‹ Histoire générale du 4e siècle à nos jours (volume 2)Chapitre 97 sur 206 · LE BRÉSIL · texte numérisé non relu

LE BRÉSIL

firent longtemps attendre, mais il ne perdait point de vue le but final et s'en approchait à petits pas. La première étape est marquée par la loi Rio-Branco ou loi du c ventre libre > (28 septembre 1871). Les enfants des négresses, désormais, naîtraient libres-, on accordait cependant une compensation aux maîtres des négresses : ces enfants resteraient à leur service jusqu'à Tâge de vingt et un ans. L'heure approchait où le Brésil n'aurait plus d'esclaves puisque la côte d'Afrique n'envoyait plus ses cargaisons de bois d'ébène à la côte brésilienne, puisque par la naissance l'esclavage ne se recrutait plus. Les abolitionnistes l'emportaient donc; on ne pouvait plus invoquer en faveur du maintien dans l'esclavage des nègres, nés esclaves, que les convenances personnelles des maîtres et les perturbations économiques qu'amènerait la suppression du travail servile. Le 13 mai 1888, les Chambres votèrent Témancipation. C'est en l'absence de Don Pedro, au cours d'un de ses voyages en Europe, que sa fille, la princesse régente, avait déclaré : « A l'honneur du Brésil, sous l'influence du sentiment national et deâ libéralités particulières, l'extinction de l'esclavage a fait de tels progrès que c'est aujourd'hui une aspiration acclamée par toutes les classes, avec d'admirables exemples d'abnégation de la part des propriétaires ». On lui oiTrit une plume d'or pour donner à la loi la sanction impériale.

Lilmmigration étrangère. — Il était à craindre que l'extinction de l'esclavage n'entraînât une crise économique et, pour parer à une éventualité depuis longtemps prévue, le gouvernement brésilien avait de tout temps favorisé l'immigration; aussi existe-t-il aujourd'hui de puissantes colonies allemandes et italiennes au Brésil. L'événement qui favorisa le plus l'arrivée des Allemands fut assurément la reconnaissance d'un état civil aux habitants nés en dehors du catholicisme (1861).

De 1820 à 1830 il n'y avait eu que 7 000 arrivants. Les chiffres s'accrurent considérablement dans la suite : en 1862, il y avait au Brésil 45000 individus originaires d'Allemagne; en 1892, il y en avait 240 000 appartenant aussi bien au culte catholique qu'au culte protestant. Ces colons ont une tendance à se grouper dans les mêmes pays : ils forment des îlots germaniques dans le

Rio Grande do Sul et en Santa-Catarina, tandis que les Ilaliens, arrivés au nombre de 31 445 en 1887, 97 730 en 1888, 6SOO0 en 1889, sont éparpillés, sauf dans le San-Paulo, où ils sodI 150000 (d autre part, on en trouve 30 000 à Rio').

Chute deDonPedro;laRépiiblique proclamée (1889). — En novembre 1889, l'Europe apprit brusquement labolitioD du régime impérial au Brésil. L'événement parut imprévu ; nulle question grave dans Tordre économique et politique ne semblait favoriser une révolution ; le Brésil passait pour TÉlat le mieux administré de TAmérique du Sud; les budgets se soldaient en excédent; les chaires militaires étaient très supportables; le gouvernement parlementaire, fonctionnant sans encombres, venait d'amener les libéraux au pouvoir; l'Empereur semblait populaire.

En réalité peu de gens menèrent raCTaire, mais ils le firent activement. C'étaient des partisans convaincus de la forme républicaine et des mécontents du gouvernement de Don Pedro, dont la cécité et la vieillesse favorisaient la politique du comte d'Eu, mari de Théritière de la couronne, impopulaire et redouté. Il y avait à craindre que Tinfluence d'un prince jeune laissât moins de liberté au jeu des institutions parlementaires. Depuis longtemps Taposlolat positiviste de M. Benjamin Constant Botelho de Magalhàes, professeur de mathématiques à TËcole militaire, avait conquis une petite partie de la nation à Tidée républicaine. Il y avait deux journaux républicains, rédigés par MM. Quintino Bocayuva et Ruy Barbosa. Faut-il croire, avec quelquesuns, que la chute du régime impérial était souhaitée par de grands propriétaires qui ne lui pardonnaient pas la suppression de Tesclavage, par des provinciaux qui redoutaient la centralisation sous le futur gouvernement de Tépouse du comte d'Eu? Peut-être ; mais les plus déterminés étaient, avec les jourDaIis(es républicains, les officiers mécontents d*ètre exilés dans les garnisons malsaines du Matto Grosso et dans les postes lointains

1. Cet afflux puissant d'étrangers peut avoir un jour de graves conséquences rians la vie intime du pays brésilien; il importe donc de suivre attentiTemenl îc mouvement d'immigration dans les Monatshefle zur Slatislik des deutschen lieichs et dans le Bulletin de Tlnstitut international de statistique de Rome. Cf. aussi Meuriol, Revue de ^ographie, janvier 1892.

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