L ARABIE ET LES ARABES
également originaires de Chaldée et qu'on identifie avec les Amalécites de la Bible.
Antérieurement à la prédication de l'Islam, les tribus arabes existantes se divisaient elles-mêmes en deux groupes : les Kahtanides et les Mâadites ou descendants d'Ismaël et de Màad. L'Yémen et le Hedjaz étaient les foyers de peuplement d'où ils s'étaient répandus sur toute la péninsule, les premiers se portant de préférence au sud, les autres vers le centre et le nord. Longtemps ils avaient parlé des langues difTérentes, mais l'arabe du Hedjaz prit le dessus sur l'arabe de l'Yémen, ou idiome himyarique, et l'emporta définitivement quand il fut devenu par les poètes la langue littéraire et par le Koran la langue sacrée. Les Kahtanides s'attribuaient une origine orientale et sémitique, mais les peuples ariba qui les avaient précédés dans l'Yémen, et des éléments éthiopiens ou kouschites avaient aussi contribué à la formation de leur race. Quant aux Mâadites, en faisant remonter leur filiation jusqu'à Ismaël, fils d'Abraham, ils se réclamaient de la tradition biblique : ce qui ne les empêchait pas de chercher à établir leur parenté avec les Kahtanides, longtemps considérés comme de race supérieure, par des mariages qu'Ismaël, puis Màad, son descendant, auraient contractés avec des femmes de ce peuple. Des alliances de famille mélangèrent certainement les deux sangs ; mais, chaque tribu conservant avec un soin extrême sa généalogie, Ismaélites et Kahtanides se pénétraient sans se confondre et demeuraient distincts.
L'Yémen : le royaume himyarite. — L'Yémen, Y Arabie heureuse des Grecs et des Romains, se prêtait mieux que tout le reste de la péninsule à la vie sédentaire. De bonne heure il s'y éleva des villes et il s'y constitua des Etats. La dynastie des Himiiarites ou Tobba prétendait remonter par ses fondateurs, Ilimyar, Abdchams et Yarob, aux origines mêmes de la race kahtanide. Un siècle avant l'ère chrétienne, on les voit à la tête d'un important royaume dont la capitale est successivement à Mareb ou Saba, à Zhafar et à Sana, et qui comprend, outre l'Yémen propre, l'IIadramaut et le Mahra, tout le sud de la presqu'île. Ils exercent leur suzeraineté sur les tribus
du Hedjaz et du Nedjd, résistent à une expédition romaine, celle d'^Elius Gallus (24), et font des courses victorieuses en Afrique et en Asie. Vers l'an 125, cette puissance subit une éclipse, des troubles intérieurs se produisent ; les fameuses digues de Mareb, dont l'entretien a été négligé, se rompent : c'est le Seïl-el-Arim, l'effusion des eaux; l'inondation dévaste le pays. Une partie des habitants, ne trouvant plus à vivre sur ce sol ravagé, se décident à l'émigration et vont fonder des colonies dans le Hedjaz, l'Irak et la Syrie. Cependant les Tobba se relèvent et redeviennent conquérants. Le judaïsme puis le christianisme pénètrent alors dans l'Yémen; ils entrent bientôt en lutte. Les persécutions exercées par le roi Dhou- Nouvas contre les chrétiens de Nedjran fournissent un prétexte d'agression au négus ou roi chrétien d'Abyssinie, que pousse l'empereur Justin. La bataille de Dhou-Djadan, en 525, détruit pour toujours le royaume himyarite. Les Abyssins ne conservent pas leur conquête, que les Perses, appelés par les mécontents, parviennent à leur enlever. Au temps du Prophète, des vice-rois persans gouvernaient l'Yémen, l'Hadramaul, le Mahra et l'Oman.
Arabes d'Irak et de Syrie. — De la Perse relevaient également les tribus arabes établies dans l'Irak, où des émigrés de l'Yémen avaient fondé le royaume de Hira. Les rois de Hira, alliés et vassaux des Sassanides, avaient bataillé contre les Arabes de Syrie, inféodés à l'Empire romain, et contre l'Empire lui-même. Cette dynastie, dite des Nasr, finit avec Noman II, qui avait encouru la disgrâce de Kesra ou Khosroès II Parouiz. In satrape persan fut installé à Hira.
Inversement, c'est linlluence romaine et byzantine qui s'exerce sur les Arabes de Syrie, descendants des anciens Amalica, renforcés à diverses époques par des émigrations de l'Yémen et du Hedjaz. L'Empire avait besoin de leur concours, soit pour faire la guerre d'avant-garde contre leurs congénères de l'Euphrate, soit pour couvrir la Syrie menacée par les Parthes, puis par les Perses. Le célèbre Odénat appartenait à la famille des Odheijna, depuis longtemps investie du commandement de ces tribus auxiliaires. On sait comment lui-même et.