville de Santiago fut bloquée par terre et par mer. La flotte de Cervera, qui était entrée dans ce port, y fut elle-même bloquée, et n'en sortit, le 3 juillet, que pour être détruite entièrement en quelques heures par la division du Commodore Schley. La ville de Santiago capitula le 17 juillet. L'Espagne recula devant une continuation de la lutte et signa les préliminaires de paix le 12 août. La commission américaine pour le traité de paix définitif fut nommée le 9 septembre. Elle se rendit à Paris, où les négociations avec les commissaires américains commencèrent le 1" octobre. Après de longues hésitations le président des États-Unis donna pour instructions aux négociateurs des États-Unis d'exiger la cession des Philippines. L'Espagne dut céder. Elle obtint pour prix de l'abandon des Philippines une somme de 20 millions de dollars, mais les Américains refusèrent d'autre part d'assumer la dette cubaine. Le traité définitif fut conclu sur ces bases le 10 décembre.

Transmis au Sénat le 4 février 1899, il y fiTt ratifié le 5 février par 57 voix contre 27, et signé par le président le 10 février el par la reine régente d'Espagne le 17 mars. L'échange des ratifications eut enfin lieu à Washington le 11 avril 1899.

A cette époque les Américains étaient engagés contre les indigènes de larchipel des Philippines, dans une guerre qui leur imposa pendant deux années de lourds sacrifices en capitaux et en hommes. Le 13 août 1898, vingt-<}uatre heures après la signature des préliminaires de paix, la ville de Manille s'était rendue aux Américains. Ceux-ci avaient conservé jusqu'alors avec Aguinaldo des relations en apparence au moins amicales. La situation se modifia rapidement, et, le 5 février 1899, les Philippins sous Aguinaldo attaquèrent les lignes américaines à Manille. Tout l'archipel était soulevé; il fallut, même dans l'Ile de LuQon, conquérir le terrain pied à pied. A la fin de 1899, les troupes américaines opérant aux Philippines représentaient un effectif de 60 000 hommes ^ Elles avaient soutenu pendant toute l'année d'incessants combats et subi des pertes cruelles. Le général Lawton fut tué le 19 décembre 1899 à San Mateo. Au milieu de l'année 1900, la conquête n'était pas achevée. Elle ne l'a été réellement qu'en 1901.

Les États-Unis furent impliqués en juin 1900 a^^ec les grandes puissances et le Japon dans les afSaiires de Chine. Us détachèrent quelques troupes des Philippines, qui, sous les ordres du général Ghaffee, prirent part aux diverses opérations dont le terme fut l'entrée des alliés à Pékin. Le gouvernement des États-Unis, après la délivrance des légations étrangères, adopta une politique très réservée. En octobre 1900, les troupes furent définitivement rappelées aux Philippines.

Le président voulait avoir les mains libres i la veille de l'élection présidentielle de novembre 1900. La question des possessions lointaines était la principale de celles que l'élection avait à résoudre pour l'avenir des États-Unis. Les démocrates

1. Une loi du 4 mars 1899 autorisa le président des Étals-Unis à élever à 65000 hommes l'effectif de Tarmée régulière et à enrôler 35 000 hommes de troupes d'une armée volontaire. Cette organisation, toute provisoire, de^ui prendre fin le 1" juillet 1901.

et Bryan avaient pris très nettement position contre Timpérialisme. Les tendances nouvelles étaient au contraire personniGées par les candidats du parti républicain à la présidence et à la vice-présidence : M. Mac Kinley, le président en exercice, et M. Th. Roosevelt, ex-gouverneur du New- York, le héros de Santiago.

Les acquisitions de territoires hors du continent américain. — L'élection présidentielle de 1900 a réveillé la controverse sur la question spéciale que la signature du traité définitif avec l'Espagne et l'entreprise delà conquête des Philippines semblaient avoir réglée, concernant l'acquisition par les États-Unis de territoires situés hors du continent américain. La question plus générale de savoir si le gouvernement des États- Unis peut, sans violer le texte ou l'esprit de la Constitution de 4789, acquérir des territoires quelconques par conquête ou autrement, n'avait pas, en effet, a être même soulevée. Si le gouvernement fédéral n'avait pas, de tout temps, possédé et exercé ce droit, les Etats-Unis seraient encore confinés entre l'Allantique et le Mississipi.

