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PRÉSIDENCES DE 6RÂNT ET DE HAYES

aucune appréhension. Décidés à répudier une grande partie des dettes contractées par les Etats du Sud sous les gouverne ments républicains noirs, ils ne Tétaient pas moins à respecter la dette fédérale. La masse du parti était en outre opposée à tout projet tendant soit à la reconnaissance de la dette confédérée, soit à loctroi d'une indemnité aux anciens propriétaires d'esclaves.

Les scandales politiques de 1876. — Lo message que le 43* Congrès, à l'ouverture de sa dernière session, le 1 décembre 1874, reçut de Grant, était extrêmement prolixe sur la situation financière, exprimait des sympathies pour les Cubains, traitait sur le ton ironique la question de la réforme administrative, et ne contenait pas un mot sur la signification des élections de novembre. Les républicains, dans cette courte session, cherchèrent à regagner du terrain dans l'opinion publique en donnant une solution k la question financière. Le 44 janvier 1875, Grant signa un bill fixant au 1" janvier 1879 la date de la reprise des paiements en espèces. Les années 1875 et 1876 virent éclater de nombreux scandales dans les cercles officiels. Le général Babcock, secrétaire particulier du président, le ministre de l'intérieur, Delano, le secrétaire de la guerre, Belknap, le ministre des États-Unis à Londres, général Shenck, même le propre frère du président, furent plus ou moins compromis. Dans la longue session du 44* Congrès (1875-1876), il y eut plus de vingt comités d'enquête & l'œuvre; les fonctionnaires de tous rangs furent soumis aux plus rudes épreuves. Si le président personnellement fut peu atteint, nombre de ses familiers étaient rudement touchés. Les désordres les plus graves furent révélés dans les administrations de la marine, des postes, des affaires indiennes, jusque dans le ministère de la justice.

L'élection présidentielle de 1876. Hayes et Tilden. — En mars 1876, plusieurs conventions d'Etats préludèrent par des désignations particulières de candidats présidentiels aux nominations régulières des deux conventions nationaleo convoquées, celle des républicains pour le 14 juin à Cincinnati (Ohio), l'autre pour le 27 juin à Saint-Louis (Missouri).

Une importante réunion fut tenue à New- York le 15 mai;

elle avait pour objet Texamen des candidatures les plus recommandables pour la présidence. Les promoteurs étaient des partisans de la réforme administrative, comme le poète W.-C. Bryant, directeur du N.-Y. Evening Post; le professeur Th. D. Woolsey, du Gonnecticut, Tex-sénateur Garl Schurz, du Missouri. Le noyau de ce nouveau parti des « Indépendants > était formé des c républicains libéraux » de 1872, qui connaissaient le fort et le faible de chacune des deux grandes organisations politiques, et avaient le sentiment que les circonstances pourraient les amener à exercer une action sérieuse sur l'issue de Télection. Dix-huit États, dont quelquesuns seulement du Sud, envoyèrent des délégués à cette conférence. Les politiciens étaient naturellement fort peu satisfaits de ce mouvement politique. Les « Indépendants » n*eurent pas, cette fois, Toccasion d'exercer le droit qu'ils revendiquaient hautement de se séparer de leur parti s*il faisait un choix qui leur parut critiquable. Ils acceptèrent volontiers la candidature de Rutherford Bayes, proclamée par la convention nationale républicaine de Cincinnati. Les démocrates, de leur côté, avaient fait un choix fort habile en adoptant à Saint-Louis la candidature de Tilden.

Les candidats étaient bons. Quant aux programmes, ils difleraient bien peu Tun de l'autre. Tous deux se prononçaient pour le hard money^ contenaient des promesses vagues de réforme dans le mode de nomination aux emplois publics, condamnaient la polygamie des Mormons et l'immigration chinoise, préconisaient la séparation complète des églises et du gouvernement civil, réclamaient une politique de conciliation envers le Sud. Les démocrates s'établissaient très nettement sur le terrain des faits accomplis et des conséquences de la guerre civile. Ils demandaient la diminution des droits exorbitants frappant plus de quatre mille articles étrangers à l'entrée aux États-Unis. La lutte fut très serrée. Le 7 novembre 1876, sur 369 électeurs appelés à composer le collège électoral, 185 furent élus pour Hayes et 184 pour Tilden. Trois États du Sud, Louisiane, Caroline du Sud et Floride, se trouvèrent avoir voté pour des électeurs républicains. Les démocrates crièrent à la fraude,