Ils ont acheté à la France, en 1803, la Louisiane, qui comprenait toute la région située entre le Mississipi à lest, les frontières du Texas au sud-ouest, les Montagnes Rocheuses à l'ouest, le Dominion Canadien au nord. Ils ont acheté à l'Espagne, en 1817, la Floride, soit l'Etat actuel de ce nom et toute la partie méridionale des États de Géorgie, d'Alabama et de Mississipi. En 1845, ils ont annexé l'immense Texas, grand comme la France, la Belgique et la Suisse réunies. Ils ont conquis par la guerre, en 1848, sur le Mexique (avec une compensation pécuniaire pour une partie des territoires enlevés), le Nouveau Mexique, l'Utah, le Nevada, l'Arizona et la Californie. Ils ont acheté en 1852 un nouveau morceau du Mexique, devenu le sud de l'Arizona. Ils ont enfin acheté l'Alaska à la Russie en 1867. S'ils n'ont pas acheté Cuba à l'Espagne entre 1850 et 1860, ce n'est pas faute d'avoir proposé l'opération sous toutes les formes, notamment sous celle d'une tentative d'intimidation à l'adresse de l'Europe (manifeste d'Ostende de 1854). Le général Grant, pendant sa double présidence, a essayé à plusieurs

reprises d'acquérir un morceau de l'ile de Saint-Domingue. > Tout récemment, le gouvernement fédéral est entré dans une sorte de condominium (aujourd'hui dissous) avec les Anglais el les Allemands sur le groupe des lies Samoa. Enfin les Elats- Unis avaient mis pratiquement la main depuis plusieurs années sur Tarchipel des îles Hawaï avant de se décider à une annexion formelle de ces lies, qui est aujourd'hui un fait accompli.

La politique nouvelle et Télection présidentielle. — En acquérant Porto-Rico et les Philippines, le gouvernement américain n'a donc pas innové. Les procédés consacrés par la tradition seront appliqués aux territoires nouveaux qui comportent cette application : nie de Porto-Rico, dans un temps donné, se dotera d'une constitution et formera un quarantesixième État. L'Ile de Cuba, nouveau Texas, sera nominalemeot indépendante pendant quelques années, puis demandera son admission dans TUnion. Quant aux Philippines, il est proballe qu'elles ne pourront point être traitées selon les formules habituelles. Ce pays si éloigné des Etats-Unis, avec ses huit ou dix millions d'indigènes Tagals, ne peut ni devenir une pépinière d'États pour l'Union, ni recevoir un gouvernement territorial (le premier ou de second degré comme un Nouveau-Mexique ou un Arizona, ni rester une simple dépendance imprécise comme l'Alaska. Des problèmes imprévus d'organisation ont suip. L'histoire des États-Unis n'a pas appris que les Américains fussent incapables de s'accommoder à des situations inaccoutumées. Race essentiellement habile à tirer parti de toutes les circonstances, à saisir le côté pratique des choses, à s'instruire par une expérience rapide, ils se tireront d'affaire avec les Philippines comme avec le reste, les difficultés d'administration coloniale ne les trouveront pas à court de solutiorï's.

L'annexion des lies Hawaï, l'occupation de Cuba et de Porto- Rico, la main mise sur les Philippines, n'en marquent pas moins l'ouverture d'une nouvelle période dans les destinées des États-Unis. On veut ouvrir de larges débouchés au dehors pour l'énorme excédent de production industrielle, on veut aussi prendre rang parmi les grandes puissances du monde. C'est du

moins ce que veut la majorité du parti républicain, et c'est la politique que suivront désormais les États-Unis, si ce parti remporte encore en 1904 sur les démocrates. Le peuple américain est robuste, actif, courageux, entreprenant, riche. Il occupe un pays presque aussi vaste que l'Europe. Il n'est pas une seule nation de l'ancien continent, sauf la nation russe, qu'il ne dépasse en population. Il n'en est pas une où la population s'accroisse d'une allure aussi rapide (par l'immigration sinon par la natalité). Les États-Unis n'ont pas eu le temps de montrer dans la guerre hispano-américaine ce que pourra être un jour leur puissance militaire sur terre. Cette guerre a permis du moins de préjuger quelle force navale, après quelques années d'une active préparation, ils seront en mesure de mettre au service de leurs ambitions nouvelles.

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