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et il ne parut guère douteux, en effet, que le résultat loyal aurait élé 203 voix pour Tiiden et 166 pour Hayes. La question resta en suspens durant deux mois. L*opinion, d*abord un peu nerveuse, se calma; on attendit patiemment le verdict d'un comité mixte du Congrès auquel avait été remise la décision du conflit. On fut surtout intéressé par Tétrangeté de la situation. D*énormes paris étaient engagés. En février 1877, le comité, par 8 voix contre 7, attribua au candidat républicain les 19 suffrages contestés. Hayes se trouva, de cette façon, élu à une voix de majorité dans le collège électoral, et avec 250 000 voix de minorité dans le scrutin populaire (4 285 000 pour Tiiden, 4 034 000 pour Hayes). L*esprit pratique américain fit accepter avec le plus grand calme dans tout le pays la décision de la commission du Congrès. Les démocrates eurent d'autant plus de mérite à cette résignation qu'ils ne manquaient pas de raisons excellentes pour se considérer comme frustrés des bénéfices d*une victoire réellement conquise.

Hayes président. — L'élection présidentielle de 1876, malgré Tinstallation de R. Hayes à la Maison Blanche, était la défaite du parti qui gouvernait TUnion depuis la guerre de sécession. Les démocrates, qui avaient accepté la décision du tribunal électoral, obtinrent une première satisfaction lorsque Félu inaugura sa présidence par un acte de reconnaissance éclatante du fait que la majorité appartenait réellement aux adversaires des républicains dans les trois États où les voles avaient élé contestés. La modération naturelle et l'esprit d*équité du président, aussi le respect des engagements pris, le décidèrent à mettre fin à Tillogisme devenu trop choquant du maintien du régime militaire dans quelques États du Sud. Lorsque Tappui moral et matériel du pouvoir fédéral fut retiré aux pseudo-gouvernements républicains des Chamberlain et des Packard (Caroline du Sud et Louisiane), ces gouverne* ments s'évanouirent, législatures et gouverneurs. Les élus des démocrates, Wade Hampton et NichoUs, prirent possession des bâtiments, des archives, des trésoreries et des administrations d'État. Les législateurs démocrates s'installèrent. L'œuvre de reconstruction était cette fois terminée et le Solid Soulh constitué.

Cette attitude si conciliante du président à l'égard du Sud, non moins que ses premières nominations aux emplois, fondées sur les capacités présumées des candidats et non sur les services électoraux ou les recommandations de membres républicains du Congrès, excitèrent le plus vif mécontentement dans les rangs des anciens partisans de Grant (les staltoarts)y dont les principaux chefs ou bosses^ étaient Conkling, du New- York, Cameron de la Pennsylvanie, Blaine du Maine, Logan de Tlllinois. On ne pardonnait pas au président d*avoir confié le département de rintérieur à Cari Schurz, indépendant et libéral, Allemand naturalisé. On s*indigna d'une circulaire adressée en juin 1877 par ce dernier aux fonctionnaires, pour leur interdire toute participation active, notamment par contribution pécuniaire, aux agitations électorales. Hayes fut accusé de trahir le parti qui Tavait élu. Les élections d'automne de 1877 semblèrent donner raison à ces récriminations. Les républicains y subirent d'importantes défaites

La loi de 1878 sur l'argent. — Une grande agitation avait été organisée dans l'Ouest par les politiciens aux gages des propriétaires de mines d'argent dans le Nevada et le Colorado. Il s'agissait d'amener le Congrès à rendre à l'aident, dont la valeur commençait à subir une dépréciation considérable, le rang monétaire que sa démonétisation en 1873 lui avait enlevé dans la circulation du pays. Les argentistes trouvèrent de nombreux adhérents parmi les démocrates de l'Ouest. Ce fut un réveil de l'ancien engouement pour Vinflation et pour les greenbacks. Dans la session de 1877-78, un représentant du Missouri, Bland, proposa le rétablissement de la liberté de la frappe de l'argent. Le Congrès se contenta de voter, en février 1878, unbill obligeant le secrétaire du Trésor à acheter chaque mois et à monnayer des lingots d'argent pour une somme pouvant varier de deux à quatre millions de dollars. Hayes, qui craignait que l'adoption d'un tel projet ne mit obstacle à la reprise des paiements en espèces fixée au 1'^ janvier 1879, opposa son veto au bill, mais celui-ci fut de nouveau adopté par-dessus le veto. La loi entra aussitôt en vigueur et fut appliquée scrupuleusement par les secrétaires du Trésor,

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